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mercredi 5 décembre 2018 - Malice

Furia + Au-Dessus @ Bruxelles

Jeugdhuis De Schakel - Bruxelles

Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

C'est une habitude qu'on espère voir perdurer : en plus de l'habituel Magasin 4, habituel fournisseur de dates black metal sur Bruxelles, le Hellhole Project a décidé de se lancer dans le black metal. Après la belle date réunissant Darkenhöld et Aorlhac, nous retrouvons la Jeugdhuis De Schakel pour le ticket Furia + Au-Dessus...

Malheureusement, contrairement à la date parisienne qui se tient ce mercredi, Mysticum n'est pas de la partie, mais le plateau lituano-polonais reste alléchant : Au-Dessus a sorti un End Of Chapter prometteur, à défaut d'être original, et Furia reste à mes yeux l'un des groupes les plus originaux de la scène polonaise tout en possédant cette patte typique. Difficile donc de faire l'impasse sur ce concert et malgré la rude concurrence du concert de Birds In Row et KEN Mode au M4 le même soir, le public est bien présent. 

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Au-Dessus 

Quand j'arrive, je constate que si la Jeugdhuis est une petite salle, située dans une maison de jeunesse, les groupes présents ont bien investi les lieux, faisant courir le crew du Hellhole pour déplacer les lights et installant leurs propres ingés son et lumière. Faut souffrir pour être beau : non seulement la scène a de la gueule, mais le jeu de lumières et le son seront impeccables dès le set des Lituaniens d'Au-Dessus. 

Au-Dessus a connu un véritable début de hype ces dernières années avec son EP éponyme puis son premier album End Of Chapter, sorti en 2017. Difficile de nier que le groupe a du talent, mais difficile également de nier qu'il manque encore quelque chose au groupe, signé chez Les Acteurs de l'Ombre, pour exploiter pleinement son potentiel. Je me l'étais dit en live au Tyrant Fest, je me le dirai encore ce dimanche soir. Au-Dessus propose un post-black très réussi, très propre, tout est en place et par moments se dégage une réelle atmosphère froide et brumeuse comparable à celle qu'offre Mgla, mais peut-être moins "polonaise" - moins misanthrope, un peu plus mystique également. Par moments seulement - et dans ces moments, on se dit qu'on a en face de nous un groupe ayant le potentiel pour sortir un jour un grand album. Puis une sorte de routine s'installe à nouveau et on se dit que tout ça n'est tout de même pas si incroyable. Le public est enthousiaste, je ne peux pas dire que je ne le suis pas ; pour un groupe si jeune, il y a déjà quelque chose. Mais admiratif? Non. 

Furia 

Le black polonais a réellement connu une vague de hype ces dernières années, portée par le parrain de la scène, Mgla, dont le retour en 2019 ne devrait pas endiguer le phénomène. Et au vu de la qualité globale de ce qui nous vient du pays des hussards, difficile de s'en plaindre, d'autant que cela permet à un groupe comme Furia d'être programmé beaucoup plus souvent dans nos contrées. Tant mieux, car il s'agit clairement d'une des formations me parlant le plus. 

Et si c'est déjà mon deuxième concert des Polonais cette année, on constate vite que la Jeugdhuis, intimiste, est bien plus adaptée à leur musique que l'était le magnifique théâtre de Denain, où je les avais vus en janvier. Furia vous prend aux tripes et nous lâche plus, vous agrippe comme un pote ivre un peu gueulard. Car si chaque groupe de la scène polonaise devait symboliser une facette de la vie humaine, Furia n'incarnerait certainement pas la misanthropie ou la haine ; ce que leur musique m'évoque, ce sont plutôt les scènes des bas-fonds de cités industrielles, la pluie et la fumée des usines (justement représentée sur la pochette de leur album Nocel), les pubs, leur fraternité et leurs bagarres. 

Côté setlist, Furia alterne : toujours cette surprenante entrée sur le rebondissant Zabieraj lapska, toute basse dehors, avant la déferlante Opetaniec qui lance le concert à plein gaz. Le dernier et génial opus Księżyc milczy luty est quasi-intégralement interprété et c'est un bonheur tant il recèle des pépites, de l'atmosphérique Za cma, w dym au final Zwykłe czary wieją, beaucoup plus rock'n roll et qui voit même quelques pogos éclater devant la scène. Nihil, le frontman, impressionne tant vocalement que par son charisme, comme lorsqu'il entonne une ligne de chant a capella alors que basse et batterie vrombissent encore. Furia fascine, sans jamais laisser s'installer cette distance placée par toute cette mouvance "à capuche" (dont Au-Dessus est un digne représentant) que leurs compatriotes de Mgla ont rendue si célèbre. Le pic du concert est cet incroyable Grzej au riff final qui me hante encore plusieurs jours plus tard. Peu de groupes m'ont fait un effet aussi fort que Furia cette année. Vivement la prochaine fois... 

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Merci au Hellhole Project pour cette soirée réussie et une organisation impeccable. Et en bonus, si vous voulez découvrir quelques perles de la scène polonaise (avec de vrais morceaux de Furia dedans), c'est par ici!