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Bilan 2019 - Matthias

jeudi 23 janvier 2020 - Matthias
Matthias

Renégat.

Drôle d'année que 2019 ! Elle restera dans ma mémoire comme un cru étrange, dense, riche, mais à l'arrière-goût amer, comme un sentiment d'inachevé. Cela va faire un an que je me suis remis à l'écriture musicale sur Horns Up et, si cette période a été enrichissante, elle m'a aussi imposé un certain lot de déceptions. Oui, l'année musicale a été intense, avec des sorties en rafales tellement rapides que je suis sans doute passé à côté de quelques perles. Mais qualitativement, 2019 n'a pas tenu toutes ses promesses, loin s'en faut ; Certains albums dont j'attendais beaucoup m'ont finalement plutôt déçu. D'autres sorties m'ont toutefois véritablement pris par surprise. Voici donc un petit bilan personnel, sans classement, et sans la moindre prétention à l'exhaustivité.

TOP ALBUMS :

Darkened Nocturn Slaughtercult - Mardom

Pas grand chose de plus à dire que ce que j'avais déjà mis en avant dans ma chronique de Mardom. Le Culte d'Onielar, véritable Galadriel ayant accepté l'Anneau Unique, prouve en tout cas qu'on peut encore composer du black metal dans sa forme la plus pure sans pour autant virer redondant.

Atlantean Kodex - The Course of Empire

En une trilogie d'albums incontournables, le groupe allemand s'est imposé parmi les valeurs sûres d'un nouvel heavy metal épique qui prend vraiment de l'ampleur ces dernières années. Pour qui serait passé à côté de cette œuvre splendide, je la conseille avec insistance, de même que la belle chronique signée par Dolorès.
 

 

Smoulder - Times of Obscene Evil and Wild Daring

Dans un style relativement proche de la mention précédente, les Canadiens de Smoulder nous ont offert ce qu'il y a de plus intéressant dans le heavy metal contemporain : une œuvre véritablement épique, qui rend hommage à une saga littéraire, ici celle de Michael Moorcock. Dix milles lieues au dessus des groupes qui font encore rimer "Sky" et "Die" comme au plus profond des années 80, Smoulder est un nouveau fer de lance forgé pour le grand retour d'un style musical qui a trop subi de caricatures.

 

 

Mgła - Age of Excuse

Difficile d'être passé à côté de ces musiciens cagoulés, qui arrivent pourtant à instaurer une présence sur scène rarement égalée par des formations adeptes d'un décorum macabre ! Si Age of Excuse ne dévie que très peu du chemin tracé dans les marais par Exercices in Futility, cet album reste un chef d'œuvre de la chapelle polonaise du black metal. Nul doute que leurs morceaux arides, désespérés, et pourtant emprunts d'une certaine poésie pessimiste, résonneront encore dans ma tête lors de longs moments d'introspection.

Darkthrone - Old Star

Je ne suis pas vraiment un fanatique de la scène norvégienne des années 90, et je n'ai donc jamais pris le temps d'explorer la longue discographie de Darkthrone. C'est peut-être un tort, et certainement pas une opinion populaire, mais fichtre ! Old Star n'en est qu'une surprise encore plus savoureuse : le groupe nous offre un album solide qui s'écoute d'une traite sans même y prêter attention, et Darkthrone se permet même des passages quasiment heavy/thrash sur un magnifique "The Hardship of the Scots" dont je ne me lasse pas !

Sielunvihollinen - Kuolonkylväjä

Autant le dire de suite : je ne pense pas que je discuterais volontiers socio-politique avec ces Finlandais-là ! Difficile hélas d'écrire un bilan fortement orienté black metal sans aborder ne fût-ce qu'une formation ambigüe. Mais comme je ne pipe pas un mot de finlandais, difficile de savoir ce qu'il en retourne exactement. Quoiqu'il en soit, ce groupe impossible à épeller délivre un black radical comme seules les forêts caréliennes peuvent en accueillir. Sauf que chez Sielunvihollinen, il s'accomode de riffs résolument punks qui rendent l'ensemble irrésistible, à me donner envie de foutre un coup de boule à un conifère !

Véhémence - Par le Sang Versé

Avec des formations telles que Darkenhöld ou Aorlhac, le black metal médiéval à la française incarne une scène qui prend importance et influence, ces dernières années. Le nouvel album de Véhémence, qui m'a d'ailleurs fait découvrir ce groupe venu d'Angers, s'ajoute à cette belle liste de faits d'armes. Epique et poétique, Véhémence devient donc incontournable pour un public sensible au charme des anciennes forteresses de la vallée de la Loire ou d'ailleurs, mais la plume de Dolorès lui rend un bien plus bel hommage que le mien.

Obsequiae - The Palms Of Sorrowed Kings

Dans un thème semblable, mais avec une patte ô combien différente, les Yankees de Obsequiae nous ont enfin offert un nouvel album, après un Aria of Vernal Tombs qui me donne encore des frissons. Epique, mais surtout ouverte à de multiples influences, la formation du Minnesota m'a encore fait parcourir les landes à la recherche de vieilles pierres oubliées où monde tangible et surnaturel s'entremèlent. Encore une fois, c'est Dolorès qui l'évoque le mieux.

Saor - Fogotten Paths

Après cette escapade dans le Nouveau Monde, je me rends compte que le black atmosphérique a été fécond, durant l'année écoulée. Les Ecossais de Saor nous ont offert un chef d'œuvre de plus, tout en évitant les longueurs de l'album précédent, Guardians, même si celui-ci reste splendide. Inutile d'en écrire plus, car cette musique d'Extrême-Occident s'apprécie au calme et les yeux fermés. Florent en a toutefois rendu une très belle prose.

Saqra's Cult-The 9th King

Découverte lors du magnifique A Thousand Lost Civilizations festival, j'ai été surpris de découvrir que Saqra's Cult venait de Belgique, alors qu'un nombre croissant de formations latinoaméricaines exploraient le passé des grands empires précolombiens. Mais fi de cette distance géographique : avec The 9th King, Saqra's Cult nous fait découvrir la saga d'un des plus glorieux souverains incas, dans une épopée pleine de rage et de fureur. Sous le regard des dieux !

FLOPS :

Vargrav - Reign in Supreme Darkness

Alors que j'avais adoré Netherstorm, je ne partage pas l'engouement pour le dernier album de Vargrav. Désolé, mais je ne considère pas qu'une production volontairement brouillonne soit un gage d'authenticité. Pour moi, c'est comme vouloir jouer au punk avec des vêtements achetés déjà troués chez H&M. Dommage, vraiment.

Dawn Ray'd - Behold Sedition Plainsong

J'attendais énormément de cette sortie, comme je l'évoque longuement dans ma chronique. Mais hélas, ce Dawn Ray'd manque sacrément de ferveur révolutionnaire, même s'il offre encore quelques passages émouvants. L'idéologie ne fait pas tout ; la forme importe aussi pour transmettre un message.

Die KruppsVision 2020 Vision

Je suis récemment devenu fan de ces Teutons industrieux, dont la longue carrière mérite bien plus de crédit que ce qu'ont récolté certains de leurs compatriotes pyromanes. Mais si Jürgen Engler nous fait part de ses réflexions cyniques et de ses inquiétudes sur l'avenir depuis 1980, cette fois-ci, je trouve qu'il radote un peu.
 

Mentions honorables :

Belzebubs - Pantheon of the Nightside Gods

C'est maintenant prouvé, le black metal peut virer mignon. Issu d'un comics en ligne imaginé par le finlandais JP Ahonen, Belzebubs est passé de quelques cases de lumière dans cet univers en noir et blanc à un véritable projet musical. Et si ce premier album de Belzebubs évolue dans un registre black gothique très classique, l'ensemble se laisse écouter, même si évidemment l'aspect graphique y reste essentiel. Un peu comme Dethklok, en plus family friendly.

Батюшка - Панихида

Alors qu'on y voit enfin plus clair sur l'histoire du grand schisme qui a déchiré Batushka dans un feuilleton interminable digne d'une série des années 90, je trouve hypocrite de faire la fine bouche. Des deux formations en activité, Батюшка semble être la plus proche du projet original, et Панихида reste un album valable, même s'il lui manque un peu de la ferveur de Litourgiya. Je suis très curieux de découvrir ce que le courant orthodoxe vaut en live, maintenant qu'il est retourné vers l'ascétisme des petites chapelles. Opinion peu appéciée, et c'et bien pour cela que je la défends. S'interdire toute curiosité sur ce nouvel évangile, c'est vraiment faire l'autruche.

Misþyrming - Algleymi

Sans doute l'album que j'ai le plus hésité à aborder. Car s'il y a bien un groupe qui cumule tout ce que je reproche à la scène islandaise, c'est bien Misþyrming. Je n'ai jamais trouvé grand attrait à leurs compositions de l'album précédent, et Algleymi m'a d'autant plus agréablement surpris. Le groupe évoque cette fois l'ambiance fascinante et terrifiante que m'évoque l'île de feu et de glace au coeur de la tempête. Hélas, cette bonne impression ne se prolonge pas jusque sur scène, où Misþyrming m'a toujours déçu.

 

TOP CONCERTS:

Laibach @ Le Botanique (Bruxelles)

Darvaza @ Atelier 2010 (Bruxelles)

Darkened Nocturn Slaughtercult @ In Theatrum Denonium (Denain)

Saturnalia Temple @ A Thousand Lost Civilizations festival (Bruxelles)

1914 @ Night Festival (Arlon)

Mgła @ A Thousand Lost Civilizations festival (Bruxelles)