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Album

23 mars 2026 - Team Horns Up

Exodus

Goliath

LabelNapalm Records
styleThrash metal
formatAlbum
paysUSA
sortiemars 2026
La note de
Team Horns Up
7/10


Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Simon : La valse toxique des chanteurs chez Exodus semble sempiternelle. Le départ de Steve « Zetro » Souza fin 2024, pour la troisième fois dans la carrière du groupe, s'est accompagné d'un énième drama sur les raisons d'un tel revirement. De toute évidence, le chanteur qui avait sauvé la mise de ses camarades à maintes reprises semblait lassé par la vie en tournée en parallèle de sa carrière rangée dans le bâtiment. C'est finalement Rob Dukes qui a repris le flambeau, lui aussi éjecté en 2014 en amont de Blood In, Blood Out avant de refaire sa vie en retapant des voitures et en se concentrant sur Generation Kill. Jadis honni par les fans à son arrivée, l'ancien roadie du groupe a profité globalement d'une validation instantanée pour ce retour. À titre personnel, j'ai toujours préféré la dangerosité de Dukes à Zetro dont j'aime pourtant la voix aigre unique, mais la qualité de Persona Non Grata m'a fait redouter ce nouveau changement de line-up.

Après la célébration des quarante ans du classique Bonded by Blood pour se remettre d'équerre, le pilier du thrash de la Bay Area s'est jeté en studio pour ajouter de nouveaux titres à ceux entamés avant le départ de Zetro. La plupart des titres de ces sessions ont atterri sur Goliath et d'autres trouveront a priori leur place sur un prochain disque. Chose rare chez Exodus, presque la moitié des titres n'ont pas été composés par Gary Holt. Même pendant la période où ce dernier était à temps plein avec Slayer, l'Exodus post-hiatus n'a jamais été collaboratif sur un disque. Le guitariste Lee Altus signe les titres les plus excitants de l'album ; « 3111 » et « Beyond the Event Horizon » dézinguant les riffs dans la plus pure tradition impitoyable d'Exodus.

À côté de ces brûlots, les compositions peuvent faire lever quelques sourcils. « Hostis Humani Generis » s'égare maladroitement ; la chanson-titre ralentit le tempo dans une tentative doom pataude ; « Summon of the God Unknown » s'embarque dans une longue escapade alignant ambitieusement les volets narratifs ; « The Changing Me » verse dans le mélodique avec un refrain chanté (plus encore que « Children of a Worthless God »), épaulé par le batteur Tom Hunting et Peter Tägtgren (Hypocrisy, Pain) qui growlait déjà en invité sur « The Sun Is My Destroyer » en 2010. En quête de pesanteur malsaine, « Goliath » tient difficilement son pari, mais je retiens son beau tricotage de guitares en harmonie embrayé par les cordes de Katie Jacoby.

Exodus joue la carte de l'expérimentation en 2026, sans pour autant s'empêcher de vouloir montrer les muscles. La tentative est préférable à la surenchère et la boucle caricaturale dans lesquelles il est facile de tomber quand on fait du thrash sans concession, a fortiori depuis si longtemps. Cependant, les gesticulations groovy de « Promise You This » et « Violence Works » (tout en provocation dans les paroles) peinent à me convaincre. Souffrant d'une écriture dispersée, le disque est pénalisé par son hétérogénéité entre son style traditionnel et renouvelé.

Le retour de Dukes ne rallume pas non plus la flamme des diptyques Exhibit incendiaires. Le chanteur n'a pas perdu sa hargne, prenant toujours un malin plaisir à accentuer les consonnes plosives et à faire entendre son rire sadique, mais manque de servir des lignes aussi marquantes que sur ses précédents disques.

 

 

Le point fort de l'album est indéniablement dans le mixage avec la présence appuyée de la basse. Sur chaque piste, Jack Gibson brille avec une finition plus claquante que jamais. La cinq-cordes martelée aux doigts est toujours bien audible chez Exodus, mais elle se taille ici une place de choix parmi les guitares rêches et incisives qui occupent d'ordinaire leur territoire pour nous tronçonner. Le bassiste joue même les Geddy Lee sur l'ultime titre « The Dirtiest of the Dozen » avec quelques petits solos pour plus de relâchement et de spontanéité.

Sur ce même morceau, passée l'intro clownesque débordant de shred en gamme majeure, Tom Hunting réaffirme le mantra du groupe résilient, prêt à jouer jusqu'au dernier souffle après être passé par tous les états, corroborant le récit de Gary Holt dans son autobiographie. Tout comme « The Years of Death and Dying » sur Persona Non Grata, ce texte résonne de manière touchante sous la plume de Tom Hunting, sorti vainqueur de son combat contre un cancer de l'estomac et ne montrant pas la moindre faiblesse sur ce disque.

Mineur dans la discographie récente d'Exodus, Goliath se démarque néanmoins par sa volonté de redéfinir ses propres codes et de ne pas se reposer sur ses lauriers. Dans l'attente d'un successeur plus inspiré pour remettre la machine à broyer à pleine puissance, si le groupe en a encore la force et l'envie.

 

Tracklist :

1. 3111 (4:08)
2. Hostis Humani Generis (5:21)
3. The Changing Me (6:14)
4. Promise You This (5:19)
5. Goliath (5:04)
6. Beyond the Event Horizon (5:16)
7. 2 Minutes Hate (4:55)
8. Violence Works (4:49)
9. Summon of the God Unknown (7:54)
10. The Dirtiest of the Dozen (5:09)

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