
Raton et la bagarre #38
lundi 18 mai 2026
Amateur de post-musique, de breakdowns et de gelée de groseilles.
Ça y est, la saison active du hardcore a commencé et pour une fois ce sont les chapelles émotives qui prennent la tête de la production avec des sorties ambitieuses et qualitatives comme le concealer., le Chalk Hands, le Knumears ou encore le Roman Candle. Trois d'entre eux ont d'ailleurs la particularité de confirmer la tendance créative de rapprochement entre screamo et metalcore, probablement l'hybridation la plus à la mode en ce moment après quelques années de nu-metalcore ou de revival emo. Le hardcore dur n'est pas en reste avec des belles sorties, du retour de Division of Mind et Terror aux nouveaux World I Hate et No/Más. Côté reformations, deux mais pas des moindres avec Poison the Well et The Saddest Landscape. Et l'école française est toujours au rapport avec les excellents L'Idylle, Pilori et Fall of Messiah. La majorité de ces disques sont évoqués dans les lignes ci-dessous alors bonne lecture !
OLTH | Roman Candle | L'Idylle | Division of Mind | Poison the Well | concealer. | The S.E.T. | Pilori | Chalk Hands | Chamber | Mentions bonus
OLTH – O.
Screamo métallique – USA (Indépendant)
Je vous en parlais dans l’émission Horns Up avec Mascara, OLTH est un groupe dans lequel je crois de toute mon âme. Après la claque qu’a étéEvery Day is Someone's Special Day en 2023, le groupe new-yorkais s’est fait discret, en fermant sa page Instagram puis en la rouvrant sous un autre nom. Le groupe a toujours eu cette saveur de projet d’école d’art, avec un soupçon de snobisme et la lecture de leur page à la direction artistique confuse renforce cette sensation.
Pourtant, derrière ce vernis gentiment prétentieux et nébuleux, la musique de OLTH est prodigieuse. J’irai même bien plus loin ; elle incarne pour moi ce que la musique extrême doit être : un aboutissement musical sidérant de force et de radicalité. En mélangeant tout ce que le screamo a de plus strident à des riffs métalliques furibonds et des hurlements suraigus, OLTH atteint un équilibre halluciné vertigineux qui renvoie aux merveilles qu’ont pu produire Orchid ou Love Lost But Not Forgotten.
Ce deuxième album sait placer avec une finesse rare ses rares respirations, créer des progressions tendues (« Grants Reach ») et délivrer des breaks qui foutent des frissons (autant sur « Hen Hud » que sur « No Human Element »). Dissonant, agressif, criard, OLTH n’a rien d’aimable en apparence, mais parvient à avoir ce supplément de grandiose et de fanatique dans le dérangeant que seul le meilleur black metal incarne d’habitude. Ça ne va pas être facile de faire mieux dans le genre en 2026.
------
Roman Candle – Unadulterated
Screamo / Metalcore – USA (Sumerian)
Le nom de Roman Candle vous évoque peut-être vaguement quelque chose, soit pour son excellent EP de 2022, Discount Fireworks, qui a été l’un des premiers à remettre au goût du jour le screamo métallique, soit pour avoir été écarté de leur tournée avec SeeYouSpaceCowboy en 2024 à la suite d'une accusation de violences domestiques et d’agression sexuelle. Le groupe a aussitôt expulsé le bassiste incriminé, a reversé 3000$ à une asso de soutien aux victimes et on attendait depuis la suite pour le groupe du Nevada.
Le premier single ayant été publié en février 2024, je commençais à m’inquiéter de ne jamais pouvoir écouter un long format. Puis en septembre 2024, le groupe annonce sa signature avec Sumerian Records et en mars annonce son premier LP, Unadulterated. Le premier constat est une légère réorientation stylistique, plus proche du metalcore et notamment de celui, nerveux et outrancier, du milieu des années 2000. Le disque apporte davantage de lumière, là où l’EP était plus sombre et défaitiste. Mais même avec ces quelques riffs plus brillants (« This Band… »), l’album reste habité et désespéré.
Son gros point fort reste le chant de Piper Ferrari, hanté et déchirant et qui fout les frissons sur des morceaux comme « My Silence Costs More Than You Can Afford » ou « Fire in the Night Sky ». Mais les bons éléments ne restreignent pas aux prouesses de la chanteuse, le disque est parcouru d’excellents riffs (« Lady Lazarus ») et de breaks puissants et saccadés à la façon metalcore 2009 (« Blasphemous Act », « Bite Harder Than You Bleed »). Le plus grand talent du groupe est de ne jamais trop appuyer ses bonnes idées : toutes les trouvailles, les références subtiles ne sont répétées qu’une fois maximum, ce qui permet de soigneusement éviter l’effet gimmick. Le tout est servi par une production bien gérée, lisible mais qui maintient l’aspect oppressant, et très bien arrangée, notamment sur l’intro au violoncelle ou le morceau en spoken word, « For Once My Hands Are Still ». Avec Unadulterated, Roman Candle transforme l’essai et libre un disque qui donne le sentiment d’une œuvre cohérente, homogène mais riche de variété.
------
L'Idylle – Pardon pour mon absence, je suis allé mourir à l'abri des regards
Screamo – France (No Funeral)
Si vous ne l’avez pas encore consulté, je vous invite à lire l’article que j’avais écrit sur L’Idylle et pourquoi leur simple existence représente quelque chose de fascinant dans les musiques extrêmes nationales. Le screamo est un exercice qui se décline à merveille en français et L’Idylle y excelle. On pouvait seulement reprocher au premier EP, très bon au demeurant, qu’il avait été composé et écrit avant que le groupe ne trouve sa forme actuelle et qu’il ne le représentait donc pas pleinement. C'est chose réparée désormais avec le premier long format des Rouennais-es qui confirme leurs immenses qualités et leur plus-value dans la production émotive contemporaine.
C’est un album qui trouve notamment sa qualité dans sa variété. Même si tout le disque reste en territoire screamo, de nombreuses facettes y sont explorées. La bourrasque introductive de « Phlégéthon » choisit un riff noise martelé et un chant plaintif glaçant qui conduisent à un brillant break ponctué par des hurlements croisés ; « Marche ou crève » et « Diable au cœur » préfèrent un spoken word emphatique typique de l’école française de skramz ; « S’aimer en automne… » est le seul morceau vraiment emoviolence, sidérant de textures et d’agressivité déchaînée (j’ai pensé à Drei Affen).
Mais le titre qui saisit le plus aux tripes est sans aucun doute « Denis », sous-titré « Je ne veux plus mourir pour ne pas t’oublier » et composé à propos du décès du père de Mathilde, la batteuse. Sur son couplet, elle y pousse des hurlements hoquetants, comme entre deux sanglots et le morceau se finit sur un enregistrement de ce qu’on imagine être un message du père sur son répondeur.
Avec vingt-cinq minutes de fureur et de poésie bruitiste, L’Idylle atteint un nouveau stade de maturité et de justesse. C’est également rare de voir un groupe qui est vraiment la somme de ses membres, qui fait collectif, et où on peut distinguer les apports de chaque musicien-ne, mais L’Idylle y parvient avec une flamboyante amertume.
------
Division of Mind – Exoterror
Metalcore – USA (Triple B)
Peut-être ne vous rappelez vous pas de la sortie du premier album de Division of Mind en 2019. Pourtant, l’album avait marqué la scène par un metalcore noir jusqu’au-boutiste et étouffant. Influent dans le retour du metalcore sourd à breaks, il était pourtant plus nuancé qu’une bonne partie de la scène actuelle, avec notamment des couleurs Holy Terror dans la proximité avec le côté inquiétant et mystérieux d’Integrity, et une filiation avec Foundation dans la lourdeur générale.
Cette signature sonore distincte de Division of Mind, d’un metalcore qui brille par la pesanteur du son et l’aura de menace qui émane des morceaux, est de retour comme si elle n’était pas partie pendant sept ans. Dès l’excellent morceau introductif, « H.I.D.E. », on retrouve cette dangerosité hallucinée. Le timbre des deux guitares est stupide de consistance (« Ambroxan »), piochant directement dans le registre beatdown, les breaks sont coriaces (« Miserere / S-Isome ») et on retrouve également des riffs punk sombres qui font peur (« Solar Death Rattle »). L’album est aussi élevé par la présence de samples étranges, de distorsions industrielles (« Brightout ») et d’un travail soigné sur le sound design.
Malgré les sept années d’absence, Division of Mind reprend exactement où il s’est arrêté avec un album consistant (les trente-quatre minutes ne se ressentent pas du tout), bien agencé et qui atteint tous ses objectifs de noirceur et de hargne.
------
Poison the Well – Peace in Place
Metalcore alternatif – USA (Sharptone)
The Opposite of December, le premier LP de Poison the Well, sorti en 1999, est un de mes disques préférés, de metalcore, mais aussi en général. Je trouve que c’est un album qui capture à merveille la fin de l’adolescence, autant dans l’anxiété naïve que dans l’envie d’avaler le monde entier. C’est le disque qui m’a fait comprendre à quel point le metalcore pouvait être grand et dire des choses pertinentes. Pour autant, je ne me suis jamais autant retrouvé dans les disques suivants de Poison the Well, sur lesquels il y a d’excellentes choses, mais sans que j’y retrouve cette constance flamboyante.
Peace in Place sort dix-sept ans après le dernier disque et après un retour du groupe à la scène en 2024, retour évidemment galvanisant pour qui rêvait d’hurler les paroles de « Nerdy » ou « Artists Rendering of Me », mais qui avait de quoi laisser sur sa faim avec un Jeffrey Moreira qui n’avait plus sa voix d’avant et qui pouvait peiner à tenir le rythme. Sur l’album, bien que ça s’entende qu’il n’a plus la même capacité en saturation, ça reste bien mieux tenu et propre.
Du reste, même s’il ne faut pas s’attendre à un revival du Poison the Well original, ce sixième disque est assurément plus agressif et metal que les deux albums précédents, Versions et The Tropic Rot. La particularité du groupe floridien a toujours été ses lignes vocales en chant clair, jamais trop mélodiques et très différentes de ce que le metalcore grand public a suivi. Ces lignes sont toujours présentes avec talent et finesse (« Bad Bodies » ou « Thoroughbreds ») et cohabitent avec les riffs sourds (« Weeping Tones ») et les breaks soudains (« Everything Hurts »). Alors, même si quelques morceaux sont moins marquants (« A Wake of Vultures » et « Drifting Without End »), difficile de ne pas reconnaître que c’est un come back réussi pour Poison the Well, qui continue à être pertinent bientôt trente ans après sa naissance.
------
concealer. – This Room Could Be Heaven
Metalcore émotif – USA (Zegema Beach)
La première fois que je vous ai parlé de concealer., c’était fin 2024 avec la sortie de leur impressionnant single. Le groupe floridien avait réussi, dès sa première année d’existence, à faire se tourner les têtes et les oreilles grâce à un metalcore émotif sauvage et sincère, qui empruntait autant à Foreign Hands et Static Hands qu’à Underoath.
Ce premier long format vient confirmer cette filiation en basculant régulièrement entre chant clair éthéré et explosions amères et saturées (« Color Slowly Fading »). Le morceau introductif, « Vanity, a Fractured Promise », témoigne bien de cette dualité avec une introduction in medias res sur une déflagration de brutalité avant d’introduire un pont atmosphérique. Même si à titre personnel, j’aurais aimé moins en entendre, le chant clair, jamais forcé, apporte de la texture et des respirations, pas si loin de ce que faisait Poison the Well sur leur intemporel premier album.
La force du disque tient aussi dans le chant hurlé de Tristan Hill, passionné et déchiré. C’est lui, soutenu par des instrumentations marquantes et syncopées, qui vient ajouter ce supplément d’âme au LP. Néanmoins, constamment passer de sections ultra agressives à des passages mélodiques bien plus doux pourra fatiguer l’auditeur-trice, comme sur des morceaux qui peinent à trouver leur rythme (« The Stillness Between Us »). Ce premier LP est excellent et concealer. a l’étoffe des grands, mais doit encore affiner sa recette pour ne pas se perdre entre les styles auxquels il souhaite rendre hommage.
------
The S.E.T. – Self Evident Truth
Hardcore – USA (Flatspot)
J’espère pour vous que vous avez suivi le drama Brady Ebert, car sinon vous avez manqué les gossips hardcore les plus chauds des dix dernières années. Je vous la fais courte. En 2022, Turnstile se sépare de son guitariste originel Brady Ebert sans qu’on ait beaucoup de détails sur les raisons, ni de qui c’était l’initiative. Rien ne filtre jusqu'en 2024, où on apprend que Daniel Fang, batteur de Turnstile, avait sollicité une ordonnance restrictive à l’égard de Brady, refusée par la justice. Puis calme relatif jusque début 2026, où Brady commence à publier des messages dénonçant l’attitude mercantile et hypocrite de son ancien groupe. Conséquemment, son nouveau groupe The S.E.T., avec qui il s’apprête à sortir un premier EP, déclare l’exclure du groupe pour ses « commentaires ridicules ». Mais ça ne s’arrête pas là. Début avril, on apprend que Brady s’est rendu au domicile du père de Brendan Yates, chanteur de Turnstile, et l'aurait renversé avec sa voiture avant de fuir la scène. Inculpé pour tentative d’homicide, il se fait exclure du groupe qu’il avait monté depuis son deuxième licenciement, Experience (qui annonce tout de même vouloir publier le disque sur lequel il travaillait). Depuis, il reste en détention en attente du verdict de son procès, débuté le 1er mai.
Si on a visiblement énormément de choses à reprocher à Brady Ebert, la scène lui reconnaît bien une chose, c’est de composer d'excellents riffs. Qu’en est-il alors sur ce premier EP publié post-Turnstile, désavoué par le guitariste lui-même ? Eh bien là encore, pas grand chose à sauver.
Dès les premières notes, on comprend que The S.E.T. va singer tout ce qui se fait de tendance dans le hardcore actuel. La volonté de Brady de revenir aux débuts de Turnstile, si ce n’est à la fin de Trapped Under Ice, est évidente et borde parfois même le pastiche, comme sur le morceau final, rip-off évident de « 7 » sur Step to Rhythm. Sur « T.M.T. », on est davantage sur une inspiration Speed, sans le talent fédérateur. Même la tentative de célébrer le hardcore de Baltimore avec le feat des vétérans locaux de Gut Instinct tombe à plat, avec un chant catastrophique.
Cet EP manque d’inspiration, de souffle et de muscles. « Predetermined Hate » est le seul morceau à contenir un vrai bon riff, mais même la bonne performance à la batterie de Ryan Fauver (ex-End It) ne suffit pas à élever le disque. Alors, on est loin d’un album inécoutable, mais on était en droit d’attendre infiniment mieux d’un groupe signé chez Flatspot et composé de musiciens expérimentés, qu’un EP qui se contente de citations faciles et de morceaux ronflants (« Truth Revealed »).
------
Pilori – Sans adieu
Blackened crust métallique – France (Frozen / Terrain Vague)
Bien que Pilori se soit rapidement positionné comme une valeur sûre des musiques radicales underground, je n’avais encore jamais pris le temps de me plonger dans leur tortueuse discographie. La sortie d’un troisième album, co-opté par Frozen Records et Terrain Vague me donne l’opportunité parfaite pour me rattraper.
Les quatre rouennais se sont tout de suite distingués par leur recette musicale, somme sinueuse de nombreuses influences et qui permet une signature sonore singulière. On retrouve sur ce disque une colère crust (« À pierre fendre »), une fureur black metal (« La Rose et l’Épine »), un instinct grind (« Avant que le vent ne se lève ») et quelques réflexes metalcore chaotique (j’ai vu du END dans le début de « La Présence des absents »). Dans un grand ballet halluciné, les styles se mélangent, s’adossent, se répondent entre deux respirations (« Sans adieu ») ou après un break (« Le Couteau par la lame »).
La synthèse des multiples références est extrêmement bien exécutée et ne nuit jamais à la cohérence du disque. Même la reprise de « Volontaire » de Bashung est bien pensée et se permet un très bel ajout de violoncelle. Bouffée d’air vicié de 34 minutes, Sans adieu est le manifeste d’un groupe qui a gagné en maturité et en aisance de composition. C’est noir, complexe, atrabilaire, et ça plaira assurément aux fans de The Secret, Coilguns ou encore Full of Hell, dans des styles différents mais avec la même hargne rance.
------
Chalk Hands – The Line That Shapes the Coast of Us
Screamo – Angleterre (Dog Knights / Voice of the Unheard)
Dans le screamo européen, Chalk Hands fait office de premier de la classe. Don’t Think About Death, son premier album, sorti en 2022, était brillant de variété et de maîtrise instrumentale. Sans jamais en faire trop, il voguait du screamo au post-rock en passant par des arpèges midwest ou math rock et des paysages post-hardcore.
Cette aisance désarçonnante se retrouve sur leur récent deuxième album qui se permet quarante-quatre minutes de contenu musical sans sourciller et toujours avec des plages post-rock animées et une sensibilité lumineuse particulière. C’est cette gestion fine de l’équilibre entre clarté des arpèges et tourment saturé qui souligne tout le talent des Anglais – même si Antoine, guitariste-chanteur, est belge francophone, en plus d’avoir joué dans Fvnerals, dont je suis toujours très client et dont je vous invite à écouter le premier LP, entre post-rock et musique éthérée.
« Peregrine » est peut-être le morceau qui l’exemplifie le mieux avec un enchaînement d’une fluidité sans pareille entre une intro midwest, un chant clair en français et une explosion screamo dissonante finale. Ce souffle que Chalk Hands apporte aux scènes émotives du vieux continent est extrêmement bienvenu et je ne peux que vous inviter à essayer de les voir en live, tant l’expérience est immersive et portée avec brio par des musiciens très sympathiques et ouverts.
------
Chamber – this is goodbye...
Metalcore chaotique – USA (Pure Noise)
Je n’ai manqué de vous parler d’aucune sortie de Chamber depuis leur premier album de 2020. De la belle promesse du premier LP, à une mention encourageante à l’EP de 2022, jusqu’à l’aboutissement qualitatif de leur second LP, tout menait à la même conclusion : le groupe du Tennessee est une des plus belles têtes de gondole du metalcore dissonant.
Ce troisième long format ne vient pas me faire mentir et sera même probablement la sortie qui mènera le plus de personnes vers le groupe. Influences complètement digérées, efficacité dans le propos, ouvertures discrètes dans le style sans pour autant faire de compromission, this is goodbye… est un album aussi mature qu’il est instinctif. Il baigne toujours autant dans le mathcore strident que dans le metalcore varié, des noms modernes à la Boundaries aux références anciennes comme Poison the Well (proximité criante sur « Scarlet Ink »).
La seule chose que je pourrais lui reprocher est l’ajout de chant clair, sur « Violins » et « In Revolving Doors », que je ne trouve pas franchement nécessaire, voire pas du meilleur goût pour le second morceau. Mais du reste, les compositions sont denses, techniques, souvent maximalistes dans le chaos, et la production est superbe, en étant en même temps lisible et étouffante. Le seul featuring de l’album, avec Vincent Bennett de The Acacia Strain est aussi très bien pensé et rend compte d’un album maîtrisé et puissant qui a tout pour mettre d’accord (même si je continuerai à préférer son prédécesseur).
Et si ça ne vous suffit pas, je n'oublie pas le rab de frites pour tous mes gourmands-es :
Très agréable surprise avec le dernier album de Fall of Messiah qui, dans la tradition française du screamo, décide de donner une part encore plus grande au post-rock. Un disque qui gère bien son intensité, ses moments de contemplation et ses impétuosités, et qui m’a fait pensé à plusieurs reprises à Vi som älskade varandra så mycket.
Le screamo italien semble ne jamais faiblir. Cette fois, c’est dagerman. qui porte haut les mérites d’une des meilleures scènes émotives européennes. Clairement en plein dans sa tradition nationale, avec une élocution emphatique et une instrumentation versatile, l’album vous fera probablement penser à Radura, Øjne ou Raein, et quand on y pense un peu à une version méditerranéenne d’Envy (ce que le groupe assume).
Les Belges de Feverchild ont été régulièrement mentionnés dans ces colonnes grâce à un midwest emo extrêmement élégant. Avec leur premier LP, le groupe s’éloigne des arpèges midwest pour un post-hardcore émotif qui rappellera vraiment Texas is the Reason, mais de la meilleure manière qui soit. C’est mature, d’une grande finesse et formidablement lumineux.
Côté metalcore moderne français, il y a des choses intéressantes, notamment avec le deuxième EP de JIRO. Le groupe de banlieue parisienne dit revendiquer autant l’héritage de Lamb of God que de While She Sleeps et produit un metalcore efficace, groovy, tout en maintenant un équilibre mélodique maîtrisé, qui pourrait même rappeler du Parkway Drive grande époque.
Chez The Coming Strife, la dernière fournée de revival metalcore est plutôt bonne, que ce soit avec le très efficace et habité premier EP des Anglais de imissyoualready, le très appuyé Kickback-worship des Indonésiens de Right on Target ou le metalcore mélodique cliché mais flamboyant des Belges de Seven Letters Never Sent.
Celles et ceux qui aiment bien le boucan pourront apprécier le premier LP des Allemands de Soastasphrenas dans un répertoire emoviolence particulièrement rêche et bruitiste. C’est rude et abrupt, mais l’intensité est tenue avec brio sur vingt-cinq minutes.
Le groupe californien nsixhundred est un pur produit de gen Z qui se réapproprie la culture white belt des années 2000 (entre mathcore, sass, emoviolence et grindcore) et qui vient de sortir une compilation qui réunit l’intégralité de ses morceaux depuis sa création en 2024. On y retrouve les éruptions emoviolence, les grincements métalliques, la fureur grind et l’impertinence sassy. Ça hurle, ça enchaîne des bass drops éhontés (celui sur « as fast as a snail » me fait beaucoup rire) et ça splittera sûrement dans les mois à venir, comme le veut la tradition de la scène. Imaginez un Sawtooth Grin, Hayworth ou The Locust en plus screamo ou un Usurp Synapse en encore plus foutraque et vous aurez l’idée.
Et entre deathrock et hardcore, impossible de ne pas mentionner le deuxième long format de Poison Ruïn, chroniqué dans nos colonnes par Matthias.








