Live reports Retour
mercredi 18 février 2026

Mayhem + Marduk + Immolation @ Paris

Élysée Montmartre - Paris

S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Malgré une pluie soutenue, la file pour entrer à l'Élysée Montmartre remonte le long de la rue de Steinkerque et se prolonge sur quasiment cent mètres dans la rue Orsel, une affluence jusque là jamais constatée à l'ouverture des portes de la salle. Il faut dire que le programme a de quoi attirer le chaland : Immolation, patrons du death new-yorkais, ouvre pour deux des plus importants groupes du black metal européen, Marduk et Mayhem. Trois légendes sur une seule soirée, le public ne s'est pas trompé et s'est pointé en masse et tôt. 

 

Immolation

Comme souvent, le premier concert commence assez rapidement après l'ouverture des portes, interdisant de fait à une bonne partie de la foule s'étirant sur les trottoirs bordés de boutiques de souvenirs d'assister au début du set d'Immolation.

La carrière de Ross Dolan et sa bande est celle que je connais le moins ce soir, et c'est surtout la première fois que j'ai l'occasion de voir les New-yorkais à l'oeuvre sur scène. Une première qui sera accompagnée d'un sentiment mitigé. D'une part parce qu'une partie du set se déroule pendant que j'attends dehors sous la pluie, mais aussi parce qu'Immolation bénéficie d'un son pas optimal (à tout le moins lorsqu'on est un peu au fond de la salle). La double grosse caisse est sourde, elle résonne trop dans les basses et noie les riffs de guitares sur les tapis de double croche. Il est néanmoins possible de profiter des passages où la batterie est moins présente, mais il y a quand même une perte non négligeable. En revanche, la voix de Ross Dolan est bien mise en avant, son growl bien guttural et profond sonne à merveille. Le frontman à la chevelure longueur XXL sait tenir son public et fait applaudir les groupes à venir avant de lancer le dernier titre, « The Age of No Light ». Solide, la prestation (ce que j'ai pu en voir...) d'Immolation est ternie par un son pas optimal. Mais les premiers rangs déjà serrés, occupés par la frange du public venu voir les tauliers new-yorkais, témoignent d'une ferveur qui se poursuit à travers les décennies.

 

Setlist d'Immolation
01.An Act of God
02.Swarn of Terror
03.Majesty and Decay
04.Rise the Heretics
05.Adversary
06.Dawn of Possession
07.Blooded
08.Higher Coward
09.Age of No Light 

 

Marduk

Sur cette tournée, Marduk n'a pas de sortie à défendre : Memento Mori, leur dernier album, est sorti en 2023. C'est donc en format bilan de carrière que Morgan et ses acolytes ont construit leur setlist, bien qu'insistant sur leurs titres les plus frontaux — il faut dire que dans leur répertoire, ils ont un peu l'embarras du choix dans ce registre. C'est avec « Frontschwein » que les hostilités commencent. Le son est nettement plus lisible, avec une grosse caisse bien trigguée sans être complètement synthétique non plus. La guitare est parfaitement dosée, seule la basse est un poil en retrait, ce qui est un peu dommage quand on sait la place qu'elle a prise en studio depuis le tournant Rom 5:12. Le chant de Mortuus est bien ajusté également ; bref niveau son les voyants sont au vert dès le début.

Marduk nous ramène ensuite dans le passé avec « Wolves » et son mid-tempo teigneux qui agite les premiers rangs, mais ce ralentissement est là juste pour mieux nous prendre à la gorge avec « Throne of Rats ». La présence de Mortuus est toujours aussi magnétique : sans artifice, juste avec son attitude et son regard, il parvient à fasciner. Il est, avec un certain Attila, l'un de mes vocalistes favoris dans le black metal et une fois encore sa prestation me souffle complètement. 

Le déluge de blasts — témoignage de la belle endurance de Simon "Bloodhammer" Schilling — et de notes se poursuit. On voyage à travers la discographie des Suédois jusqu'à parvenir au pinnacle de la violence avec « Panzer Division Marduk » et ses deux minutes quarante de totale brutalité. Marduk conclue avec « The Blond Beast », un titre qui est loin d'avoir ma préférence sur album, mais qui, avec son groove et son tempo plus clément, permet de reprendre son souffle en fin de parcours ; sauf pour les acharnés qui s'agitent à proximité des barrières depuis le début du set. Marduk est venu, Marduk nous a roulé dessus, et on en demandait pas plus.

 

Setlist de Marduk : 
01.Frontschwein
02.Wolves
03.Throne of Rats
04.Shovel Beats Sceptre
05.Cloven Hoof
06.Sulphur Souls
07.On Darkened Wings
08.Infernal Eternal
09.The Black...
10.Panzer Division Marduk
11.The Blond Beast 

 

Mayhem

Immolation et Marduk jouaient sur une scène réduite du fait de la pré-installation du matériel de Mayhem. Les techniciens font place nette durant la pause et dévoilent l'énorme kit de Hellhammer, ainsi que des blocs d'éclairage sur les côtés de l'avant-scène. Pour compléter le décorum, de longs tissus verticaux décorés de colonnes classiques sont disposés sur les côtés, façon temple antique. Enfin, l'écran géant en fond de scène qui, sur les premiers concerts, affichait seulement les logos des groupes va désormais être utilisé à son plein potentiel. La salle est comble, la foule attend. Hellhammer entre sur scène et s'en va disparaître derrière ses toms et ses cymbales, et une poignée de seconde après, le chaos surgit.

Sans plus de cérémonie, Mayhem entame le concert sur « Realm of Endless Misery » — extrait de Liturgy of Death sorti la semaine précédente — Necrobutcher, Teloch et Ghul arrivent sur scène en ayant déjà joué les premières notes en coulisses. L'explosion est radicale, on en attendait pas moins. Puis Attila Csihar entre à son tour, grimé en pape des ténèbres. Le son n'a pas la lisibilité de celui de Marduk, les Norvégiens n'ont jamais été adepte d'une production clinique. Ce qui s'abat sur l'Élysée Montmartre est un pur chaos, matière première du groupe depuis toujours. Cette entrée en scène est suivie d'un retour dans le passé, directement en 1994, avec « Buried by Time and Dust ». Et tout au long du set, Mayhem va ainsi travailler avec ses différentes périodes, accolant des titres éloignés dans le temps et démontrant ainsi une cohérence dans la durée. Le seul absent regrettable est Ordo Ad Chao : « Anti » ou « Deconsecrate » (ou, soyons plus ambitieux, « Illuminate / Eliminate ») en lieu et place du dispensable « Bad Blood » n'auraient pas nui à l'ensemble, au contraire.  

L'écran en fond de scène diffuse des images construites à partir des pochettes des différents albums (et aussi quelques productions plus lisses et kitsch qui sentent l'IA à plein nez) en accord avec les titres joués. Une première partie du set se conclut avec la sortie de scène d'Attila qui revient pour un « To Daimonion » — extrait de Grand Declaration of War — habillé cette fois dans un style plus militaire, façon caporal de l'armée des ombres. « View From Nihil » poursuit cette séquence autour de Grand Declaration of War avant que l'accord suspendu de « Whore » ne résonne, le démon de Chimera apparaissant à l'écran comme invoqué par la guitare. Il est fascinant de voir comment Attila s'approprie les parties de ses prédécesseurs (ou successeurs, bref des autres chanteurs ayant tenu le micro dans Mayhem), qui tout en leur restant fidèle leur apporte son grain de folie et d'exubérance. Il y a néanmoins une part de quasi-sacré dans l'histoire (que dis-je, la légende) de Mayhem et le groupe actuel sait y rendre hommage : sur le premier couplet de « Freezing Moon », c'est un sample de la voix de Dead qui est diffusé, Attila prenant le relais pour la suite. Le groupe enchaine avec « Chimera » et ces deux titres moins axés sur le blast permettent de "souffler" (énormes guillemets) un peu avant un retour à la pure radicalité. Un dernier titre du nouvel album, puis retour à De Mysteriis Dom Sathanas avec la doublette « Cursed in Eternity » / « From the Dark Past ». Des photos d'archives du Mayhem des années 80/90 sont projetées sur l'écran, avec une insistance sur Euronymous, celui sans qui cette soirée n'aurait même pas existé. Puis le groupe sort de scène. Le noir se prolonge.

Et les Norvégiens reviennent pour un rappel infernal centré sur Deathcrush. « Silvester Angfand » résonne puis, sans pause ni temps mort, Mayhem balance « Deathcrush » / « Chainsaw Gutsfuck » / « Carnage » et « Pure Fucking Armageddon ». Le public s'en demandait pas tant et se fracasse joyeusement la tronche à l'avant, l'énergie punk sans concession de cet EP étant tout simplement irresistible. Les trois membres historiques saluent la foule un peu plus longuement puis la lumière revient. La messe est dite.

 

Setlist de Mayhem
01.Realm of Endless Misery
02.Buried by Time and Dust
03.Bad Blood
04.Life Is a Corpse You Drag
05.Ancient Skin
06.Psywar
07.To Daimonion
08.View From Nihil
09.Whore
10.Freezing Moon
11.Chimera
12.Weep for Nothing
13.Cursed in Eternity
14.From the Dark Past
Rappel
15.Deathcrush
16.Chainsaw Gutsfuck
17.Carnage
18.Pure Fucking Armageddon

 

Aucun groupe n'a (et n'aura) le statut de Mayhem. Légende vivante dont la musique et l'aura dépassent celle de simple influence, le combo norvégien maintient son rang. Et même quand il embarque en tournée des pointures comme Immolation et Marduk, il émane de sa prestation un supplément qu'aucun autre groupe ne possède. 

Une immense merci à Garmonbozia pour cette soirée !