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mardi 31 janvier 2017 - Shawn

Gojira + Nostromo @ Toulouse

Le Bikini - Toulouse

Shawn

Anciennement responsable du webzine U-zine.org. Actuellement chroniqueur éclectique et live reporter basé à Toulouse.

Après quelques mois de disette sur les grosses dates metal (et assimilé) au Bikini, voilà enfin que le vent semble tourner. En effet, ces derniers mois furent une période creuse en gros groupes, mais particulièrement riche en scène locale et en groupe un peu moins connus. Qu’importe, ce premier trimestre est l’occasion de refouler cette salle avec quelques dates sympathiques : les déjà passées Sabaton / Accept et Sum 41 sans oublier celles à venir : Blues Pills, Suicidal Tendencies et le plateau Kreator / Sepultura. Ce soir, c’est ni plus ni moins que Gojira, que l’on peut désormais considérer comme plus grand groupe de metal français de l’histoire, qui défendra son tout dernier opus Magma. Et qui pour ouvrir en guise de première partie ? Ni plus ni moins que Nostromo. Retour sur la date !

NOSTROMO

Avant de rentrer dans le vif du sujet, prenons quelques instants pour revenir sur l’histoire de Nostromo. A en juger par la moyenne d’âge dans le pit, il y a fort à parier que les trois quarts du public n’ont probablement jamais entendu parler de Nostromo. Pourtant, le groupe suisse est loin d’être inconnu et a même dominé la scène death suisse entre 1996 et 2005. Véritable bulldozer en live, le groupe avait tiré sa révérence en 2005, à peine un an après la sortie de leur troisième opus Hysteron-Proteron. Et, alors que le groupe glissait lentement mais surement dans les limbes des anciennes gloires tombées au champ d’honneur, une annonce fin 2016 sur la page Facebook du groupe fait grand bruit : Nostromo est de retour sur scène. Et grand bien leur en a fait puisque quelques semaines plus tard Gojira annonçait que les Suisses seraient leur groupe d’ouverture.

On prend les mêmes et on recommence … 10 ans plus tard. La question nous taraudait donc avant d’entrer au Bikini : que vaut maintenant la formation helvète après 11 ans de silence ? Sans suspense aucun : UNE BOUCHERIE ! Si trois membres sur quatre sont restés inactifs, ça n’est pas le cas de JéromePelligrini (guitare) qui n’a jamais quitté la scène grâce à son engagement chez Mumakil. Mais là où le retour sur scène semble le plus bluffant, c’est sans nul doute pour Javier (voix), dont le timbre n’a pas changé d’un iota.

En live, tant musicalement que scéniquement on croit parfois avoir affaire à Napalm Death. Un chanteur incontrôlable, presque hystérique qui occupe tout l’espace et jouant avec son cable de micro, des musiciens discrets mais efficaces. Car c’est sur l’efficacité que le groupe se démarque. Les riffs sont propres, souvent groovys (avec parfois des sonorités à la Pantera) mais toujours brutaux. Nostromo version 2017 est définitivement le même bulldozer qui avait labouré l’Europe 15 ans auparavant.  La formation suisse revient ainsi sur la totalité de ses trois albums avec des titres comme Sunset Motel ou Epitomize. En un mot : zéro concession. Le groupe rendra enfin hommage à leurs influences de toujours : Nasum et Napalm Death en les reprenant l’un et l’autre. The King is back, long live the King.

Setlist Nostromo :
Intro
Epitomize
Selfish Blues
Intermission
Stillborn Phrophet
Lost Inside
Sunset Motel
Colapse (Tape Intro)
Delight
Corrosion (Nasum cover)

 

GOJIRA

A-t-on encore besoin de présenter Gojira, même en quelques lignes ? Car le groupe, non content d’être devenu au cours de ces 10 dernières années une véritable machine de guerre sur scène, a surtout accédé au titre mérité de plus grand groupe de metal français. Il est loin le temps où l’on se rappelle avoir pu voir le groupe se produire sur des scènes de 200 personnes au fin fond des Landes. Désormais le groupe est haut placé sur les affiches des festivals et après avoir ouvert pour Slayer ou Metallica, les landais tracent désormais leur route en headliner sur de nombreuses tournées européennes, américaines et autres. Gratifiant leurs fans avec un nouvel album, le bouillonnant Magma, enregistré et masterisé à New York, il était tout naturel de revoir le groupe sur scène défendre son nouveau bébé.

Et c’est ainsi que l’on retrouve nos quatre landais, au line-up toujours aussi stable et soudé, sur la date Toulousaine, la dernière de leur tournée française. Et dès les premières notes de Only Pain, premier constat : le jeu de lumière. Manifestement, Gojira a su s’entourer d’éléments de qualité, et notamment d’un ingénieur lumière qui connait son sujet. Là où, il y a quelques années, leur light-show n’avait rien d’exceptionnel, désormais, tout est cohérent, millimétré pour coller au mieux à la musique, me rappelant par certains aspects la maitrise lumière de Meshuggah. Stroboscope savamment dosé, jet de fumées, tout semble cohérent et apporte une véritable profondeur à leur musique. Notons enfin l’utilisation intelligente d’un écran géant en fond de scène en lieu et place de l’habituel backdrop, pertinent et apportant un gros plus.

The Heaviest Matter of the Universe marquera le début réel des hostilités, avec sa rythmique pachydermique (et le terme est faible quand on parle de trou noir et d’anti-matière). Le titre fait mal aux cervicales, et le public sera le premier à en redemander. Les nouveaux titres (tel que Silvera et Stranded) passeront avec brio l’épreuve du live, mais c’est surtout sur Flying Whales que le public se défoulera vraiment avec un wall of death sur le break (malheureusement comme toujours démarré trop tôt …). Si les nouveaux titres passent plutôt bien, c’est pourtant sur les grands classiques que nous verrons le plus le public réagir : mention spéciale à Backbone ou Terra Inc.

Et lorsque le groupe n’envoie pas des bûchettes à la face de son public, c’est Joe qui occupe l’espace en discutant avec la foule. L’ainé des Duplantier en profitera pour remercier Nostromo, « des amis de 15 ans »,  abordant brièvement l’insolite fait de leur présence en ouverture ; il en profitera pour évoquer les temps pas si lointain où le groupe jouait encore dans des petits clubs ; enfin il saisira l’occasion de souhaiter l’anniversaire de Nicolas, leur ingénieur lumière.

The Shooting Star marquera l’un des moments où l’écran géant fût utilisé avec le plus de brio. Sur ce titre aussi hypnotique que lancinant, apparaissent sur l’écran des images de montagnes baignées de brume. Le titre, renforcé par la profondeur du visuel, semble telle une ode aux éléments, aussi tellurique qu’aérien, aussi massif que les monts rocheux représentés que léger que la brume qui les berce. Le voyage céleste offert par Gojira se terminera par la doublette Oroborus / Vacuity, désormais une valeur sûre en live.  Le groupe a fini son show et pourtant on sent que les 4 musiciens veulent rester le plus longtemps possible sur scène. Cette date étant la dernière de la tournée et le groupe jouant à peine à 200 km de chez eux, on sent que ce concert aura un gout un peu différent de la normal. Définitivement, Gojira aura prouvé que sa place à la tête de la scène française n’est pas volée. Un show plus qu’efficace, témoin de la maturité du groupe.

Setlist Gojira:
Only Pain
The Heaviest Matter of the Universe
Silvera
Stranded
Flying Whales
The Cell
Backbone (with Remembrance Outro)
Terra Inc.
Wisdom Comes
Drum Solo
The Shooting Star
Toxic Garbage Island
Pray (with extended jam)
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Guitar Solo
Oroborus (with new ending)
Vacuity

 

Merci à Gojira & Nostromo pour la soirée.
Merci à Antoine et au Bikini pour la logistique.

Photos