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lundi 23 avril 2018 - Malice

Uada + Zuriaake + Alda @ Bruxelles

Magasin 4 - Bruxelles

Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

Du black metal pour égayer son lundi : impossible de passer à côté de l'incroyable date proposée ce 22 avril par le Magasin 4, à Bruxelles, qui réunit sur le même plateau les valeurs sûres de la vague black metal cascadienne Alda, les nouvelles coqueluches de la scène américaine Uada et le fleuron de la scène black chinoise Zuriaake.

 

Quelle saison pour le Magasin 4 (M4 pour les intimes). Alors que son avenir est encore incertain (la salle pourrait fermer ses portes en fin d'année ou au moins déménager pour la deuxième fois de son histoire), ce haut lieu de la culture alternative bruxelloise offre ces derniers mois des affiches de très haute volée et ce dans tous les styles : que ce soit Lionheart et Nasty, la date événementielle Volahn – Arizmenda, Bell Witch et Monarch! voilà quelques semaines ou encore, dans les semaines à venir, les passages de Discharge et d'Aura Noir, il y a de quoi faire sur les quais de Bruxelles.

La soirée qui nous occupe est clairement notée dans tous les agendas des fans de black : Uada, Zuriaake et Alda, rien que ça. La France a beau accueillir Uada pour sa tournée européenne, aucune date n'y est aussi alléchante... Bref, on retrouve donc avec grand plaisir ce M4 qui ressemble à une deuxième maison et qui, même un lundi, accueille un public assez nombreux dès l'ouverture.

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Alda
 

Il faut dire que l'opening act est de qualité : Alda s'est taillé sa petite réputation au sein de cette scène black cascadienne qui commence à s'imposer comme une des plus prolifiques du genre, emmenée par des pointures comme Wolves in the Throne Room ou Panopticon. Reste que c'est la première date belge de la carrière d'Alda, qui n'aura pas beaucoup de temps pour convaincre. Première surprise pour moi, n'étant pas spécialiste du groupe : je découvre que le chanteur est également... le batteur du groupe. De quoi me rendre sceptique d'emblée, n'ayant jamais été convaincu par un batteur/chanteur en live. Et passée la bonne impression du début de set, mes mauvaises impressions se confirment : Michael Korchonnoff paraît souvent à bout de souffle ou en retard sur ses lignes de chant, même s'il assure à la batterie. Rajoutez à ça un mix pas forcément adapté et rentrer dans le concert d'Alda est difficile.

Heureusement, le son s'améliorera et le groupe se mettra progressivement en place. Américain jusque dans certaines ambiances, le groupe réussit à se démarquer de ses pairs par un son qu'on pourrait presque qualifier de « chaud » : Alda n'évoque pas la froideur des neiges du Nord et la solitude des plaines gelées mais bien une nature en plein essor, vigoureuse, vindicative et ardente. Le choix de lights dans les tons rouges-orangés accentue cette impression tandis que lors du titre final, le chant hurlé quasi-screamo du guitariste évoque presque ce que peut proposer Harakiri for the Sky. Bref, Alda aura peu à peu installé au forceps sa patte dans ce concert, mais avec quatre morceaux à peine et une petite demi-heure de jeu, difficile de faire mieux... et de ne pas laisser un goût de trop peu. Le son des guitares très en retrait n'aura pas non plus aidé à rendre ce set mémorable, mais c'est loin d'être un apéritif désagréable.


Zuriaake 
 

Si un nom m'a fait me déplacer aujourd'hui au Magasin 4, c'est bien celui de Zuriaake, greffé à cette tournée européenne de Uada pour quelques dates en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique (pas en France, donc, où Uada est accompagné d'Anguish partout et d'Anguish et Alda à Paris). Un véritable événement car même si les Chinois commencent à tourner un peu plus régulièrement dans nos contrées, ils ne sont tout de même pas là toutes les deux lunes. Dans la foulée de son concert au Roadburn, où il aura été le premier groupe chinois à se produire, Zuriaake vient donc nous visiter et j'en suis fort joie. Le black atmosphérique majestueux du groupe , à la fois pétri d'influences occidentales et rendu si personnel par ces sonorités traditionnelles chinoises, comporte tout ce qui me plaît dans la scène : une invitation au voyage, que ce soit culturellement ou émotionnellement, une certaine efficacité (Zuriaake se complaît peu dans les longueurs coupables de l'immense majorité des groupes du genre) et une identité forte.

Et dès l'introduction, le groupe impose cette identité : s'il n'y a pas pour ce concert de projection vidéo en arrière-plan, les tenues et chapeaux traditionnels masquant le visage des membres du groupe sont bien là. Et si quelques gugusses peu respectueux (la rançon de la gloire de Uada, devenu très populaire en très peu de temps?) ont l'air de trouver plutôt amusantes cette allure et la gestuelle grandiloquente du chanteur, c'est autre chose dès les premières notes de God of Scotch Mist. Si sur album, du moins sur Afterimage of Autumn, le chant peut parfois paraître un peu trop en retrait (et globalement, le son un peu faible), c'est tout autre chose en live : le son, des samples comme du chant, est presque trop fort. Et la voix du vocaliste, stoïque derrière son micro, se fait terrifiante. Possédé par ses textes, inspirés de la Chine antique, il dégage un charisme rare, dans un style qui peut rappeler le frontman de Cult of Fire - comme lui, il agrémente sa prestation de gestes rituels : jet d'eau issu d'une fiole sur les premiers rangs, maniement d'un poignard rituel bouddhiste et d'un drap blanc. Entre les titres et sous les acclamations nourries d'un public hypnotisé, il salue solennellement, à l'asiatique, muet.

Musicalement, Zuriaake étale toutes ses facettes même si le mid-tempo domine (le pesant et quasi-doom Forest of Twilight). Piochant aussi bien dans le classique Afterimage of Autumn que dans Gu-Yan, le dernier opus en date, Zuriaake installe des ambiances mélancoliques qui amènent parfois le frisson, comme sur The Lorn Goose et son piano, vrai moment de grâce avec son final en chant clair . On pense parfois à un Burzum dont les synthés se seraient teintés de musique orientale. Mais le groupe va également décider d'accélérer le tempo : en lieu et place de Land of the Dead, leur fameuse cover de Summoning, Zuriaake va en effet nous balancer un dévastateur extrait du side-project de Bloodfire (chant) Yn Gisarm : Moutains, vrai brûlot de black symphonique à la chinoise qui ponctue tout en puissance cette prestation impeccable de bout en bout. Ces dernières années, rarement groupe de black m'aura fait si forte impression en live. Immense concert.

 


 

Uada

 

La hype Uada est assez déconcertante. Certes, Devoid of Light était un bon album, efficace, mais l'ampleur de la fanbase a rapidement décuplé et après un seul album, on sent le groupe sur le point de s'inviter très haut sur pas mal d'affiches black alors qu'il y a tout de même à pointer un certain manque de personnalité. Mais inutile de lancer une polémique : les gens aiment – j'aime personnellement! - et leur musique est loin d'être mauvaise, point. Pour avoir eu l'opportunité de jeter une oreille sur le second album du groupe, Cult Of A Dying Sun, prévu pour mai prochain, Uada m'a d'ailleurs l'air d'évoluer (un peu).

Au Brutal Assault, épuisé et sous la pluie battante, le concert de Uada m'avait plutôt convaincu : très brut de décoffrage, à la limite de l'agressif, le groupe, cagoulé, cultivait tout de même un peu trop sa ressemblance avec l'influence n°1 de sa musique : Mgla. Cela a-t-il évolué depuis ? Hé bien non. Accompagné de lights blancs très à-propos, le groupe reste néanmoins calé sur cette formule éculée, qui peut impressionner mais ne fait pour le coup que renforcer la comparaison.
Mais parlons musique : Natus Eclipsim, titre d'ouverture de Devoid of Light, reste de mise pour lancer les hostilités et son riff est toujours aussi efficace. Mais le groupe paraît totalement hors-tempo : le titre est balancé presque deux fois plus vite que sur album (avec pains en prime). Sentiment d'urgence ? Un peu. Impression de brouillon renforcée par le son, surtout. 

Heureusement, le premier morceau de la soirée extrait de Cult Of A Dying Sun (et toujours inconnu du public donc), Snakes & Vultures, relève immédiatement le niveau. Le riff principal, simple mais terriblement efficace, et ce refrain hurlé par la voix versatile de Jake Superchi (« fucking snakes & vultures ! ») font mouche. Reste que ce chant versatile, justement, est parfois une arme à double tranchant tant Superchi en fait parfois des tonnes, usant et abusant de ce hululement si particulier. Un autre extrait de l'opus à paraître, The Purging Fire, lui aussi interprété, est un peu gâché par cette alternance de chant qui sonne plutôt forcée. Globalement, Uada souffle le chaud et le froid : parfois hors-tempo, parfois ravageur (Cult of a Dying Sun, plutôt puissant), parfois beaucoup trop proche de Mgla (Devoid of Light est presque gênant à ce titre), le groupe a toutefois une solide arme dans sa manche pour terminer ses concerts : l'excellent Black Autumn, White Spring, final désespéré et illuminé par un solo de guitare qui conclut de manière géniale à la fois le premier opus et cette prestation loin d'être mauvaise, mais pas forcément en adéquation avec le statut que Uada acquiert progressivement.

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Le grand vainqueur du soir à mes yeux, vous l'aurez compris, c'est clairement Zuriaake, qui a mis à peu près tout le monde d'accord y compris les curieux. Mais Uada n'a pas pour autant démérité, pas plus qu'un Alda un peu victime de son temps de jeu fort limité, et c'est au final probablement à une des soirées de l'année pour les fans de black metal que l'on a assisté au Magasin 4. Puisse-t-on encore en vivre de nombreuses dans cette salle... Ici ou où qu'elle doive déménager !