
Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.
Aurélie Jungle : Nombreux sont les groupes qui se frottent aux Deftones mais peu sont ceux qui s’en sortent. Compliqué d’arriver avec les mêmes sonorités face à une formation toujours en vie, et finalement immortelle (c’est dit), sans se faire taxer de « copycat ». Bon, c’est ce que je vais tenter de ne pas faire dans cette chronique.
Parce que oui, rien que par son nom, le groupe Mascara (qui est donc aussi un titre d’Around the Fur des Deftones) est bien évidemment largement inspiré du quintet de Sacramento et sonne de la même façon. À quelques exceptions près, et c’est sur ces dernières que je vais tenter de t'emmener, cher lecteur.
Mascara c’est du metal alternatif / shoegaze (du alt shoegaze ?) avec des grosses vibes de néo/nu metal 90’s-00’s aux influences évidentes donc. Mascara c’est : Valentin Beaucourt au chant et à la guitare, Guillaume Guirao à la guitare, Maxime Lebredonchel à la basse, Clément Aulnois à la batterie et Vincent Juvillier au synthé. Un quintet parisien qui vient de sortir son premier album, Going Postal, le 13 mars dernier sur le label Fever Ltd. Première production longue après deux EP et un single qui on été pas mal remarqués, notamment l’EP Cameo Blue Estate, sorti en 2020.
Nouvel album donc et nouveau logo.
Going Postal c’est trente-deux minutes, neufs titres dont deux interludes et une outro. L’ambiance y est indescriptible. À la fois envoûtante et complètement déroutante. T’as l’impression d’être en terrain connu puis en fait… Ben non.
L’album s’ouvre sur le très groovy « Nova Ardor » et la toile de fond est donnée. On fait un bond de trente ans en arrière. Ce morceau est dans ton lecteur CD ou MP3 et t’es au skate park. Voilà. Bon ben enfile tes DC shoes, on est partis.
À côté de ces sonorités qui ouvriront probablement quelques tiroirs perdus dans les tréfonds de ton inconscient, Going Postal est une perle sonore. Tout au long de l’album, on ne peut que se réjouir de la polyvalence des instruments et de la place qui leur est donnée sur la production. Une place qui n’est pas au détriment de la voix de Valentin ! Chose que j’ai personnellement tendance à reprocher au shoegaze en général.
Si les guitares t’ont cassé la gueule sur « Nova Ardor », elles viendront t’envelopper sur « N_E_S_N_S_J_W » , « Marrow » ou « Going Postal », bourdonner sur « Nerium » ou encore te cajoler sur « The Static ». La basse, la batterie et le clavier font leurs offices de la meilleure des manières et assurent la plupart des breaks, moments un peu privilégiés où tu te rends vraiment compte de leur génie et de leur puissance. Parce que oui, les breaks sont uniquement instrumentaux, de quoi apporter encore plus de texture à un ensemble déjà bien complet.
Côté voix, on n'est pas sur un large éventail de variations mais elle semble infaillible. Elle oscille entre des sonorités plutôt graves – y’a franchement un côté Dave Gahan – mais elle peut aussi aller chercher quelque chose de plus éthéré, suave (« Nova Ardor »), voire sensuel. Le refrain de « Going Postal » est passionné (assurément ma piste préférée de cet album), le crescendo de « The Static » est imparable, et le taff sur « Marrow » avec cette impression de duo en écho est sublime.
Les morceaux de Going Postal font preuve d’une ambivalence assez folle. Un manque de clarté sur chaque titre quant au sentiment qu’il doit te procurer. « Nerium », par exemple : si le sentiment initial sur le morceau est la colère, le refrain est une douce catharsis qui tente de sauver les meubles, puis rebelotte : les guitares qui viennent te rappeler à l’ordre, le break vient retasser l’ambiance, les guitares reviennent, mais la voix insiste et refuse de suivre le mood ambiant. Sur « The Static », le climat initial est plutôt léger, y’a un pont qui annonce que ça ne va pas vraiment durer : c’est le refrain qui devient grave quand la voix, elle, tente désespérément de lutter sur un ton opposé face à des guitares et des riffs de plus en plus torturés, lancinants, mais s’ajoute alors une guitare plus légère, joyeuse, alors que la voix est tombée dans un défaitisme presque contagieux.
C’est peut-être ça l’histoire derrière l’album, un « everything is fine » alors que c’est littéralement le chaos dehors. En lecture finale, tu réalises que la voix semble impuissante face aux musiciens. Elle ne va d’ailleurs jamais dans l’excès, pas de cri ; ça ne pète jamais. C’est peut-être ce qui me frustre le plus chez Mascara. « Gueule Valentin putain ! »
Qu’est-ce qu’on peut reprocher à cet album ? Son cheminement, ses quasi huit minutes d’interludes / d’outros. « Withdrawal », ok, admettons. Piste d'atterrissage après un album, véritable outro finalement. « Mass » et « Dream » : non. On ne comprend pas les samples qui passent derrière et « Mass » arrive vraiment tôt (c’est le troisième titre !). À l’écoute, on perd le fil et c’est vraiment dommage parce que la lancée est franche, brute et aurait méritée d’être poursuivie peut-être justement pour atteindre ce besoin de souffle final apporté par « Withdrawal » – mais qui est finalement devancé par la fin du morceau de « Going Postal », où tout vole en éclats. Ce qui en ressort, au final, c'est une impression de meubler plutôt qu'une réelle proposition artistique.
Pour résumer : pas de révolution avec Going Postal pour Mascara ! Suite logique du reste de la discographie, mais un groupe tout de même qui s’affine et tente d’asseoir un peu plus son identité. Bien que les sonorités de ce nouvel opus soient toujours très proches de celles de la bande de Chino Moreno, Mascara mérite d’en être détaché. Le groupe propose définitivement autre chose avec une prod qui met l’accent sur les musiciens et leur polyvalence, une voix qui vient accompagner l’ensemble (et non le contraire) et finalement un peu plus de douceur au global. Je reste cependant sur ma faim en raison des minutes grapillées par les différents morceaux purement instrumentaux, persuadée que Mascara aurait pu produire une galette un peu plus ronde.
Tracklist :
1. Nova Ardor (3:45)
2. Marrow (5:00)
3. Mass (2:15)
4. Nerium (4:12)
5. N_E_S_N_S_J_W (3:29)
6. Dream (1:28)
7. The Static (3:51)
8. Going postal (5:06)
9. Withdrawal (3:38)











