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Album

09/12/14 - U-Zine

Iron Maiden

The Final Frontier

LabelEMI Records
styleHeavy Metal
formatAlbum
paysAngleterre
sortieaoût 2010
La note de
U-Zine
8.5/10


U-Zine

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« L'immortalité c'est de travailler à une œuvre éternelle. »

Ernest Renan

Une œuvre immortelle, à jamais inoubliable, pour l’éternité gravée, à la puissance évocatrice gigantesque. L’art de créer un monstre…la passion de fonder un empire créatif personnel, un royaume artistique unique dans lequel des millions d’individus, quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, purent se plonger et se délecter pendant plusieurs décennies. Des décennies qui n’en finiront pas de s’ajouter…car l’œuvre, si intense et primordiale, est simplement immortelle.

Cette œuvre vient en partie d’un unique homme, d’un prophète moderne qui, pourtant encore jeune rêveur mais travailleur acharné, allait sans le savoir changer le cours du monde musical. Un homme qui, de son esprit insatiable et de ses doigts à la dextérité longtemps incompréhensible, allait fonder un monstre qui parfois le dépasserait mais jamais ne lui ferait perdre le contrôle de sa vie et sa vision. Épaulé au fil des années par des interprètes et autres compositeurs de génie parmi lesquels ils convient aussi de saluer leurs performances, il restera le pilier indestructible d’un colosse aux pieds d’acier. Cet homme…Steve Harris…

Figure légendaire et désormais immortelle d’un genre qu’il restait à créer avant que la vierge de fer ne le fasse, Iron Maiden, depuis son retour au premier plan en 2000 avec Brave New World, déchaine toujours plus les passions à chaque nouvelle sortie d’album. Faisant suite à un A Matter of Life and Death ayant redonné vie au groupe légitimement considéré comme l’un des plus grands groupes heavy metal de la planète, le quinzième album qui s’apprêtait à voir le jour était attendu autant que redouté.
Clairement, l’attente fut longue, insoutenable mais également porteuse de doutes envers un groupe qui avait réussi, trente ans après sa formation, a écrire un disque qui pouvait, dans une optique différente, se porter au même degré musical que ses plus grands classiques, trop nombreux pour tous les citer.

En ce sens, The Final Frontier avait un poids considérable sur les épaules, un poids qu’aucun album de Maiden n’avait eu depuis des années (depuis The X Factor peut-être…). La première constatation est d’un ordre purement visuel et esthétique…l’artwork est particulier et offre une lecture d’Eddie complètement différente de celle des opus précédent. Après les cauchemars célestes de Brave New World, l’incarnation de la mort sur Dance of Death, la zombification militaire de l’album précédent, c’est ici face à un véritable monstre que l’auditeur a à faire. Une sorte de brute épaisse et terrifiante, multiplication d’expériences pour aboutir à colosse évoluant dans un environnement spatial et désolé.

Musicalement, il n’était en revanche pas difficile de savoir la voie dans laquelle les britanniques allaient continuer, sous la houlette d’un Steve Harris et d’un Adrian Smith plus posé et à l’âme progressive que jamais. Il n’est désormais plus questions des pulsions volcaniques d’antan, de la rage primaire véhiculée en trois minutes ni des rythmes éprouvants sur lesquels le groupe a fondé sa légende. Maiden prend désormais son temps, il tisse une atmosphère, construit un monde émotionnel et particulier sur chaque chanson, afin d’en faire des quêtes indépendantes et poignantes, chose qu’il avait réussi à merveille sur AMOLAD. Ce sera encore le cas ici, avec un effet de surprise atténué, une maestria peut-être atténuée mais des expérimentations encore plus audacieuses pour un groupe de cet acabit qui, du haut de son empire, ose encore innover et jamais, ne semblera se résigner à vivre sur ses acquis. Une vision d’artiste…

Résumer la surprise et l’émerveillement que procure Satellite 15…The Final Frontier devient alors un exercice de style tant le sextet, sûr de lui et de sa force, ose aller plus loin qu’il ne l’avait jamais fait. S’ouvrant sur une longue introduction cybernétique, amalgame de percussions tribales, de riffs complètement stellaires et s’envolant loin dans les cieux, d’effets tous plus étranges les uns que les autres, allant même jusqu’à évoquer parfois Dream Theater (quel travail abattu par Nicko McBrain ici), les guitares d’Adrian, de Dave et de Jannick résonnent comme les plaintes lointaines de millions d’étoiles prêtes à exploser. Puis, dans cette tension énorme résonne la basse du seigneur Harris avant que, des élucubrations lointaines d’arpèges mélancoliques, émane la voix plus éblouissante que jamais de Bruce Dickinson, sur un travail rythmique de Nicko fabuleux. Bruce semble narrer une destruction à venir, de manière détachée, effrayante, déshumanisée…avant que le morceau ne trouve sa structure traditionnelle, en un brulot heavy metal simple, carré, efficace, au refrain qui va à coup sur détruire les stades du monde entier. Bruce y est impérial (qui en douterais…) tandis que la composition garde une tension tout le long, sans flancher (ce soli traditionnel mais diablement jouissif) avant un final très live, chacun se déchainant sur son instrument, les guitares prenant des relents très intéressants de modernité évoquant un certain Somewhere in Time pour débouler sur un El Dorado taillé pour le live.
Un riff dépouillé laisse la place à une ligne de basse digne d’une charge de cavalerie légère (la marque de fabrique de Steve), Bruce, encore une fois, délaisse son approche vocale traditionnelle pour chanter au service de la chanson, de manière narrative, entre envolée, vocaux graves ou purement narratif. Lorsque l’intelligence du talent se fait art…il faut également noter le travail titanesque des guitaristes qui, probablement pour la première fois, ont formé un ensemble cohérent permettant de légitimer réellement la présence de trois guitares.

Si l’ensemble du disque se relève très progressif, se basant sur des montées en puissance et des changements de tempos permanents, Maiden n’oublie pas parfois de faire respirer l’auditeur, notamment sur un Coming Home superbe, entre un Children of the Damned et Out of the Shadows. Plus calme, le morceau laisse toute la place à un vocaliste qui, du haut de son demi-siècle, continu de forcer l’admiration tant son chant se veut troublant de puissance et d’émotion. Si en revanche, le puissant et concis The Alchemist finira d’achever l’idée comme quoi le groupe n’est plus fait pour les morceaux courts, la merveilleuse seconde partie du disque continuera de nous faire penser que Maiden est devenu grand dans un autre registre, dévoilant d’autres cordes à son arc.
Entre un Starblind très atmosphérique, peuplé de claviers songeurs et aériens, de soli et de leads (la patte de Smith est reconnaissable entre mille) magnifiques et un Isle of Avalon qui prend la forme d’un périple initiatique, le groupe ne se refuse rien, sans forcément tomber dans la négativité d’AMOLAD. Tout semble ici plus léger, évoluant dans les astres tout en conservant une approche tragique et volontairement théâtrale.

Il y aura également ce Mother Of Mercy mélancolique aux partitions vocales de très haute volée (mon dieu en live…), un The Talisman renvoyant à The Legacy ou la perle de clôture When The Wild Wind Blows. Incroyable morceau de plus de onze minutes, cette quête évoque une destruction à venir vue par la crédulité humaine, à la portée mélancolique (putain cette mélodie…) exceptionnelle, véhiculée par une mélodie déchirante et surtout un Bruce Dickinson qui mériterait une distinction tant il est génial. Que ce soit dans les parties atmosphériques (un terme désormais adaptable à Maiden) ou purement heavy, il porte de long en large une compo magistrale comme l’on en attendant depuis des années (rappelons nous Paschendale). Les changements de tempos, tout en gardant une constance, cette impression de montée de plus en plus haut, de solo de plus intenses, de plonger de plus en plus profondément dans le concept pour en finir groggy et heureux…

Iron Maiden démontre toutes ses facultés dans ce registre qui n’était pourtant pas originellement le sien (malgré quelques touches sur Seventh Son of the Seventh Son) et, avec The Final Frontier, touche une nouvelle fois à l’universalité des styles avec brio et talent. Sans surprendre autant que la baffe infligée par l’album précédent, le groupe perdure et avance encore…il semble que ce soit une dominante essentielle d’un des seuls groupes qui, en 30 ans, s’est toujours remis en question et a toujours cherché à avancer musicalement et artistiquement. Une notion d’intégrité bien rare…qui fait que Maiden est aujourd’hui le monstre que l’on connait. Intégrité.


1. Satellite 15... The Final Frontier 08:40
2. El Dorado 06:49
3. Mother of Mercy 05:20
4. Coming Home 05:52
5. The Alchemist 04:29
6. Isle of Avalon 09:06
7. Starblind 07:48
8. The Talisman 09:03
9. The Man Who Would Be King 08:28
10. When the Wild Wind Blows 10:59

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