
Smith/Kotzen @ Ittre : une classe de légende(s)
Zik Zak - Ittre

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.
Comme Steve Harris avec British Lion et Bruce Dickinson sous son nom propre, Adrian Smith, l'un des trois bretteurs d'Iron Maiden, a lui aussi son projet solo – ou plutôt duo : Smith/Kotzen. Un projet lancé par un premier et excellent album en 2021 avec le peut-être moins légendaire mais certainement pas moins excellent Ritchie Kotzen, guitariste de Mr Big de 1999 à 2004 et fantastique chanteur et guitariste en solo comme avec The Winery Dogs, power trio qu'il compose avec Mike Portnoy et Billy Sheehan.
L'année passée, Smith/Kotzen a sorti son deuxième album, un Black Light/White Noise peut-être un cran en-dessous de son prédécesseur mais néanmoins excellent album de hard rock bluesy. Et entre deux tournées de la Vierge de Fer (littéralement, puisque c'est en ce moment le « break » du Run For Your Lives Tour, qui reprendra en mai), le duo est parti sur les routes pour une série de dates : en France, c'était au Trianon de Paris et en Belgique... au Zik Zak d'Ittre. Soit une salle d'environ 300 places – un tiers du Trianon, un quart de certaines autres salles de la tournée. Soldout en quelques minutes, et l'occasion de voir deux légendes dans un format club : un sacré privilège.
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Kris Barras Band
Mais qui est donc Kris Barras ? Contrairement à ce que le style musical très southern rock/metal alternatif laisse supposer, le gaillard est bel et bien anglais. Ancien combattant de MMA professionnel (la carrure en témoigne), Barras s'est reconverti dans le coaching... et la musique, donc – avec succès, vu ses chiffres d'écoute et de ventes. On ne peut d'ailleurs que lui conseiller de s'expatrier aux USA, car sa musique est taillée pour y faire des ravages.
Quelques titres sont très efficaces (le final « My Parade » en tête), Barras a une vraie voix, une présence et place quelques soli bien sentis, tout en shred – c'est osé quand on connaît le calibre de ce qui arrive après. Dans ce cadre intimiste, c'est le genre de concert qui fait très bien le job et qu'on s'imagine vivre dans une salle paumée du sud des USA, bière fade à la main et burger sur la table. De là à dire qu'on s'en rappellera bien longtemps, bon...
Smith/Kotzen
Après une intro un peu longuette, place aux maîtres de cérémonie. Si l'énorme majorité de l'audience est composée de fans d'Iron Maiden, ça ne fait aucun doute, ceux qui espéraient un set aux allures de tribute en seront pour leurs frais. Adrian Smith a beau être l'un des principaux compositeurs de Somewhere In Time, par exemple, et derrière de nombreux titres géniaux comme « Paschendale », « 22 Acacia Avenue » ou « The Prisoner », il est venu pour jouer du Smith/Kotzen.
Et si sur album, c'est la merveilleuse voix de Ritchie Kotzen qui marque le plus les esprits, on constate en live que Smith est lui aussi très doué dans son rayon, plus rocailleux et bluesy. Kotzen donne d'ailleurs parfois une sensation de nonchalance dans son chant, qu'il ne pousse que rarement à fond. Dès « Black Light », il rappelle par contre (ou fait découvrir, pour une bonne partie du public) qu'il est un guitariste de très, très haut niveau, faisant pleuvoir les notes bien plus vite que son compère pour une véritable opposition de styles (extraordinaires duels sur « Taking My Chances » et « Glory Road », parmi les meilleurs morceaux du soir, tirés du premier album).
Kotzen se chauffe au fil de la soirée, Smith tire la langue : d'abord amusé par le caractère intimiste de la soirée (« On a essayé de changer de salle mais sans succès »), il est vite en nage, réclamant un ventilateur... qui finit par le refroidir un peu trop. « Je préfère m'évanouir que mourir gelé », plaisante-t-il en demandant finalement qu'on enlève le ventilo. Ah, les rockstars.
Reste que si la différence d'âge peut parfois se faire sentir (Kotzen a 56 ans, Smith 68 tout de même), l'homme au chapeau garde la pêche, surtout au moment de lancer des soli toujours plus old school et subtils que ceux de Kotzen (la magnifique « Darkside », meilleur moment du set). L'alchimie et la complémentarité entre les frontmen est évidente, Ritchie Kotzen se chargeant la plupart du temps de taper causette et d'annoncer les morceaux tandis que la star du soir joue plutôt les blagueurs de service. Et le reste du groupe ? Il assure : la doublette rythmique brésilienne composée de Julia Lage (basse) et Bruno Valerde (batterie) a un sacré costume à enfiler mais rend clairement la vie facile aux deux guitar hero, qui passent leur temps à changer d'instrument et à se réaccorder consciencieusement.
Après l'énorme tube « Running » et le très direct « Solar Fire » (aux accents du Deep Purple le plus direct), vient l'heure du rappel : deux titres issus de « l'autre » carrière du duo. C'est d'abord Ritchie Kotzen qui s'y colle, seul au chant pour « You Can't Save Me » : cette fois, son incroyable voix prend toute son ampleur, et on a presque l'impression de voir Chris Cornell réincarné. L'ovation à la fin du titre en dit long, mais le moment que toute la salle attend arrive, bien sûr. La légendaire intro retentit, balancée un peu à l'arrache par Adrian Smith : c'est « Wasted Years » qui clôt la soirée, dans une version forcément un peu brute de décoffrage et chantée en bonne partie par un Smith qui a décidément une voix surprenante de versatilité. Même si pour le coup, il est aidé par 300 gorges déployées : « And realize you're living in the golden years ! ». Pas sûr qu'on vive des années dorées, mais on aura véritablement vécu une soirée en or, toute en élégance blues rock, grâce à deux véritables gentlemen dont on ne peut que conseiller les albums à tous les fans de Bad Company, Black Country Communion ou Mr Big.
Setlist :
Life Unchained
Black Light
Wraith
Glory Road
Hate & Love
Blindsided
Taking My Chances
Darkside
Outlaw
Got a Hold On Me
White Noise
Scars
Running
Solar Fire
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You Can't Save Me (Ritchie Kotzen cover)
Wasted Years (Iron Maiden cover)














