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dimanche 22 mars 2009

Cult of Luna + Destruction Incorporated + Dysfunctionnal By Choice

L'Elysée Montmartre - Paris

U-Zine

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Le soleil avait rendez-vous avec la lune en ce dimanche quasi-liturgique, ou de nombreux adeptes du satellite naturel de la terre allaient et venaient entre les travées de l’Élysée Montmartre. Cadre opulent, qui pour l’occasion et un manque d’influence, avait revêtu son drap noir. Léger cordeau intimiste et simple séparation entre la terre ferme et ce qu’il nous sera donné de voir ce soir-là avec la prestation mystique et aérienne de Cult of Luna. Pour tout vous avouer, les Suédois auront livré à la nuit tombée et dans un cercle intimiste, un concert de haute volée noyé dans un océan d’émotions sans jamais tomber dans un pathos renfrogné, voir sans trop surjouer un set équilibré et atteignant allègrement la barre des deux heures. Accompagné par les frenchy toujours dans le coup de DYSBY et la surprise décalée et radieuse de Destruction Incorporated, autant dire que le spectacle fût assuré et bouclé avec beaucoup d’aisance et animé par de nombreuses réjouissances sonores.

À ce petit jeu là, les Parisiens de Dysfunctionnal By Choice se sont contentés d’assurer et d’ouvrir les écoutilles aux autres groupes de la soirée avec leur rock progressif et suranné. Lorsque l’on sait le goût immodéré de la plupart des membres pour la tête d’affiche de ce soir, on était prêt à parier que la formation donnerait tout. Et pourtant, sur cette date-là et la pression qu’on lui reconnaîtra, les Parisiens n’ont pas semblé réellement dans leurs pantoufles sur tout le début du set jusqu’à l’étincelle « Alert », embrasant les premiers rangs. Un devant de scène plutôt actif malgré le manque cruel de réception de la part du public pour les premières parties. Meilleurs dans la seconde faction d’un set trop court, le groupe enchaîne majoritairement leurs anciennes compositions, mais réussit réellement à se mettre le public dans la poche grâce à la puissance des guitares mieux mis en avant qu’à la Boule Noire et aux morceaux, généreux dans leur approche de la composition.

Un agencement stylistique que revendique également le groupe Destruction Incorporated, projet parallèle de Pierre Belleville, charismatique batteur de Lofofora. Accompagné de ses comparses Bastien Burger et Shanka, la troupe s’est entiché d’un set revendicateur et bien manié par la baguette experte des trois musiciens. Sentant bon le stoner à plein nez, ponctué de nombreuses réminiscences d’avec les reformés de Faith No More, Destruction Incoporated nous livre un set savamment rétro et animé par l’envie du live, même si les corps deux chanteurs ne semblent pas réellement en adéquation avec les diverses sauteries provoqués par leur musique sur le titre « All Night ».
Malgré un accueil du public plutôt disgracieux et regrettable (face au booking assez étonnant de la formation sur cette date), Destruction Incorporated renoue avec les années 90, sur leur chanson phare « Lukyday », et on ne pourra que les remercier d’affoler les esprits avec un style hybride.

Une patte anamorphose que l’on retrouvera sur la tête d’affiche de ce soir, attendu de pied ferme par les adulateurs du style montant, allant de Neurosis à Amen Ra en passant par Isis. Cult of Luna prend place dans la pénombre et c’est tout l’Élysée Montmartre qui bout face à une introduction bidouillée, redondante et exténuante posant les bases du show. C’était sans compter sur le sursaut d’orgueil des Suédois, réussissant à nous sortir de la torpeur avec le titre « Genesis » et à nous prendre par la main au cours de deux heures d’un set cohérent, bardé de noir et hautement enivrant. Si sur CD, la formation se montre parfois éreintante, il n’en est rien dans le contenu de leur prestation (« Ghost Trail ») guidé par un univers propre et laissant des traces derrière lui, dixit les ¾ du show s’enchaînant parfaitement et sans réel césure. La faute aux trois guitares chargés de constamment occuper l’espace sonore dans les blancs et à la succession d’atmosphères, de terrains d’expérimentations propres à la débrouillardise des Nordiques.
Fêtant cette année les 10 ans de l’existence de Cult of Luna, le groupe s’est fait le plaisir de nous distribuer épars, un florilège intéressant de tous ces albums. Mention spéciale à « Adrift », mais aussi plus étonnamment aux compositions du dernier album (« Eternal Kingdom » ; « Dim »), largement fédératrices et ponctués de beaucoup plus de mélodies, voir d’instants charnelles.

Au final, une prestation étincelante de Cult of Luna, ayant fait toucher les étoiles à pas mal de monde et un univers intense et foncièrement beau laissant la place à de nombreux essais et expérimentations. Effleuré par la grâce, on finira même par rejoindre nos pénates le cœur léger et la tête remplie d’idées fécondes et libératrices.

Crédits photos : Anthony D. - Myspace