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lundi 3 juin 2024

AC/DC @Séville, Espagne

Estadio La Cartuja - Espagne

Michael

Avocat le jour, rédacteur sur Horns Up la nuit et photographe à mes heures perdues.

Fuyant la grisaille et la pluie parisienne, j’ai décidé sur un coup de tête de partir quelques jours à Séville pour découvrir une ville qui m’est inconnue. 36 degrés annoncés pendant trois jours, pas un nuage, voilà de quoi me ravir. Puis, en planifiant mon séjour, je me suis rendu compte que les logements disponibles étaient peu nombreux à Séville, et pour cause : en plus du succès de la ville à cette période là, AC/DC y donnera deux concerts coup sur coup, les seuls en Espagne de cette tournée européenne. Constatant qu’il restait des places pour la seconde date, ni une, ni deux, je lâche un billet. Je n’avais pas prévu d’aller voir le groupe à Paris début août, je fais donc d'une pierre deux coups...

Le concert a eu lieu à La Cartuja, stade neutre sans charme particulier situé au nord-ouest de la Ville, essentiellement utilisé pour accueillir des concerts ou les matchs de la Roja. Après avoir trouvé la bonne entrée dans un certain capharnaüm (trois entrées pour le stade et peu ou prou aucune signalisation), me voilà à l’intérieur.

 

The Pretty Reckless

Le groupe new-yorkais, porté par la talentueuse et versatile Taylor Momsen, a la lourde tâche d’ouvrir la tournée d’AC/DC. Pour une fois, cependant, le choix opéré pour la première partie n’est pas dénué de sens (bien qu'AC/DC, contrairement à d'autres, tombe rarement dans cet écueil), si bien que les fans présents ont semble t-il été assez réceptifs à la prestation de The Pretty Reckless en dépit d’une chaleur accablante (37° en fin d’après-midi) et d’un son absolument affreux. On en reparlera ensuite, mais la raison pour laquelle je fuis habituellement autant que faire se peut les concerts en stade est essentiellement le son, rarement correct. Et cela n’a pas manqué, ce jour, avec une voix clairement sous-mixée et noyée dans le mix habituel du plein air : des mids et des graves surprésents, le kick de la batterie couvrant absolument tout.

En dépit de ce point négatif, difficile de contester le charisme de Taylor Momsen (meilleur frontwoman de la scène, devant Lzzy Hale ?), qui n'a manifestement pas été perturbée par la morsure de chauve souris subie sur cette même scène quelques jours plus tôt (ce n'est pas une blague) ! Et que dire de l’efficacité de certains titres comme « Death by Rock and Roll », venue ouvrir le set, ou bien encore de « Heaven Knows » ? C’est solide, c’est propre, et l’on en vient juste à regretter des conditions pas vraiment idoines et une scène ridiculement grande pour un groupe qui se cantonne à une micro-surface au milieu de celle-ci. Le sort habituel des premières parties, en somme…

Setlist :
Death by Rock and Roll
Since You're Gone
Follow Me Down
Loud Love
Witches Burn
Make Me Wanna Die
Going to Hell
Heaven Knows
Take Me Down

 

AC/DC

Pour beaucoup, AC/DC a été le groupe qui leur a ouvert les portes du hard rock et même parfois, dans un second temps, du metal. Un statut cultissime certainement pas galvaudé, auquel se rajoute énormément d’affect, comme toujours pour ces groupes au statut quasi-légendaire. Mon rapport au groupe est différent ; j’ai toujours apprécié ce dernier sans toutefois en faire une de mes références cultes. Forcément, donc, mon regard sur ce concert a été plus distant que celui d’un fan ultime pour lequel le statut du groupe efface ou limite tout regard critique.

Quoi qu’il en soit, voir une dernière fois sur scène les Australiens était très tentant, ne serait-ce que par plaisir d’entendre certains grands classiques. Et de ce dernier point de vue, j’ai été servi. Le groupe n’a jamais été réputé pour faire beaucoup varier ses setlists. Si cela peut naturellement embêter les aficionados qui n’ont pas souvent l’occasion d’écouter de petites raretés, c’est un plaisir pour les casus comme moi qui ont le droit à une setlist en forme de best of. « Back in Black », « Shoot to Thrill », « Sin City », « Highway to Hell », « Hells Bells » et j'en passe ; c'est globalement du réchauffé (à 3 exceptions près que sont « Demon Fire », « Stiff Upper Lip » et « If You Want Blood (You've Got It) ») mais du très bon réchauffé. Il m’aura fallu 2 litres d’eau pour ne pas tourner de l’œil à force de chanter comme un idiot.

Sur scène, j’ai été sidéré par l’énergie d’Angus Young. Evidemment que cela n’a plus la fougue d’avant, de même pour Brian Johnson. C’est du bon sens que de le dire. Mais à respectivement 69 et 74 ans, je trouve ça absolument remarquable de bouger autant et de se donner autant sous 37 degrés celsius pendant deux heures. Le show n’était pas d’ailleurs ralenti comme cela a pu être le cas pour Kiss récemment. Le groupe a sacrément tenu la barraque. La voix de Brian n’a pas toujours été parfaite, mais c’est une prestation allant bien au-delà de ce à quoi je m’attendais auquel j’ai assisté. Et le public ne s’y est pas trompé, avec une énergie débordante et une ferveur comme j’avais rarement vu dans un stade.

Extrait de la première date à Séville

Seulement voilà, c’est bien sur ce constat que les points positifs s’arrêtent. Le sentiment global qui ressort de ce concert est mitigé, en réalité. En dépit des efforts de Angus et Brian sur scène et de l’immense respect que l’on doit avoir pour une carrière aussi incroyable, difficile de passer outre l’un des pires sons jamais entendu en live (Mastodon au Hellfest 2007 est battu haut la main), une immense scène quasiment pas utilisée, une scénographie générique et loin des standards de 2024 et, encore et toujours, une absence totale de communication avec le public.

Plus de 130 euros la place pour la fosse arrière, 170 pour la fosse "or" et de 150 à 300 euros pour les tribunes... De quoi s’attendre à un show démentiel, non ? Et bien non. En deux heures, tout juste quelques flammes sur Highway to Hell, aucun élément de décor marquant (simplement quelques animations sur les écrans géants, pas d'éléments gonflables comme sur les précédentes tournées), des lights quelconques, une avancée de scène utilisée trois fois en deux heures, des micro-avancées sur les côtés quant à elles quasiment pas utilisées, pas de feu d’artifice, rien. Sans vouloir transformer AC/DC en Rammstein, le groupe nous a livré un show très old school dans l’approche, loin des standards de ce qui est aujourd’hui attendu dans un stade. Surtout pour ce prix.

Vous me direz, tout ça c’est anecdotique, non ? On est là pour la musique avant tout, non ? Oui et non quand on est dans un stade et qu’on peut se retrouver à 100 mètres de la scène. Le décorum et les éléments de spectacle (pyro, etc.) ce ne sont pas des détails mais des éléments fondamentaux pour ce type de concert. Tout cela est évidemment subjectif, j’en conviens. Mais si on cumule un décor générique, une absence d’éléments visuels marquants et les 3/5ème du groupe qui restent en fond de scène sans bouger, il ne demeure qu’une chose : la musique. Et lorsque le son est dégueulasse, ça rend le tout un peu plus compliqué. Dans ce contexte, les 150 balles sont vraiment, vraiment difficiles à digérer, même si la setlist est chouette.

Au final, il reste un plaisir certain d’avoir vu le groupe sur scène et de pouvoir constater que même diminué par les années qui passent, ils ne trichent pas. Ils sont d'ailleurs comme ils ont toujours été, dans les bons (énergie sur scène ; show très carré ; bangers sur bangers dans la setlist) comme les mauvais (absolument pas un mot pour le public ; le solo d’Angus sur "Let There Be Rock" qui est interminablement long et chiant). Simplement, vu le prix de la place, difficile de s'enthouiasmer outre mesure pour un tel show épuré. Le juge de paix sera donc certainement votre porte-monnaie et votre amour pour le groupe. AC/DC est et restera un monument du rock et tous ceux qui le suivent de près depuis de nombreuses années savent que l'on ne sait jamais si et quand le groupe reviendra… 

Setlist:
If You Want Blood (You've Got It)
Back in Black
Demon Fire
Shot Down in Flames
Thunderstruck
Have a Drink on Me
Hells Bells
Shot in the Dark
Stiff Upper Lip
Shoot to Thrill
Sin City
Rock 'n' Roll Train
Dirty Deeds Done Dirt Cheap
High Voltage
Riff Raff
You Shook Me All Night Long
Highway to Hell
Whole Lotta Rosie
Let There Be Rock
T.N.T.
For Those About to Rock (We Salute You)