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Album

09/12/14 - U-Zine

The Black Dahlia Murder

Nocturnal

LabelMetal Blade Records
styleDeath mélodique
formatAlbum
paysUSA
sortieseptembre 2007
La note de
U-Zine
9/10


U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Ca… ça ne peut plus durer, il faut que je sache. Plus rien n’est pareil, quelque chose a changé en moi, définitivement ; je dois savoir quoi. Je sors l’album de mon étagère, l’ouvre et en extrait le CD. Je le contemple, le retourne et fais rouler mon reflet sur la face réfléchissante. Ce faisant, je réfléchis : cette démarche ne sera sans doute pas sans conséquences. Ne suis-je pas en train de commettre une énorme erreur, comme la première fois que j’ai écouté ce CD, « pour rigoler », comme je me le disais à l’époque ? Mais je ne peux plus faire marche arrière ; je dois le faire. Je me dirige vers ma chaîne hi-fi, pose la galette dans la platine et appuie sur « play », non sans appréhension.
Peu à peu je reprends conscience et me lève de mon lit avec grande difficulté ; une fois encore, le trou noir durant toute l’écoute. J’ouvre une fenêtre, j’ai besoin de réfléchir. Tandis que je contemple la ville endormie, une douce brise vient m’envelopper le corps et me caresse, comme si les éléments eux-mêmes voulaient me réconforter et m’aider à comprendre...

Au fil du va-et-vient de mes pensées, je tente de reconstituer le puzzle. Certains éléments ne tiennent pas la route - à commencer par cette magnifique pochette au visuel plus qu’old school, puisque réalisée par Kristian Wåhlin, qui collaboré notamment avec Dissection et Bathory. TBDM n'est-il pas censé faire du deathcore, comme on le lit partout sur Internet et comme le prouvent leurs cheveux courts et leurs shorts ?

Je me rassois, la tête dans les mains. Ca ne colle pas… Je ne vois plus qu’une solution, elle ne m’enchante pas, mais il le faut. Je me lève et me tourne vers ma caméra, que j’avais mise en place en prévision d’un black-out. Je m’en saisis ; le voyant rouge est toujours allumé. Mes mains de plus en plus tremblantes peinent à changer de mode pour afficher le contenu de la cassette. Enfin, je lance l’enregistrement.

Les premières secondes sont une véritable lutte ; je m’accroche pour ne pas être aspiré à nouveau. Heureusement, me voir sur la vidéo m’aide à rester en contact avec la réalité, et bientôt j’arrive à suivre les événements, à entendre la musique! Les notes défilent dans ma tête et peu à peu, la mémoire me revient...

Il y a d’abord ce premier morceau et avec lui, le premier doute : et si tout était faux ? Cette rythmique, ces riffs, cette aura ténébreuse, aucune moshpart mais de magnifiques solos épiques et mélodiques... Rien de deathcore dans tout cela, ni même de core... Plutôt un death mélo à l’européenne ; on pense surtout à la scène suédoise, At the Gates en tête. The Black Dahlia Murder ne serait donc pas ce qu’il semblait être? Non, c'est impossible. Leurs photos promo les montrent comme des rigolos, ce premier morceau doit être un accident!

Alors que je m'abîme dans mes réflexions, la musique continue et m’enveloppe peu à peu de son manteau d’obscurité - car malgré des passages entraînants, l'atmosphère générale de l'album est placée sous le signe d'une noirceur relayée notamment par les paroles de Trevor : ça parle de mort-vivants, de nécrophilie, de meurtre – bref, comme ne l'indiquent pas les photos du groupe, sur album, on n’est pas là pour faire des blagues potaches. Arrêtons-nous au passage sur Trevor et son chant, car si au début celui-ci avait du mal à passer, il finit par s’incorporer parfaitement à la musique ; l'alternance voix death et aiguë opère à merveille et permet de redonner plus de puissance aux morceaux ou au contraire d'apporter une lourdeur qui correspond le plus à son atmosphère.

Tandis je me fais ces réflexions, je me regarde évoluer sur la vidéo, et ce que je vois me fait froid dans le dos. Je peux enfin mettre des images sur mes heures d'inconscience...
Je me mets ça et là à sauter et à headbanguer avec violence durant des parties explosives comme en livre le très rapide « I Worship Only What You Bleed » ; j’agite mes bras en l’air jusqu’à l’épuisement sur la fin du solo de « What A Horrible Night To Have A Curse » ou lorsque la batterie s’emballe sur d'autres morceaux. Je me vois, par terre, faire du air guitare sur les soli aériens à la « Nocturnal ». Je fais du devil’s horn à qui mieux mieux, complétement possédé par les riffs tour à tour mélodiques , techniques ou droits dans l’efficacité - quand je ne fais pas semblant de chanter les paroles avec forces grimaces, en pointant sévèrement du doigt mon miroir ou mon chat, durant les passages épiques de « Warborn » ou « Deathmask Divine », chose que je ne pensais possible que sur du Deicide. Cet album me fait définitivement perdre toute notion de retenue ; c'est une musique qui agit directement et exclusivement sur le ça... J'assiste au déchaînement de mes instincts les plus primaires.

Je dois me rendre à l’évidence : j’aime ce groupe et cet album est excellent de bout en bout. Tout est maîtrisé, de l’artwork au songwriting au passant par des compos au poil. Seulement voilà, cet album rend fou, je ne peux pas le garder en ma possession ! Alors que je m’apprête à sortir le CD de la platine pour aller l’enterrer dans une quelconque forêt impénétrable, mon regard se pose une dernière fois sur l'artwork... Je ne pense pas vouloir le réécouter, mais j'ai l'impression que je le dois...

Non, c’est trop dangereux. Je ne peux pas aimer ce groupe !

Ou alors… Juste une dernière fois… Pour être bien sûr… Et aussi parce que « Deathmask Divine » déchire sa race quand même...

Tracklist :
1.Everything Went Black
2.What a Horrible Night to Have a Curse
3.Virally Yours
4.I Worship Only What You Bleed
5.Nocturnal
6.Deathmask Divine
7.Of Darkness Spawned
8.Climactic Degradation
9.To a Breathless Oblivion
10.Warborn

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