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lundi 15 août 2022

Beyond The Gates 2022 - Jours 1-3 (USF Verftet)

USF Verftet - Bergen

Circé

hell god baby damn no!

Il se trouve que j'avais acheté un pass 5 jours pour un certain festival, dans des temps anciens où me rendre à Bergen ne m'aurait coûté qu'un billet de train. Voilà qu'une pandémie et quelques déménagements plus tard, l'appel de Mercyful Fate et la promesse de retrouvailles amicales me font acheter un billet d'avion Paris-Bergen, au lieu de revendre le précieux sésame. Direction donc le Beyond the Gates pour sa dixième édition, qui après diverses évolutions de lineup, de changements de jours et de journées ajoutées durant deux années de covid se retrouve avec 5 jours de festival sur 3 lieux à travers la ville.

A ceci s'ajoutent quelques petits événements comme des discussions et dégustations, des visites guidées, un salon de tatouage... Ce qui, au final, donne tout une variété de choses à faire (selon votre budget..), mais peut également mener à confusion. Surtout au niveau des billets : les visites guidées sont payantes, et une partie des concerts fait l'objet d'un billet séparé appelé « The Night Shift ». Celui-ci donne accès à six groupes qui jouent pendant les quatres premiers jours après minuit. Certains de mes amis avaient aussi acheté des pass "VIP", sans trop savoir ce à quoi cela correspondait. Un certain chaos peut donc se faire ressentir au niveau des types de billets et ce à quoi ils donnent accès, et l'ajout de nombreuses activités payantes pour un festival déjà cher peut très vite faire monter le budget. Mais le festival demeure emblématique et attire les fameux « blackpackers » de plusieurs continents, dont beaucoup semblent prêts à se payer le voyage d'une vie en Norvège au delà du festival lui même. Pour celles et ceux qui en ont les moyens, cela vaut donc certainement le coup.

Les trois premiers jours de concerts se déroulent principalement à USF Verftet, grande salle dotée d'un bar/restaurant avec une magnifique aire extérieure en bord de mer. Du second au quatrième jour cependant, on commence à Kulturhuset, salle toute neuve et plus petite pour deux groupes à chaque fois. Les concerts à Kulturhuset commmençant à 15h30 et ceux à USF à 18h30, on a largement le temps de profiter de la ville (ou de dormir) avant cela.

 

MARDI 2 AOÛT - JOUR 1

 

On se lance donc sur une semaine d'affiche principalement black et heavy, avec quelques déviations à l'esprit « trve » pour un petit Opeth, entre autres. Et c'est sans grande surprise sous la pluie que le festival débute ; après un petit passage à Kulturhuset pour récupérer les bracelets dans l'après midi, direction Verftet pour le début des concerts.

 

Chapel Of Disease

 

Toute mes connaissances savent la fréquence à laquelle je porte mon t-shirt Chapel of Disease et me passe le dernier album, sorti il y a déjà 4 ans. Après deux albums d'un death metal old school fort suédois, sans surprise mais d'excellente facture, les Allemands s'étaient lancés dans des expérimentations à coup d'envolées psychédéliques, mélodies planantes de guitares cleans et passages rock'n'roll, tout en gardant cette base old-school qu'ils maîtrisent si bien. Un album qui a marqué bon nombre d'entre nous par ses mélodies envoûtantes et catchy créant une ambiance aussi entraînante que mystérieuse. Il faisait d'ailleurs partie de notre sélection d'albums de la décennie, et ce n'est pas pour rien.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Peu de nouveautés pour le groupe depuis, si ce n'est le départ de leur bassiste au début de l'été, que le groupe ne compte apparemment pas remplacer. Malgré ce futur un peu nébuleux, pas de frayeur à avoir en live : il y a bien une basse sur scène pour délivrer des lignes pleines de groove. Pour moi qui ne les avais vus qu'en 2018 au Glazart à Paris, avec un son pas exceptionnel et un temps de jeu très court, c'est un véritable bonheur que de me plonger dans leur musique pour cette fois 40 minutes, avec un son impeccable où on discerne autant les growls que les guitares et tout le reste. Les allemands nous font aussi le plaisir d'une setlist balayant tout leur répertoire : on entamme par les emblématiques « Void of words » et « Oblivious / Obnoxious / Defiant » avant de repartir sur les premiers albums du groupe. Un morceau de death old school plus aggressif et rentre dedans semble réveiller un peu le public, puis un autre jouant plus sur les registres lents et lourds du genre. Chapel reprend ensuite le dernier album et finit sur « Song of the Gods » et son riff affolant. La volatilité et l'intelligence de leur musique se déploie dans toute sa beauté : aussi harmonieuse que chaotique, parfois lourde, parfois planante. Un set bourré de blasts sans compromis, de solos dignes d'un excellent groupe de heavy et de lignes de basse tout droites sorties d'un album de post-punk, Chapel of Disease place la barre haut, très haut pour un premier concert que j'attendais avec impatience et qui fut tout aussi mémorable que ce que j'en attendais.

 

Vemod

 

La salle continue de se remplir pour Vemod, projet Black Metal norvégien aérien et mélodieux. Un seul album, Venter på stormene, avait bien marqué l'underground à sa sortie il y a une dizaine d'années, le trio ayant depuis évolué chacun de son côté dans des formations norvégiennes différentes du petit cercle du Nidrosian Black Metal. Les apparitions live de Vemod demeurent rares, et c'est donc une belle occasion que de les voir ici.

La scène se retrouve baignée dans des lueurs bleues à l'image de la pochette de l'album ; ambiance nocturne ou maritime, selon où l'imagination nous porte. Car c'est bien un voyage intérieur que propose le groupe, ces longues plages aériennes aux boucles mélodiques plongeant dans un espère d'état méditatif. Seul bémol : le chant, sans être mauvais, n'apporte strictement rien et se résume à quelques growls très linéaires et dénués de toute émotion, en fort contraste avec le reste de la musique. On en gagnerait honnêtement à n'avoir qu'un concert instrumental où le groupe pourrait déployer ses riffs sur toute la durée des morceaux, portés par ces harmonies aux claviers apportant un petit côté black metal sympho old school.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Gaahls Wyrd

 

Gaahl est un peu devenu cette icône multifacette utilisée et réutilisée, tantôt sataniste, tantôt pagan, tantôt intimidante et tantôt transformée en meme. Bref, quoi qu'il en soit, la figure a dépassé l'artiste, le personnage pouvant vite provoquer l'intérêt par son charisme et ses postures. Ce qui fait qu'au final, on en oublie parfois l'artiste. Pourtant, Gaahl trace sa route avec son nouveau projet dont l'album sortait peu avant la pandémie, un objet inclassable entre musique ambiante, progressive, et black metal. Album que j'ai écouté et apprécié sans trop le creuser, et je n'avais donc pas trop d'attentes particulières pour ce concert. Seulement... Gaahl est Gaahl et j'avais oublié à quel point il était peut être bien le frontman le plus charismatique du metal extrême. Une présence monolithique sur scène, presque mystique qui inspire un peu d'inquiétude sans pour autant tomber dans le cliché du frontman black metal « regardez comme je suis evil ». Non, Gaahl est sur scène, et ça suffit à imposer sa présence - même en le voyant depuis le fond de la salle (et ce malgré mon handicap visuel). Et musicalement, la setlist parcourt tout son répertoire, de Gorgoroth à Gaahls Wyrd, des morceaux bêtes et méchants aux expérimentations progressives. Il y en a pour tous les goûts, loin de la linéarité du groupe précédent (et du suivant), et Gaahl a aussi l'occasion de démontrer toute la variété de sa voix. Il excelle aussi bien dans les growls les plus profonds et raw que dans des envolées au chant clair où on lui découvre une voix douce, qui s'échappe avec justesse dans les aiguës comme dans les graves. Un régal absolu pour les oreilles et probablement la meilleure performance que j'ai pu voir de lui.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

1349

 

On continue dans les gros noms norvégiens ce soir, avec les vétérans de 1349. Je les juge souvent comme en dents de scie, des albums remarquables de brutalité comme Hellfire, à la hauteur des meilleurs Marduk, et des albums beaucoup plus communs, présentant un black lisse, très propre, vaguement agressif, vaguement mélodique. Ca m'en touche une sans faire bouger l'autre, disons. Le groupe attire les fans en tout cas, au moins autant que Gaahl et il devient impossible de se faufiler pour se rapprocher. Et les Norvégiens nous assomment alors d'une heure de... blasts. Sans grand chose d'autre. On reconnaît vaguement les refrains scandés de « Slaves shall serve » ou « I am abomination » et les hurlements de Ravn sont parmi les cris les plus perçants qu'on puisse entendre, bien assez pour percer le mur de son de la batterie. On discerne quelques riffs, sur un des derniers morceaux. Autrement, peu de variation, sans ces moments qui balancent de vrais passages punk comme les bons groupes de black metal brutaux peuvent le faire pour nous faire perdre le contrôle. J'étais certes mal placée, et cela a du jouer, mais je sors de là un peu assommée sans avoir retenu grand chose d'autre. On sait au moins que Frost est toujours au top de sa forme.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Tombée de rideau pour moi ce soir : Abbath montera sur scène avec un peu de retard pour clôturer la journée, mais n'ayant jamais été très cliente ni de l'homme ni de sa musique, l'appel de l’alcool en bonne compagnie se fait vite plus fort.

 

MERCREDI 3 AOÛT - JOUR 2

L'une des deux journées de la semaine que j'attendais le plus, avec l'enchaînent Satan Lucifer Solstafir Opeth. Deux groupes de black metal signés chez Terratur ouvrent le bal à Kulturhuset, mais j’entame les hostilités directement à USF Verftet.

 

Year Of The Goat

 

J'arrive un peu en touriste pour ce premier groupe : j'ai déjà entendu ce nom, je sais que je vais avoir droit à quelque chose dans des tonalités hard rock, sûrement proches de Lucifer avec qui ils tournent. Je me dis qu'ils doivent en tout cas avoir un minimum de réputation, puisqu'ils sont passés des excellents Van Records à la grosse machine Napalm Records il y a déjà quelques années. Ils sont en tout cas là pour défendre leur dernier album, Novis Orbis Terrarum Ordinis, sorti juste avant la pandémie.

C'est pour moi un concert en dents de scie. Le son est globalement toujours aussi bon que ce qu'il a été pour la majorité des groupes hier, mais musicalement, je suis un peu divisée. Il y a quelques morceaux entraînants et des riffs péchus qui arrivent à me faire rentrer dans le concert, mais dès que le groupe part sur des morceaux plus lents ou plus mélos, on s'ennuie vite. Et pour cause : le chant manque vraiment d'énergie, la plupart des refrains ne marquent pas, et de fait, tout retombe à plat dès qu'il n'y a pas un riff un peu groovy ou un solo derrière. Le set a, en somme, du mal à démarrer, et malgré quelques bons moments, fait pale figure à côté de ce qui suit.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

 

Satan

 

Niveau énergie, Satan donne une bonne leçon à tout le monde. Les héros des années 80 sont sans aucun doute ceux qui ont le mieux réussi leur comeback revival au XXIe siècle, avant 4 excellents albums depuis 2013. Le dernier, Earth Infernal, est d'ailleurs sorti il y a peu et ne déroge pas à la règle avec des morceaux sachant manier des compositions intelligentes et accrocheuses. Des tempos changeants, des envolées mélodiques comme des attaques directes empruntant au thrash, un chant mélo' loin des clichés du genre avec une voix fort reconnaissable qui ne fait qu'ajouter à la marque de fabrique Satan. Parce que pour porter un nom pareil et arriver à ne pas se faire confondre avec un autre, il faut tout de même le faire.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Les anglais démarrent sur quelques problèmes techniques qui donneront amplement le temps au fort bavard Brian Ross de nous donner son avis sur Doctor Who (on est british ou on ne l'est pas) et autres petites blagues. Et au delà de ça, malgré un set qui semblera très court, Satan réussi à bien réveiller la salle avec des morceaux principalement tirés des derniers albums. « Burning Portrait », d'Earth Infernal, se révèle être une valeure sûre en live qui fait déjà chanter une partie du public. Celui ci compense d'ailleurs amplement pour les vocaux de Brian noyés dans le mix sur les premiers morceaux, le concert passe en trentes secondes au milieu d'en enchaînement de tubes. Le groupe finit bien sûr sur l'emblématique "Alone in the dock" de son premier album, avant de laisser la place à leur presque-homonyme.

Setlist :

1. Trial by fire
2. Twenty twenty five
3. Burning Portrait
4. Break Free
5. From Second Sight
6. Alone in the dock

 

Lucifer

 

Parce que tout de même, chapeau à la personne qui a fait jouer Lucifer juste après Satan. Et Lucifer, d'ailleurs, continue sur la bonne lancée initiée par les Britanniques en proposant aussi un véritable enchaînement de tubes, avec un public encore plus au taquet. Johanna Sadonis parle peu mais en impose par sa présence et son énergie, une vraie diva heavy metal toute de cuir vétue, cheveux au vent. Il y a peu à dire, au final, tant tout coule tout seul. Le groupe ayant sorti son dernier album l'an dernier, c'est bien sûr celui-ci qui est mis à l'honneur avec des « Crucifix (I burn for you) », « Bring me his head », aux riffs imparables et refrains fédérateurs. Le rythme redescend quelque peu sur « Dreamer » qui met un peu plus en avant les influences doom du groupe, avant de finir en beauté sur « California Son ». Lucifer est plus qu'une valeur sûre en live comme sur album, leur heavy retro comptant parmi les plus efficaces du genre à l'heure actuelle, alors que le revival peut avoir l'air de s'essoufler. Le chant de Johanna porte évidemment le tout avec brio, une pointe de pop sans jamais tomber dans le mielleux.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

 

Solstafir

 

Les Islandais font partie de mes groupes de cœur, et si je suis déjà bien familière de leurs concerts, la coupure de ces deux dernières années me donne presque l'impression de les redécouvrir. C'est vraiment à mes yeux sur scène que leur musique prend toute son ampleur et frappe de toute sa force, un maelstrom d'émotions portées par des murs de son, des mélodies mélancoliques comme suspendues au milieu de ce brouillard, et ce chant qui semble tenir sur un fil, si puissant dans sa fragilité. Quelque chose de magique que j'ai du mal à retrouver chez d'autres.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Le groupe s'élance sous des lumières vertes, et met à l'honneur ce soir principalement Svartir Sandar ; l'album fêtait en effet ses 10 ans l'an dernier et les artworks sont pour l'occasion exposés à la galerie de Gaahl. On effectue quelques détours par Köld et Otta, dont le morceau titre m'arrache comme toujours quelques larmes (tout comme "Fjara", bien etendu). Seul bémol : la basse beaucoup trop présente a tendance à noyer le reste sur les passages les plus denses. Mais les années passent et Solstafir reste toujours aussi beau, majestueux, terrible ; parfaite image sonore d'un paysage islandais battu par la tempête. Le groupe ne semble donc pas prêt de décevoir en live malgré un dernier album qui m'a beaucoup moins touché que les autres.

 

Opeth

 

A peine le temps de me remettre de mes émotions d'un concert de Solstafir, que mon groupe favori monte sur scène. La salle est plus que pleine à craquer et je suis compressée dans les premiers rangs. Les suédois débarquent un à un et se lancent sur « Hjärtat vet vad handen gör » du dernier album. Sortie qui fait décidément partie de leurs plus inventives, en particulier depuis leur virage loin du metal extrême - et ses singles sont décidemment taillés pour le live. C'est le seul auquel on aura droit ce soir, chanté en suédois bien sûr, avec un excellent son dès le départ même en se tenant près de la scène.

Mikael est de bonne humeur, semble ravi d'être là comme toujours malgré ses vannes sur la supériorité suédoise (qu'il fait à chaque fois qu'il joue ici, soit dit en passant). Le concert passera vite et sans surprise, la setlist s'avèrant être une version réduite de celle de la tournée précédente. L'exception est peut être l'absence de « Hope Leaves » remplacée par « In my time of need » ce soir. Le groupe trouve tout de même un bon équilibre entre le post et pre-Heritage, les éternels « Ghost of perdition », « The Drapery Falls » et « Deliverence » semblant toujours ravir la plus grande partie des fans. Presque tout le monde chante aux premiers rangs, que ce soit sur les morceaux les plus anciens ou récents ; et on bénéficie de ce qui est peut être le meilleur son de la soirée.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Setlist :

1. Hjärtat vet vad handen gjör
2. Ghost of perdition
3. Cusp of Eternity
4. The Devil's Orchard
5. The Drapery Falls
6. In my time of need
7. Sorceress
8. Deliverance

 

JEUDI 4 AOÛT - JOUR 3

 

C'est Djevel qui ouvre le bal aujourd'hui, mais ayant déjà vu lee groupe un bon nombre de fois, mes amies et moi en profitons plutôt pour aller faire un tour à Galleri Fjalar, la fameuse petite galerie tenue par Gaahl à Bryggen, les anciens bâtiments du port de Bergen aujourd'hui classés à l'UNESCO. Y sont exposées depuis la veille les œuvres de Kim Holm, artiste que vous pouvez souvent retrouver en festival en Norvège en train de dessiner les groupes sur scène, et qui est entre autres responsable des artworks de Svartir Sandar de Solstafir. Le set entier de cet album (cover originale, artworks des morceaux avec lyrics et quelques pièces additionnelles) est  d'ailleurs exposé et en vente, pour qui peut y mettre le prix. Gaahl est en outre très disponible, et nous restons discuter avec lui un petit peu avant de reprendre la direction des concerts.

 

Darvaza

 

Impensable en revanche de manquer Darvaza, perle noire d'un black metal intransigeant et ésotérique. Kulturhuset est d'ailleurs bien pleine quand nous arrivons ; il me sera impossible de m'avancer plus avant que la moitié de la salle et donc de voir quoi que ce soit au delà de la forêt de têtes qui s'étend devant moi. Le groupe est d'autant plus attendu après la sortie de son premier « vrai » album après la série d'EP qui l'a fait connaître. Et ce Ascending into perdition ne fait que confirmer leur statut de valeur sûre de l'underground, avec ses compositions si inspirées. Bref, il est temps de voir ce que cela donne en live.

Lumières rouges, blasts, riffs aggressifs et chant vénéneux : c'est un sans faute pour le groupe, qui sait manier violence pure et création d'une atmosphère malsaine avec brio. Le frontman semble frénétique sur scène, puisque la seule chose que j'aperçois de lui son ses petites acrobaties alors qu'il s'accroche au plafond. Le groupe ouvre avec « Mother of Harlots » du dernier album, et on aura droit à deux autres morceaux de celui ci – tous sont des tueries et détruiront nos cervicales en bonne et due forme. Le groupe nous plonge dans un enfer caverneux, renforcé par cette salle pleine à craquer au plafond bas. Ca grésille, ça hurle, sans nous laisser un seul moment de répit. Que demande le peuple ?


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Le reste de la journée à USF Verftet ressemble énormément à l'affiche du Throne Fest : beaucoup de choses déjà vues en mai pour moi donc, mais ce sont pour la plupart des groupes que je revois avec plaisir.

 

Misthyrming

 

J'ai déjà parlé en long, en large et en travers de leur prestation au Throne Fest avec mes compères belges, et je serai donc brève ici. Les Islandais auront la malchance d'avoir un son bien moins bon qu'en mai, ce qui m'étonne un peu vu les plutôt bons augures d'hier à ce sujet. Je me retrouve à bouger dans la salle pour tester : c'est un peu mieux de derrière, mais ça reste moins bon que beaucoup d'autres groupes des jours précédents. Ma déception ne m'empêche tout de même pas de rentrer dans le concert : nos blackeux aux cheveux courts et chemises ensanglantées sont en forme et les riffs, lorsqu'on les entend, toujours aussi magiques et porteurs. Une prestation en demi-teinte donc, mais qui ne semble pas décourager le public beaucoup plus présent pour eux que pour n'importe quel autre groupe d'ouverture de soirée.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

 

Whoredom Rife

 

Lorsque vous faites régulièrement des concerts en Norvège, vous avez l'occasion de voir Whoredom Rife assez fréquemment. Du haut de leurs trois albums et multiples EPs/Splits, le groupe commence à avoir un répertoire conséquent et une petite réputation qui va avec, comme l'une des formations porteuse du flambeau de l'héritage black metal du pays. Une version du genre qui met l'accent sur l'aggressivité plutôt que sur les mélodies sinueuses et glaciales du BM Norvégien 90s, comme peut le faire Djevel. On est ici plutôt à mi chemin entre Taake et Watain. C'est en tout cas une réputation plutôt méritée, même si tout ne se vaut pas dans leur discographie. Quoi qu'il en soit, de mon expérience avec eux, c'est du solide sur scène - et cette fois encore, ils le confirment. Un son bien meilleur que le groupe précédent, une bonne énergie sur scène, des morceaux efficaces... Je me retrouve à chaque fois à les voir de loin, en me disant que je les ai déjà vu, et à chaque fois, je me laisse tout de même entraîner. On n'est pas dans l'original, on est plutôt dans le bas du front, mais ça marche toujours. Face à tant de groupe du même rayon qui ne semblent proposer que quelque chose de lisse, mid tempo mou sans conviction, Whoredom Rife fait plaisir. Les norvégiens nous offrent une setlist axée sur leurs titres les plus rentre dedans, avant de finir en beauté comme toujours sur "Gitt til Odin", sûrement leur morceau le plus reconnaissable, avec son riffing bien plus mélodique que beaucoup d'autres.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

 

Archgoat

 

Ca y est, les cervicales sont échauffées, on a enfilé les premières bières, on a commencé la descente, et on arrive vers les tréfonds de la musique extrême. Fini les niaiseries, c'est l'heure de passer aux choses sérieuses. A la vraie musique, quoi.
Alors j'avoue : je n'attendais pas grand chose d'Archgoat, et ne me sentais pas plus que ça d'humeur à me faire bousiller les tympans, les cervicales et les neurones à coup des patterns de batterie parmi les plus répétitifs et bas de plafond du black metal. Sauf qu'ils ne l'ont pas volée leur réputation, ces finnois, et qu'après quelques bières, la fatigue accumulée, et me trouvant en compagnie d'une joyeuse petite troupe, bah oui, Archgoat, c'était génial. Franchement, pourquoi on aurait besoin de mélodies, de mids tempos et autre trucs de hipsters là, quand on peut juste avoir quelque chose d'une violence aussi bête et irrésistible ? Pourquoi est-ce que je cherche des adjectifs pour décrire ça, d'ailleurs ? Clope aux lèvres, son bien lourd mettant à l'honneur toute la finesse des enchainement des deux ou trois rythmiques de batterie qui composent l'entièreté de leur discographie, Archgoat retourne tout le monde en deux temps trois mouvements dans un torrent de haine. Une maîtrise parfaite de l'art de la blitzkrieg musicale. Arrêtez de chercher à aligner trois notes différentes, takatakata-touka-touka c'est parfait.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

Pas de Mgla pour moi aujourd'hui : j'ai vu les Polonais en mai comme évoqué plus haut, je sais que j'aurai l'occasion de les revoir... Et j'ai, à ce point là de la semaine, bien besoin de m'asseoir une petite heure. USF est bien dôtée pour ce qui est des espaces : outre le bar dans la salle de concert, la grande terrasse extérieure offre beaucoup de tables (dont un espace protégé de la pluie) et une très belle vue. Mais on trouve aussi un second bar pas du tout indiqué, un espace large et calme avec bon nombre de chaises et de tables ainsi qu'un stand du disquaire/bar Appollon.

 

Sodom

 

On se relève difficilement de nos fauteuils bien confortables pour la tête d'affiche du soir. Vue encore une fois en mai pour ma part, mais en fin de festival un dimanche soir.. Autant dire que je n'étais plus au top de ma forme, et si le groupe m'avait donné une bonne claque, les deux heures de jeu qu'ils avaient expédiées avaient eu raison de moi. Différentes circonstances ce soir : le festival, si plus long, est moins intense en terme de nombre de groupes par jour (et je viens de me reposer). C'est donc pleine d'enthousiasme que je me place pour les Allemands qui démarrent en trombe sur « Sodom & Gomorrah » de leur dernier album de 2020. Il n'y a pas à dire : si ça ne fait pas partie de leurs classiques, ça passe tout de même à merveille en live. Et on continue sur cette belle lancée, avec beaucoup de classiques mais un set plus court qu'au Throne Fest – ce dont Tom Angelripper se plaindra entre deux commentaires sur la bière norvégienne. Du haut de ses 59 ans, l'homme pète la forme avec une énergie communicative – le public, tout comme moi, est d'ailleurs bien plus en forme qu'au Throne Fest. On a en plus le droit à une petite surprise : Tore, guitariste de Bömbers (le fameux coverband de Motörhead mené par Abbath) rejoint le groupe pour (évidemment) une cover de Motörhead.

Même s'il manquera un ou deux morceaux (dont « Ausgebombt » qu'ils avaient joué la dernière fois), les tubes s'enchaînent, on scande les refrains de « Sodomy and Lust », « Agent Orange » ou encore « Tired and Red »... Bref, le thrash allemand dans ce qu'il a fait de mieux depuis sa naissance.

Sodom conclut donc cette première partie du festival : demain, c'est déménagement vers Grieghallen, la fameuse salle nommée d'après le compositeur norvégien.


Jarle H. Moe / Beyond The Gates

 

Bilan de mi-festival plutôt positif : d'excellents concerts dans une bonne atmosphère. On a globalement le droit à un son de bonne facture où que l'on soit, la salle est bien placée et bien conçue, l'organisation est globalement solide. Quelques clarifications et un système plus simple de bracelets/tickets auraient été appréciables, mais globalement, le Beyond the Gates semble à la hauteur de sa réputation. On a certes peu de groupes par jour, mais ce rythme permet au final d'avoir du temps pour se poser et profiter sans se sentir fatigué par le simple fait d'assister aux concerts.

Huge thanks to Beyond the Gates & Jarle H. Moe for allowing me to use these pictures