
L'année 2025 vue par Horns Up
lundi 12 janvier 2026
Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.
La fin d'année est l'occasion pour chaque média de faire le bilan des douze mois passés. Chez Horns Up, on ne déroge pas à la règle ! Simplement, nous aimons attendre le mois de janvier avant de rendre notre verdict. De quoi se laisser le temps de décortiquer chaque sortie de l'année passée jusqu'au crépuscule du mois de décembre, mais aussi de réécouter certains albums sortis en début d'année, parfois injustement victimes du biais de récence.
Le top qui suit est, démocratie oblige, le fruit de débats acharnés – parfois houleux – au sein de l'équipe. L'objectif étant de vous fournir ce top 20 albums (ou peut-être bien 21...) de ce qui constitue, selon nous, la crème de cette année 2025. Bonne lecture à toutes et à tous !
Groupes évoqués : Messa | Deafheaven | Tower | Rivers of Nihil | The Great Old Ones | Chat Pile & Hayden Pedigo | Landmvrks | Blut Aus Nord | Bruit | Teitanblood | Vile Apparition | Changeling | Ancient Death | Century | Mortuaire | Deftones | Hangman's Chair | Imperial Triumphant | Retromorphosis | Orbit Culture | Steröid
Messa – The Spin
Doom metal gothique – Italie (Metal Blade)

Raton : Rares sont les unanimités à Horns Up. Pourtant, même le dernier Blood Incantation avait récolté moins de votes internes en 2024 que le Messa en a reçus cette année. C’est dire le niveau de qualité et de maturité du quatrième album des Italiens-nes. Pour être tout à fait honnête, je ne m'attendais vraiment pas à ce que Messa me surprenne autant, neuf ans après être tombé amoureux de Belfry, bien avant que le groupe ne connaisse sa popularité actuelle.
Puis est venu Feast for Water et ses atours dark jazz, et Close en 2022, plus stoner, avec des subtiles influences berbères, démontrant toujours la curiosité sonore du groupe. De ce fait, il était très difficile de deviner leur prochaine direction et The Spin a surpris tout le monde avec une identité gothique extrêmement marquée. Cet album est un tour de force absolu qui réussit tout ce qu'il entreprend, multiplie les ingéniosités et assure un bon goût continuel saisissant. Les lignes vocales de Sara sont à pleurer, les soli sont parmi les meilleurs que j'aie entendus dans le metal récent et les influences extérieures (qu'elles soient gothiques 80s, éthérées à la Cocteau Twins ou même blues) sont d'une finesse et d'une justesse incroyables. Impossible de vous conseiller un seul morceau : The Spin est une oeuvre entière, qui s’écoute du premier au dernier titre avec émerveillement.
Deafheaven – Lonely People With Power
Post-black metal – USA (Roadrunner)

Simon : Chez les groupes en quête d'exploration, il est fréquent de reculer pour mieux sauter. Il n'est pas juste de considérer Infinite Granite comme un recul, mais son successeur a régalé les fans cette année par son retour à une palette complète plutôt qu'à un monochrome. Avec Lonely People With Power, Deafheaven revient en grande forme et met tout le monde d’accord sur un opus parfaitement abouti et équilibré qui réunit toutes les facettes gagnantes du quintet.
Plus dynamique que jamais avec des guitares lumineuses sur des pistes qui sonnent déjà comme des classiques, leur blackgaze nous replonge dans notre rêverie existentielle, démystifiant l'ennui derrière le fantasme américain matérialiste au volant d'une Oldsmobile Cutlass. Tout ce qui brille n'est pas or, mais la musique de Deafheaven continue de révéler des trésors en grattant le vernis de nos illusions déjà bien effritées.
Tower – Let There Be Dark
Heavy metal – USA (Cruz del Sur)

Dolorès : Dans mon top 2025 personnel, j'ai qualifié Tower de heavy ensorcelant. C'est évidemment le premier qualificatif qui m'est venu à l'esprit lorsque j'ai écouté Let There Be Dark pour la première fois. L'image est bien sûr véhiculée par les vocaux hallucinés et puissants de Sarabeth, prêtresse aux faux airs de Farida Lemouchi (The Devil's Blood) dans ses intentions, mais qui cultive toutefois son timbre unique. Ensuite, ce sont bien sûr ces longs dialogues entre les deux guitares qui donnent toute leur aura à l'album, ne ralentissant la cavalcade qu'à de rares occasions qui laissent s'exprimer une émotion tout à fait pure. Preuve en est avec les deux presque-ballades que sont « And I Cry » et « Don't You Say », qui ne manquent toutefois pas d'une once de souffle épique.
L'album respire largement avec ses quelques interludes qui participent à construire le caractère envoûtant de l'ensemble, sachant rester efficace en se cantonnant à moins de quarante minutes de durée. Sans être LE coup de cœur absolu de l'année, c'est vraiment un album qui a marqué la scène heavy de 2025 de ses mélodies entêtantes, pas très loin derrière le Century pour moi.
Rivers of Nihil – Rivers of Nihil
Death metal progressif – USA (Metal Blade)

Storyteller : L’œil qui voit tout, présent sur cette pochette, a bien remarqué que Rivers of Nihil a sorti un album de death technique que tous les fans ont adoré. Des hits comme « Water and Time » ont marqué l’avènement de cet album éponyme. De somptueuses alternances chant clair / growls, des passages de saxo toujours posés avec discrétion, dans le seul but d’élever les morceaux, ainsi que des chansons variées dans leurs ambiances et leurs intentions, voilà les marques de fabrique du combo. On est bien sûr dans la frange mélodique du genre, avec un son digne de leurs compatriotes, moderne et axé sur la puissance.
Les compos ne sont pas alambiquées à souhait, elles sont simplement remplies d’atmosphères parfois planantes comme dans « The Logical End » ou presque inquiétantes comme dans le morceau d’ouverture « The Sub-Orbital Blues ». L’album ne manque pas de pêche avec notamment « Dustman » qui cartonne avec du blast à gogo comme un bon gros titre de death bien tordu et où les deux chants qui parfois s’additionnent pour ajouter de la dissonance. On pourrait également citer « Despair Church » et ses guitares entêtantes. Ce qui est bien avec Rivers of Nihil, c’est qu’ils savent accrocher l’auditeur sans en faire des caisses. Sur les albums précédents, on pouvait parfois se trouver face à des morceaux difficiles d’accès, ce qui est bien moins le cas dans ce nouvel album. Bien sûr, l’ensemble reste exigeant, technique, ambitieux ; il est toutefois tellement en haut des standards du style avec cette touche à l’américaine, comme sur « American Death », que l’on comprend pourquoi cet opus éponyme se retrouve en haut des tops de 2025.
The Great Old Ones – Kadath
Post-black metal – France (Season of Mist)

S.A.D.E : Plus que des hommages, les albums de The Great Old Ones sont des illustrations musicales de l'œuvre littéraire de Lovecraft, au même titre que les albums de Summoning le sont pour l'univers de Tolkien. Pour Kadath, son cinquième album, le groupe mené par Benjamin Guerry s'est lancé dans la mise en musique de La Quête onirique de Kadath l'inconnue et malgré une sortie en tout début d'année, il paraissait déjà assez clair que ce nouvel opus occuperait sans doute une place dans les sorties de 2025. Si The Great Old Ones travaille toujours son post black-metal d'une manière immédiatement identifiable, la proposition n'est pas une redite, loin s'en faut. L'aspect post-metal est d'ailleurs nettement plus présent sur Kadath, on oublie parfois presque l'intention black metal sur certains passages ; on se laisse guider par le talent de composition et l'aspect très narratif des titres. On retrouve quand même bien sûr les blastbeats et le tremolo picking sur tous les titres, offrant ces séquences aux riffs amples et agressifs à la fois, caractéristiques de la musique des Bordelais. Les éléments de base qui font le succès du groupe sont toujours là, mais agencés dans des proportions différentes pour un résultat toujours aussi irréprochable tant dans la composition que dans la production. Signe de cette évolution : pour la première fois la pochette n'est pas signée Jeff Grimal, mais Jakub Rebelka. Nettement plus figuratif, cet artwork donne à saisir un monde où l'humain est toujours étranger et minuscule, mais moins égaré dans une abstraction visuelle qui dépasse son entendement.
Les voyages du rêveur, au cœur du récit de Lovecraft qu'a choisi The Great Old Ones, sont peut-être les moins éprouvants que les parcours proposés précédemment. Les zones de turbulences restent présentes, mais il y a quelque chose de moins terrifiant dans Kadath ; les cauchemars sont mieux domptés ou mieux compris. Les monstres demeurent tapis, les ombres sont encore menaçantes, mais au travers des ténèbres en lambeaux filtre une lumière qui donne à la noirceur toute sa majesté.
Chat Pile & Hayden Pedigo – In the Earth Again
Post-rock / Post-metal – USA (The Flenser / Computer Students)

Raton : Quel étrange album. Le groupe de metal bruitiste de l'Oklahoma Chat Pile s'offre les services du prodige texan du revival american primitivism Hayden Pedigo pour un disque qui oscille entre une myriade de styles, insaisissable pour l'auditeur et souvent pour lui-même. C'est une œuvre musicale qui peut parfois sonner comme un mirage, perdu entre des textures lourdes sludge, des longues plages réverbérées post-rock, la guitare expressive et mystique de l'american primitivism, ou les textures industrielles et noise.
Il perd parfois en clarté ce qu'il gagne en intensité et en profondeur. Son écoute peut être un défi, chaque passage révélera des couleurs différentes, tout ne sera pas forcément plaisant, tout ne restera pas, mais on se rappellera du propos. De la force de mêler deux univers profondément différents et pas vraiment miscibles d'ailleurs. D'en faire émerger une parole sur le Sud américain, désœuvré, perdu dans les ombres des cheminées de ses usines, la violence de ses habitudes, la douce familiarité de ses paysages ; laissant entrevoir la paix ambiguë qu'on peut trouver dans un monde qui a fini de s'auto-consumer.
Landmvrks – The Darkest Place I've Ever Been
Metalcore – France (Arising Empire)

Malice : Autant ne pas vous le cacher : à mes oreilles, l'année 2025 a été assez proche de la catastrophe industrielle. Notamment dans mon style de prédilection, le heavy metal (et sa grande famille), qui a eu bien du mal à succéder aux belles années 2023 et 2024 et a surtout atteint un niveau « moyen » terriblement bas, au point où j'en ai parfois soupçonné que des albums coécrits par IA se soient mis à pulluler sur certaines de mes fameuses chaînes YouTube consacrées.
L'autre souci, c'est que si le niveau global était assez bas en 2025, même les pics ont été bien moins hauts qu'en 2024 : là où l'intégralité de mon top 10 de l'année passée tourne encore régulièrement dans mes esgourdes, pas sûr que ce soit la même chose cette fois à quelques exceptions près. Ces exceptions, ce sont entre autres le fantastique album de Messa, dont un camarade vous parle plus haut... mais aussi cette claque inattendue qu'est The Darkest Place I've Ever Been de Landmvrks. De manière générale, Landmvrks est LE groupe français de 2025, celui dont l'ascension ne peut s'arrêter qu'au sommet de son genre, aux côtés des Bring Me the Horizon et Architects, y compris sur scène car les Marseillais sont une véritable machine de guerre en live.
Inutile de vous rechroniquer cet album où le metalcore le plus traditionnel se retrouve massivement dilué dans un néo aux accents de Linkin Park, avec passages rappés en français en prime : Landmvrks affine sa formule, assume son identité et démolit tout. Chapeau bas, messieurs.
Blut Aus Nord – Ethereal Horizons
Black metal atmosphérique – France (Debemur Morti)

S.A.D.E : Lorsqu'est annoncée la sortie d'un album par un groupe à la discographie aussi longue qu'irréprochable – et Blut Aus Nord est un représentant éminent de cette liste fort réduite –, on a toujours cette crainte : et si c'était l'album de la déception ? Et si cette fois, le miracle n'opérait pas ? Seizième album en trente ans de carrière, Ethereal Horizons balaie les doutes dès la première écoute, comme s'ils étaient indignes, ces doutes, de la grandeur de Blut Aus Nord.
Projet aussi polymorphe que reconnaissable, Blut Aus Nord ne s'est jamais enfermé dans un cadre précis et a toujours osé s'aventurer vers l'inconnu. Une nouvelle page, plus psychédélique, s'est ouverte avec la sortie d'Hallucinogen en 2019, et après en avoir exploré les tréfonds sombres et nocifs dans le cycle Dysharmonium, Vindsal, W.D. Feld et GhÖst en proposent une version plus lumineuse. Disons plutôt que l'on est toujours empêtrés dans la noirceur et l'angoisse, mais qu'une lumière nous est annoncée quelque part, d'une manière peut-être un peu trop fugace pour être rassurante, mais suffisamment évocatrice pour qu'on ait envie de la trouver. Avec son riffing toujours aussi inventif et surprenant (mais toujours aussi singulier et identifiable), son art de tisser des titres ambitieux et d'empiler les couches, Blut Aus Nord nous a une nouvelle fois régalés avec son millésime 2025. Et l'éternelle question revient : parviendront-ils à rendre le suivant aussi exceptionnel ?
Bruit – The Age of Ephemerality
Post-rock – France (Pelagic)

Hugo : The Machine is burning and now Everyone knows it could happen again (2021) s’était plutôt fait remarquer à sa sortie, ayant séduit des publics assez variés. Tout d’abord, les fans de ce qu’on appelle (négativement, parfois) le crescendo core, faisant référence à un post-rock assez inspiré de Godspeed You! Black Emperor, avec des progressions belles et lentes jusqu’à un climax explosif. Pourtant, Bruit va d’emblée chercher bien d’autres influences, notamment du côté des musiques ambient, classiques modernes, électroniques. Mais selon moi, c’est sur ce nouveau disque que toute la singularité du groupe se montre au grand jour.
The Age of Ephemerality est un album brillant, fougueux et désarçonnant, avec des morceaux qui ressemblent parfois à un grand jam avant d’être détruits par des tonnes d’effets synthétiques et de glitchs. On construit pour ensuite tout détruire, les motifs s’en vont et reviennent, la narration est simple (les titres de morceaux et quelques samples explicitent le propos), mais toujours immersive. Ainsi, la radicalité initiale de certains morceaux, le sentiment d’urgence qu’elle met en place, laissent souvent place à de vrais moments de grâce, de répit. Le tout, avec une complémentarité rare, sans faute de goût.
Le disque se termine sur « The Intoxication of Power », probablement le plus beau titre du groupe. Au début, ce sont quelques instruments à vent que l’on entend dans la distance, qui rappellent tout à la fois les boucles de William Basinski et l’hantologie de Oneohtrix Point Never. Les arrangements du morceau m’ont immédiatement ramené aux heures passées sur Disco Elysium, aussi, et à la superbe BO de British Sea Power. En fait, ce sont mes propres souvenirs que j’ai accolés à ce morceau en kaléidoscope, de loin le plus organique de l’album, qui semble nous ramener un instant à quelque chose de profondément humain.
Ah, et si vous voulez en apprendre plus sur l’album et sa conception, on vous redirige non seulement aux différents making of par Clara Griot, mais aussi à notre émission avec le groupe.
Teitanblood – From the Visceral Abyss
Death / Black metal – Espagne (Norma Evangelium Diaboli)

Caacrinolas : Dans une scène devenue bien trop prévisible et caricaturale, rares sont les groupes qui de par leur son et leur aura peuvent vous terrifier après un demi morceau. Rares également sont les groupes qui, en peu d’albums, imposent une ambiance et un son tels qu’on en vient à se demander si leur première envie n’est pas de repousser les frontières du genre. Depuis ses débuts, Teitanblood fait partie de ce type de groupe. Celui qui vous entraîne au fin fond des abysses, là où le souffle est mince et l’espoir futile.
Simplement, après un The Baneful Choir qui nous laissait entrevoir une lueur d’espoir, qu'a ce From the Visceral Abyss à nous offrir ? Autant être honnête, cet album n’est et ne sera jamais votre ami. Non. Dans la continuité du déjà intouchable Death, il n’aura que pour but de vous montrer les facettes les plus extrêmes d’une scène qui veut déjà votre mort.
Une fois passé un début plutôt prévisible, ce nouvel album vous emmènera au travers des limbes du chaos durant plus de cinquante minutes. Tout juste un petit répit avec l’interlude « Sevenhundreddogsfromhell » histoire de vous rappeler que l’oxygène est précieux à défaut d’être vital, avant de nous replonger dans un sentiment d’exaltation et de suffocation progressive avec le bien nommé « And Darkness Was All ». Un morceau qui n’est présent que pour être le meilleur préliminaire à ce cauchemar qu’est le morceau final « Tomb Corpse Haruspex ». Quintessence d’un album qui mélange parfaitement la bestialité de Seven Chalices, la perfection de Death et l’audace de The Baneful Choir. Un morceau qui prouve encore une aux plus sceptiques que Teitanblood est intouchable quand il s’agit de mettre le doigt sur le mot « extrême » et qui nécessitera probablement comme à son habitude cinq ans pour se remettre de cette déflagration sonore et spirituelle.
Teitanblood est et sera toujours jusqu’au-boutiste, à l’instar de la fin d’un album qui nous prouve que le death metal peut encore être dangereux et éprouvant.
Vile Apparition – Malignity
Brutal death metal – Australie (Me Saco un Ojo / Dark Descent)

Sleap : Si je vous disais qu’en cette année 2025, Suffocation avait sorti l’un de ses meilleurs albums depuis bien longtemps, vous me prendriez certainement pour un fou. C’est pourtant bel et bien ce qui s’est produit en octobre dernier. À cette différence près que les Américains sont devenus Australiens et ont rajeuni de vingt ans. Ce deuxième album de Vile Apparition émule tout ce qui se faisait de mieux dans la scène brutal death new-yorkaise des 90s. Je n’irai pas par quatre chemins, il s’agit là de mon top 1 de l’année et je vous renvoie vers notre précédente rubrique necro’ pour une chronique plus détaillée.
Changeling – Changeling
Death metal progressif – Allemagne (Season of Mist)

Simon : Un maître-mot s'impose à l'écoute de ce disque : ambitieux. Le supergroupe réunissant des membres d'Obscura, de Fear Factory (Mike Heller) et d'Alkaloid (Morean) compte également sur cet album homonyme pléthore d'invités et un véritable orchestre mené à la baguette par l'architecte berlinois du projet, Tom « Fountainhead » Geldschläger. Difficile de ne pas saluer dans notre sélection le rendu exceptionnel de Changeling, traversant mille ambiances sur une heure de death prog vertigineux, à la fois moderne par sa production micrométrée conçue pour l'écoute immersive en Dolby Atmos, et évoquant toujours avec déférence l'audace des pionniers Cynic par le témoin quasi omniprésent de la délicieuse basse fretless d'Arran McSporran et des influences épiques et SF. Notre dossier sur le Dolby Atmos avait mis à l'honneur le travail de mixage de Changeling au service d'une spatialisation sonore soignée.
Ce n'est pas la première fois que les percussions orientales et le death metal côtoient le tuba wagnérien et autres cuivres, mais la composition – riche – réussit le tour de force de ne jamais tomber dans le piège de l'orchestration pompeuse et cumule de véritables morceaux de bravoure savamment amenés, sur les pistes les plus courtes jusqu'aux plus longues sur un disque dense en expansion. Ovation tonitruante pour ce chef-d'œuvre de metal prog qui vogue sur cette année avec excellence.
Ancient Death – Ego Dissolution
Death metal – USA (Profound Lore)

Sleap : Depuis plus de dix ans, le revival death metal se complait dans ce que j’appellerais le « dark » death (notamment sous l’impulsion du label du même nom : Dark Descent). Et ce qui était au départ une niche de grande qualité s’est vite transformé en océan de clones d’Incantation, d’Autopsy ou de Demilich pour les plus aventureux. Mais parmi ces nombreux élèves médiocres, il y a fort heureusement des premiers de la classe (Blood Incantation, Tomb Mold, Worm, Slimelord...). Et grâce à cet excellent premier album, Ancient Death rejoint aisément cette catégorie. Avec sa prod hyper travaillée et ses compositions progressives mais toujours accrocheuses, Ego Dissolution est une vraie bouffée d’air frais.
Le death du quatuor américain est certes sombre et atmosphérique, mais sait également se faire plus rugueux et rentre-dedans (« Echoing Chambers… »). Les vocaux possédés et très old school du guitariste Jerry Witunsky sont parfaitement soutenus par des chœurs tantôt gutturaux tantôt clairs de la bassiste Jasmine Alexander. Mais l’aspect le plus ébouriffant reste le travail des guitares. Du subtil lead inquiétant à la finlandaise (« Breaking the Barriers of Hope ») aux innombrables soli mélodiques (« Unspoken Oath » ; « Violet Light Decays »), en passant par les ponts aux accents orientaux (titre éponyme ; « Breathe – Transcend… » rappelant justement celui de « Giza Power Plant » des prodiges susnommés), le duo Ray Brouwer / Jerry Witunsky est impressionnant de virtuosité. On comprend pourquoi le second a rejoint les rangs d’Atheist à seulement 25 ans. Enfin, le mastering orfévré de Dan Lowndes (Cruciamentum) confère à ce Ego Dissolution une ambiance et un son totalement immersifs. Un vrai bijou qui confirme une nouvelle fois le flair de l’écurie Profound Lore Records en matière de metal extrême novateur.
Century – Sign of the Storm
Heavy metal – Suède (Electric Assault Records)

Dolorès : A peine écouté en janvier, l'album de Century rejoignait presque dès la première écoute mon top albums de l'année et il ne paraît pas exagéré de dire que bon nombre de personnes se tenant informées des sorties heavy ont eu un comportement similaire.
Je qualifiais Sign of the Storm, lors de la rubrique Chasse le Dragon de début d'année, de véritable usine à riffs et mon avis n'a pas changé un an après. L'ayant écouté des dizaines de fois, en toutes circonstances, toujours ravie des harmonies des voix et des guitares comme des progressions ultra-efficaces de tous les titres, je n'ai vraiment rien à redire de ce dernier album de Century qui est un petit bijou qui a marqué l'année 2025. Malheureusement, je n'ai pas eu l'occasion de les voir sur scène cette année passée mais ce n'est, je l'espère, que partie remise tant j'ai hâte d'entendre les refrains scandés par un public conquis.
Mortuaire – Monde Vide
Death doom metal – France (World Eater)

Pingouin : Les diggers aux oreilles affûtées n'avaient pas oublié cet EP éponyme, sorti en 2022, où la HM-2 passait les riffs doom-death de Mortuaire dans la bétonneuse, pour un résultat écrasant et assez exceptionnel.
Trois ans plus tard, le premier album du super-groupe bordelais transforme facilement l'essai, à grands coups de blast beats et de growls caverneux. Monde Vide est à l'image de son (bel) artwork : à la fois oppressant, il vous fait baisser les yeux vers le sol (« Mauvais Présage ») et à la fois plein d'épique et de fulgurances, il vous transporte au milieu d'un champ de bataille, imaginaire ou non, dans la souffrance, la solitude et les cris (« Tranchant »). Cinq pistes de doom-death cas d'école, pour les amateurs du genre et de certains classiques suédois des années 90. Je vous invite à éventuellement relire ma chronique sur l'album, et surtout à écouter ce premier album de Mortuaire, parmi les meilleures sorties de metal français sur cette année 2025.
Deftones – Private Music
Metal alternatif – USA (Warner)

Hugo : Curieux phénomène culturel que Deftones, traversant brillamment les époques, et revenant ponctuellement et avec beaucoup de grâce au centre du mainstream. Mieux, il semblerait en réalité que le groupe n’ait jamais été aussi populaire, étant cité par absolument tout le monde, sur tous les réseaux sociaux, et (re)découvert par les plus jeunes et ceux éloignés des sphères metal. À l’image, finalement, de ces animaux blancs qui réapparaissent tous les dix ans sur leurs pochettes. Surprise récente, mon t-shirt White Pony d’époque vaudrait quelque chose comme 150 euros aujourd’hui.
En fait, Deftones a toujours irrigué tout un tas de genres musicaux. L’ensemble de ces revivals qui n’ont souvent de shoegaze ou de post-hardcore que le nom, semblent selon moi davantage inspirés de la musique des Californiens que de MBV. Et au milieu de tout cela, un ensemble de gens qui ont trouvé dans ces morceaux d’une singularité remarquable la bande-son de certains moments de leur vie, dans l’intimité la plus pure comme l’enthousiasme collectif, l’amour et les memes.
Quant à private music, c’est un énième disque d’une qualité remarquable dans une discographie qui ne compte décidément pas beaucoup de faux-pas. Le meilleur depuis Koi no yokan (2012), assurément, en blockbuster homogène, aux éclats mesurés mais systématiquement maitrisés. Plus que jamais, ce sont les détails qui font alors la différence, avec quelques instrumentations bien vues et le déploiement d’un ensemble riche d’émotions. Interdit d’être blasé, surtout que l’album est sorti au meilleur moment de l’été – aucun doute qu’il sera très adapté aussi aux températures actuelles.
Hangman's Chair – Saddiction
Doom metal – France (Nuclear Blast)

ZSK : Attention false : la personne qui va parler de Hangman’s Chair n’a pris le RER qu’une seule fois dans sa vie – et il avait accusé un sacré retard à cause d’une avarie sur la ligne, comme quoi… C’est la preuve que Hangman’s Chair a su convaincre hors des banlieues parisiennes, jusque dans les campagnes actuellement enneigées et bien froides ; avec un sujet bien plus global et qui peut toucher tout le monde : la dépression, et le « faire avec » qui en découle, ce qui est le sujet de Saddiction. Et qui nous a donné un des albums les plus… addictifs de l’année. « Don’t blame us for your saddiction », qu’ils disaient…
Hangman’s Chair a donc poursuivi son chemin éloigné des bases stoner/sludge dopé au whisky bon marché acheté à l’épicerie de nuit, entamé par A Loner. Plus ouvert et hétéroclite encore, Saddiction nous livre un doomgaze très personnel capable de nous faire apprécier un certain spleen. Tout est déjà dit dès « To Know the Night » où le chant d’or de Cédric nous emporte avant de nous achever dans une rythmique ultra grasse qui sera sans conteste le riff de l’année. Saddiction nous accroche avec des pépites (« The Worst Is Yet to Come », « Kowloon Lights », « 2AM Thoughts ») tout autant qu’il nous emprisonne dans le brouillard entre les immeubles (les vaporeux « In Disguise », « Canvas » ou « Healed? »). Un album magnifique et magistral, noir comme un jogging Adidas vintage mais beau comme un lever de soleil au Trocadéro.
Imperial Triumphant – Goldstar
Metal avant-gardiste – USA (Century Media)

S.A.D.E : A l'occasion des tops de fin d'année, il y a souvent une période d'écoute vaguement boulimique pour le chroniqueur, histoire d'être sûr de ne pas avoir manqué un album savoureux avant de se prononcer. Puis vient le temps de la rédaction et donc de la réécoute des albums retenus. Et quel plaisir que de relancer ce Goldstar ! Imperial Triumphant se fait toujours aussi classe et impressionnant, construisant des titres dans lesquels l'auditeur à plaisir à se perdre, à se laisser mener dans des directions innattendues, imprévisibles. Le savoir-faire du trio new-yorkais est irréprochable, tout est judicieusement amené ; arrangements, construction des titres, enchaînement des morceaux, le travail est méticuleux et sensationnel. Et puis il y a le plaisir d'entendre des choses que l'on ne trouve nulle part ailleurs dans le metal, cette basse insaisissable, cette batterie sans équivalent. Bref, pour un avis plus exhaustif, je vous renvoie vers la chronique. Mais surtout, écoutez !
Retromorphosis – Psalmus Mortis
Death metal technique – Suède (Season of Mist)

Storyteller : Il y a des groupes comme Spawn of Possession qui font partie du patrimoine death metal, que chaque fan de death technique se doit de connaitre. Et quand le maître à penser du groupe reforme un spin-off du groupe avec une recrue de Decrepit Birth et un ex-Obscura, on sait que la résurrection ne passera pas inaperçue et que ça va faire mal. Et on ne se trompe pas une seule seconde. Psalmus Mortus est un sanglier du death technique, il fonce tout droit et rien ne l’arrête, ça tabasse, ça shredde et ça blaste. On aurait tort de passer à côté d'une telle bonne nouvelle. Avec ses touches thrashy comme sur « Aunt Chrstie’s Will », sa lourdeur écrasante sur « Machine », l’album n'est pas un long fleuve tranquille, tout est fait pour vous écraser.
Techniquement, le groupe est sans surprise dans le haut du panier. Ecoutez la vitesse à laquelle déroulent l’intro et les riffs de « Exalted Splendour »... Vous allez vite comprendre que les gars ont perfectionné leur art en attendant de nous vomir leur agressivité dans les oreilles. Le tout accompagné d’une pochette, il est vrai, tellement dans les poncifs du genre que l’on ne sait pas s’il faut rire ou admirer ce respect des conventions ! Quoi qu'il en soit, jetez vous sur Psalmus Mortus, curieux et fans de tech death ! Le retour à la vie d’une légende, ça ne se manque pas.
Orbit Culture – Death Above Life
Death metal mélodique – Suède (Century Media)

ZSK : Et si elle était là, la nouvelle coqueluche du metal moderne ? Orbit Culture semble avoir vraiment gravi la plupart des échelons, lui dont le style peut plaire à presque tout le monde, sorte de power-thrash outre-Atlantique mâtiné de metal mélodique scandinave. Alors que Nija et Descent lui avaient permis d’asseoir son style et monter en popularité, Death Above Life, débarqué sur un gros label (Century Media), enfonce le clou et semble poser Orbit Culture comme un - futur ou déjà confirmé ? - poids lourd du metal européen.
Et si le tout premier single-titre laissait penser que Orbit Culture allait chasser sur les terres de Humanity’s Last Breath – en se faisant au passage mixer par Buster Odeholm, comme par hasard – l’album complet nous révèle la continuité fracassante avec l’excellent EP The Forgotten. Orbit Culture, c’est du tube, et même du tube fédérateur. « Bloodhound », « Inside the Waves », « Nerve », « Neural Collapse »… et autres « Inferna », « The Tales of War » ou « Hydra » sont autant de pépites de metal moderne ultra groovy, portés par un Niklas Karlsson qui se permet même de rivaliser menu avec un Randy Blythe – y compris pour ce chant clair « thrashy » si particulier. Une des bonnes grosses baffes de l’année !
Steröid – Chainmail Commandos
Chipmunk heavy metal – Australie (Crypt of the Wizard)

Pingouin : Des babyvoice sur du heavy metal old-school, la recette relève du meme, et prête à sourire. Et puis une fois que vous lancez l'album ... quatre refrains coincés dans la cervelle pour au moins dix jours : « Warzone in the City », « Through the Night », « Rock your Own Way », « Nowhere to Run », autant d'hymnes cheap qui font sourire, danser, rêver, peut-être les trois à la fois. A faire résoner entre toutes les oreilles avides de riffs épiques qui sentent bon la lumière artificielle dans la nuit noire.
Chainmail Commandos est une petite perle de rock débordant de passion, où les musiciens délivrent une prestation ultra-sérieuse sans jamais se prendre eux-mêmes au sérieux. Gordo Blackers, la tête pensante du groupe, est aussi celle qui se cache derrière l'excellent projet dungeon synth Quest Master, impossible donc de nier son talent de composition. Ce premier album de Steröid est tellement rafraichissant qu'on en oublie presque l'absence des baby voice en live (l'équipe avait des oreilles à Nantes et à Paris en décembre dernier) : ambiance karaoké géant pour confirmer un succès évident et mérité.








