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Album

09/12/14 - U-Zine

Iron Maiden

Piece of Mind

LabelEMI Records
styleHeavy Metal Godz
formatAlbum
paysAngleterre
sortiemai 1983
La note de
U-Zine
10/10


U-Zine

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Lorsque "Piece of Mind" voit le jour, aucun album d’Iron Maiden n’avait été produit par le même line-up. Que ce soit l’inadaptation d’un Dennis Stratton plus proche de Queen et Kiss que de la direction empruntée par Steve Harris, les excentricités de Paul Di’Anno qui a lui-même autodétruit sa carrière avec la vierge de fer ou les extravagances de jeunesse d’un Clive Burr vomissant son alcool sur le bord de la scène pendant leur tournée américaine, Steve peinait à trouver complètement l’équipe parfaite pour tenir dans la durée.
Mais cette période de doutes de d’imperfections allait bientôt voler en éclat avec l’arrivée du, paradoxalement, fêtard et extravagant Nicko McBrain derrière les futs. Dès lors, le line up historique de Maiden est devant nous, leur confiance inépuisable en leur art inattaquable, la quintessence de leur son parfaite et la maturité des compositions indéniables.

On avait parfois eu peur que Steve Harris ne puisse tenir sur la durée, notamment parce que les premiers albums étaient comme des compilations de morceaux composés depuis 1975, alors que le groupe n’en était encore qu’à ses balbutiements.
Pour la première fois, Iron Maiden n’avait aucunes compositions terminées à l’heure de commencer la création de ce quatrième album. Les britanniques allaient puiser dans des influences insoupçonnées, et définir encore plus fortement leur style après le cataclysme "The Number of the Beast" qui avait subjugué en premier lieu par la caractère épique de la musique, et surtout pour l’arrivée remarquée d’un génie nommé Bruce Dickinson, magicien de la scène et vocaliste à la puissance quasi infinie. Ce même Bruce qui prendra fortement part à la composition de ce "Piece of Mind" (4 morceaux), dont le culte "Revelations", composé de sa seule plume.

"Where Eagles Dare" ouvre le disque et place directement la barre plus haute que le groupe ne l’avait mise. Le jeu incroyablement plus touffu et technique de Nicko offre bien plus de possibilités rythmiques à Steve Harris qui une nouvelle fois livre une performance techniquement extraordinaire, d’une vélocité peu commune. Puis il y a cette voix, ce chant qui s’envole à chaque phrase, à chaque vers, à chaque mot, une puissance naturelle et chaude, parfaitement mise en valeur par les riffs inspirés et toujours mélodique d’un tandem Adrian Smith / Dave Murray inimitable. On reconnait sans mal la patte des guitaristes, le premier très mélodique tandis que le second, peut-être plus démonstratif, se différenciait par un déchainement de notes d’une virtuosité écœurante. Quelques effets grinçants, des arrangements novateurs et une ligne de basse oppressante ouvrait un disque résolument plus sombre que son prédécesseur, plus mature aussi, et probablement plus complet dans sa globalité.

Impossible de ne pas finir à genoux devant la force d’évocation du seul riff d’entrée d’un "The Trooper" culte parmi les cultes, très rapide et furieux pour l’époque. Un morceau qui aura aussi la particularité d’être le seul titre de l’histoire de Maiden à ne pas posséder de refrains, mais simplement des « hohoho » qui feront également la renommé de Dickinson, tellement à l’aise dans ce registre apte à faire chanter des stades entiers. Mais il y a également cette incision dans les couplets, ce tranchant vocal d’un phrasé agressif, cette ligne de basse étourdissante et omniprésente, ces riffs rapides représentant les grandes insurrections britanniques, et surtout ce jeu définitivement plus technique de Nicko, multipliant descentes de toms et cassures rythmiques. "Flight of Icarus" ou "Revelations" marqueront un tempo plus lourd, presque pesant, notamment le riff de "Flight of Icarus", que l’on pourrait presque rapprocher de Black Sabbath, mais sublimé par des harmonies sur un refrain que jamais personne n’oubliera (« Flight touch the Sun… »). Quand à "Revelations", il démontre tout le talent de Bruce qui, loin de n’être qu’un simple exécutant, dévoile des velléités de composition impériales.
Composé à la manière d’une longue montée en puissance, "Revelations" allait devenir le moment fort des concerts des années qui allaient suivre, par son caractère différent du reste du répertoire de la vierge de fer. Un riff lent, simple, constamment cassé par des arpèges mélodiques absolument magnifiques puis par des riffs se faisant de plus en plus rapides. Une touche progressive est évidente, très mature, moins évidente et plus artistique, prouvant que Maiden avait encore de nombreuses choses à proposer musicalement. Bruce y éclaire encore une fois le morceau de tout son talent, d’une classe incomparable et d’une sensibilité de chaque instant.

Les plus typiques "Die With Your Boots On" ou "Quest for Fire", portés du sceau de la vierge de fer, allègent un peu un disque qui pourrait presque paraitre novateur et qui offre beaucoup de différences avec le visage affiché quelques mois plus tôt. "Still Life", quand à lui, reprend les attaques conférées au groupe contre leurs agitateurs, insultant les britanniques de pervertir la jeunesse et de démocratiser une imagerie sataniste (notamment aux Etats-Unis, où il n’était pas rare que des associations soient créées contre le groupe afin de bruler les albums de la bête en masse). S’ouvrant sur une parodie de Nicko légèrement (si peu…) ivre, il dégage une mélancolie peu connue du groupe. Une mélodie splendide caresse l’auditeur, légère et viscérale, avant que Bruce ne susurre quelques mots, avec autant de grâce que de conviction. Lorsque le rythme s’accélère, c’est une réelle colère que l’on peut ressentir, et une envie de hurler au monde qu’ils ne sont pas ce qu’on dit d’eux, par un refrain simple mais se gravant instantanément dans le cerveau.
"To Tame a Land", périple épique dont Steve a le secret, termine un voyage devenu indispensable à travers les années, celui de cet Eddie enchainé et capitonné pour qu’il se taise.

S’il est resté quelque peu dans l’ombre de son prédécesseur, voyant l’arrivée de Dickinson, et de son successeur, l’écrasant "Powerslave" aplatissant toute la concurrence et se jouant des scènes (ni Judas Priest, ni un Metallica encore jeune ou un Exodus naissant n’étaient aussi populaire), "Piece of Mind" reste néanmoins un album indispensable à tous fan de heavy et une sorte d’armature du style de prédilection d’Iron Maiden, comme un modèle, un laboratoire qui les amènera plus loin encore. Un album culte qui permit au groupe de vendre encore plus et de tourner dans le monde entier. Tout allait encore bien, l’entente était parfaite, le monde idyllique et les réactions inespérées…c’était avant que la tournée de son successeur n’emporte tout sur son passage.

1. Where Eagles Dare
2. Revelations
3. Flight of Icarus
4. Die with Your Boots on
5. The Trooper
6. Still Life
7. Quest for Fire
8. Sun and Steel
9. To Tame a Land

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