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Album

14/11/20 - Varulven

Draconian

Under a Godless Veil

LabelNapalm Records
styleDoom Gothique/Atmosphérique
formatAlbum
paysSuède
sortieoctobre 2020
La note de
Varulven
6.5/10


Varulven

The sound of falling, when the pictures are moving

Beaucoup s’interrogeaient il y a 9 ans sur ce qu’allait devenir Draconian. 2011 marquait en effet un sérieux coup d’arrêt pour les Suédois. Lisa Johansson, voix iconique de la formation, décida de mettre les voiles, laissant ses comparses et les fans totalement désemparés quant à la pérennité de l’aventure sur le long terme. Surtout lorsque c’est une parfaite inconnue, la Sud-africaine Heike Langhans, qui fut désignée pour reprendre le flambeau. Pourtant, le célèbre adage affirmant que la fortune sourit aux audacieux semble s’être vérifié.

Preuve en est avec la sortie de Sovran (2015), qui a permis à la musique de Draconian de dépasser ses limites. Aux côtés du Goth Metal mélancolique, l’écrasante noirceur du Doom avait pris le dessus, imposant son empreinte de manière plus appuyée ; les riffs, les mélodies, ainsi que les voix de Anders et Heike agissant de concert afin d’amener cette émanation douloureuse vers de plus hautes strates. Une totale réussite en ce qui me concerne, cet opus ayant su se distinguer du reste en apportant davantage de personnalité à l’œuvre du groupe. Car le point noir de la carrière de Draconian a toujours été de cet ordre-là. Si tous les albums offrent un Doom/Death mélodique très langoureux, propre et bien ficelé, tous possèdent les mêmes éléments musicaux et autres caractéristiques identiques de composition, une démarche inflexible les rendant plus ou moins interchangeables entre eux. Exception faîte d’un Turning Season Within (2008), plus percutant dans ses relents Death prog proche d’un Opeth et du petit dernier, qui a su transcender la poésie d’origine vers des songes aspirés aux teintes noires de jais.

Il faut croire que cette nouvelle donne à porté ses fruits. Toujours sur une idée d’explorer les diverses facettes de son art, Draconian poursuit cette démarche sur ce Under a Godless Veil, qui sort cinq ans après son retour gagnant sur le précédent disque. Un nouvel album qui, sur bien des abords, se pose comme en opposition par rapport à son aîné. De l’obscurité pélagique de Sovran émerge cette rêverie séraphique qu’est Under a Godless Veil. Plus ancré dans la légèreté, Draconian se dévêt de ses oripeaux doomesques pour en arborer d’autres, plus intimes, lunaires et posés. Un fil conducteur Metal atmosphérique donc, esquissé par des motifs mélodiques très doux. Les arpèges de guitares en clean, douces caresses cristallines, sont omniprésents et se mêlent intimement avec les nappes de claviers et la voix de Heike, qui se montre plus mesurée dans ses interventions, loin des déclamations habitées que l'on avait auparavant. Un ton rassurant et maternel, qui s’accorde harmonieusement avec les velléités vaporeuses de l’album.

La forme est finement pensée, les ornements sont superbement ciselés et l’émotion recherchée est parfaitement véhiculée. Mais d’après un autre adage bien connu par chez nous, les apparences sont parfois trompeuses. Si l’apparence de Under a Godless Veil flirte avec le sublime, le fond lui, est malheureusement trop fade sur la durée pour que l’on se laisse totalement happer. Après avoir proposé des albums interchangeables, Draconian nous offre un album entier… dont les morceaux sont tous, à l'exception des premiers, plus ou moins interchangeables entre eux. La faute à une linéarité bien trop évidente dans les ambiances proposées. La grise monotonie qui transpire permet certes d’instaurer un cadre assez onirique, mais qui peine, sur le long terme, à nous accrocher et à nous tirer de notre torpeur, tant ces phases ambiantes se retrouvent prisonnières de leur nature apaisante. Cette surcharge de douceur transforme alors l’accalmie du discours en une masse monochrome timorée et tiède, malgré toute la grâce angélique qui illumine chaque morceau. On sent que le groupe est trop dans la retenue; il n'est plus aussi expressif dans les discordances, il ne nous attrape plus avec ses bouleversantes mélodies pour nous emmener vers le néant. Et Heike, pourtant toujours aussi touchante, ne nous fait plus profiter de ses magnifiques envolées dramatiques, comme c'était le cas sur Sovran.

Un tel exercice de style dans le Doom/Death mélo rappelle obligatoirement le groupe Swallow The Sun, qui a progressivement renié son identité extrême pour concrétiser sa vision atmosphérique sur son dernier né, Where a Shadow is Forced into The Light. Mais là où les Finlandais avaient réussi leur coup, grâce à plusieurs montées en intensité dans l'album, c'est sur ce point précis que Draconian peine ici à faire la différence. Les tentatives de créer de vrais moments forts, censés ressortir parmi les plages plus longues, sont loin d'être majoritaires. On pense surtout aux résidus Doom de "The Sacrificial Flame" et "Moon over Sabaoth", qui tentent tant bien que mal de faire ressurgir les ombres menaçantes du passé. Hélas, le manque d'attaque dans l'exécution des riffs, primordial lorsque l'on souhaite créer ce type de climat oppressant, rendent ces incursions, bien qu'efficaces, quelque peu anecdotiques en comparaison du reste qui demeure très adouci et policé. 

Draconian pêche ainsi par excès de miel et de glucose, ce qui est fort dommageable car le quintet a pris soin, une fois de plus, de proposer un produit soigné tout en cherchant à offrir une totale immersion. Si l'effort dans la création d'un univers cohérent est plus que louable, on ne peut que regretter le manque de contraste qu'offrait la pugnacité de Turning Season Within et la beauté noire et nuancée de SovranUnder a Godless Veil est un magnifique écrin satiné de velours, mais dont l'abscence d'un bel onyx en son sein lui fait cruellement défaut. 

 

Tracklist : 

01. Sorrow of Sophia

02. The Sacrificial Flame

03. Lustrous Heart

04. Sleepwalkers

05. Moon over Sabaoth

06.Burial Fields 

07. The Sethian

08. Claw Marks on The Throne

09. Night Visitor

10. Ascend into Darkness 

 

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