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Album

09/12/14 - U-Zine

Iron Maiden

Seventh Son of a Seventh Son

LabelEMI Records
styleHeavy Metal Godz
formatAlbum
paysAngleterre
sortieavril 1988
La note de
U-Zine
10/10


U-Zine

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Après l’épisode "Somewhere in Time", dont la conception avait inévitablement engendrée beaucoup de frustration de la part de Bruce Dickinson, chacun semble néanmoins en meilleure forme psychologique pour entamer un nouveau disque. Suite à une tournée une nouvelle fois triomphante, mais moins épuisante, c’est Bruce et Steve qui, à deux, établirons le concept général de ce septième opus conceptuel.

Basé sur la légende du septième fils du septième fils, ayant des pouvoirs divinatoires et des dons de clairvoyance, cet album va être l’occasion, une dernière fois, de glorifier le line up mythique de la vierge de fer, l’album avant quoi beaucoup de choses basculeront, particulièrement d’un point de vue artistique. Il est également le retour au premier plan du vocaliste à la composition qui co-signe la moitié des compositions de l’album, dont le premier single "Can I Play With Madness", morceau d’enfance d’Adrian Smith, complètement réarrangé et agrémenté d’harmonies de guitares pour l’occasion, preuve d’une liberté artistique pour un groupe qui se lâchait alors complètement, sur de lui et de son ascendant.

Loin du splendide Eddie cybernétique de l’album précédent, la pochette de Derek Riggs dévoile ici un Eddie mystérieux, froid et menaçant, pas forcément représentatif du caractère bien plus progressif de ce disque. Progressif, oui, le mot est lâché, voilà, c’est dit.

Et oui, les synthés ont pris une place encore plus importante ici, la musique se fait très riche, presque orchestrée, bien loin de la brutalité rythmique d’un "Killers". Pour preuve, "Moonchild" ouvre le disque sur quelques accords acoustiques, quelques lignes vocales inoubliables car parfaitement mémorisables. Puis les claviers arrivent, presque envahissant de prime abord dans le mix, au même niveau que les guitares. S’ils s’effacent progressivement le long du morceau, on remarque une touche bien plus mélodique dans les guitares, alors que, paradoxalement, Bruce continue d’évoluer dans un registre de plus en plus agressif et direct, n’hésitant plus à incorporer de plus en plus souvent des cris (comme il le fait sur ce premier refrain).
C’est réellement avec "Infinite Dreams" que l’on comprend que "Seventh Son of a Seventh Son" ne sera pas un album comme les autres. Une intro éthérée, presque à la Hendrix, des lignes de basse de plus en plus alambiquées et techniques et une longue montée en puissance, très progressiste, avant que la furie purement métallique ne prenne le contrôle de la bête. Il en ressort une très grande maitrise, une maturité d’écriture évidente, une volonté de changement, particulièrement dans des placements vocaux pas forcément évident, moins prévisibles.

C’est finalement comme ça que ce décrit cet album. Un opus à tiroir, d’une richesse désarmante, complètement différent de "Powerslave" ou "The Number of the Beast", comme une continuité d’un "Somewhere in Time" plus complexe mais moins puissant.
Les solo se font plus individuels, plus ancrés dans les morceaux et moins basé sur un éventuel battle entre les deux guitaristes dans une déferlante de notes. "The Evil That Men Do", second single de l’album, entre rage et atmosphères planantes, montre le visage le plus vindicatif et rapide d’Iron Maiden. Le pré-refrain y dégageant une incroyable puissance, avant qu’un refrain taillé pour le Live et les stades ne vienne tout emporter sur son passage, répété jusqu’à satiété par un Bruce chantant encore avec une maestria forçant le respect (cette envolée…). Un solo magnifique et d’une pureté effarante d’Adrian parachève le morceau et évoque tout ce qu’à pu perdre le groupe lors de son départ. Un sens mélodique inné, un talent pour les mélodies rares…
Le tout aussi célèbre "The Clairvoyant", le seul écrit de la seule plume de Steve, offre un paysage musical plus ambiancé. Le chant de Bruce évoque une longue croisade, un caractère épique indéniable reflétant dans son chant une nouvelle fois presque théâtralisé, très expressif, avant de redevenir le Bruce incisif et showman sur un refrain composé pour le headbanging et le Live. Le solo de Dave est typique du guitariste, une virtuosité effarante d’ailleurs toujours d’actualité pour le britannique au sourire éternellement gravé sur le visage.

Mais quelque part, "Seventh Son of a Seventh Son" ne serait pas ce qu’il est sans son ambitieux et très particulier titre éponyme, long de près de dix minutes. Une ambiance mystique emplie l’atmosphère dès les premières notes, presque sacrée. Des chœurs énigmatiques et sentencieux parsèment un riff imposant et une base rythmique et omniprésente. Bruce y conte l’histoire de cet enfant prodigue, et y livre une performance à couper le souffle. Il y étale toutes les facettes de son registre si étendue, passant de couplets bruts et directs à des « hoho » dont lui seul possède l’alchimie secrète, avant de placer un refrain entêtant, répétitif, hypnotique, gravé dans les mémoires collectives. "Seventh Son of a Seventh Son" est un voyage à travers la vision d’un medium, une longue composition à l’évolution subtile, en constant mouvement, au break angoissant et pesant, presque atmosphérique, mais pourtant bien différente de l’ambiance hantée de "Rime of the Ancient Mariner". Il règne ici une constante sensation de grandeur, un caractère épique et incommensurablement grand, qui explosera longuement sur un très long solo, puisque Bruce ne reviendra pas après, laissant la composition orpheline de nouvelles lignes de chant.

Souvent décrit comme l’album le plus complet d’Iron Maiden, "Seventh Son of the Seventh Son" est sans aucun doute le plus progressif avec "A Matter of Life and Death" (mais nous parlons ici d’un autre âge). C’est peut-être pour ça qu’il fut un semi-échec au Etats-Unis (« seulement » 1,2 million d’albums vendus), ou alors étais-ce la scène speed thrash de Metallica, Slayer ou Megadeth qui faisait déjà de l’ombre au heavy métal en général. Une chose est sure, si chaque fan possède ses albums préférés, pour telles ou telles raisons, c’est que ce septième album montrait un groupe ambitieux, soucieux de son travail, qui livrait un album qui prenait la forme d’une boucle, se terminant sur la même mélodie que celle qui ouvrait le disque. Maiden offrait son album le plus ambitieux, sans forcément être le meilleur, mais prenait des risques et innovait…une page allait bientôt se tourner…la suite, si elle fait néanmoins partie de l’histoire, ne laissera plus jamais cette sensation unique de côtoyer de si près le génie musical.

1. Moonchild
2. Infinite Dreams
3. Can I Play with Madness?
4. The Evil That Men Do
5. Seventh Son of a Seventh Son
6. The Prophecy
7. The Clairvoyant
8. Only the Good Die Young

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