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lundi 2 février 2026

Deftones @ Paris

Adidas Arena - Paris

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Aurélie Jungle : Première date européenne (et UK) des Deftones pour la tournée de private music ! C’était jeudi 29 janvier 2026 à l’Adidas Arena. Concert complet, évidemment, deux premières parties, démarrage à 19h00 et une arrivée des papas prévue pour 21h45. Et pour une fois : je suis en avance. Le temps de découvrir l’ensemble des subterfuges de l’Adidas Arena qui m’auraient bien emmerdés si j’avais été en retard. De prime abord, elle ne sent franchement pas bon cette salle. C’est évidemment, littéralement, un terrain de basket. La fosse est toute petite (sans parler de cette histoire de fosse or), la scène très basse et on se retrouve très vite à l’étroit. Sans vouloir lancer de rumeur ou de théorie fumeuse, il me semble que les « F » sur les poignets, qui font office de droit d’entrée dans la fosse, sont facilement reproductibles. Aurait-on, par hasard, été plus que prévus en fosse pauvre ?

Le public est jeune ! Très jeune ! Je suis un peu hallucinée par le renouvellement de la population et je peine à trouver le pogo et les trentenaires, pourtant public initial des Deftones. Le pogo lui est toujours au même endroit : central, devant (et ce sera le seul, semblerait-il). Les trentenaires voire quadras sont une espèce rare dans la fosse, peut-être en majorité dans les gradins. 

Drug Church et Denzel Curry

On est aux alentours de 19h00 et Drug Church, premier groupe de la première partie, est sur scène. Du punk hardcore, accessible et efficace. La fosse s’échauffe au rythme des « Saute ! Saute ! Saute ! » lancés par le leader de la troupe. Le son est pas incroyable mais je mets ça sur le dos du groupe en croisant fort les doigts pour le reste. Les cervicales sont échauffées pour finalement enchaîner avec une petite demi-heure de pubs sonores. Je suis aux États-Unis. C’est loin d'être positif. 
20h20 et c’est Denzel Curry, seconde première partie, qui débarque pour un peu plus de 45 minutes.
Le virage est en épingle. Si on avait eu droit à du punk hardcore juste avant, nous voilà maintenant avec du hip hop / de la trap assortie d’énormes basses. Y’a deux équipes dans le public : ceux qui kiffent et ceux qui soufflent fort. La majorité souffle très fort et applaudit de tous ses membres quand le groupe annonce son dernier son. J’ai pas de réelle critique à émettre sur l’ensemble, j’y connais absolument rien et c’est franchement pas mon genre de prédilection. C’était certes long mais pas dégueu dans l’ensemble. Presta' scénique interessante, bonne communication avec la salle, son OK, les basses étaient plutôt agréables et je suis désolée de le dire mais ça avait complètement sa place ici. Les frontières de genres chez les Deftones n’existent pas vraiment. Les papas ont pioché un peu partout pour produire leurs sonorités uniques et continuent à le faire. Sans parler des side projects de Chino Moreno (coucou Crosses). Bref, choisir Denzel Curry et Drug Church en première partie ça a du sens. 

 

Deftones

On enchaîne sur un interlude avec des sons des années 80-90, ça distribue de l’eau au premier rang de la fosse et les pronostics vont bon train. 21h45 (ENFIN), la scène se couvre de noir et les Deftones entrent en piste, un par un. Abe Cunningham, Franck Delgado, Fred Sablan (nouveau bassiste donc) et Lance Jackman (qui remplace Stephen Carpenter qui ne prend plus l’avion depuis 2022). Les premiers riffs de « Be Quiet and Drive » se font entendre et évidemment, Chino Moreno, surgit en dernier, du fond de la salle, en forme, chaussettes blanches aux pieds, mèche rebelle et micro filaire emblématique. Saut du papa et c’est parti ! Putain mais quelle ouverture ! 

Le décor est fou. L’écran principal est énorme, s’étend sur toute la largeur de la scène et est prolongé par quatre pans suspendus au plafond servant de relais. Quatre poteaux lumineux encadrent le tout, soutiennent les pans, et viennent ajouter de la couleur. Bref ça s’annonce immersif. Chino bénéficie toujours de ses petites estrades personnelles permettant aux plus petits d’entre nous de tout de même l’apercevoir. La fosse est déchaînée, on se retrouve un peu tous perdus entre pogo et karaoké et ça passe très très vite. À peine le temps d’analyser ce qu’il vient de se passer que le groupe enchaine avec « locked club » issu du dernier album (la chronique est par ici). Le morceau reçoit un accueil démentiel, à ma grande surprise. 

« locked club » va laisser un peu plus le temps de se poser et surtout d’écouter. Bon le son n’est malheureusement pas incroyable, parfois limite dégueulasse, mais tout reste à peu près audible - sauf la basse qui est bien en dessous. Forcée de constater que le premier couplet de « locked club » passe bien en live au final, avec un Chino qui occupe l’espace et qui se veut plutôt vindicatif. Puis arrive le refrain et c’est la débandade. Y’a des problèmes de justesse là non ? Dans le doute je me dis que le type n’a plus de souffle ou que j'ai mal entendu. OK. Deuxième refrain foiré, pont inaudible et le final est catastrophique. Chino lâchera un cri pour palier son absence de suivi. Je suis déconfite.

Changement de fond, changement de son, ce sera au tour d’« ecdysis », qui pour le coup manquera donc d'un peu de pêche et de clarté sur la basse côté son. C’est peut-être le seul morceau où on pouvait en attendre quelque chose et c’est un loupé. Niveau chant, c’est un nouveau désastre. Un cri fin du second refrain pour contenter le peuple mais je commence à avoir peur pour le reste. « Come on! » ose-t-il lâcher pour qu’on prenne le relais. Ce manque de justesse, à la limite du faux, s’est retrouvé un peu partout mais plus particulièrement sur les morceaux du dernier album. Et ils sont nombreux en plus des deux du dessus : « souvenir », « my mind is a mountain », « infinite source », « milk of the madonna » et « cut hands », bien qu’un peu épargné grâce à sa partie parlée/rapée. Le reste était chaotique. Tu pouvais voir Chino en train de forcer mais y’avait absolument rien qui sortait. À deux doigts de croire qu'il était limite en souffrance. Ouais y’a toujours eu un manque de justesse, ouais ça a jamais été le CD, c'est pas le but du live, mais là on était encore un cran en dessous. Je suis pour l'impro mais pas quand l'exécution est mauvaise. Pour palier à tout ça, on aura droit à quelques ajustements du type : réduction du temps de la note, cri pour terminer une note finalement non tenable, chant transformé en dialogue, modification du tempo niveau vocal.

Après un « Hello Paris! » rapide (le son est définitivement mauvais, on comprend rien à ce que raconte le monsieur sur scène), on entre dans le dur et c’est, pour mon plus grand plaisir, « Diamond Eyes » qui débarque. La fosse pauvre est joie, exultant sur ce « once and foorrr aaallll » tout en se massacrant les uns les autres. Cette ambivalence des Deftones. Le groupe fera durer le break plus longtemps que prévu histoire de bien faire monter l’adrénaline de tout le monde. Semblerait que cet album colle un peu plus avec les capacités vocales actuelles de Chino puisque le titre sera plutôt bien assuré. Et sans transition : « Rocket Skates ». « Rocket Skates » c’est aussi le moment où des vigiles ont choisi de débarquer dans la fosse pour nous calmer par la force. Totalement incompréhensible voire dangereux. 
Arrive ensuite, très rapidement finalement, le classique « Digital Bath ». Toujours plus immersif dans le décor avec cette vague à l’arrière et évidemment le public à l’unisson sur le « I feel like mooooorrrreeeee », toujours en se fracassant le crâne, les vigiles ayant lâché l’affaire. Chino ajoute aussi un peu de corps au morceau en lâchant des riffs inopinés saturés et finalement surprise : le titre est fluide et la voix de Chino est satisfaisante. 

Le show poursuivra son cours, parsemé de pépites comme « Lhabia » ou encore « Rosemary », une pelle de classiques évidemment : « Change (In the House of Flies) » où franchement ce décor de lever de soleil c’était pour nous achever de beauté, « Sextape », « Genesis » ... Le tout plus ou moins acceptable, des morceaux étant mieux exécutés que d’autres. Quelqu'un sait où est passé le pont de « Hole in the Earth » ? 

Puis est arrivé le final… Ce final…

Après « milk of the madonna », le groupe quitte la scène. Vue le timing il doit nous rester deux morceaux. La fosse se prépare et commence à se scinder instinctivement en deux. Le deal c’est soit « 7 Words » soit « My Own Summer ». Ou peut-être « Engine no.9 », allez. Surprise : c’est « Cherry Waves » qui démarre le rappel. Le morceau était transcendantal. Vraiment. La ballerine dans le fond qui danse au milieu des flammes et d’un orage, Chino devant toi qui te lâche un « wooulllddd yyooouuu » juste, dans le tempo, ouais non c’était fou. C’est peut-être la plus belle réussite live du concert avec « Change » finalement.  
Et puis arrive la catharsis, le défouloir physique : « My Own Summer ». Grand classique où on a tous laissé un peu de nos cordes vocales. Puis quand tu crois que c’est fini et ben y’en a encore. À peine le temps de reprendre notre souffle qu’on se fait enchaîner par un « 7 Words ». La guitare sonne à peine qu’on a compris. Circle pit de rigueur. Le premier refrain sera un véritable massacre. Sur le second, la fosse est à bout de souffle, et sur le break on se laisse tous un peu tomber les uns sur les autres. C’est aussi le dernier moment pour apprécier ce qui se déroule sous nos yeux.
Les Deftones quittent la scène avec de rapides remerciements, toujours aussi discrets. 

Pour résumer : premier concert à l’Adidas Arena et j’espère le dernier. Ce choix est incompréhensible. Je sais l’amour des Deftones pour les « petites » salles, ce refus de faire des stades voire un Bercy mais dans ce cas, restez sur des salles de concerts, pas sur des gymnases transformés en pseudos auditoriums qui suintent l’argent avec des consignes obligatoires, des pubs au plafond, une fosse scindée en deux, des vigiles qui t’empêchent de bouger et un son franchement pas terrible. C’était pas épouvantable mais y’a largement moyen de faire mieux.  
Côté premières parties : le choix de Denzel Curry reste discutable mais est totalement compréhensible.  
Enfin, côté Deftones : « it was OK ». C'était ma dixième fois et c’était certainement pas leur meilleur concert. Malheureusement je ne suis pas sûre que ça va aller en s’arrangeant. Pas mal de déceptions sur la voix de Chino qui, parfois, était totalement à côté et notamment sur les morceaux du dernier album - ce qui est un peu dommage pour une tournée de promo dudit album. Pour le reste on était plutôt dans les clous grâce à quelques ajustements. L’ensemble est certainement sauvé par le reste des musiciens complètement irreprochables, malheureusement mal mis en valeur, la mise en scène folle et la setlist ultra variée, qui a permis de contenter tout le monde. Huit albums survolés, vingt morceaux (20!) sans grosses surprises et avec évidemment une majorité de sons issus de private music, le dernier album (7 au total !). Pas un son de Deftones nide Gore. Je vais commencer à lancer des pétitions pour avoir « Needles and Pins » sur la prochaine tournée. Bref, j'en ressors évidemment déçue mais je l’aurais été d’autant plus si je n’y avais pas assisté. Me reste à suivre un peu la tournée pour savoir si oui ou non la voix de Chino Moreno est définitivement à la retraite. 

Setlist :

Be Quiet and Drive (Far Away)
locked club
ecdysis
Diamond Eyes
Rocket Skates
Digital Bath
souvenir
my mind is a mountain
Lhabia
Rosemary
cut hands
infinite source
Sextape
Hole in the Earth
Change (In the House of Flies)
Genesis
milk of the madonna

Cherry Waves
My Own Summer (Shove It)
7 Words