Live reports Retour
lundi 11 juillet 2022

Steel Panther @Paris

Bataclan - Paris

Michael

Avocat le jour, rédacteur sur Horns Up la nuit et photographe à mes heures perdues.

Le 11 juillet 2022, le Bataclan accueillait la dernière date de la tournée européenne de Steel Panther, intitulée sobrement Res-erections. Accompagnés de Florence Black (Rock - UK), le groupe a mis un beau bordel dans une salle parisienne clairement acquise à la cause du groupe mais, on doit le dire, loin d'être remplie. Retour sur cette soirée en textes et en images.

Florence Black

Florence Black était clairement un groupe passé sous mes radars, moi qui ne suit guère la scène rock, et encore moins d'outre-Manche. Les Gallois, qui ont sorti leur premier album intitulé Weight of the World l'an dernier, produisent un hard rock assez puissant, dynamique. Sans être hyper original - ce qui a parfois valu au groupe d'être appelé le Black Stone Cherry gallois tant les styles des deux groupes sont proches - il y a malgré tout un aspect assez raw à leur musique qui n'est pas déplaisant, surtout en live. C'est un peu plus brut et crasseux que le nom précité, dont la musique est incroyablement lisse. Et ce côté brut de décoffrage n'est pas sans me déplaire ; s'il y a bien un style où l'on aime que ça déborde quitte à être un peu faux, c'est bien celui-ci.

Et c'est bien cette impression qui ressort de ces 45 minutes en compagnie du groupe. Pas besoin de beaucoup de communication avec le public - chose pas si fréquente pour un groupe de rock de ce style -, ni du reste beaucoup de mouvements sur scène. C'est assez simpliste dans le jeu de scène, mais avec des riffs et quelques passages aériens suffisamment bien pensés pour faire bouger et craquer des genoux. Seul le batteur est un peu plus expressif, avec des sourires et des mouvements faits pour réagir le public. Impressionné par la capacité du groupe à faire bouger un public pourtant pas particulièrement acquis à sa cause.

Une très bonne première partie, en somme.

Steel Panther

Quelques balances plus tard, les Américains débarquent sur scène, portés par des cris venant de partout. On a rapidement senti que même si le Bataclan n'est pas complet ce soir, le public présent n'est pas un public de touriste, mais qu'il est bien venu pour chanter, danser, faire la fête. Et surement quelques weirdos venus exclusivement pour les blagues graveleuses et quelques poitrines exhibées, présentes en masse pour cette soirée. Le départ de Lexxi Foxx du groupe en 2021 - Travis Haley, de son vrai nom - fait quand même un peu de mal aux Américains. Non pas que Joe "Spyder" Lester soit mauvais, mais la basse est clairement anecdotique dans la musique du groupe et le précédent bassiste entrait certainement davantage dans son identité visuelle volontairement pastiche.

Rien de tout ça n'affecte cependant le public qui chante à tue-tête les deux premiers titres offerts par les panthères d'acier, le truculent Goin' in the Backdoor et Tomorrow Night. Le son est plutôt bon, les lights toujours ausi parfaites (tout est allumé ou presque sur scène avec eux !) et le groupe a une vibe que je n'avais pas vu depuis longtemps en live. Le groupe a toujours plus ou moins été en roue libre, mais là ça invite les roadies sur scène à faire des chorégraphies, ça lache des sourires backstage, Michael Starr échange avec des membres du public lorsqu'il repère un t-shirt qui lui plait. On sent bien que c'est la dernière date de la tournée et que le groupe est juste là pour s'amuser, en fait.

Après une longue diatribe façon conférence Berryer (non) de Satchel où les mots "cock", "dick", "bite" et "nichons" ont été prononcés environ 200 fois, le groupe enchaine avec Asian Hooker (qui est vraiment hyper gênante), All I Wanna Do Is Fuck (Myself Tonight) et Fat Girl. L'heure pour le groupe de nous rappeler à quel point les femmes françaises sont belles mais qu'ils ont hâte de revenir aux Etats-Unis pour retrouver des femmes obèses pour jouer avec. C'est toujours d'une finesse exceptionnelle, mais on ne s'attendait pas vraiment à autre chose. Le public - très féminin, ce soir - est massivement venu pour les blagues graveleuses et cette passion pour un glam metal volontairement cliché, presque parodique.

Disons le clairement, le groupe est hyper gênant. On pourrait balancer du cringe à tout va. Dans le discours, dans l'hyper sexualisation de tout par des mecs qui ont tous plus de 50 balais. Mais la réalité est que la popularité du groupe ne baisse pas vraiment et que ça plait. C'est bas du front, mais c'est un bas du front qui manifestement fait son effet. En plus d'être étrangement musicalement cohérent pour ceux qui aiment ce genre de glam/rock.

Comme au Hellfest il y a quelques semaines, le groupe nous offre une petite reprise de Crazy Train de Black Sabbath avec une imitation d'Ozzy Osbourne toujours aussi bonne. Ce qui m'amuse avec Steel Panther, c'est qu'ils font un peu n'importe quoi, mais qu'ils ont suffisamment de talent pour le faire proprement. Imiter et échouer c'est facile, imiter, moquer et rendre le truc cohérent, c'est une autre paire de manche.

Et ce talent est également démontré sur la séquence suivante avec un très long solo de Satchel, qui a repris de nombreux classiques du metal (Seek & Destroy, Breaking The Law, The Trooper, Sweet Child O'Mine, Master Of Puppets et j'en passe) entrecoupés d'envolées à la guitare. Le bougre est vraiment très talentueux. C'est tellement Steel Panther d'imaginer un type qui a fait ses classes dans Bad Dog, spin off de Racer X lorsque ce dernier a splitté, où Satchel jouait quand même des titres composés par Paul Gilbert (qu'il a du reste connu et cotoyé). Il a également joué dans Fight au début des années 90 - groupe crée par Rob Halford lorsqu'il a quité Judas Priest en 1992. Le mec est talentueux comme pas possible et il finit par jouer dans un groupe qui parle de gloryhole et de blowjob à longueur de chanson. D'aucuns trouveront ça triste ; ça m'amuse.

Après un Weenie Ride bien long, un peu lourdement potache, avec une jeune femme sur scène, le groupe enchaine avec un nouveau titre - joué pour la première fois devant un public ce soir - qui sortira sur le prochain album, pour lequel ils n'ont "aucune idée de quand ça sortira". Rien de bien original pour ce nouveau titre, intitulé It's Never Too Late To Get Some Pussy Tonight. Du Steel Panther dans le texte et dans la forme. Juste ce qu'il fallait pour chauffer à nouveau à blanc un public qui n'en demandait pas tant. De quoi en tous cas préparer ce dernier pour 17 Girls in a Row avec une scène remplie de femmes peu vêtues, venues dancer avec le groupe, comme le veut la "tradition".

Pour finir en beauté, dans ce concert qui a laissé un peu pantois les agents de sécurité placés de part et d'autre de la scène, le groupe fait son enchainement habituel de tubes en fin de live : de mémoire - la fatigue, tout ça - Party Like Tomorrow Is the End of the World, Community Property, Death to All but Metal, Party All Day (Fuck All Night) et la toujours très réussie et pleine de finesse Gloryhole.

J'ai beau avoir vu plusieurs fois le groupe en live, je l'ai trouvé très en forme ce soir. Le son était bon et le groupe peut-être encore plus enclin à jouer la carte du fun, de l'humour graveleux et de la proximité avec le public. Dernière date d'une tournée oblige, il y avait réellement un petit extra d'âme dans cette date parisienne ; en tous cas, c'est le sentiment prédominant à en croire la satisfaction apparente du public au moment de quitter la scène. C'était toujours aussi stupide, toujours aussi clivant pour beaucoup qui ne comprennent pas comment un groupe comme ça peut encore fonctionner, surtout dans la période actuelle mais pour peu que l'on rentre dans leur délire, c'est clairement une réussite. Et musicalement, c'est plus que cohérent.

Setlist (de mémoire) :
Goin' in the Backdoor
Tomorrow Night
Asian Hooker
All I Wanna Do Is Fuck (Myself Tonight)
Fat Girl
Let me Cum In
Crazy Train
Weenie Ride
It's Never Too Late To Get Some Pussy Tonight

17 Girls in a Row
Party Like Tomorrow Is the End of the World
Community Property
Death to All but Metal
Party All Day (Fuck All Night)
Gloryhole.

Merci à Olivier Garnier, pour l'accréditation et au Bataclan, pour l'accueil.