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samedi 30 août 2025

Carpenter Brut - Nouvel album, Nine Inch Nails et Spotify

Carpenter Brut

Mess

T'façon, je préfère Aphex Twin.

Amorcée en 2018 avec l'ultra-dansant Leather Teeth puis, en 2022, la brutalité de Leather Terror, la trilogie lancée par Carpenter Brut va bientôt connaître sa conclusion avec un dernier album dont on s'interroge sur la direction artistique, tant l'énigmatique étoile de la synthwave peut se montrer très discret.

Quand ? De quelle manière ? À quoi s'attendre ? Des questions qui ont brûlé les lèvres de la rédaction d'Horns Up. L'équipe a donc décidé de saisir l'occasion de le croiser au Motocultor Festival pour enfin obtenir les réponses à toutes nos interrogations concernant ce futur album mais aussi son rapport à l'IA, les cérémonies de récompenses et Spotify.

*

Déjà, ma première question c'est : comment tu te sens ? Artistiquement parlant, tu commences à avoir quand même pas mal de bouteille, pas mal de projets derrière toi. Il se sent comment, Carpenter Brut, avec tout ce passif et cette tournée en ce moment ?

Bah écoute, ça va plutôt bien ! Je viens de finaliser l'écriture du prochain album donc ça veut dire que si tu as des questions dessus, je pourrai enfin y répondre parce que jusqu'à présent c'était un peu genre « je sais pas trop où j'en suis ». Là, j'ai le truc, je suis assez confiant. Je ne sais pas ce que ça donnera, mais en tout cas je suis très content de l'avoir fini. Surtout que si je remonte un an et demi en arrière, il y a beaucoup de morceaux qui ont dégagé au profit de nouveaux faits un peu sur l'instant... J'ai un peu changé ma façon de faire. Autrement, je trouve qu'en plus, on a des bonnes dates, on a des bons slots pour jouer, on voit un peu l'évolution.

Petite sortie estivale pour toi, histoire de se mettre en jambes, c'est ça ?

La date de sortie n’est pas encore fixée exactement mais certainement début 2026. Il fallait qu'on tourne un peu parce que ça permet de gagner quelques sous pour la production du prochain show, mais aussi de ne pas trop perdre la main, de rappeler aux gens qu'on existe et que ça tourne toujours. Et c'est vrai que maintenant, si tu ne fais pas un post tous les jours pour dire que t'es là, et bien, tu es vite remplacé…Alors, t'es vite remplacé : oui et non, parce que quand les gens te revoient, ils se disent : « ah bah oui y’a l’autre con, il existe » (il rigole). C’est vraiment histoire de pas trop perdre la main, gagner un peu d’argent pour avoir une scéno’ plus impressionnante la prochaine fois…

Ben… justement, ça tombe bien, c’était ma question suivante. J’ai enfin vu Nine Inch Nails en live en juillet dernier…

Ah bah t’as pris une branlée ! J’y étais aussi ! Quel show !

Absolument ! J’ai lu, dans une précédente interview, que tu avais cité les shows de Nine Inch Nails comme quelque chose de très inspirant pour toi. Est-ce que c’est toujours un objectif pour toi ? Il y a une vision Carpenter Brut qui va encore plus loin en termes de show ?

Ah bah grave ! Parce que là, à chaque fois, ce qui nous bloque c'est la thune avec l'explosion du coût de tout. Le matériel en France, les prix ont doublé, aux Etats-Unis, c’est fois huit. Quand t’es un groupe comme moi qui est connu mais pas au point de remplir des stades… En fait, il y a des stades où tu peux avoir du matos, et puis après, quand tu remplis une salle de 3, 4 ou 5000 places, tu vas avoir beaucoup de matos à disposition. Le nombre de personnes qui achètent un ticket fait que tu as beaucoup plus d'argent pour la production. Et après il y a aussi, est-ce que je dépense tout ? Est-ce que j'en garde un peu pour me payer aussi ? Est-ce que je garde des sous à la fin ? Donc Carpenter Brut c’est plutôt un projet qui essaye de pas perdre d’argent mais qui, fatalement, comme c’est en développement…

Ça doit être compliqué pour toi car c’est aussi un peu ce qu’on attend quand on vient voir un show de Carpenter Brut…

Bah ouais ! On attend qu’il se passe des trucs et je sais que c’est un vrai problème. Ce soir, par exemple, on a l’écran de LEDs pour le show. Mais la quasi plupart du temps on en a pas donc il manque ce petit truc. Je suis pas David Guetta, je saute pas partout donc je suis un peu obligé d’avoir des artifices pour que les gens en prennent plein la gueule. Comme à Nine Inch Nails. Ils étaient tout petit dans mon champ de vision mais le show était tellement intelligent, tellement mortel ! En tout cas, si tu dois viser quelque chose, c’est ces gens là. C’est tout. J’aime pas la demi-mesure en terme d’ambition. Je te dis pas que le but du jeu est de faire mieux que Nine Inch Nails car ils ont une carrière que je peux pas rattraper mais en tout cas, je veux que mes shows ressemblent à ceux de Nine Inch Nails.

Parlons de ton prochain album. Leather Terror tabassait, Leather Teeth c’est le glam dansant. Il faut s’attendre à quoi pour fermer cette trilogie ?

On la termine d’une manière exceptionnelle bien entendue (il rigole). Musicalement, ça va être 100% instrumental. L’album aura 10 morceaux, il fait à peine 39 minutes, très court, très efficace.

Tu t’es donc détaché de toute collaboration ?

J’ai décidé de trancher avec ce que j’ai fait avant. Et puis ça faisait longtemps que j’avais pas fait de chanson où il y avait beaucoup de « LA LA LA », que les gens peuvent faire comme sur un « Turbo Killer ». J’ai donc décidé de remettre la mélodie au sein des morceaux. Au niveau du style, les rares personnes l’ayant écouté disent qu’il est plus dansant. Pour moi, il est plus électro. Il est plus lié du début à la fin. J’ai fait petites incartades symphoniques. En tous cas, j’en suis hyper content. Là, j’en suis à la phase du mix. Franchement, je serai étonné que les fans de la première heure ne l’aiment pas. Bon après, il y aura toujours des gens qui ne l’aimeront pas mais on revient globalement vers Trilogy avec toutefois un peu plus d’expérience et de maturité… C’est l’album de la maturité ! (il rigole). C’est un peu un album : « tu sais quoi, je m’en fiche, je ne vais pas me prendre la tête et juste faire de la musique ». Et j’ai imaginé ce que ça pouvait donner en live également. C’est un album un peu plus pensé pour le live, qui s’écoute d’une traite. J’en suis content, vraiment. Je me demande même si mes prochains shows autour de cet album ne comporteront pas aucun titre chanté.

Tu auras le courage de virer « Maniac » de ta setlist ?

Alors ça non, évidemment. Je pense que celui-là, si je le fais pas, les gens vont me faire un scandale (il rigole). Je pense que je le jouerai toute ma vie, ne vous inquiétez pas ! Je pense toutefois faire un show avec une setlist plus modulable. Ça permettra de s’adapter aussi aux différents types de publics.

Justement, par rapport à ça, tu as fait, cet été, des festivals majoritairement metal. Le seul festival hors-metal, c’était Dour. Mais qu’est-ce qu’il en est des autres festivals ? Pourquoi j’ai cette sensation que la scène électro te boude et boude aussi la scène synthwave de manière générale alors qu’elle n’a jamais été aussi populaire ? On te ferme des portes ?

Je pense que le problème vient un peu de tout le monde, c’est un mélange. Là où je pense que je me retrouve bien dans la scène metal, et tu en es la preuve, les métalleux écoutent d’autres choses. Entre la scène electro et la scène metal, il y a toujours un va et vient qui se fait car on essaye de trouver un truc avec d’autres sonorités qui nous rappellent ce qu’on kiffe dans une scène. Moi, ce que j’ai fait avec Carpenter Brut, c’est que j’ai écouté du metal toute ma vie mais il y avait des trucs qui me manquaient dans le metal et que je retrouvais dans Justice, les Chemical Brothers. D’ailleurs, sur mon dernier album qui sortira l’année prochaine, je pense que c’est celui où j’ai le mieux réussi à faire ce mélange là… très Chemical Brothers, très Prodigy et ce que je faisais avant.

On est sur un côté moins punchy, moins rock ?

C’est pas du tout rock mais ça reste un son qui sera lourd. Pour les sonorités, on sera plus sur de l’electro. Mais pour revenir à ta question précédente, je pense que j’ai pas totalement ma place dans un festival electro car j’ai un batteur, un guitariste, ce sont des codes que les gens de l’electro n'ont pas. Et je ne leur en veux pas. On a un set-up qui donne un esprit rock. Alors oui, on a fait quelques incartades dans des festivals electro et ça a moins accroché. Ça marche mieux dans les festivals rock et metal. Les métalleux kiffent à la fin de la soirée d’écouter « Maniac » après avoir mangé du black metal toute la journée. Il y a un côté : « on se lâche, on rigole, on danse ». Il y a moins de paraître et de street cred, rien à faire de ça. Je ne romance pas ma vie. Finalement, j’ai fait aussi ce projet pour des gens comme moi, un peu timide… et des timides, il y en a beaucoup dans le monde alors j’essaie de leur dire :  « Venez vous amuser ! Venez passer un bon moment dans ce délire-là ». On a joué après Megadeth aux arènes d'Orange, je peux te dire qu’on a fait un four. Les fans dans la foule, pourtant, ce sont des hommes comme moi, de mon âge, j’ai grandi comme eux avec Megadeth et je me dis : « mais c’est quoi votre problème en fait ? » (il rigole).

Et à l’international, comment est la réception ?

Je te dirai que globalement, les gens viennent pour la même chose. Après, c’est plus ou moins démonstratif. Les Russes, ils sont fous lors de mes lives. Il n'y a pas la même énergie au Danemark par exemple. Parfois les mecs font deux mètres, ils croisent les bras et parfois les mecs se lâchent complètement, tu sais jamais…

Je voulais te questionner sur l’IA forcément… FM-84 a du démentir récemment que des morceaux générés par IA étaient de leur fait. Carpenter Brut et l’IA, alors ?

Ca dépend pour quoi faire. J’ai déjà essayé au niveau des vocals, tu vois. Essayer d’avoir des phrases un peu punchy, j’en ai une sur l’album. J’ai demandé à ChatGPT des suites d’accords quand je manquais d’inspiration mais tu vois, je ne vois pas forcément ça d’un mauvais œil car il y aura toujours des gens qui veulent écouter des morceaux faits sans IA et des gens qui n’aiment pas assez la musique pour que ça leur convienne d’écouter des trucs faits à l’IA. Le seul problème, ça va être la rétribution financière, c’est là où je me dis que Spotify a un modèle qui nous fait beaucoup de mal parce que quand tu auras 50% de morceaux IA qui sortent et 50% de morceaux issus d’artistes, quand ils vont payer, ils vont payer que 50% donc ça oui, c’est problématique. Mais l’IA en elle-même…ça va permettre de l’avancée en médecine…ça va permettre des Deep Fakes…c’est l’être humain…le pire et le meilleur en même temps… Mais moi, non, c’est un peu comme quand Spotify est arrivé, je trouvais ça très bien. Ça m’a donné la chance d’offrir à mon gamin beaucoup d’écoutes d’albums que tu pouvais pas forcément avoir tout de suite sous le coude pour lui faire écouter. Le boss de Spotify, c’est le diable mais je suis pas anti-Spotify, car je pense aux gens qui bossent chez Spotify. C’est comme Tesla, Elon Musk est fou mais le mec qui a inventé le moteur de la Tesla est pas forcément fou. Il faut faire un peu le tri des choses. Il faut juste savoir ce que tu peux en tirer de bon, c’est tout.

Tu vas jouer à la soirée des Foudres, cette soirée de récompense. On a vite tendance à décrier les soirées de récompense. Tu crois, toi, en ce projet ? Cette cérémonie peut délivrer un bon message ?

Dans le fond, je pense que non mais je pense qu’il faut quand même essayer. Le problème, ce n’est pas l’initiative. L’initiative est aussi cool que les cérémonies pour tous les genres de musique. Je ne vois pas pourquoi, alors qu’on a des groupes comme Gojira, Rise Of The North Star, Novelists, des groupes qui tournent à l’étranger…les cérémonies récompensent trop souvent des artistes qui ne sortent pas de France… Il faut essayer de le faire. J’espère que ça tiendra dans la durée. Moi, ma seule question avant d’accepter de faire ce show, c’était de savoir simplement si niveau matériel, ça allait passer. C'était une question purement technique, pour moi. Ces cérémonies seront toujours décriées de toute façon. J’invite les gens qui critiquent les choses qui n’existent pas encore à bien aller se faire foutre. Ils critiqueront ce qu’il y à critiquer mais seulement à la fin, après avoir vu. Laissez les gens faire. Il y a un public en France, c’est un fait. On doit essayer.

La suite pour Carpenter Brut après cette ultime date au Motocultor ? Tu nous donnes ton carnet de route ?

D’abord la finalisation de l’album puis je partirai 3 mois pour la composition de la B.O d’un film. Je vise mars 2026 pour commencer à tourner, d'abord aux USA même si c’est compliqué avec le matos et les visas… Il y aura aussi une grosse fiesta de festivals qui se prépare également pour l’été 2026. Et aussi, si ça marche bien, une tournée en Europe aussi en 2026 et d’éventuelles dates en Australie pour 2027 !

L'équipe Horns Up remerciera chaleureusement Carpenter Brut, No Quarter Prod et le Motocultor pour l'opportunité de saisir les mots derrière les synthés !