Chronique Retour

Album

09/12/14 - U-Zine

Forteresse

Métal Noir Québécois

LabelSepulchral Productions
styleBlack Metal
formatAlbum
paysCanada
sortiedécembre 2006
La note de
U-Zine
8.5/10


U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Bien souvent, l’exercice du Black Metal dans sa forme la plus brute est intimement lié aux terres d’origines des groupe s’y essayant.
Sans parler de dérives musico-identitaires, l’expression de l’Art Noir passe souvent par une revendication farouche de ses racines, que ce soit en filigrane ou ostensiblement. Le cas de Forteresse ne laisse pas trop de doutes sur la question.
Formé en 2006 par Moribond pour les instrus et Athros aux braillements, Forteresse a, pour introduire son groupe, baptisé son enfant terrible Métal Noir Québécois, ce qui laisse peu de place quant au style et aux origines du duo. Un coup d’œil aux titres confirme l’esprit du skeud, et sa courte introduction de musique traditionnelle, largement atypique, plante largement le décor. Forteresse officie dans une expression brute du Black Metal, très raw dans l’approche et assez minimaliste, qui renvoi directement aux canons nordiques du genre, par l’atmosphère brute qui s’en dégage.

Les riffs tournent à l’infini, la rythmique ne lève pas le pied, les variations sont maigres, bref, Métal Noir Québecois a le regard amoureux des années 90’s et cela, en 2006 aurait pu poser un problème. Car encore aujourd’hui, nombreuses sont les formations à pratiquer un black old-school, mais la plupart se heurtent à une concurrence trop rude et trop nombreuse, ce qui les basculent immanquablement dans l’oubli. On peut certes rendre un vibrant hommage à la scène que l’on chéri, mais sans y apporter une plu value, ou une touche de personnalité, le verdict est sans appel, et le couperet tombe.

Fort heureusement, Forteresse ne manque clairement pas de personnalité, et son Metal Noir Québecois, s’il n’invente absolument rien, est interprété avec une telle force, une telle conviction qu’il parvient à tenir l’auditeur en haleine d’un bout à l’autre, à grand renfort de petites subtilités, et d’un soupçon d’originalité. Au-delà des power-chords répétés sans cesse, sur des morceaux longs, (minimum 7 minutes), l’adjonction d’une deuxième guitare qui se porte garante de la mélodie diversifie le propos et fait mouche. Les brutales incursions de la musique traditionnelle Québécoise coupent l’auditeur qui se croyait en roue-libre, rajoutent du mordant aux compositions vindicatives, qui sonnent comme un pamphlet à la gloire de la culture chère à Forteresse. L’hommage est ardent, la sincérité poignante, les mélodies, flamboyantes. Partagé entre haine et fierté, le Black Metal de Forteresse est ancré dans le terreau Canadien, pétri de ses paysages et de ses atmosphères, l’amour de ses contrées transpire à chaque assaut. La langueur des 6 cordes hypnotise, Burzum n’est pas très loin, Darkthrone non plus.

La force de Forteresse est de parvenir à se réapproprier des codes éculés jusqu’à la moelle pour nous convaincre qu’aucun autre style, aucune autre approche n’aurait pu coller plus près aux propos du groupe. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures en somme. Rien n’est nouveau ici, on ne révolutionne pas le genre, on ne cherche pas à s’embourber dans une intellectualisation outrancière du Black Metal, on le traite directement à la source, et s’il se pourrait qu’il ne séduise pas tout le monde par sa redondance, les amateurs d’un Art Noir pur, interprété avec toute la force qui doit le caractériser, seront ravis de ce délecter de ce Metal Noir Québecois.

Un premier essai diablement réussi, qui malheureusement dans l’histoire du groupe, restera le seul de sa catégorie, leur revirement futur ne rendant pas justice à leur inspiration.

1. La Moisson de la Liberté
2. Une Nuit pour la Patrie
3. La Flamme et le Lys
4. De Sang et de Volonté
5. Métal Noir Québecois
6. Honneur et Tradition

Les autres chroniques