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vendredi 5 août 2022

Beyond The Gates 2022 - Jours 4 & 5 (Grieghallen)

Grieghallen - Bergen

Circé

Sudiste du nord

Retrouvez les 3 premiers jours du festival ici

On ne remettra plus les pieds à l'USF Verftet pour ces deux derniers jours de festival ; direction Grieghallen, grande salle centrale et emblématique de la ville. L'atmosphère est moins chaleureuse que dans une salle de taille moyenne comme la précédente. On a étrangement l'impression de trouver moins d'espaces pour se poser entre amis, à l'exception de quelques tables à l'intérieur et d'une tente aménagée pour l'occasion.

Pour autant, le grand espace permet aussi mieux de découvrir les différents stands présents, de vinyles, de bijoux, d'art ou encore d'initiatives de la part du festival de recyclage. On y trouve même un stand de couture où vous pouvez faire réparer vos habits ou faire coudre vos nouveaux patchs sur votre veste, d'ailleurs. Vous pouvez autrement donner vos habits qui sont revendus aux autres festivaliers et festivalières au profit d'associations caritatives ou encore recycler vos batteries et piles pour tenter de gagner un pass 2023 (« a really sh*t heavy metal CD works too », me glisse t-on au passage). De bonnes initiatives qui mériteraient simplement plus de communication, afin de pouvoir prévoir à l'avance pour celles et ceux venant de loin.

 

JOUR 4 – VENDREDI 5 AOÛT

 

Kringa et Nekromantheon ouvrent le bal à Kulturhuset, mais c'est après-midi musées pour nous (mais j'en profite néanmoins pour recommander chaudement ces derniers).

Pas de chance pour les personnes ne venant que vendredi : toutes les personnes venant chercher leur bracelet ont la bonne idée de ne venir qu'au dernier moment, résultant en une queue démesurée lorsque j'arrive une quinzaine de minutes avant le premier concert. Je me faufile bien heureuse d'avoir mon petit pass 5 jours.

Pour cause, cette journée intitulée « Grieghallen MCMXCIV » s'annonce un peu spéciale, rassemblant trois groupes fondateurs du black metal norvégien afin de jouer des classiques dans le bâtiment même dans lequel ils ont été enregistrés en 94. Dans l'ordre, Enslaved jouera Vikingligr Veldi en entier, Emperor un set simplement intitulé « 30th anniversary » et Mayhem reprendra De Mysteriis Dom Sathanas.

 

Enslaved

 

Vikingligr Veldi, bien qu'étant le premier album d'Enslaved, ne reste pas dans les esprits comme leur plus emblématiques de cette époque. Peut être est-ce différent pour celles et ceux qui étaient là à l'époque de sa sortie, dans la foulée de tous les albums désormais mythiques de Black Metal de cette première moitiée des 90s – mais j'avoue que j'aurais été bien plus attirée par un set de Frost, l'album suivant. Cela était cependant déjà arrivé il y a quelques années à ce même festival, et au vu du thème de la soirée, Vikingligr Veldi est une évidence. Né après une série de démos, splits et EP, Vikingligr Veldi est l'aboutissement des recherches faites sur ces différentes sorties, et marque la définition de l'identité musicale d'Enslaved, au moins sur leur première partie de carrière. Et également un certain renouveau : alors que leurs compatriotes de Mayhem, Darkthrone ou Emperor creusent le filon du satanisme, Enslaved prend à bras le corps les thématiques vikings/pagan, mais ne se contente pas d'être une copie de Bathory. Au delà de l'imagerie, Enslaved propose en effet un son âpre, dans lequel riffs purement « TNBM » côtoient synthés, et déjà, quelques expérimentations à la limite du prog avec des morceaux avoisinant tous les dix minutes. Toutes les pistes sont là, au final, et tout sera bâti à partir de là.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Sur scène, l'album semble prendre une nouvelle vie et me donne d'ailleurs envie de m'y replonger. Les Norvégiens semblent véritablement émus de jouer ce concert – tout comme Emperor le sera également par la suite. Il faut dire que revenir dans les lieux mêmes de l'enregistrement de l'album, des années plus tard, pour jouer devant des centaines de personnes un album d'un genre à l'époque plus que marginal, en présence de Pytten qui s'était occupé de l'enregistrement, doit être une sacrée expérience. Au fond de la scène, des grandes runes en néons fond office de décor : c'est un peu kitsch, mais ça correspond au final assez bien entre le contraste du son raw des guitares, et celui, doux et « rétro » des synthés. Et concert anniversaire à domicile oblige : Trym Torson débarque sur scène au bout d'un morceau pour reprendre sa vieille place derrière la batterie. Une bonne partie du public est debout dans le pit, l'autre assise dans les étages en demi-cercle. Du bas de ces sièges, on a en tout cas une très bonne vue et un très bon son, et une bonne partie du public ne se prive pas de headbanguer tout en restant assis. Un concert monumental pour ces vétérans qui sont pourtant parfois encore vus comme des seconds couteaux à côté de Mayhem et compagnie, mais dont la musique n'a jamais manqué de richesse, d'audacité ni d'imagination.

 

Emperor

 

La salle se vide et se re-remplit, et c'est le grand écusson d'Emperor en fond de scène qui nous accueille alors que les lumières se rééteignent. Concert assis encore une fois pour moi, avec un public encore plus nombreux et énergique que sur Enslaved. In the Nightside Eclipse étant sorti en 1994, enregistré à Grieghallen par Pytten, on aurait aussi pu s'attendre à un set dédié à cet album... Mais Emperor ouvre, à ma grande surprise et immense plaisir, sur « In the wordless chamber » de leur éternellement souscôté dernier album. Ce sera le seul auquel on aura droit, mais Emperor continue sur une setlist « best-of » certes peu originale, mais que l'atmosphère, la beauté des lumières et le son rendront absolument inoubliables. Les Norvégiens continuent donc sur une triplette Anthems to the Welkin at Dusk, la fin de « Thus spake the nightspirit » me donnant des frissions quand elle est reprise en choeur par l'ensemble de la foule. Tombe ensuite comme une petite bombe toute la violence de « Curse you all men! », et une doublette d'In the Nightside Eclipse. Emperor sort de scène, le tour de ses albums faits sans pour autant n'avoir joué « I am the Black Wizards » - on se doute donc que ce n'est pas fini.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Le groupe revient donc après un bref rappel, pour une deuxième partie de concert que l'on pourrait intituler « guests et tubes ». Ihsahn ramène en effet avec lui Faust, batteur sur le début de carrière du groupe, et Mortiis, pour des cover de « Call from the grave » de Bathory et « The Usurper » de Celtic Frost. Si j'avais déjà entendu une reprise du premier morceau par ces mêmes personnes, le deuxième me prend totalement par surprise. On n'a certes ni l'impression d'assister à un concert de Bathory ni de Celtic Frost, mais l'enchaînement n'en n'est pas moins une petite tuerie. Et à côté, « Wrath of the Tyrant » avec lequel ils enchaînent, sonne un peu comme un ventre mou de cette deuxième partie de set.

L'énergie repart cependant rapidement, puisque viennent les éternels « I am the Black Wizards » et « Inno A Satana ». Ce n'est que la deuxième fois que je vois Emperor en live, et je suppose que je suis donc moins blasée que d'autres en entendant ces morceaux. Tout le public chante en tout cas, les riffs comme le chant, et j'en ai, encore une fois, des frissons. Un dernier rappel (oui, on aime se faire désirer), et les Norvégiens reviennent finir dans la plus grande beauté sur « Ye Entrancempirium ». Lumières vertes à l'image de la pochette de l'album, mélodies toujours aussi sublimes à en pleurer. « Can I ever comprehend ? Will my longing ever end ? » finit-on en choeur. L'Empereur laisse cette fois définitivement la scène, après nous avoir prouvé toute la légitimité de son nom.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

 

Setlist :

In the wordless chamber
Thus spake the nightspirit
The loss and curse of reverence
The acclamation of bonds
Curse you all men!
Cosmic keys to my creation and time
The majesty of the nightsky
Call from the grave (Bathory)
Innocence and Wrath / The Usurper (Celtic Frost)
Wrath of the Tyrant
I am the black wizards
Inno a satana
Ye Entrancemperium

 

Je sais que je vais me faire des ennemis, mais n'étant pas autant fan de Mayhem que des deux groupes précédents, et les ayant vus en avril... Je déserte Grieghallen à la fin de ce concert magique.

 

JOUR 5 – SAMEDI 6 AOÛT

 

Dernier jour du festival. Et qu'est-ce qu'il est passé vite. Le fait d'avoir peu de groupes par jour permet au final de ne pas se sentir complètement mort comme on peut l'être au bout de trois jours à coup de dix groupes par jour (ceci dit, je n'ai tout de même plus de voix ni de cervicales à l'heure où j'écris ces lignes). Ce samedi est également la journée que j'attendais le plus, avec sûrement la seconde, et pour cause : ce n'est ni plus ni moins que Mercyful Fate qui la clôturera.

Après un petit tour en ville et quelques bières, on se retrouve devant Unto Others (ex-Idle Hands) pour une mise en jambe de début de soirée.

 

Unto Others

 

J'aimais Idle Hands. Découverts en live après la sortie du premier EP, j'avais poncé ce dernier. Puis Mana, premier album, à sa sortie il y a deux ans. Querelles de droits sur le nom, et voilà qu'Idle Hands était devenu Unto Others, et nous sortait un nouvel album plus tôt cette année. Un album qui délaisse l'aspect heavy de leur musique, les riffs et les solos, pour se concentrer sur leur facette gothrock, post-punk, synthés et lignes de basse. Et si c'est un style que j'apprécie beaucoup, il manquait quelque chose. Pas assez efficace, pas assez accrocheur, les refrains passaient sans qu'on les retienne. C'est donc en croisant les doigts que j'aborde leur set, en espérant avoir droit à peu de moceaux de ce nouvel album.

Et là, le drame. De devant, on n'entend rien. Petite et ayant un handicap visuel, j'ai l'habitude de me placer près de la scène, et l'habitude du son de moindre qualité qu'on a souvent près des amplis. Mais je crois que les États-Uniens montent sur le podium du pire son que j'ai eu depuis cette position. C'est simple : j'entends la batterie, vaguement la basse – ce n'est même pas que c'est trop fort et noie le reste, c'est qu'on dirait qu'il n'y a pas de son pour le reste. Des amis assis tout en haut de la salle me diront avoir eu un son parfait : sûrement les balances ont elles été faites pour le fond de la salle, ce qui n'est au final pas si surprenant. Bref. Quoi qu'il en soit, on renconnaît un peu les morceaux, et le karaoké des premiers rangs, constitués semble t-il de fans connaissant toutes les paroles (je plaide également coupable), fait le reste. Ca s'améliore un peu à partir de « Give me to the night »,, et on distingue les solos et le chant, mais ça reste si fade par rapport à hier. Le groupe alterne entre nouveaux et vieux morceaux, dédicacant au passage « Nightfall » à Candlemass. C'estassez pour me maintenir intéressée, et certains nouveaux morceaux me semblent même plus intéressants en live que sur album, comme « Summer Lightning ».

Un set en demi teinte avec le son le moins bon du festival, un peu rattrapé par l'ambiance des premiers rangs. J'enterre Idle Hands, et passe à la suite.

 

Setlist :

Heroin
Give me to the night
No Children laughing now
Can you hear the rain ?
Double negative
It doesn't really matter
Dragon, why do you cry ?
Nightfall
Summer lightning
When will god's work be done

 

Tribulation

 

Retour sur les sièges, juste au dessus de la régie son, et même constat : le son est loin de ce qu'il était hier à la même place, loin donc de ce qu'il devrait être. Ce qui ne me facilite pas la tâche : je connais mal Tribulation. C'est environ la quatrième fois que je les vois en live, mais je ne les écoute quasiment jamais sur album et suis donc très peu familière des morceaux. Je ne retrouve en tout cas rien du côté groovy dont j'ai le souvenir ; les claviers restent heureusement assez audibles et rendent un peu l'atmosphère goth de leur death metal mélodique. Mais les mélodies, justement, restent assez absentes. Définitivement le moins bon concert que j'ai pu voir des Suédois, le seul où je ne suis vraiment pas arrivée à rentrer dedans. Ce n'est pourtant pas faute de bonne volonté de la part du groupe, qui semble bien motivé et content d'être là, au milieu d'un tel lineup.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

 

Candlemass

 

Mon dilemme de placement est vite résolu : quitte à ne pas avoir un son un top, autant bien y voir – je me replace devant pour les légendes du doom. Qui jouent ce soir ni plus ni rien que mon album favori, le seul et unique Nightfall. C'est Längquist, chanteur initial qui a à nouveau rejoint les rangs en 2018, qui s'occupe du chant. On entend d'ailleurs pas très bien ses vocaux devant, mais je suis tout de même soulagée de constater que le son est bien meilleur que pour les deux groupes précédents.

J'avais déjà vu Längquist avec Candlemass au hellfest 2019, et le constat reste le même : il n'a plus ses cordes vocales de 20 ans et a du mal à atteindre les notes les plus hautes, ce qui fait que certains morceaux en pâtissent un peu. Il n'a pas non plus les trémolos de Messiah, chanteur original de l'album, ni son timbre de voix, mais Nightfall en live, ça reste tout de même magique. Les riffs pesants et répétitifs, avec une touche de heavy pour l'aspect dramatique, des compositions parfois écrasantes, parfois lyriques, ces refrains entêtants qu'on reprend en choeur comme les couplets... Ca chante tout du long. Les morceaux s'enchaînent, la tête se fait lourde, jusqu'au climax qu'est « Bewitched ». C'est d'ailleurs l'un des rares morceaux sur lequel Längquist bouge et se déplace. Il gesticulait beaucoup plus dans mes souvenirs du Hellfest, mais cette attitude plus sobre lui va beaucoup mieux. Le concert passe en un éclair, un pur moment immersif qu'on pensait finit à la fin de l'outro de l'album. Mais Candlemass récidive et finit sur ni plus ni moins que « Mirror Mirror » et « Solitude ». On sent tout de suite Längquist plein d'émotion sur ce dernier, et beaucoup plus dans son élément : c'est son morceau, et la manière la plus parfaite que de conclure encore un magnifique concert.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

 

Mercyful Fate

 

Je ne vais pas m'amuser à vous décrire l'ampleur du sentiment d'impatience qui semble animer le trois quart de la salle alors qu'on fixe l'immense bannière au logo de Mercyful Fate qui cache la scène, comme dans l'espoir que cela la fasse se lever plus vite. On y est, le moment qu'on a attendu durant ces cinq jours, la légende absolue qu'est Mercyful Fate, inspiration de groupes désormais tout aussi légendaires qu'elle, en particulier pour le black metal, ses thèmes et son esthétique. Un de mes groupes préférés également, bien sûr, qui a marqué tant de bons moments de ma vie à chanter bien trop faux les paroles et les riffs avec des personnes qui me sont chères. Bref, quel meilleur moyen de conclure ces cinq énormes jours de festival ?

 

J'avais déjà vu, malgré moi, des photos de la tournée. Le visuel et la tenue de King n'est donc pas une surprise : mais voir tout ça en vrai, et de près, est tout de même sacrément impressionnant. Des grands escaliers mènent du bas de la scène jusqu'à un espace où un pentacle à tête de bouc surmonté d'une grande croix renversée en néon jaune cachent une petite loge d'où le frontman sort lentement, prennant son temps pour produire son effet. A l'image du décor, et de son amour pour la mise en scène et les costumes, il démarqué maquillé, drapé d'un long manteau et tête surmonté de cornes de bouc. Il changera en milieu de concert pour une tenue rouge et une couronne. Alors que l'intro de « The Oath » s'achève, les riffs fusent et toute la magie de Mercyful Fate prend forme sous les cris suraguës de son leader. Toujours aussi puissants, toujours aussi justes, malgré le temps et l'âge. Et on passera la soirée à sauter d'un tube à un autre, repris à tue tête par le public. Un nouveau titre fera office de petite surprise : il fait un peu pâle mine à côté du reste, manque de vraies envolées – mais le redécouvrir en version studio changera peut être la donne. Autrement, le groupe n'enchaîne que des morceaux des deux premiers albums, plus « A corpse without soul » de l'EP éponyme. Une setlist classique clairement faite pour cette tournée de grand retour de Meryful Fate – et c'est exactement ce qu'on attendait.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Je suis comblée : le son est excellent, le public comme possédé, le tout porté par la sensibilité théâtrale du groupe. Le peu de cordes vocales qu'il me reste est achevé sur le monumental « Satan's Fall » qui conclut le concert après un rappel. King semble d'ailleurs assez ému sur scène, et tout le groupe reste à la fin du set et prend son temps pour saluer les premiers rangs. Le concert aura apparemment été plus court qu'au Copenhell, mais pour moi, il est difficile de décrire la magie de ce moment. Je dirai simplement que ce fut un des meilleurs concerts que j'ai pu vivre, et que j'espère de tout cœur que cette tournée soit le signe d'un vrai retour de Mercyful Fate.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

C'est en ne sentant plus mes pieds et en possédant à peine assez de voix pour exprimer cette douleur que je quitte Grieghallen. Quelques bières seront bien de mise, et la nuit sera blanche – histoire d'oublier le retour à la normalité du lendemain. Cette dixième édition est clairement dantesque pour le Beyond the Gates, et elle aura, somme toute, été très bien gérée au vu des défis qu'elle présentait, en présence d'une grande partie de la petite jet set du black metal. Bravo et merci à l'orga pour son travail !

Huge thanks to Beyond the Gates & Jarle H. Moe for allowing me to use these pictures