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Album

05/07/21 - Matthias

Darkthrone

Eternal Hails​.​.​.​.​.​.

LabelPeaceville Records
styleBlack Metal/Heavy Metal/Speed Metal
formatAlbum
paysNorvège
sortiejuin 2021
La note de
Matthias
7/10


Matthias

Punkach' renégat hellénophile.

Au final, que reste-t-il de la seconde vague black metal, celle qui débarquait de Norvège pour bouter le feu à tout ce qui n'était pas TRVE ? Un patrimoine musical incontournable bien sûr. Et puis surtout une marque au fer rouge sur l'histoire de la musique et sur l'état d'esprit qu'on prête au metal dans son ensemble ; un impact sans commune mesure avec la longévité du mouvement, qui n'est pas exempt de points communs avec l'explosion punk de 1976-77 en Grande-Bretagne. Mais trente ans après, que reste-t-il de la rage des pionniers ? Certains tournent et retournent ad nauseam en brandissant leur gloire passée. Certains, peut-être plus sincères, se sont consacrés à d'autres genres musicaux, voire à d'autres formes d'art. Comme les punks en fait.

Et puis il y a Darkthrone. Volontairement loin des feux de la scène, le duo composé de Fenriz et de Nocturno Culto sort encore des albums avec la régularité des vrais passionnés, sans beaucoup dévier du sentier défriché durant la grande époque. Non pas que Darkthrone se repose sur ses lauriers : les disques sortent certes en rafale, mais le groupe explore l'intégralité de la galaxie du metal ultra-oldschool plus que véritablement black : on retrouve la marque de Celtic Frost ou de Hellhammer, parfois saupoudrée de Bathory voire, carrément, d'un bon gros son à la Motörhead agrémenté de riffs punkisants ou complètement thrash. C'est parfois un peu répétitif, certes, mais c'est fait avec une telle honnêteté qu'on leur pardonne tout. Et puis, au-delà des préférences qu'on peut avoir pour l'un ou l'autre album (Circle the Wagons, ou The Underground Resistance pour ma part), Darkthrone est aussi capable de sortir de vraies claques balancées avec maîtrise et conviction. Comme un Old Star en 2019, dont les passages heavy/thrash lui avait valu une place dans mon bilan de l'année.

Engoncé peut-être dans la routine des confinements successifs, j'ai été un peu pris par surprise par Eternal Hails​.​.​.​.​.​. et ses trop nombreux points de suspension, mais j'étais plutôt enthousiaste. Hélas, dès les premiers riffs, l'album semble avoir été mixé à la va-vite, et le son reste un peu faiblard. C'est dommage, car le riffing se révèle aussi oldschool qu'efficace, entre autres sur les parties à deux guitares de "Hate Cloak", tandis que la voix crapaudine de Nocturno Culto éructe ses imprécations. Une qualité qu'on retrouvera d'ailleurs tout au long de l'album, sans surprise, mais le problème, c'est que les morceaux sont tous assez longs, alors que le précédent opus se permettait des pistes de 4 à 5 minutes qui offraient l'occasion de respirer. Le rythme s'accélère sensiblement sur "Wake of the Awaken", mais manque de peu de s’essouffler sur une mélopée avant de redémarrer et de reprendre la cadence. D'autres morceaux n'ont pas cette chance, et ils ne sont que cinq au total. "Voyage to a North Pole Adrift" aussi se lance dans une chouette cavalcade, mais la piste court depuis déjà 4 minutes, et on n'en est même pas à la moitié... C'est en ayant perdu un peu de son attention en route que l'on arrive à "Lost Arcane City of Uppakra". Un morceau qui aurait été prenant dès les premières notes, si ce n'était des échos peu pertinents sur certains passages au chant. Pourtant, Darkthrone se permet là un usage du synthé' assez intéressant, entre Rencontres du 3ème type et film d'horreur rétro de la Hammer. L'idée marche très bien, et les passages instrumentaux prennent une vraie dimension mystérieuse et dérangeante efficacement soulignée par de discrètes guitares. On n'est pas très loin de certains passages du dernier Malokarpatan, et c'est une solide référence.

Eternal Hails​.​.​.​.​.​. commence bien et se finit d'une très belle manière, mais l'album accuse quand même de fameux défauts, surtout comparé à son prédécesseur. La longueur des morceaux perd trop facilement en route l'auditeur, d'autant que les deux compères en profitent finalement peu pour se lancer dans des changements de rythmique, alors que c'est leur point fort. Et les quelques tentatives restent en demi-teinte. Eternal Hails​.​.​.​.​.​.propose quelques jolis passages mais, en tant qu'album, il lui manque une structure, un souffle peut-être, que Darkthrone trouve d'habitude aisément. 

Setlist:

His Master's Voice

Hate Cloak

Wake of the Awakened

Voyage to a North Pole Adrift

Lost Arcane City of Uppakra

 

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