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Bilan 2019 - ZSK

lundi 30 décembre 2019 - ZSK
ZSK

Seul membre de la rédaction qui n'écoute pas PNL.

Quand je regarde le bilan que je viens de pondre, je suis assez confus. 2019 a-t-elle été une bonne année ? Mon bilan pris dans sa globalité et avec un peu de recul, me paraît assez fourre-tout. Certes, j’écoute pas mal de choses (trop, ou pas assez, allez savoir), mais cette année, ce sont finalement pas mal de valeurs sûres qui ressortent, de groupes attendus ou non qui ont tout simplement sorti leur meilleur album depuis un moment, ou des « retours » de groupes qui avaient peut-être un peu déçu ou marqué le pas, entre quelques surprises habituelles. Ce qui est sûr, c’est que j’ai déjà fait des bilans plus « underground ». Mais je trouve de moins en moins mon compte dans le domaine « underground » (pourtant porté par certains labels qui sont loin de donner dans le DIY), les bonnes découvertes se font rares, le clonage de certaines gloires ayant souvent bon dos. Prenons alors la scène Metal dans sa globalité, peu importe le degré de « mainstream » ou d’« underground », et voyons simplement ce qu’il en ressort. Malgré tout, l’année 2019 a proposé pas mal de bons albums (surtout chez notre belle France), à défaut d’aligner les tueries. Ce top n’a pas été facile à hiérarchiser d’ailleurs… Il y en aura pour tous les goûts ! Si vous n’êtes pas encore rassasiés par les repas de fêtes, prenez, il y a à boire et à manger…

Top Albums (International)

Misþyrming - Algleymi (Norma Evangelium Diaboli)
Une année faste pour le Black-Metal islandais et Misþyrming se retrouve pour ma part tout en haut du panier. Pas plus retourné que ça par Söngvar Elds Og Óreiðu en son temps, Algleymi m’a lui totalement convaincu. Une direction plus mélodique pour le groupe de Reykjavík, mais qui n’a rien perdu de son côté rocailleux et urgent. Une pépite épique qui sent bon la fierté des côtes rugueuses et des volcans.

Tronos - Celestial Mechanics (Century Media Records)
Un énième supergroupe qui, cela m’étonne encore, est passé relativement inaperçu, mais enfin un supergroupe qui détonne. Entre Killing Joke, Mastodon et tout le gratin du Metal psychédélique, Tronos (qui regroupe pour rappel Shane Embury, Russ Russell et Dirk Verbeuren) a réussi son coup grâce à un album passionnant, à la fois boueux et travaillé, accrocheur et sidérant. Une des grosses réussites de l’année, il ne fallait pas passer à côté !

Cattle Decapitation - Death Atlas (Metal Blade Records)
Succéder à The Anthropocene Extinction qui était déjà une forme de manifeste pour Cattle était une tâche ardue, mais nos vegans/éco-terroristes préférés ont relevé le défi, et sont allés encore plus loin. Sans surprise certes, mais Cattle Decapitation met la barre encore un cran plus haut. Terriblement brutal mais aussi absolument épique, c’est une collection de grosses tueries au sein d’un album cette fois-ci parfaitement fignolé. Une bombe !

Sur Austru - Meteahna Timpurilor (Avantgarde Music)
Suite à la mort de Negru, Negură Bunget n’est plus. Sur Austru, composé des membres subsistants de la formation roumaine, en assure la continuité et de manière brillante. On retrouve tout ce qu’on aimait chez le célèbre groupe de Black/Folk atmosphérique à sa meilleure période, et le voyage en Transilvanie peut recommencer. Un magnifique album, inspiré et envoûtant, qui fait renaître un des grands pontes du Black-Metal de l’Est.

Vessel Of Iniquity - Void Of Infinite Horror / Star Of The Morning (Sentient Ruin / Xenoglossy / Autoproduction)
La sensation de l’année en termes de Metal le plus extrême et chaotique. Après un « mini » album un peu frustrant, Vessel Of Iniquity a confirmé son incroyable potentiel avec un véritable full-length sorti à la surprise générale. Le summum de l’atmosphère apocalyptique au sein d’un Black/Death massif sans concessions, une énorme révélation dans le Metal particulièrement inhumain et infernal, et ça ne fait que commencer…

October Tide - In Splendor Below (Agonia Records)
Le groupe suédois fondé par des Katatonia a livré cette année le meilleur album de sa « deuxième » période, le posant désormais comme une référence dans le domaine du Doom/Death Metal mélodique. Tout ce qu’on aime dans le genre se trouvera ici, à commencer par des pépites comme "Stars Starve Me" ou "Guide My Pulse". Tout simplement sublime.

Festerday - Iihtallan (Season Of Mist)
Alors que …And Oceans va officiellement revenir en bacs début 2020, on a pas manqué le « retour » un an auparavant de sa première incarnation qu’était Festerday. Au programme, un délicieux Death-Metal old-school bien gras revendiquant haut et fort l’héritage des premiers Carcass. Un excellent album qui reste ce que j’ai écouté de mieux en Death old-school cette année.

Sinmara - Hvísl Stjarnanna (Ván Records)
Outre Misþyrming et Kaleikr, Sinmara a confirmé l’excellente forme de la scène islandaise cette année. Un second album qui, lui aussi, respire le Black-Metal islandais le plus froid et rocailleux. Également un peu plus mélodique et épique que son premier opus Aphotic Womb, Hvísl Stjarnanna est un album très inspiré qui nous emporte aussi dans les paysages islandais à coups de Black-Metal racé et enivrant.

Nocturnus AD - Paradox (Profound Lore Records)
L’improbabilité de l’année, pas par ce retour de Nocturnus qui était attendu, mais par son côté totalement anachronique qui convie presque à la faille spatio-temporelle. Quasiment sans aucune once de modernité, Nocturnus AD nous propose une suite à The Key qui semble tout droit échappée de 1991 et gardée au frais jusque là. Un album assez incroyable de ce point de vue, l’expérience old-school ultime de l’année.

Vorna - Sateet Palata Saavat (Lifeforce Records)
Si les évocations islandaises ne vous avaient pas suffi, Vorna lui vous propose un survol rapide mais complet de toute la nature finlandaise. Œuvrant dans une sorte de Doom/Black mélodique, le groupe transpire le Metal finno-finlandais par tous les pores. Avis aux amateurs, un excellent album pour les aficionados de tout ce qui se fait en termes de Metal finlandais, extrême comme mélodique.

Deuxième division :

In Mourning - Garden Of Storms (Doom/Death Metal progressif)
Mgła - Age Of Excuse (Black Metal)
Periphery - Periphery IV : Hail Stan (Djent)
Hanging Garden - Into That Good Night (Doom/Death Metal mélodique)
Abnormality - Sociopathic Constructs (Brutal Death Metal)
Fleshgod Apocalypse - Veleno (Death Metal Baroque)
Kaleikr - Heart Of Lead (Black Metal progressif islandais)
Devin Townsend - Empath (Devin Townsend)
Mortem - Ravnsvart (proto-Arcturus)
Voyager - Colours In The Sun (Metal progressif mélodique)

En barrages :Thy Art Is Murder, Hour Of Penance, Rammstein, KMFDM, Sarcasm, Pathogenic

 

Top Albums (Français)

Triste Terre - Grand Œuvre (Les Acteurs de l’Ombre)
Enfin le renouveau du Black-Metal orthodoxe ? On peut le croire avec ce jeune one-man band qui vient directement de livrer un sacré album du genre. Véritable messe noire comme de bien entendu pour le style, Grand Œuvre fait du… grand œuvre. Une ode à l’occulte et à la noirceur, une expérience prenante et mystique, un projet qui a tout compris au Black-Metal le plus rituel et possédé.

The Great Old Ones - Cosmicism (Season Of Mist)
Les adorateurs de Lovecraft ne font que progresser et confirment ici leurs dispositions avec ce qui est leur meilleur album. On pouvait craindre le départ de Jeff Grimal mais TGOO n’a rien perdu de sa superbe, livre des compositions très inspirées, et des morceaux blindés de moments de grâce. Un sommet dans leur carrière, et une solide référence dans le petit monde du Metal Lovecraftien.

Heaume Mortal - Solstices (Les Acteurs de l’Ombre)
Quand un ex-Eibon forme un groupe de Black-Metal notablement influencé par Burzum, cela donne cette curiosité qu’est Heaume Mortal. Entre la crasse d’un Sludge/Doom très parisien et des aspirations atmosphériques nordiques, le mélange est très étonnant et réussi. Un album très cossu, pesant et gras mais aussi raffiné et prenant. Une des singularités de l’année, mais très aboutie.

Fractal Universe - Rhizomes Of Insanity (Metal Blade Records)
Le groupe lorrain monte, monte et a eu les honneurs d’être signé chez Metal Blade pour son deuxième album. Une ascension méritée tant le Death technico-progressif du quatuor est convaincant. Le Obscura français, dans une version tout aussi technique mais plus accrocheuse grâce à un savant travail des mélodies et des ambiances. Un très bel album.

Empyreal Vault - Empyreal Vault (Great Dane Records)
Un side-project des membres d’Exocrine, qui garde la brutalité et la technique mais l’applique à un Death-Metal plus moderne tendance Deathcore. Un premier album éponyme qui n’a déjà rien à envier à certains noms outre-atlantique. Inspiré et efficace, Empyreal Vault réussit ses débuts, et se montre très prometteur.

Deuxième division nationale :

Catalyst - The Great Purpose Of The Lords (Death/Thrash Metal technique)
Öxxö Xööx - Ÿ (Avantgarde Doom Metal)
Obturate - The Bleeding Mask Of Dread (Death Metal)
Dreams Of The Drowned - Dreams Of The Drowned I (Post-Punk-Black-Metal)
Mantra - Medium (Metal progressif)
Vous Autres - Champ du Sang (Sludge/Black Metal)
Ars Moriendi - La Solitude du Pieux Scélérat (Black Metal atmosphérique)
Nihilism - Apocalyptic Fate (Death Metal)
DunkelNacht - Empires Of Mediocracy (Black/Death Metal)
Aro Ora - Wairua (Groove Metal)

 

Top EPs

The Great Discord - Afterbirth (The Sign Records)
En attendant un nouvel album, le groupe suédois qui avait sorti l’album de l’année 2017 a évité de se faire oublier en sortant cet EP, qui comporte deux très bons morceaux dans la lignée de The Rabbit Hole ainsi qu’une belle reprise de Björk. The Great Discord n’a rien perdu de sa superbe et on attend la suite avec impatience !

Vessel Of Iniquity - Imitator Of Miracles (Autoproduction)
Très actif à la fin de l’année, Vessel Of Iniquity a sorti deux EPs coup sur coup en novembre, peu après l’album Star Of The Morning. On commence avec ce Imitator Of Miracles toujours aussi infernal, où Vessel Of Iniquity s’autorise des facéties inédites sur le son avec pas mal de saturation. Histoire de rajouter de l’agression dans l’apocalypse…

Vessel Of Iniquity - Isolation (Autoproduction)
… et on poursuit avec cet autre EP, qui nous met déjà le coup de grâce. Avec un son plus compressé que Imitator Of Miracles, Vessel Of Iniquity propose ici quelques compositions particulièrement brutales qui enfoncent le clou des passages les plus véloces des albums et prouve qu’il est déjà prêt à repousser ses limites. Presque déjà ultime !

 

Révélations & découvertes

Vukari
Il y a beaucoup, voire même trop de formations des US tendance « Post-Black-atmo » qui fleurissent chaque année, et il est difficile d’y trouver son compte. Vukari m’est apparu cette année, par le biais de son troisième album Aevum. Et l’on tient une belle et convaincante formation américaine, se situant entre les derniers Nachtmystium et Abigail Williams ou encore Anagnorisis. Bref, ce qui se fait le mieux dans le genre, à mon humble avis.

Serpent Column
Même si j’ai déjà croisé ce nom, j’étais passé à côté de Serpent Column, lui aussi américain, lors de la sortie de son premier album il y a deux ans. L’erreur est réparée avec Mirror In Darkness. Sorte de croisement improbable entre du Black-Metal chaotique et du Mathcore, Serpent Column est le genre de groupe qui retourne votre cerveau en 2-3 compositions « bordéliques » mais jouissives. Une des sensations actuelles, qui elle aussi s’échine à repousser les limites du Metal extrême.

Beyond The Animus
Et voilà la curiosité « exotique » de l’année, Beyond The Animus nous arrivant tout droit de… Trinité-et-Tobago ! Ceci pour proposer un Deathcore assez « trve » et bien balourd, entre The Acacia Strain et Thy Art Is Murder. Un EP, The Fallacy Of Sickness, convaincant dans le fond comme dans la forme, et voilà un groupe insolite à suivre, prouvant encore une fois que le Metal est partout.

 

Déceptions

Attention cette année ça va piquer. Garanti 100% franchise et subjectivité avec certains noms. Vous êtes prévenus.

Blut Aus Nord - Hallucinogen
On pouvait attendre beaucoup de cette incursion assumée de BAN dans le giron « psychédélique ». Au bout, hélas, l’entreprise ne convainc guère. Passé un premier morceau intéressant, Hallucinogen me paraît vide et redondant, et finalement bien peu « psyché », juste du BAN mélodique à la 777 - Cosmosophy mais en bien moins envoûtant. C’est regrettable.

Deathspell Omega - The Furnaces Of Palingenesia
Alors oui, cela reste du pur DSO et cela plaît indubitablement aux amateurs. Mais personnellement, je n’y trouve pas mon compte. Le génial Paracletus est sorti il y a 10 ans et maintenant, DSO stagne et ne me surprend pas le moins du monde. Il y a de bons moments, mais rien qui ne retourne l’univers comme avait pu le faire Fas - Ite en son temps. Un groupe qui a besoin de se renouveler pour me séduire à nouveau.

Bodyfarm - Dreadlord
C’est dur pour moi de mettre ce groupe dans la catégorie des déceptions au vu du contexte de la sortie de son dernier album, sachant que son chanteur/guitariste Thomas Wouters est décédé entre l’enregistrement de Dreadlord et sa parution. Mais voilà, après l’excellent The Coming ScourgeBodyfarm a choisi ici une voie plus mélodique à la Evocation peu convaincante, malgré quelques vestiges de Death-Metal suédo-batave bien gras. Tristesse(s).

Deus Mortem - Kosmocide
Le groupe qui avait succédé avec classe à la fin de carrière de Thunderbolt pour Emanations Of The Black Light semble être rentré dans le rang. Le Black/Death furibond des polonais menés par Necrosodom ne m’a pas paru inspiré ici, ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre, l’intensité et le petit côté épique ne sont pas de mise. Un groupe au très gros potentiel qui me laisse désormais complètement de marbre. (L'avis de Matthias sur Kosmocide).

Schammasch - Hearts Of No Light
Triangle était semble-t-il le summum de l’ambition pour le groupe suisse. Pas de quadruple album pour eux cette fois, juste un « simple » album qui essaye de synthétiser tout Triangle sans y arriver, retrouvant les défauts de Contradiction et ne décollant jamais, en plus de maladroitement lorgner vers le Sun de Secrets Of The Moon. Malgré quelques beaux moments, Hearts Of No Light est globalement creux, monte en puissance sans jamais arriver au top, et se révèle très vain.

Complètent la zone rouge :Heart Of A Coward, Helheim, Illdisposed, Mayhem, Die Krupps

 

Sélection Non Metal

Ison - Inner - Space (Avantgarde Music)
Le premier full-length du projet de Daniel Änghede (Crippled Black Phoenix) et Heike Langhans (Draconian) (avec Neige d’Alcest en guest, aussi). Du Post-Rock/Shoegaze très planant, rien d’exceptionnel en apparence… mais avec un apparat très spatial et futuriste, qui fait toute la différence. Un magnifique album, résolument stellaire et totalement envoûtant, un véritable voyage initiatique dans le cosmos.

Rhys Fulber - Ostalgia (Sonic Groove Records)
Alors que Front Line Assembly a sorti un Wake Up The Coma sans Dubstep mais assez moyen, Rhys Fulber continue d’œuvrer de son côté dans sa Techno-Indus old-school, un an seulement après Your Dystopia, My Utopia. Et ne faiblit nullement, voire fait encore mieux. A recommander aux amateurs de l’Electro-Indus canadienne de la fin des années 80, bien évidemment.

Ice Ages - Nullify (Autoproduction)
Le retour du projet Electro/Darkwave de Richard « Protector » Lederer (Summoning), 11 ans (!) après Buried Silence. Et s’il n’égale pas son prédécesseur qui était sorti chez Napalm Records, Nullify lui sorti dans une relative discrétion ne fait pas tache dans l’œuvre de l’Autrichien. Des sonorités Electro-Indus froides nous attendent, et la recette fonctionne toujours, au sein d’un album très homogène.

Complètent la sélection :

Heilung - Futha (Folk Nordique) (La chronique de Dolorès)
Numb - Mortal Geometry (Electro-Indus)
OHMelectronic - OHMelectronic (Electro-Indus)

 

Attentes pour 2020

Je me rends compte que pas mal de choses que j’attendais en 2019, n’ont finalement pas vu le jour au cours de l’année… ce n’est donc que partie remise pour CROWN et Smohalla par exemple, que j’attends toujours de pied ferme. Pour le reste, on ne va pas se perdre en conjectures cette fois-ci, du coup... Espérons juste qu’AtomA parvienne enfin à finaliser son nouvel opus, et que Darkspace retrouve le chemin de la planète Terre. Mais pour ce qui va arriver sous peu, j’attends beaucoup du retour de …And Oceans et du nouveau Blaze Of Perdition, pour bien commencer l’année avec Thy Catafalque dont on va reparler très bientôt. Le reste, on verra, parce que comme d'habitude, ça sera une surprise ou un groupe (re)venu de nulle part qui gagnera.

 

Le Bilan en playlist :