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vendredi 8 mars 2019 - S.

A Thousand Lost Civilizations festival - J3 @ Bruxelles

Magasin 4 - Bruxelles

S.

[Lire le report du Jour 1]

[Lire le report du jour 2]

S. : Pour cette troisième journée de festival, on quitte l’Atelier 210 pour rejoindre l’antre du Magasin 4. Il s’agit d’une sorte de grand hangar qui, d’extérieur, semble assez délabré. J’étais venu ici en décembre 2014 pour un concert déjà organisé par A Thousand Lost Civilizations. Si l’affiche avait été exceptionnelle, je n’en avais néanmoins pas gardé un souvenir mémorable sur le plan du son (cf report). C’est donc avec une certaine appréhension que je pénètre dans ce bâtiment…

Matthias : Changement radical de décor : après deux jours dans le centre névralgique de Bruxelles, nous voici aux portes de Molenbeek, commune post-industrielle bordée par le canal et le port de la ville. Si le Magasin 4 est bien une relique de l’âge de l’acier et du charbon, c’est aussi l'une des institutions les plus emblématiques de la scène underground bruxelloise, et même belge. Ouvert au 4, rue du Magasin en 1994 avant de déménager en 2008 dans ce hangar des anciens docks, le M4 vit depuis grâce à un équipe de bénévoles déterminés, dans le plus pur esprit DIY, à maintenir en pleine ville une grande salle dédiée aux courants musicaux qui déraillent de la zone de confort moyenne de la population. Je ne saurais même plus lister les concerts auxquels j’ai assisté dans ces murs de tôle. Hélas, victime de la gentrification du quartier, le M4 tel qu’il existe actuellement est appelé à, encore une fois, disparaître à brève échéance. Mais ça ne sera toujours pas le dernier chant du phénix : la bataille juridique gagnée, le M4 devrait être relogé un temps avant que la ville ne lui bâtisse une salle toute neuve. C’est donc seulement un chapitre de plus qui se tourne, et non les dernières pages.

 

(The Dead Creed)

S. : Alors que les oreilles sifflent encore des assauts sonores des deux jours précédents, on attaque en douceur avec The Dead Creed. Le one-man-band grec qualifie sa musique de, je cite, “Acoustic Death Metal Project influenced by Monasticism and Ascetic Life”. Devant une assemblée encore clairsemée pour cette fin d’après-midi, on retrouve donc sur les planches le seul et unique membre, Thomas Eremite, tout encagoulé et de noir vêtu. La mise en scène est minimaliste : une table où sont entreposés de l’encens et quelques bougies, éclairant l’individu assis sur un tabouret à côté. Rien de mieux pour proposer un set intimiste. Armé de sa guitare sèche, le musicien propose des compositions envoûtantes et mystiques, dont les consonances rappellent l’Antiquité. Les accords sont accompagnés d’un chant clair assez en retrait, aériens et plus apparenté à une présence fantomatique. Un concept assez atypique et spirituel qu’on pourrait éventuellement comparer à Karl Sanders ou Ra Al Dee Experience. Pour ma part j’ai été totalement séduit par The Dead Creed (un peu moins par le brouhaha des gens durant la représentation).

Matthias : Je m’attendais à ce que la journée commence une fois de plus sur un projet Ambient dont je reconnaîtrais la qualité sans trop savoir comment l’appréhender en live. The Dead Creed constitue donc une très bonne surprise. Si ce projet musical se présente comme du Death acoustique, c’est surtout son aspect introspectif qui ressort, en particulier en live. Sur ce point, la présence, forcément minimaliste, d’un seul musicien sur scène, assis avec sa guitare sèche et plus attentif à l’encens qui se consume devant lui qu’à son auditoire, rend ce concert très intimiste, apaisant pour l’âme même, après tant de blasphèmes, et je me laisse porter par les sonorités orientalisantes des cordes. Ce n’est que par après que j’ai appris que The Dead Creed venait de Grèce, et ce concert me confirme à la fois l'ingéniosité de la scène extrême hellénique, et la sensibilité particulière que j’ai avec elle.

Setlist :

The dead shall arise (intro)
The great schema
Sackcloth
Cypress
Rassophore
Metamorphosis
Archangel
Piety

  

 

(Terrifiant)

Matthias : A Thousand Lost Civilizations nous a déjà offert quelques enchaînements osés dans la programmation, mais avec TerrifianT on passe deux crans au dessus: c’est un groupe de Heavy/Speed, dont la présence sur l’affiche d’un festival aussi orthodoxe semble pour le moins incongrue. Au défi s’ajoute une fameuse assurance, voire une certaine inconscience, car il s’agit là du premier concert de la formation bruxelloise ! Je n’étais pas certain de l’accueil que le public comptait leur réserver. Il fut finalement plutôt cordial : tandis que les membres de TerrifianT font courir les doigts sur les manches, les têtes s’agitent un peu plus bas et dissipent un temps les émanations un peu trop lourdes qui stagnent dans la salle. Les musiciens sont visiblements expérimentés, et certains morceaux m’ont semblé avoir le potentiel pour s’ériger en nouveaux hymnes du genre. Pour une première performance, TerrifianT s’en sort avec les honneurs, alors que le groupe n’était véritablement pas en terrain conquis !

Setlist :

Metal and more
Bed queen
Just because I can
Devil in transport
Heartbreaker (Par Benatar cover)
Speedline

 

 

(Kringa)

Matthias : Encore un groupe qui n’a pas d’album à son actif bien que, depuis 2011, Kringa ait quand même accumulé une jolie série de démos et d’EP. Les Autrichiens, qui tirent leur nom d’un village d’Istrie qui aurait été témoin d’une affaire de vampirisme au XVIIe siècle, nous livrent ici une compilation de leurs enregistrements. Leur style oscille donc selon les morceaux, entre du black au rythme entêtant sur Wreck the Temples, et des riffs quasiment punk avec Pearly Gates. Je découvre le groupe, mais dans l’ensemble, Kringa nous offre un Black Metal sans fioritures, carré mais efficace, et avec quelques passages assez prenants quand le tempo s’accélère. Avec Hagzissa, qui partage d’ailleurs deux membres avec Kringa, l’Autriche semble pouvoir aligner quelques jeunes espoirs de la scène Black.

Setlist :

Unwind the Gap Anew !
Darkness is Churning
Wreck the Temples
Eroding Passage
Pearly Gates
Nigromancee

 

 

(LVTHN)

S. : J’avais failli voir se produire LVTHN ici même il y a 4 ans, mais les Belges avaient dû annuler leur prestation à la dernière minute suite à un souci du batteur. Aujourd’hui, les régionaux de l’étape sont bel et bien là et prêts pour en découdre. Ils déversent à l’assemblée un flot de haine et de crasse, grâce à leur Black Metal pernicieux et sans concession. Sur un de leurs morceaux, le groupe s’est fait rejoindre par une demi-douzaine de vocalistes en guest pour accentuer l’atmosphère occulte et suffocante de leurs compositions. Enfin, pour conclure le show dans la violence la plus pure qui soit, le quintet a envoyé leur reprise de Katharsis, “666”, histoire de finir d’énerver l’assistance comme il se doit ! Une bonne performance de LVTHN.

Setlist :

Arachnidia Lilith
Shemamithilil
Akkawbishia
Zchalayla

 

 

(Blue Hummingbird on the Left)

S. : Blue Hummingbird on the Left, plus connu sous son diminutif B.H.L., est l’un des projets phares du Crepusculo Negro, groupuscule du sud de la Californie créé par Eduardo "Volahn" Ramirez. Les différentes entités gravitent toutes plus ou moins autour de la thématique aztèque et maya. C’est en quelque sorte l’équivalent local des formations norvégiennes du début des années 90’ qui exploitaient la mythologie nordique. Après deux splits et un EP, B.H.L. a sorti son premier album en février dernier chez Iron Bonehead. J’avais eu l’occasion de les voir se produire à Lyon en janvier 2018.
Avec de nouvelles compositions depuis, le groupe emmené par Tlacaelel au chant fait monter la température d’un cran dans le Magasin 4 grâce à leur Death/Black aux fortes consonances sud-américaines. Si le show se révèle assez haletant avec ce rythme comparable à un cheval au galop, je reste assez partagé sur l’appréciation globale : le son est trop fort et la restitution en devient assez brouillonne. Dommage.

Matthias : Voilà justement un de ces groupes américains qui marient Black Metal et civilisations précolombiennes, comme j’en parlais dans le report du premier jour. Blue Hummingbird on the Left, dont le nom est la transposition littérale de Huitzilopochtli, le “guerrier ressuscité”, l’un des dieux majeurs du panthéon mexicain, compte bien faire honneur à un si illustre patronage. Nos colibris jouent fort, très fort, comme s’ils voulaient, par le fracas de l’os de et de l’obsidienne, éveiller une déité qui n’a plus goûté au sang humain depuis trop longtemps. Sur l’audience en tout cas ça fonctionne, et quelques ruades s’échangent dans la fosse. Je pense un moment joindre les hostilités, mais je décide finalement de rester focalisé sur la musique. B.H.L. nous offre un très bon show, même si je rejoins S. pour le rythme très (trop ?) rapide: à force de sprinter, l’oiseau s'essouffle et stagne un peu. Un concert très prenant toutefois, et je reviendrai volontiers témoigner de la gloire de Huitzilopochtli !

Setlist :

Non communiquée

 

 

(Svartidauði)

S. : Pour le set des Svartidauði, nous avons enfin le droit à un jeu de lumières digne de ce nom. Cela change des ridicules spots rouges et des quelques bougies. La scène devient rapidement aussi lumineuse qu'embrouillardée. Si l'approche visuelle apparaît soignée, l'aspect musical est quant à lui complètement relégué au second plan. Déjà, le premier morceau est gâché par un bruit strident et persistant qui, heureusement, va être solutionné à la fin du titre, moyennant tout de même un petit intermède de quelques minutes. Mais le pire est à venir : le son. Outre le fait d'être bien trop fort, il présente une qualité des plus médiocres. Le show de Svartidauði est un véritable calvaire auditif. Je n'ai aucun plaisir à l'écouter, je le subis. D’ailleurs, je commence sérieusement à me demander si l’ingé’ son dans cette salle ne souffrirait pas de troubles auditifs.
Décidément, les Islandais n’auront pas été épargnés par ces histoires de qualité sonore durant ce festival, puisque deux jours plus tôt le set de Misþyrming a été complètement massacré lui aussi. Cette fin de soirée devient de plus en plus poussive...

Matthias : Il faut bien reconnaître que la seconde formation islandaise du festival a fait preuve d’une sacrée malchance : à devoir refaire ses balances après un larsen à réveiller les morts pour leur faire faire la file chez un ORL, le sentiment d’immersion a pris en a pris un sacré coup. Quand le concert reprend, Svartidauði parvient néanmoins à installer une certaine ambiance de désolation glaciale. Mais il n’y a rien à faire, l’immersion a vraiment du mal à s’installer ;  Svartidauði souffre pour moi, et avec une certaine logique, du même défaut que je faisais remarquer pour Misþyrming, et pour la scène islandaise en général. En outre, les morceaux me paraissent tous fort semblables. Je n’en attendais personnellement pas beaucoup d’un groupe qui me laisse assez froid - si je puis dire. Mais je déplore vraiment qu’ils aient eu à subir de tels problèmes techniques.

Setlist :

Non communiquée

 

 

(Mgla)

S. : Pour la préparation de Mgla et le réglage des balances, on perçoit du polonais dans les retours, provenant de la régie. C'est plutôt bon signe : ils semblent avoir leur propre ingé’ son, de quoi espérer mieux que le groupe précédent (pouvait-on faire pire ?). Au niveau des lumières aussi, c'est nettement plus accrocheur : pour la première fois depuis 3 jours, du bleu émane de la scène.
La setlist posée au pied des musiciens renseigne sur le show à venir : 9 morceaux sont mentionnés dont 5 proviennent du dernier album Exercises in Futility. Dans leurs blousons en cuir et leurs visages dissimulés sous un tissu noir, les Polonais envoient leur Black Metal à l’assistance qui semble acquise à leur cause. De mon côté, je suis toujours ennuyé par le son de cette salle qui est loin de faire honneur à leurs compositions pourtant si efficaces. Je quitte alors les lieux avant la moitié du set, dans la mesure où je revois Mgla en mai prochain à Lyon, dans des conditions qui seront bien plus optimales qu’ici.

Matthias : Mgla était une de mes plus grosses attentes du festival: je n’avais plus vu les Polonais encagoulés depuis leur dernier passage ici-même, au M4, accompagnés de leurs compatriotes de Deus Mortem, en 2016. Et visiblement je ne suis pas le seul : la salle est bondée, et la tension monte d’un cran. Je crois bien que tout le monde retenait son souffle lors de l’entrée en scène des Nazguls. Bon, avec autant d’émanations diverses et variées et d’encens consumés sur la journée, la machine à fumée des Polonais peine à instaurer une ambiance plus opaque qu’elle ne l’est déjà. Mais Mgla n’a pas besoin de ce genre d’artifice pour conquérir la salle : dès les premières notes de Exercises in Futility I, la brume s’est emparée de tous les esprits présents, et je ne suis pas loin de vivre une remontée de mon trip de la veille durant Saturnalia Temple. Preuve que ce festival représente quelque chose d’important pour eux, les Polonais délivrent une setlist assez représentative de l'ascension du groupe. Je n’irais pas jusqu’à avancer qu’ils souriaient sous leur cagoules, mais je reste persuadé qu’ils étaient contents d’être là : les guitaristes se permettent même un semblant de jeu de scène, brandissant leur instruments en guise de bannières impies. Cela peut sembler peu, mais pour Mgla ça n’est pas négligeable, et c’est toute la salle qui scande “Nether !” sur Exercises in Futility II.

Setlist :

Exercises in Futility I
Exercises in Futility IV
Mdłości II
With Hearts Toward None I
Exercises in Futility II
Groza III
With Hearts Toward None VII
Exercises in Futility VI
Exercises in Futility V

 

 

S. : C’est avec un bourdonnement dans les oreilles et un mal de crâne que je retourne à l’hôtel, ma foi assez dépité par ce carnage sonore subi durant cette journée. Un son beaucoup trop fort et brouillon sur la plupart des groupes, surtout pour Svartidauði. J’espère sincèrement que le tir sera rectifié pour le lendemain…

Matthias : Pour ma part je n’ai pas tant souffert du son, même si je reconnais que le concert de Svartidauði a quasiment été avorté par les larsens. Je portais des bouchons d’oreille de qualité médicale, ça m’a peut-être épargné beaucoup de dissonances, certes. Mais je tiens à souligner qu’à ma connaissance, la majorité des groupes avait son propre ingé’ son, et bien souvent un autre pour les lumières. Si ce n’était pas le cas, le groupe dictait des consignes très strictes, et pas forcément variées, me confie-t-on. Je doute donc que ça soit l’équipe de la salle qui doive endurer le blâme. J’ai globalement passé une très bonne journée, les groupes que j’attendais, B.H.L. et Mgla principalement, ne m’ont pas déçu, tandis que The Dead Creed, TerrifianT et Kringa furent de bonnes surprises. Plus qu’une journée, déjà, alors qu’un déluge nettoie Bruxelles des derniers pans de brouillard qui peinent à se dissiper dans les petites heures d’un matin froid.

Revivez une partie de la soirée avec 7 vidéos :

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