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vendredi 17 août 2018 - Sleap

Motocultor Festival 2018

Open Air - Saint Nolff

Sleap

Benjamin. Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

Jour 1

Sleap : Le Motocultor. Un festival qui a parcouru bien du chemin depuis sa toute première édition en 2007. Et cela à tel point qu’il est aujourd’hui le deuxième événement estampillé Metal le plus populaire de France derrière le Hellfest.

Pour ma part, je n’y avais pas mis les pieds depuis 2015, et force est de constater que le festival a pas mal changé en à peine trois ans ! L’aire où se trouvait le camping est maintenant une extension du site principal où a été greffée une sorte de seconde Main Stage baptisée tout naturellement la « Massey Freguscène ». Et la partie anciennement allouée au camping bénévole accueille maintenant la petite « Supositor Stage » où je vais passer le plus clair de mon temps ce week-end. Autre différence fondamentale, les deux Main Stage sont à présent recouvertes de grands chapiteaux assez semblables à ceux qui couvrent certaines scènes du Hellfest ; un véritable plus compte tenu de la chaleur étouffante de ce week-end d’août.

Le camping, quant à lui, est situé à peu près au niveau de l’ex-parking. Et au vu de la taille de cette aire, il est au minimum deux fois plus spacieux que celui de 2015. Le festival a vraiment grossi, tant en termes de taille qu’en termes de population, c’est le moins que l’on puisse dire. Cette édition 2018 affiche d’ailleurs sold out, et cela va se sentir lors de certaines « heures de pointe » où il faut parfois plusieurs longues minutes de queue pour pouvoir rentrer sur le site. Pas de doute, le Motocultor semble être devenu un incontournable pour beaucoup de festivaliers français.

Sur le site, plusieurs stands de restauration spécialisés viennent maintenant compléter le stand officiel du festival ; là aussi un autre point fort de cette édition (certains se souviennent encore de l’attente interminable pour obtenir son pauvre sandwich il y a quelques années). Les bars et stands de boissons sont eux aussi plus nombreux qu’auparavant. Bref, de nombreuses améliorations sont à constater.

Vous l’aurez compris, ce premier jour est surtout pour moi l’occasion de vous parler du festival en lui-même (je remercie au passage mon collègue Shawn pour les quelques photos). Étant arrivé assez tard dans la soirée, je n’ai quasiment pu assister à aucune prestation. Je prends donc mes repères sur le site en entendant de loin le concert d’Ultra Vomit – alias les Laurent Gerra du Metal (ce n’est vraiment pas mon délire, mais je reconnais que ces gars là sont vraiment d’excellents imitateurs). Mis à part quelques goulots d’étranglement au niveau de la jonction Supositor Stage / Dave Mustage, on peut aisément circuler sur le site pour naviguer entre les différentes scènes. Le camping, bien plus grand qu’auparavant, est lui aussi assez bien organisé. Plusieurs points d’eau, douches, et même un endroit avec de vraies toilettes (en plus des toilettes sèches habituelles).

Les aficionados me font également découvrir le fameux « Macumba open air » sur le camping lors de cette première nuit. Il s’agit en fait d’un groupe de festivaliers habitués des différents fests français, qui possèdent une immense tonnelle dans laquelle ils installent boules à facettes et spotlights colorés. Et, à l’aide de différentes enceintes, les types diffusent une playlist de musique exclusivement 80’s de 2h à 6h du matin tous les soirs. Le répertoire va de Wham à Céline Dion, en passant par Queen, Djingis Khan, Abba, Hasseloff, ou même Jackson… Et au vu de l’attroupement colossal sous la tonnelle et autour, le projet est un véritable succès !

C’est donc après cette première « nuit de folie » que je me réveille plus ou moins en forme pour ce second jour de festival.

Jour 2

Blockheads

Je m’excuse d’avance auprès de ceux qui ne sont pas amateurs de musiques extrêmes, et plus particulièrement de tout ce qui gravite autour du Death Metal, mais ce live report sera quasi-exclusivement consacré aux groupes de cette trempe. J’attaque donc mon festival avec Blockheads, mastodontes du Grindcore FR. C’est bien simple, pour ce qui est de ce style, ces mecs là sont mes préférés en France. Des compositions toujours aussi variées qu’efficaces, pour la plupart ultra expéditives, le tout avec un son très crusty et plusieurs voix différentes. Cette petite scène étant située en bas d’une pente, c’est une aubaine pour les éternels festivaliers préférant contempler le show de loin, pour la plupart assis ou allongés. On peut parfaitement voir la scène et une partie de la fosse de n’importe quel endroit. Pour ma part je me place, comme à mon habitude, derrière le pit pour pouvoir savourer l’ambiance de fosse et le son du concert. Malheureusement le set d’aujourd’hui pâtira principalement d’un son justement très approximatif. Les grattes sortent extrêmement mal et la voix de Xav est, lors du début de set, presque inaudible. Le charisme et l’énergie des différents musiciens fait passer la pilule mais c’est certainement la moins bonne fois où je vois le groupe.

L’ambiance est pourtant au rendez-vous. Xav tient entre les morceaux des discours qui suintent parfois un peu trop la « grande famille du métale », je l’avoue, mais il parvient comme cela à fédérer une bonne partie du public. Les festivaliers ne tardent d’ailleurs pas à ouvrir un pit dès le break final du désormais classique Follow the Bombs. Mis à part quelques autres titres – dont un enchainement Greed / Misery hyper furax –, le dernier album constitue une fois encore la plus grande partie du set d’aujourd’hui. Même si j’apprécie tout autant Shapes of Misery, je reconnais que This World is Dead reste de loin le plus efficace en live. Les différents passages à quatre vocalistes sont toujours aussi puissants, et Nico reste de loin le plus impressionnant à regarder. Son jeu est à la fois ultra bourrin et hyper millimétrique sur les passages qu’il faut, le tout couplé à ses vocaux bien cradingues. Bluffant ! Mais, à mon grand étonnement, le pit le plus violent du concert aura lieu durant un nouveau morceau extrait du prochain album (à paraitre vraisemblablement en 2019). Xav n’hésite d’ailleurs pas à stage dive et à se mêler à la foule plusieurs fois durant le concert. Et après une reprise totalement inattendue de l’ultime Horrified, le groupe invite des dizaines de personnes à monter sur scène pour un énorme final sur All These Dreams… Malgré un son vraiment pas terrible, je passe tout de même un assez bon concert de Blockheads. Ce groupe est évidemment bien meilleur en salle, mais les gars nous prouvent une fois encore qu’ils sont vraiment les patrons en toute circonstance, même avec un mauvais son !

Necrowretch

Après une pause alcool, c’est le moment d’enchaîner avec une autre valeur sûre de la scène extrême française. Necrowretch est depuis le début de cette décennie une formation d’une qualité irréprochable, tant en studio qu’en live. Et forte d’un dernier album encore plus surpuissant que les précédents, la bande à Vlad va une nouvelle fois distribuer un nombre incalculable de mandales à l’assemblée. Le public se fait un peu moins dense que pour le groupe précédent, mais cela me donne l’occasion de me rapprocher au plus près de la scène. Le son est plus correct que pour le set de Blockheads mais reste tout de même assez brouillon au niveau des grattes, dommage. Celui de batterie est en revanche totalement parfait – quel son de toms ! Je remarque au passage que Malik, le bassiste couteau-suisse, n’est pas présent aujourd’hui. Mais son remplaçant n’est autre que Wenceslas de Cadaveric Fumes et Venefixion.

L’habituelle triplette d’ouverture du troisième album constitue évidemment l’intro de ce set et s’avère une fois encore l’un des meilleurs moments du show. Ce groupe possède définitivement les meilleurs stop-and-go de toute la scène extrême FR, et je ne suis visiblement pas le seul à péter un câble à chacun d’entre eux pendant le concert. Quelques irréductibles lancent d’ailleurs plusieurs pits tout au long du set, mais ceux-ci sont bien moins peuplés que pour d’autres groupes. Je remarque d’ailleurs un nombre assez inquiétant de libérateurs d’apéro pendant ce show. Peut-être dû au fait qu’il n’y ait aucun groupe de « métale » qui ne joue en même temps, je ne sais pas… Mais malgré cela le concert reste tout de même fort appréciable. Les points d’orgues du set restent pour moi le génial Black Death Communion et le classique titre éponyme du premier album qui fédère lui aussi pas mal de monde. Bref, un show tout ce qu’il y a de plus classique de la part du combo français. Et malgré cela, je peux aisément affirmer que même le set le plus banal de Necrowretch reste au-dessus de n’importe quel set d’une bonne partie de la scène Death FR actuelle. À la prochaine !

Cannibal Corpse

La plupart le savent déjà mais Cannibal Corpse est l’un de mes groupes favoris. Et, bien que je sois toujours excité de les revoir, ce show au Motocultor ne figurera pas parmi les plus mémorables de ma vie de fan. J’espérais en début d’année une série de sets « anniversaires » pour les 30 ans du groupe, mais la date de St-Étienne en mars dernier avait malheureusement coupé court à mes espoirs. C’est donc, comme pour cette dernière, un concert mettant en avant le dernier album, en plus des différents morceaux habituels de plus ou moins toute la carrière du groupe.

Les mastodontes déboulent donc sur la triplette d’ouverture de Red Before Black, avec un Code of the Slashers toujours aussi mou. Il serait temps qu’ils le remplacent par un autre titre comme Heads Shoveled Off qui serait, je pense, une vraie tuerie en live. Pour le reste, nous avons droit à environ un titre par album, mais certains d’entre eux sont honteusement occultés. Que Gore Obsessed soit passé à la trappe ce n’est pas si grave – et, à titre personnel, c’est même un bon point. Que Gallery of Suicide soit oublié, cela passe encore, même si je trouve justement que certains des titres sont parmi les plus efficaces en live. Mais par contre, aucun extrait de Butchered at Birth ni de Vile c’est tout simplement impardonnable ! Il faut dire que la faute est surtout à attribuer au slot du groupe dans le running order. En effet, 50 minutes pour un show de Cannibal Corpse c’est vraiment trop peu. Une preuve qu’il faut peut-être que le Motocultor privilégie la qualité à la quantité en programmant un peu moins de groupes par jour.

D’autre part, je constate qu’il y a un écho très désagréable devant cette Dave Mustage. Le son circule vraiment mal sous ce chapiteau, du moins lors de ce concert ; le tout couplé à une surabondance de subs assez pénible. Enfin, dernier point faible de ce set : il faut vraiment que George Fisher change de disque pour ce qui est des annonces. Ses interventions avant I Cum Blood ou Stripped… sont littéralement les mêmes à la virgule près depuis presque cinq ans. Le seul changement notable est la dédicace de Wretched Spawn à leur défunt confrère floridien Brett Hoffmann de Malevolent Creation.

Mais fini de râler. Je suis évidemment content de revoir mes chouchous et je ne boude pas mon plaisir dans cette fosse ultra mouvementée. J’ai d’ailleurs quelques moments d’émotions en contemplant le pit / mouvement de foule tout au long du concert, et plus particulièrement lors de Hammer Smashed Face. Cannibal Corpse fédère vraiment un nombre immense de personnes, et c’est hyper impressionnant de voir des milliers de gens se rentrer dedans au son de leur musique. C’est d’ailleurs l’un des bons points de leurs shows en « gros » festivals. Au final, en dépit des nombreuses faiblesses évoquées plus haut, un set de Cannibal Corpse reste un set de Cannibal Corpse, à savoir l’une des machines de guerres les plus huilées de toute l’histoire du Death Metal, sur scène comme sur album. Une recette certes toujours identique, mais qui marche à tous les coups !

Behemoth

Tout comme Cannibal Corpse, Behemoth est l’un de ces nombreux groupes « collège » que je réécoute avec une certaine nostalgie. Mais, contrairement au précédent qui est encore aujourd’hui l’un de mes groupes préférés, Behemoth m’a un peu perdu depuis quelques années. La faute, entre autres, à un The Satanist que je ne parviens toujours pas à apprécier. Les dernières tournées étant entièrement consacrées à ce dernier album dans son intégralité, j’ai donc beaucoup esquivé Behemoth en live ces derniers temps. Et au vu des extraits du prochain album, cela ne va malheureusement pas s’arranger pour moi. Mon dernier concert du groupe date justement du Motocultor 2014 où ils avaient joué sans aucun décor, maquillage ou costume et s’étaient fait prêter les instruments par d’autres groupes – un assez bon souvenir au passage. J’arrive donc dans la fosse sans grande attente, juste un peu de curiosité.

Et, à ma grande surprise, les Polonais vont tout bonnement m’offrir le meilleur concert de cette seconde journée de festival. Quelle claque ! Dès leur arrivée sur Fire and the Void, je suis émerveillé par la qualité du show. Un son étonnamment impeccable, pas mal de morceaux des années 2000, et une prestation scénique absolument pharaonique. Les costumes et maquillages sont loin de faire cheap contrairement à certaines formations de Black Metal dont je tairais le nom. Les quatre gaillards chient la classe ! Ultra dynamiques sur scène, même Inferno derrière son kit se lève plusieurs fois et fait de nombreux signes au public. Les trois colosses de devant se déplacent constamment, échangent les micros selon leurs parties de chant, et ont même des mouvements synchronisés à la manière des gars de Gojira lors de certains breaks. Mais, comme si le groupe n’était pas déjà impressionnant sur scène, on a droit à un festival de pyrotechnie absolument fantastique. Que ce soit sur les énormes Demigod, Decade of Therion ou sur les titres plus récents, des flammes gigantesques sont projetées en rythme dans tous les sens. À l’avant des musiciens, à l’arrière, mais aussi sur les côtés, en plus des divers chandeliers et des énormes appareils à fumée de part et d’autres. Absolument bluffant. C’est à croire que leur dernier show sans aucun artifice au Motocultor 2014 leur est resté en travers de la gorge et qu’ils ont voulu mettre le paquet pour leur retour en Bretagne.

En revanche, le milieu de set est pour ma part bien moins probant. C’est en effet le moment de jouer les différents extraits du prochain album, et ceux-ci sont, je trouve, vraiment faibles. Même certains titres de Satanist que je n’aime pourtant pas des masses – comme Ora Pro Nobis – sont vraiment convaincants en live. Mais pour ce qui est des nouveaux morceaux, c’est un vrai four (et je ne parle pas des flammes pour le coup). Mais le véritable moment de malaise du concert est la venue du gars de Shining sur scène en guest vocals. Je ne peux déjà pas le blairer avec son propre groupe, mais alors en featuring c’est un véritable calvaire. Que ce soit son jeu de scène ou son chant, tout est vraiment gênant chez ce type… Mais heureusement, ce milieu de set reste anecdotique, revenons donc aux bons moments de ce concert.

En plus des différents aspects scéniques évoqués plus haut, nous avons droit à un royal changement de backdrop durant le fédérateur Alas, où le premier se détache pour faire apparaitre un second avec le logo du groupe. Le cramage de sourcils est au rendez-vous tout le long du show, toujours en rythme et toujours visuellement magnifique. Le public est vraiment au taquet. Tout comme Cannibal Corpse, Behemoth fédère vraiment beaucoup de gens, et c’est un plaisir de voir tout ce beau monde hurler les paroles, lever les bras ou se rentrer dedans dans le pit. Malheureusement pour moi, la plupart des gens sont plus à fond sur les titres de Satanist que sur ceux des précédents, mais globalement l’ambiance en fosse est terrible ! Et, je le redis encore, mais les musiciens sont drôlement impressionnants à regarder, que ce soit le frontman, le monstrueux Inferno ou le titanesque Orion… Quelle classe, mais quelle classe ! Je vais paraphraser mon collègue Maxwell, mais les gars de Behemoth sont vraiment comparables à des immenses statues en mouvement comme on peut en voir dans God of War ou des trucs du style. Ma-jes-tu-eux ! Ce set dantesque s’achève sur un rappel sur le dernier morceau de The Satanist durant lequel les quatre musiciens restent quasi-immobiles et positionnés de manière symétrique sur différentes estrades de part et d’autres. Arborant cette fois de grands masques à cornes, ils disparaissent derrière un écran de fumée en fin de morceau à la manière des prestidigitateurs. Même si je n’aime pas ce titre, je n’ai vraiment rien à redire. Une fin impressionnante pour un concert qui l’est tout autant. J’ai retrouvé mon âme de collégien et j’ai déjà hâte de les revoir en salle pour reprendre une encore plus grosse claque. Tout simplement impérial !

Jour 3

Implore

Tout comme hier, je commence cette seconde journée de Metal extrême par le groupe le plus Punk. Implore est un trio hispano-germano-italien naviguant entre le Crust et le Grind, le tout avec un son Death suédois. Rien que ça ! Et, depuis mon dernier concert du groupe, je remarque que les gars sont maintenant dotés d’un second guitariste. Malheureusement, cela ne va pas parvenir à améliorer le son de cette « Supositor Stage » (qui commence à bien porter son nom je trouve)… Que ce soit au niveau des basses ou des guitares, le son est très mal égalisé, sans parler du crépitement swedish qui fait plus grésiller le tout qu’autre chose… Le début de set est en plus écourté à cause d’un problème d’ampli du gratteux de droite. Et pour couronner le tout, le slot de début de journée dans le running order n’attire pas grand monde devant cette petite scène. Le peu de gens dans le pit sont plus des touristes encore saouls de la veille que de véritables fans du groupe…

Concernant le set, les gars semblent tout de même contents d’être là. Comme à leur habitude ils ne s’adressent que très peu au public, mais leur attitude sur scène reste assez communicative, mention spéciale au batteur ! Malheureusement, la setlist est, à mon goût, beaucoup trop centrée sur le dernier album. Nous avons droit à seulement quelques titres de Depopulation ainsi qu’au premier et avant-dernier titre de Black Knell – qui reste à mon sens la meilleure sortie du groupe à ce jour. Même pas de Segregate, qui pourtant est l’un des titres les plus terribles en live… Bref, comme vous pouvez le constater, il s’agit sans nul doute de mon moins bon concert d’Implore. Ce ne sont définitivement pas les bonnes conditions pour un groupe de ce type.

Sadistic Intent / Misery Index

Comme par hasard, lorsque je suis dans un fest où je n’ai que très peu de choses à voir, il faut que les rares groupes qui m’intéressent se clashent… Bon, il faut dire que Sadistic Intent et Misery Index n’attirent pas vraiment le même public, mais on reste tout de même dans le domaine du Death Metal. Vraiment dommage. Voici donc un résumé global de mon moitié-moitié entre ces deux groupes.

Les vieux briscards de Sadistic Intent vont enfin relever le niveau sonore de cette Supositor Stage. Jusqu’à présent les quelques prestations auxquelles j’avais assisté sur cette scène avaient souffert d’un son médiocre voire exécrable. Mais ce set des Chicanos va enfin nous démontrer qu’avec un bon ingé’ son, tout est possible ! Mis à part le terrible Asphyxiation, le début de set est composé des deux titres les plus récents de la carrière du groupe, à savoir les extraits du dernier split avec Pentacle. Et même si ce ne sont pas mes préférés, ceux-ci prennent vraiment toute leur ampleur en live, en particulier Numbered with the Dead. L’attitude des gars sur scène est toujours impeccable, celle des frères Cortez en particulier. Le frontman Bay a toujours cette espèce de façon hystérique de bouger derrière son micro lorsqu’il chante les yeux fermés. Le gars est vraiment possédé, et il semble le transmettre à une bonne partie des fans dans les premiers rangs. Ancient Black Earth est une nouvelle fois mon meilleur moment du show, et je ne suis visiblement pas le seul dans ce cas. Le moment est pourtant venu de m’éclipser pour aller voir ce qui se trame du côté de la Massey Ferguscène. Je quitte donc le concert après l’ultra groovy Condemned in Misery pour justement aller voir la fin de…

Misery Index sera finalement mon seul concert du week-end sous cette seconde tente. Et, bien qu’elle soit légèrement plus petite que celle de la Dave Mustage, le public est présent en masse pour le show des Américains. J’arrive dans la fosse alors que le groupe a déjà entamé Seventh Cavalry. Ce qui me conforte dans le fait que le groupe joue toujours autant de morceaux de Heirs to Thievery en live, à mon sens leur meilleur album en date. Et au vu du pit, le public est certainement d’accord avec moi. Ce n’est pas aussi blindé que pour d’autres concerts, mais beaucoup se mettent sur la gueule, tournent en rond ou slamment durant cette fin de show. Pure ambiance ! Je suis vraiment content de revoir les petits frères de Dying Fetus après toutes ces années. Le son est ultra massif et l’alternance des vocaux entre le frontman et Netherton est toujours aussi parfaite. Mention spéciale au t-shirt Shape of Despair de ce dernier qui détonne complètement du reste de la prestation. À ma grande surprise, le groupe a réservé The Spectator, un des meilleurs missiles live de Heirs…, pour la fin de set. C’est donc ce titre, parmi mes favoris, qui aura l’honneur de précéder l’hymne Traitors en final de concert. Totale violence !

La bande à Netherton ayant fini plus tôt que prévu, j’ai le temps de foncer à nouveau vers la troisième scène pour savourer la fin de set des Californiens. Et c’est donc sur un classique Morbid Faith que Sadistic Intent clôt son excellente prestation. Et même si ça ne bouge pas autant qu’au concert d’en face, je constate qu’un petit pit s’est formé entre temps. Je viens d’assister à deux des meilleurs concerts de la journée (pour l’instant). Pourquoi faut-il qu’ils aient été programmés en même temps ?!!!

Origin

Tout comme Misery Index, cela faisait au moins trois ou quatre ans que je n’avais pas vu Origin. Je me réjouissais donc de revoir le quartet de l’espace en espérant que la setlist ne comporte pas trop de morceaux récents. Mais les rumeurs que j’avais entendues les jours précédents se confirment lorsque j’aperçois la scène. Mike Flores est absent, et aucun bassiste ne le remplace. Pour du Crust ou du Punk Hardcore, je peux comprendre que le groupe puisse vouloir jouer malgré l’absence d’un bassiste (encore que…), mais pour une formation comme Origin, où absolument tous les musiciens du groupe sont de véritables piliers, c’est tout simplement inadmissible. Dans Origin, la basse, la gratte et la batterie sont un seul et même ensemble. Si l’un d’eux vient à manquer, tout se casse la gueule. Et c’est évidemment ce qui va arriver lors de ce concert. Dès l’ouverture sur Expulsion of Fury, le son est désagréable. Sans le bourdonnement si caractéristique de la basse, la guitare de Paul Ryan sonne faible, presque irritante lors des sweeps. Sans parler des back vocals qui en prennent aussi un sacré coup. Mais le comble de la gêne est atteint lorsque Keyser demande au public de monter sur scène pour venir faire du « air bass » sur Saligia. On a pourtant l’habitude des concerts d’Origin à l’ambiance très fun, surtout depuis l’arrivée de Keyser, mais là c’est trop. Une bouillie sonore couplée à une véritable foire à la saucisse sur scène. Je ne peux pas. Direction le bar pour noyer mon chagrin…

Toxic Holocaust

Place maintenant au dernier enchaînement de cette troisième scène. Celui qui va faire remonter le niveau de manière exponentielle en à peine quelques heures. Et la fête commence avec LE meilleur groupe de Revival du monde, j’ai nommé Toxic Holocaust. La bande à Joel Grind va une nouvelle fois nous prouver que son cocktail Metal Punk 80’s explose allègrement tous les autres groupes de Thrash ou de pseudo Speed « evil » actuels. Et le tout commence direct avec War is Hell. Je me prépare déjà à ramasser mes dents. La fosse est bien peuplée et le public n’attend pas de directive de la part du frontman pour mosher ou lancer des circle pits, notamment sur les nombreux titres d’Overdose of Death joués ce soir. Aucun morceau de Hell on Earth n’est malheureusement interprété, mais les Reaper’s Grave et autre Wild Dogs font toujours leur effet ! Le guitariste est certainement le plus au taquet du trio et ne cesse de chanter les paroles et de faire des signes au public. Joel sourit quasiment tout du long et je suis étonné à quel point ce gars ne prend aucune ride au fil des années. Le fait de jouer de la musique d’une autre époque a l’air de le préserver du passage du temps… Sa voix est un peu trop en retrait en début de concert, mais l’ingé’ son ne tarde heureusement pas à corriger le tir. Pour le reste c’est un sans-faute. Les gars de Municipal Waste sont évidemment sur le côté de la scène, et un de leur roadies fait d’ailleurs plusieurs stage dives durant le set depuis les enceintes sur la droite. À égalité avec le groupe susnommé, Toxic Holocaust remporte haut la main la palme de la meilleure ambiance fosse du week-end. C’est vraiment un régal de contempler tant de gens différents se mettre sur la gueule au son ultra old school du groupe ; je n’y résiste d’ailleurs pas moi-même lors de certains morceaux. En revanche, je suis vraiment étonné de la durée de set des Américains. Nuke the Cross et Bitch arrivent vraiment beaucoup trop vite, et le groupe finit avec quasiment 15 minutes d’avance sur son propre temps de jeu. Le line up changeant assez souvent, est-ce que les autres musiciens ne connaissent aucun autre morceau ? Ou le groupe est simplement flemmard ? Je ne sais pas… Car ils ont pourtant l’air d’avoir passé un bon moment. Dommage. Mais en tout cas, le trio vient de m’offrir l’un de mes meilleurs concerts du fest. Toxic Holocaust est définitivement pour moi le meilleur groupe de Revival possible. En studio comme en live, Joel Grind connait ses références et les applique à la perfection, parfois même mieux que ceux dont il s’inspire. En espérant que leurs prochaines dates soient un peu plus conséquentes en termes de temps de jeu. À demain !

Dying Fetus

Après Cannibal Corpse la veille, voici l’un de mes autres groupes préférés du monde. Un autre trio américain qui va, tout comme le précédent, tout défoncer en l’espace de 45 minutes. Aux inconscients qui ne connaîtraient pas encore la formation, Dying Fetus est tout simplement la définition parfaite du terme « DeathCore ». Exit les tarlouzes à mèches colorées qui croient qu’une juxtaposition de breakdowns nuls consiste à faire du Deathcore. Ici, nous avons affaire à la jonction parfaite entre le Brutal Death US et le Hardcore, le tout interprété de manière extrêmement technique mais jamais démonstrative. Tout comme de rares autres groupes US à la carrière aussi importante, Dying Fetus n’a jamais pondu un seul mauvais album. Ces gars ont une constance incroyable depuis plus de 25 ans, et le confirment à chaque fois en live, et ce soir ne fera pas exception à la règle.

Le trio arrive sur le titre éponyme de son dernier album et la fosse explose déjà. Pour ma part, je ne trouve pas ce titre si puissant que ça en live comparé à un Fixated on Devastation ou autre, mais au vu de la fosse cela a l’air de fonctionner du feu de dieu. Pareil pour Induce Terror dont le breakdown final est pour moi vraiment très faible, mais le public apprécie tout autant. Le son est absolument parfait, même sur cette troisième scène. C’est bien simple, en je ne sais combien de concerts du groupe, il n’y a qu’une seule fois au Hellfest où Dying Fetus avait un mauvais son. Dans n’importe quelle configuration, les sets de ces gars-là bénéficient 99% du temps d’une qualité sonore irréprochable ! Sans surprise, l’arrivée de Grotesque Impalement est une nouvelle fois mon meilleur moment du festival. Ce morceau est définitivement le truc le plus dansant de toute l’histoire de la musique extrême ! Comme à leur habitude, les trois gaillards restent assez statiques derrière leurs instruments, mais contrairement à d’autres groupes cela joue en leur faveur. Même sans trop bouger sur scène, Gallagher et Beasley sont vraiment hyper charismatiques. Et l’alternance de leurs différents vocaux est toujours aussi dingue. Malgré la présence de Misery Index plus tôt dans la journée, il n’y aura malheureusement pas de featuring avec Netherton sur les morceaux de première période, dommage. Mais ceux-ci n’en sont pas moins excellents. La palme de l’efficacité revenant encore et toujours à Praise the Lord. Meilleurs riffs, meilleurs bridges, meilleurs placements de chant, meilleurs breaks, bref, sans conteste l’une de leurs meilleures compos tous albums confondus. Et la fosse l’a bien compris à l’écoute de ce missile en fin de set. Les gars se retirent sobrement après le sempiternel Kill your Mother… et reprennent la route. J’ai déjà hâte de les revoir le lendemain à Montpellier en compagnie de Toxic Holocaust !

Municipal Waste

Et voici déjà venu le temps du dernier show du week-end, pour ma part du moins. Après toutes ces années de concerts et festivals, croyez-le ou non, mais je n’avais toujours pas réussi à voir Municipal Waste en live. En matière de Crossover, je garde une préférence pour les groupes de « l’âge d’or », mais en termes de Revival, j’avoue que Municipal Waste ne me laisse pas indifférent. Et à l’écoute des nombreux témoignages de potes, je crois pouvoir m’attendre à un bordel sans nom.

Malheureusement, dès l’ouverture, le groupe souffre d’un problème de batterie qui empiète sur une petite partie du set. Mais une fois le souci réglé, c’est l’apocalypse dans la fosse. Je ne suis pas déçu. Tout est exactement comme je l’espérais pour un show de Municipal Waste. Mosh de partout, circle pits, slams à tout-va, objets gonflables, etc. À part Hazardous Mutation et Art of Partying, je ne connais pas bien la discographie des Américains, mais je suis ravi de constater que ces deux albums constituent la majeure partie du set de ce soir. Le public connaît d’ailleurs tous les refrains par cœur, l’ambiance est vraiment folle. Lors du milieu de set, le chanteur demande d’ailleurs au plus de gens du public de crowd surfer en même temps et sans interruption durant la totalité du morceau. Et effectivement, les gars de la sécurité ne tardent pas à être mis à rude épreuve. On se prend une véritable avalanche de slams dans la tronche, en plus du pit qui continue de plus belle.

En plus des Sadistic Magician et autres Beer Pressure, c’est évidemment le final sur Born to Party qui vient mettre un point d’honneur à cette déferlante de violence. Je regarde autour de moi et, du premier rang jusqu’au fin fond de la colline, presque tout le monde scande le fameux « Muncicipal Waste is gonna fuck you up » ! Tout comme pour Sadistic Intent un peu plus tôt, il s’agit de la dernière date de la tournée du groupe, et cela se sent en fin de set à l’écoute de la voix du frontman, plus aussi puissante qu’au départ. Mais cela ne l’empêche heureusement pas de finir le set comme il se doit, et il en est de même pour les autres musiciens. Le trio basse-grattes fait d’ailleurs de petites chorégraphies synchros pendant Parole Violators. Ces gars mettent vraiment l’ambiance de toutes les manières possibles ! Mes concerts du fest restent ceux de Dying Fetus et Toxic Holocaust, mais Municipal Waste vient assurément de me mettre la claque que j’espérais. Aux côtés du clash Sadistic Intent / Misery Index, il s’agit clairement d’un de mes autres concerts du week-end ! Une fin de festival en apothéose !

***

Après ces trois années d’absence, je constate donc que le Motocultor s’est vraiment amélioré sur pas mal de points. Et même si je n’ai pas autant de groupes à y voir que sur d’autres festivals, la plupart des prestations furent un vrai succès. Si j’avais quelques conseils à donner, ce serait avant tout : moins de groupes par jour. Malgré un festival sold out, et encore en pleine expansion, nous sommes encore très loin d’un Hellfest bis (encore heureux). Il faudrait donc peut-être songer à programmer moins de groupes pour que ceux-ci puissent délivrer des prestations à la hauteur de leur renommée. 50 minutes pour certaines têtes d’affiches ce n’est vraiment pas assez, de même que 40 minutes pour de tout petits groupes de Punk en début de journée, c’est bien trop. Au-delà de ça, le sold out n’est finalement pas un problème. Je n’ai pas trouvé le site si surpeuplé que ça, et l’attente dans les différents stands – bien qu’elle soit encore assez longue – s’est grandement raccourcie. Sinon, à titre plus personnel, essayez de répartir un peu mieux les groupes d’extrême sur les différentes scènes. Pour ma part j’ai quasiment passé l’intégralité de mon week-end devant la Supositor, ce qui est fort dommage. Mais encore une fois, cela reste anecdotique. Comparé à mes précédentes éditions, ce cru 2018 restera je pense mon meilleur Motocultor à ce jour. Merci à l’orga et peut-être à une prochaine fois !