Live reports Retour
samedi 6 décembre 2014 - U-Zine

Sortilegia + Vemod + Hetroertzen + Cult of Fire + Khthoniik Cerviiks + Essenz

Magasin 4 - Bruxelles

U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Quand j’ai pris connaissance (tardivement) de cette affiche du 6 décembre 2014, je n’ai pas eu d’autre choix que me rendre à l’évidence : je ne peux rater cet événement, malgré ces centaines de kilomètres me séparant des Alpes du plat-pays bruxellois. Mais de quelle affiche il est question ? Ni plus ni moins que Vemod, Hetroertzen, Cult of Fire, Sortilegia, Essenz et Khthoniik Cerviiks, que l’on doit à A Thousand Lost Civilizations et Tanquam Aegri Somnia, ayant proposé par le passé des programmes du même acabit. 

Ni une ni deux on se mobilise pour préparer un covoiturage depuis Lyon : nous serons donc six de plus à participer à l’événement. Partis aux aurores, nous avalons les sept heures de route et arrivons finalement un peu en avance devant le lieu de cérémonie : une sorte d'entrepôt dans un îlot industriel au coeur de la capitale belge, qui ne paie pas de mine, s’apparentant plus à un squat ou un repaire de marginaux, le dénommé Magasin 4.
Dix-sept heures, les portes en ferraille s’ouvrent, nous pénétrons dans l’antre qui a plutôt de la gueule au final, avec ce décor mortifère sur scène. Je m’empresse de dévaliser les stands de merchandising pour notamment faire le plein des sorties annoncées ce soir (nouveau Hetroertzen et premier album de Sortilegia, entre autres). Pendant ce temps-là, sur scène, les musiciens règlent leurs balances dans un brouhaha quelque peu assourdissant, faisant poindre en moi un certain scepticisme pour la suite.

La salle s’éteint, le premier groupe lance les hostilités. Il s’agit des allemands au nom barbare de Khthoniik Cerviiks, qui se produit sur scène ce soir pour la première fois. Le projet est assez récent, tout juste un an et trois démos sorties à ce jour. Les teutons ont donc tout à prouver aujourd’hui en venant nous interpréter leur dernière production en date “Heptaedrone”. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne font pas dans la dentelle. Officiant dans un registre Death/Black Metal, le trio balance ses titres sans faire de fioriture, c’est franc et direct, me rappelant par instants Tsjuder. Mention particulière au volumineux guitariste Khraâl Vri*ïl qui astique son manche comme un morfal pour ses soli joués à la vitesse éclair. Pour une première, la démonstration est relativement convaincante même si le son beaucoup trop fort et brouillon n’a pas joué en leur faveur.

Setlist :
The grand sidereal swindle
Colliding Spheres Bend Solar Years
Elektriik Redeemer
Magmatiik Moil
Black Hole Neurotransmission
Moraines of Molten Light (Khthoniik Cerviiks Inhalement)
Hell spawn

Place ensuite aux invités de dernière minute Essenz. Initialement non programmés ce soir, ils ont dû pallier l’absence de LVTHN qui a annulé une semaine avant pour cause de batteur défaillant, à mon grand désespoir. C’est donc la première fois que j’entends parler de ces allemands. Pourtant, avant même que ne commence leur prestation, lors du réglage des balances, je me suis dit qu’on courait droit à la catastrophe quand ils faisaient signe de monter le son, jusque-là à la limite du supportable. Et ça n’a pas loupé, leur doom/death s’est transformé en une bouillie sonore infâme, la plupart des instruments étant sursaturés, basse et batterie en tête. Pourtant leurs morceaux avaient l’air intéressants moi qui suis plutôt bon client de ce style, sorte de Reverend Bizarre à la sauce death, alternant passages pachydermiques et instants plus brutaux, avec une voix abyssale à la DiSEMBOWELMENT. Mais rien n’y fait, l’ingé son avait probablement de la merde dans les oreilles, du coup j’ai décroché et me suis barré prendre l’air.

Setlist :
Amor
Pleroma
Paranoia
Lavitae

C’est quelque peu agacé (euphémisme) par ces réglages désastreux du son que j’aborde le set de Sortilegia. Pourtant je suis entre autres venu pour voir cette mystérieuse entité canadienne, avec seulement deux démos produites mais avec son premier album dont la date de sortie n’est autre que ce soir. Le titre proposé en écoute il y a déjà plusieurs semaines par Van Records m’avait plus que convaincu, attisant d’autant plus ma curiosité et mon impatience. Le décor sur la scène est avancé au milieu et au bord de la fosse, arborant crânes, bougies, encens...la panoplie complète de ce que peut prétendre une formation de black occulte comme Sortilegia. La première chose qui surprend lorsqu’entrent sur scène les acteurs de la formation : ils ne sont que deux ! Plus étonnant encore, c’est une femme qui tient le rôle principal de guitariste/vocaliste. On est visuellement à la croisée d’un Inquisition et Darkened Nocturn Slaughtercult. Ne vous y méprenez pas, sous le charme incroyable de cette belle blonde se cache une sorte de veuve noire, à l’esprit torturé et malsain, à l’image de sa musique, profondément ritualistique. Les riffs sont vicieux et noirs, les titres sont la plupart du temps instrumentaux et sans répit, la leader distillant de temps à autre quelques cris stridents. D’ailleurs cette dernière parait totalement possédée par l’ambiance de mort régnant sur scène, avec son regard tantôt ailleurs, tantôt déterminé. Même si de nouveau la qualité du son laisse à désirer, le duo a foutu une sacrée claque au public. Impressionnant.

Setlist :
?


Au tour d’un groupe très attendu parmi l’assemblée : Cult of Fire. Il en aura fallu du temps aux tchèques pour s’installer, ou plus précisément à leurs décors. Entre 30 et 45 minutes de mise en place de toutes leurs babioles dignes d’un Valérie Damidot du Black Metal pour réagencer la scène : bannières, ferronneries, tables, ossements, bougies et...de l’encens, des kilos d’encens. Au moment où débute leur set, la salle est plongée dans un épais brouillard et ça commence légèrement à irriter globes oculaires et diverses muqueuses, bref. Comme à l’accoutumée, les musiciens montent sur les planches dans leurs costumes pour renforcer l’aspect cérémoniel. Assurément, le spectacle est bien rôdé même si sur scène les membres sont assez statiques et semblent se reposer sur leur image, seul le leader derrière ses faux effectue quelques gestes dans un style théâtral ; Cult of Fire, en quelque sorte le Ghost du Black Metal. Sept hymnes distillés pour cette représentation, extraits de leurs deux albums studio (Triumvirát & मृत्यु का तापसी अनुध्यान), passant relativement bien. Le son semble enfin s’améliorer même s’il reste encore perfectible, le niveau de la voix étant notamment surélevé, laissant le loisir au public d’évaluer l’impressionnante puissance de coffre du vocaliste. A force d’avoir le nez dans l’encens pendant un long moment, je suis allé prendre l’air sur la fin du set, ça en devenait asphyxiant (raison pour laquelle les organisateurs ont aéré à l’entracte, soit dit en passant). C’est à peu près le seul reproche que j’ai à faire ici, Cult of Fire a fait le job.

 

Setlist :
मृत्यु का वीभत्स नृत्य
मृत्यु ही सत्य है
अस्तित्व की चिता पर
खण्ड मण्ड योग
Závěť Světu
Satan Mentor
खण्ड मण्ड योग





Après un bol d’air frais bienvenu, il est temps de retourner dans la fosse pour ne pas rater l’entrée en scène d’Hetroertzen. Découverts sur le tard, ces suédo-chiliens sont rapidement devenus incontournables dans ma playlist, ayant sorti un Exaltation of Wisdom en 2010 que je considère comme parmi les meilleurs albums de Black Metal, pour son côté occulte et ses compositions hautement inspirées. J’ai donc hâte de voir ce que donne leur prestation live, d’autant plus qu’aujourd’hui ils sortent leur nouvel opus “Ain-Soph-Aur”. Les musiciens ont beau être cinq sur l’autel, les regards sont irrésistiblement attirés par le vocaliste Frater D, présentant un look inhabituel avec son masque-diadème, sa queue de cheval et son visage aussi blanc qu’un albinos. Son jeu vocal n’en est pas moins dénué d’intérêt, s’étendant tant dans les incantations que des cris perçants, se mariant parfaitement avec les compositions malsaines et sombres délivrées par ses compères. Les nouveaux titres paraissent intéressants, mais j’attendais surtout ceux de l’album référence cité précédemment, chose faite avec l’exécution de “The final breath of mankind”, toujours aussi exquis. Petit regret, j’aurais aimé y voir figurer “Like the serpent” ; on ne peut pas tout avoir ! Quoiqu’il en soit, mes attentes auront été pleinement satisfaites par ce rituel, Hail Hetroertzen !

Setlist :
Intro
Blood royale
Ardetha
Interludium
The rose and the cross
The white priestcraft
The final breath of mankind
Piercing the veil
Outro






Changement radical d’ambiance pour l’accueil des norvégiens de Vemod : les lumières s’éteignent toutes ou presque, seuls quelques rais bleus laissent deviner la silhouette des trois individus dans cette obscurité. En arrière-plan de la scène, on peut observer la projection d’un film d’ambiance avec une multitude de formes apaisantes, lentes et célestes (étoiles, aurores boréales,...). Les musiciens sont vêtus de façon très classieuse, en costume ; plus qu’un concert, ils sont en représentation ici, tel un orchestre, comme l’atteste la présence de ce pupitre devant le vocaliste. Pourtant, on peut se demander pourquoi Vemod, avec une discographie si faible (un album, deux démos et un split), occupe le haut de l’affiche ? Probablement car l’expérience live est quelque chose de totalement unique avec eux. Il est plus de minuit passé, les organismes commencent à être fatigués, mais paradoxalement ce sont les conditions idéales pour appréhender leur show. L’espace de leur set, le temps s’est brusquement arrêté, plongeant l’auditoire dans une lointaine galaxie, dénuée de tout repère. Les scandinaves sont venus délivrer cinq titres, dans un registre Black Metal intense et spirituel, prouvant qu’atmosphérique et rapide ne sont pas deux notions antinomiques en musique. Les morceaux sont entrecoupés d’intermèdes aussi beaux que planants, comme cette interprétation a capella de J.E. Åsli, des plus célestes. Le dernier titre (Og vinden sang mitt navn) est probablement le point d’orgue émotionnel de cette soirée, les riffs sont aussi répétitifs que cosmiques, ces quelques minutes auraient pu durer des heures tant l’ambiance était hypnotique. Vemod, à la croisée d’un Ulver et Darkspace. Un spectacle intemporel et envoûtant, parmi les meilleurs que j’ai pu vivre. Respect total.

 

Setlist :
Der guder dør
Bortenfor
Untitled middle piece (organ + vocals)
Ikledd evighetens kappe
Og vinden sang mitt navn





Mon grand regret de cette soirée aura été la gestion très laborieuse (pour ne pas dire mauvaise) du son, trop fort, qui aura entaché la prestation des premiers groupes. Fort heureusement cela s’est arrangé sur la fin ; je n’ose imaginer la frustration qui aurait été mienne si Vemod avait joué dans les mêmes conditions qu’Essenz…

Sur les six groupes en représentation ce soir, deux m’ont totalement scotché : Sortilegia et VemodHetroertzen, Cult of Fire et Khthoniik Cerviiks n’ont quant à eux pas démérité en assurant de solides prestations. Au final, seul Essenzm’a laissé dans l’indifférence la plus totale. Tous ces kilomètres de route auront été rentabilisés par cette excellente soirée. Merci à tous les acteurs.