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Album

22 avril 2026 - Matthias

Poison Ruïn

Hymns From The Hills

LabelRelapse Records
styleDungeon punk
formatAlbum
paysEtats-Unis
sortieavril 2026
La note de
Matthias
8.5/10


Matthias

Punkach' renégat hellénophile.

On traverse quand même une bien étrange décennie. Alors que, très brièvement, l'année 2020 se rêvait comme un retour des Roaring Twenties, avec twist et chapeau boule, c'est finalement la dégaine camail et fléau d'arme qui a fait son grand retour. Une esthétique médiévalisante dont Poison Ruïn semble bien avoir été précurseur, avec son premier EP éponyme en 2021, puis surtout l'album Härvestdeux ans plus tard, qui a fait connaître le groupe bien au-delà des caves à punk de Philadelphie. Poison Ruïn reste un groupe de niche bien sûr, mais j'ai vu sa heavy-oi! agrémentée de touches de dungeon synth porter bien plus large qu'on ne l'attendrait, pour un projet issu de la scène anarchopunk de la côte Est.

Après Confrere, un EP qui, je l'avoue, m'avait un peu glissé dessus comme une bulle papale sur un anachorète des Météores, revoici nos champions de la lutte des classes en cotte de mailles avec un véritable nouvel album. Plus imposant, avec ses 13 titres pour 43 minutes - Härvest restait au standard punk de la demi-heure - Hymns From The Hills surprend d'emblée par son aspect beaucoup plus mélodique. La voix de Mac Kennedy reste rauque et le rythme rapide bien sûr, mais le sentiment d'urgence assouvi à grands coups de faux a laissé la place à un punk rock qui prend le temps d'admirer le paysage, pour ne pas dire de planer légèrement. « Eidolon » et puis surtout le très réussi « Hymns From the Hills » avec ses touches d'harmonica, me font immanquablement penser au travail de Bad Religion, et c'est très loin d'être une critique.

Il faut dire que cet album n'a pas été conçu en mode guérilla comme ce fut apparemment le cas des sorties précédentes. Si le groupe précise bien qu'il n'a pas pour autant utilisé l'équipement d'un studio professionnel, nous ne sommes plus au temps des cassettes de contrebande hurlant à la révolte, mais sur une œuvre plus soignée, sur la forme comme sur le fond.

« Cette fois-ci, il nous a semblé essentiel de prendre le temps de respirer et de vraiment bien faire les choses », a commenté Mac Kennedy. « Le stress lié au fait de devoir travailler rapidement et à des intervalles chaotiques me semblait autrefois productif, dans la mesure où il insufflait une sorte d’esprit brut et énergique aux enregistrements, mais j’ai commencé à sentir que ces habitudes de travail m’empêchaient d’explorer certaines idées qui nécessitaient une approche plus posée et méthodique. »

S'il reste artisanal, l'album est toutefois passé entre les mains de personnes qui savent y faire, comme Jonah Falco au mix et – c'est plus surprenant - Arthur Rizk pour le mastering. Un nom bien connu des pourfendeurs de dragons et autres fadas de heavy metal contemporain, qui décidément a plus d'une corde à son arc. Mais sa présence pourrait expliquer les accents plus lourds et métalliques sur « pilgrimage » ou « Sleeping Giants », ainsi que quelques soli qui se permettent de décoller sans crier gare. Car l'album est finalement assez varié dans ses sonorités, tout en collant assez bien à la description assez mystique, hallucinée même, qu'en fait le groupe. Sans pour autant invoquer les mânes de Jérôme Bosch, on n'est pas non plus chez Vígljós, il y a quelque chose du château hanté, chez cet album de Poison Ruïn. Ce qui ne l'empêche pas de retrouver par moments ses hymnes de skinheads des catacombes avec un petit enchaînement « Guts (Lay Your Self Aside) » - « Turn to Dust » pour bien briser de la mandibule.

Si l'étiquette de dungeon punk a été fort revendiquée ces dernières années, parfois un peu à tort et à travers, Poison Ruïn démontre à nouveau sa légitimité à prétendre au titre. Hymns From The Hills peut surprendre par son aspect halluciné, mais je pense que toutes les sous-espèces de punks, des vieux dégarnis aux jeunes chiens les plus fous, y trouveront de quoi se sustenter à un moment ou un autre. Dès les dernières notes, qu'une seule envie : rabattre sa visière et y retourner, une fois de plus sur la brèche, mes ami.e.s.

Tracklist: 

Lily of the Valley
Hymn From the Hills
Eidolon
Howls from the Citadel
Pilgrimage
Guts (Lay Your Self Aside)
Turn to Dust
Puzzle Box
Serpent's Curse
Sleeping Giant (Interlude)
Crescent Sun
The Standoff