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Album

19/10/16 - Balin

Neurosis

Fires Within Fires

LabelNeurot Recordings
stylePost Metal/Sludge
formatAlbum
paysEtats Unis
sortieseptembre 2016
La note de
Balin
8/10


Balin

Matthieu, 24 ans, basé à Nantes. Ancien membre d'U-Zine et de Spirit of Metal. Vous me retrouverez pour les chroniques et live reports de divers styles musicaux.

"Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu, Enfer hindou, du feu. A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur." - Victor Hugo

   La sortie d’un nouvel album de Neurosis est un évènement en soi. C’est bien entendu l’occasion de se mettre du nouveau sous la dent (quatre ans depuis Honour Found in Decay, c’est long, mais c’est malheureusement la durée moyenne d’attente entre deux opus), mais c’est surtout le moment où l’auditeur se confronte à nouveau avec ses propres démons, où il interroge les émotions pour les opposer à ce flot de sincérité, de rage et qui font de chaque album des Américains une expérience personnelle et inoubliable. Neurosis rassure autant qu’il effraie, apaise autant qu’il tourmente. Et c’est précisément pour cela qu’on y revient, sans cesse…

« The end is endless and washing over me »

   Fires Within Fires, orné d’une simple mais très parlante illustration de Thomas Hooper, sort bien entendu sous la houlette de Neurot Recordings, label très productif fondé par le groupe lui-même, responsable de la sortie de tous les albums des Américains depuis The Eye of Every Storm. La chose qui marque dès les premières écoutes est son aspect beaucoup plus direct que son prédécesseur, en ce sens il se rapproche par contre de Given to the Rising. Fait remarquable pour un album de Neurosis, il ne dure que quarante petites minutes quand tous les autres albums du quintet dépassent l’heure depuis la sortie d’Enemy of the Sun (1993). On retrouve également un format très court et simplifié : cinq titres, pas d’interlude. Neurosis a fait le choix d’aller directement à l’essentiel.

« Peeling the skin away reveals the heart »

   Le groupe a étrangement pris la décision d’ouvrir ce nouvel album avec le titre le plus « calme », mais également le plus lourd, le plus étouffant et le plus rampant de cette nouvelle fournée. Bending Light, que certains d’entre vous ont déjà entendu sur scène cet été s’ouvre par une longue introduction, écrasante et inquiétante que transperce vers le milieu du titre les cris poignants de Scott Kelly lors desquels on atteint un pic d’intensité qui ne redescendra que pour les dernières secondes, lorsque les nappes de synthés de Noah Landis reprennent le dessus sur toute la colère et la tristesse du monde.

« The sky reveal a shadow memory »

Massif, entraînant et lancinant, A Shadow Memory est un des meilleurs titres de ce nouveau disque avec pour point d’orgue un riff dont eux seuls ont le secret. On pense alors à des titres comme Given to the Rising ou To the Wind, à la fois brut et entraînant, violent et hypnotique. Scott Kelly attrape l’auditeur par ses tripes et le transperce de sa voix déchirante pour le laisser finalement seul avec ses propres démons... Vient ensuite le tour de Fire is the End Lesson. Chaotique, schizophrène (avec le jeu des deux chants), tourmenté, on y retrouve de nombreux éléments de la période Enemy of the Sun/Through Silver in Blood. Le final de ce titre est certainement le passage le plus apocalyptique de l’opus, l’auditeur se faisant littéralement happer par un véritable tourbillon de noirceur et de désespoir avant de devoir faire face à ses peurs dans une procession semblable à une marche funèbre.

Broken Ground s’ouvre sur une douce et apaisante mélopée, teintée de nappes de synthés, qui n’est pas sans rappeler les sonorités de la période Times of Grace/A Sun That Never Sets/The Eye of Every Storm, sur laquelle vient se poser la voix chaleureuse et réconfortante (pour une fois) de Steve Von Till. On y décèle également une flûte, ainsi que des éléments qui rappellent les carrières solo des deux guitaristes (éléments d’ailleurs de plus en plus présents depuis le précédent opus). Mais il ne s’agit que du calme avant la tempête car lui fait suite certainement le riff le plus direct et brutal de ce Fires Within Fires. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que le groupe le joue sur scène depuis deux mois tant la rythmique principale de ce titre est efficace ! Broken Ground est pour ma part le meilleur titre de ce dernier album.

 « We seek the sun in endless night. And burn in its forbidden light »

Fires Within Fires se clôt enfin sur le morceau le plus complexe du disque, Reach. Le chant de Steve Von Till se veut torturé, harmonieux et extrêmement plaintif tout en étant teinté d’une incroyable nostalgie. Cette longue montée en puissance solennelle riche en expérimentations et en tourments sonores durant dix minutes risque de vous hanter de longues nuits… Dans un contraste le plus complet avec les lignes de chant qui ouvraient le titre, Scott Kelly lance un dernier cri « Reach », comme le dernier sursaut de désespoir du condamné, avant que les ténèbres ne reprennent possession de leur dû…

« Now I shield the fragile ones. I have offered my own skin. Time must now see this through. I’ll do what must be done. »

Le son de guitare est encore plus profond que d’habitude, peut-être un peu moins massif que sur les premiers albums ou encore que sur Given to the Rising. Cependant la production se veut moins rampante et plus claire, tout en conservant l’aspect étouffé de ce vortex sonore. Neurosis n’offre définitivement jamais de répit. On peut noter également un gros travail, comme toujours, sur les sonorités de Noah Landis (A Shadow Memory, Fire is the End Lesson et surtout Reach, définitiement le titre le plus abouti et bien plus complexe qu’il n’y parait à la première écoute).

« The sun surrounding the entire hand. Illuminating reach. »

Un mot enfin sur cette illustration… Une clé de la connaissance, de la compréhension du monde que chacun d’entre nous cherche à atteindre ? Une planète… Notre planète ? Représentée en rouge sang telle une planète meurtrie et vidée de sa substance… Fires Within Fires, chant du cygne d’un monde exsangue ou réveil désespéré d’une humanité condamnée jusqu’à son dernier souffle ? Et cet arbre de vie, inspirant dynamisme et création, dont une multitude de branches tentent de s’émanciper de son cœur ? Une branche pour une émotion différente ? Serait-ce finalement bien un arbre ou un flot continu de vagues, de flammes, de tentacules ? Une chose est certaine, cela bouge, et vit.

Si Neurosis ne renouvelle pas son style (qui lui demande ?), le quintet américain laisse de côté l’approche tribale d’Honour Found in Decay pour renouer avec son aspect direct et légèrement plus brut, directement dans la lignée de l’excellent Given to the Rising. Fires Within Fires s’impose d’ores et déjà pour votre serviteur comme l’un des piliers de cette année 2016. Enième pierre à l’édifice d’un monument musical, émotionnel et introspectif, ce nouvel album s’inscrit parfaitement dans la longue carrière d’un groupe à la démarche intouchable, au chemin dénué d’embûches et à l’intégrité exemplaire.

« Car le feu qui me brûle est celui qui m’éclaire. » - Etienne de la Boétie

Tracklist :

1. Bending Light
2. A Shadow Memory
3. Fire is the End Lesson
4. Broken Groun
5. Reach

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