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vendredi 20 février 2026

Sanguisugabogg + Fulci + Gates to Hell + Celestial Sanctuary @ Paris

Petit Bain - Paris

S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Pour la Saint-Valentin, Garmonbozia proposait à Paris une soirée placée sous le signe de la délicatesse et du romantisme : les poètes lyriques de Sanguisugabogg étaient accompagnés des princes de la tendresse de Fulci, avec en guise de mise en jambes Gates to Hell et Celestial Sanctuary. Un plateau un peu chargé qui impose un lancement à 18h30 pour les Anglais de Celestial Sanctuary, que je ne parviendrais malheureusement pas à voir sur scène.

 

Gates to Hell

Le niveau de la Seine est bien après plusieurs semaines de pluie, et la péniche du Petit Bain semble drôlement haute par rapport au quai. Tout le contraire de ce que j'entends en arrivant dans la salle : un bass drop bien lourdaud balancé par Gates to Hell. Je découvre le groupe sur scène et rapidement je comprends que je ne suis pas le public cible. Le deathcore des Américains m'aurait accroché sans problème durant mes années lycée, mais quinze ans plus tard l'effet n'est pas le même. Rien de désagréable ou de mal fichu — dans le genre, les compos du groupe sont même plutôt qualitatives — juste un désintérêt personnel pour le style. Et puis cette histoire de bass drop, je peux y être sensible quand le bousin marque un climax précis, mais quand on s'en farcit minimum cinq par titre, le gimmick devient plus lassant qu'autre chose. Quoi qu'il en soit, une large partie du public y trouve son compte et c'est bien là le principal, slammeurs et mosheurs s'en donnent à cœur joie dans le pit, bref le groupe délivre une prestation convaincante pour qui sait apprécier sa musique.

 

Setlist de Gates to Hell :
01.Disfigured
02.A Summoning
03.Crazed Killer
04.Hell's Warrior
05.Human Extinction
06.Weeping in Pain
07.Death Comes to All
08.Midnight Sacrifice
09.Next to Bleed
10.Drenched In Your Blood
11.21 Sacraments
12.Dissimulation
13.Resurrected
14.Fortress of Torture

 

Fulci

Après un avertissement pour les personnes épileptiques et/ou sensibles au gore, au mauvais goût misogyne, à la pornographie bas de gamme (et autres éléments centraux d'un bon film d'horreur) affiché sur l'écran de fond de scène, Fulci débarque sur scène au son de « Glass », un de ces titres ambient/synth façon BO de film co-composé avec TV-CRIMES. L'ambiance série-B des années 80 est de suite posée, renforcée par des extraits de films projetés sur l'écran. Les musiciens montent sur les planches, largement salués par une foule compacte (le Petit Bain affiche complet depuis plusieurs semaines sur cette date). Puis Fiore, chanteur à la carrure plutôt balèze, rejoint ses acolytes et lance « Rotten Apple ». La leçon débute. Hommage aux films de Lucio Fulci, le combo italien produit un brutal death metal lorgnant vers le old-school qui baigne dans les tripes et les boyaux. Et bien entendu, les extraits de film qui illustrent les différents titres proviennent de l'œuvre du cinéaste. Comme il est de rigueur au Petit Bain le son est excellent (c'était déjà le cas pour Gates to Hell) : l'aspect gras et compact des guitares de Fulci est parfaitement retranscrit, et le mix impeccablement équilibré. Du fait du dispositif scénique, le set est calé sur le défilement des images et avec pour conséquence un aspect un poil mécanique dans la prestation, mais qui s'oublie facilement lorsqu'on est pris par l'implacable envie de se secouer le crâne. 

Pas d'album à défendre en particulier pour Fulci — Duck Face Killing le dernier en date est sorti en 2024 — le groupe propose donc un voyage (sanglant) au travers de leur discographie. Parmi les moments de bravoure on notera « Splatter Fatality » et ses pigs squeals du plus bel effet, le charmant « Fucked With a Broken Bottle », ou le final tout en finesse sur « Eye Full of Maggot » (je vous laisse imaginer les images sur l'écran). À la fin du set, un générique propose aux curieux de raccrocher les images vues pendant le concert aux différents film de Lucio Fulci dont elles proviennent, et c'est une foule pleinement conquise qui regarde le quintet s'en aller vers la sortie.

Setlist de Fulci
01.Glass
02.Rotten Apple
03.Human Scalp Collection
04.Apocalypse Zombie
05.Lonely Hearts
06.Maniac Unleashed
07.Voodoo Gore Ritual
08.Tropical Sun
09.Splatter Fatality
10.Legion of the Ressurected
11.Fuck With a Broken Bottle
12.Among the Walking Dead
13.Tomb
14.Eye Full of Maggots

 

Sanguisugabogg

Si l'on avait pu craindre que Sanguisugabogg ne s'enferme un peu dans son death metal putride et visqueux — Tortured Whole et Homicidal Ecstasy étant vraiment des albums quasi-consanguins — Hideous Aftermath sorti l'an dernier a démontré que les Américains sont capables de se diversifier. « Repulsive Demise », sorte d'interlude samplée avant l'entrée en scène des musiciens, est un parfait exemple : l'ombre de Godflesh plane sur cette compo très indus et parfaitement taillée pour remplir ce job d'introduction en live. De même que « Rotted Entanglement » est tout désigné pour lancer le concert pour de bon : blast effréné, riffing meurtrier, brutalité exacerbée, tout est là pour une première tatanne de mise au point. Et le public ne s'y trompe pas, la guerre est immédiate dans le pit. Je découvre que le groupe n'a pas de basse, toute cette lourdeur baveuse est l'œuvre de deux guitares. Dont l'une est tenue ce soir (et sans doute pour la tournée) par Cody Davidson, normalement derrière les fûts (!), et remplacé par Eric Morotti de Suffocation, un choix plus que judicieux et appréciable.  

Que dire ensuite ? Sanguisugabogg va passer cinquante minutes à nous meuler consciencieusement la face, tantôt à grand coup de down-tempo asphyxiant et débilitant, tantôt sur des accélérations furieuses et ravageuses. Encore une fois le son est impeccable, chargé et profond à souhait, massage des viscères garanti. Difficile de citer un titre plus marquant que les autres tant la régularité dans le brutal est parfaite. Devin Swank enjoint le public à monter davantage sur scène et il n'en faut pas plus pour qu'une volée de slammeurs se lancent bras ouverts depuis la scène. Peut-être que les deux derniers titres seront le paroxysme de cet exutoire plombé : « Draggued by a Truck » et son ralentissement écrasant, puis pour bien se terminer, « Dead as Shit » avec ses harmoniques artificielles et ses tapis de double pédale bien roboratifs achèvent un concert en tout point réussi.

Setlist de Sanguisugabogg :
01.Repulsive Demise
02.Rotted Entanglement 
03.A Lesson in Savagery
04.Face Ripped Off
05.Felony Abuse of a Corpse
06.Ritual Autophagia
07.Heinous Testimony
08.Abhorrent Contraception
09.Mortal Admonishment
10.Draggued by a Truck
11.Dead as Shit

Je ne sais pas si des amoureux fêtaient la Saint-Valentin avec cette tartine musicale de beurre au saindoux, mais si c'était le cas, la chose dont peut-être sûr c'est qu'ils ont été bien nourris, quoiqu'ils aient fait après. Un plateau raffiné et délicat, avec différentes nuances de death metal pour que chacun y trouve son compte, et si c'était ça la recette pour l'amour entre les gens ? 

Merci à Garmonbozia pour ce régime riche en calories !