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Album

14/05/20 - Varulven

Katatonia

City Burials

LabelPeaceville Records
styleDark Rock mélancolique
formatAlbum
paysSuède
sortieavril 2020
La note de
Varulven
8/10


Varulven

The sound of falling, when the pictures are moving

Lorsqu’un artiste parvient à transformer cette flamme passionnée qui l’habite en une entité qui constituera finalement l’oeuvre de sa vie, la remise en question et le doute en cours de route aparaîssent comme des épreuves inévitables. Douter de l’intérêt de poursuivre dans un spectre musical qui lui est personnel, où tout semble avoir été fait au mieux depuis plusieurs décennies ; continuer, au risque de s’enfermer dans un carcan poussiéreux, et transformer cette force créative en allégorie du serpent qui se mord la queue indéfiniment. Ou pire, n’être plus qu’un souvenir, une relique en total décalage, condamnée à une placardisation progressive au détriment d’une ribambelle de nouveaux venus qui, ironie du sort, s’inspireront de ces futurs dinosaures pour faire leurs premières armes dans la scène. Ce sentiment, Katatonia en a récemment fait l’expérience. Au point de se mettre temporairement en sommeil au début de l’année 2018, tout juste sortis de la tournée de promotion de l’album précédent. Le besoin de faire une sorte de point, pour savoir si ce groupe pouvait encore stimuler la créativité des deux fondateurs Jonas Renkse et Anders Nyström, et ainsi tendre vers de nouveaux paysages sonores ; comme si la peur de se répéter était dorénavant plus palpable que jamais. Et pourtant… 

Pourtant, le signal d’alarme avait déjà retenti après la sortie de Dead End Kings (2012). Car si c’est pour moi cet opus qui cristallisait le mieux toute la capacité des Suédois à proposer un Dark Rock mélancolique et poignant, dans la continuité du Gothic Metal/Rock d’un The Great Cold Distance (2006) ou Viva Emptiness (2003), il marquait cependant une étape d’enfermement stylistique. Dans un cadre artistique clair-obscur, posé par TGCD puis son successeur Night Is The New Day (2009). Cetteprise de conscience a finalement eu son effet sur le tandem Renkse-Nyström, matérialisée par la sortie de The Fall of Hearts (2016). Sans être en rupture avec sa marque de fabrique, le Metal/Rock Dépressif de rigueur était enrichi de divers ornements plus typés Prog Rock, une accentuation des nappes de claviers, flûtes et autres mellotrons au sein de morceaux fleuves et travaillés, soutenus par des riffs plus puissants et modernes, pour un contraste lumière-obscurité davantage mis en évidence. Mais cela n’a semble t-il pas suffi à repousser le syndrôme de la page blanche, et Katatonia se mit en pause pour une durée indéterminée. Avant de revenir un an plus tard, à l’occasion d’une tournée pour les dix ans de NITND. La célébration d’un album charnière dans leur discographie, ainsi que l’importante dimension cathartique de ces chansons (et de leur art de façon plus globale) ont visiblement joué dans la décision de relancer un processus de composition. Processus qui a donc abouti à un nouvel album, deux ans seulement après ce bref hiatus. A croire que la bande de Stockholm a de la frustration à purger, et de l’inspiration à revendre. Du moins nous l’espérons.

Car comment appréhender ce City Burials finalement ? Comme la poursuite de l’élan progressif de The Fall of Hearts après un temps de questionnement ; ou bien comme l’affirmation, le déclic sur ce qui est l’essence première et motrice du projet ? Le single « Lacquer », ainsi que la pochette de l’album semblent nous aiguiller vers la seconde option : adieu la fraîcheur automnale de TFOH, retour des atmosphères mornes et hivernales, et d’un visuel monochrome et sobre, ce vieil homme au visage marqué et coiffé d’une couronne qui semble renvoyer à la symbolique, à l’univers grisâtre et atterré d’un DEK. Ce qui sera bel est bien le cas. City Burials se pose dans son ensemble comme un album « classique » du quintet, autant dans la forme que dans le contenu. Les teintes rougeoyantes et automnales, ainsi que l’aura progressive de l’album précédent se sont en effet estompées, pour laisser place à une atmosphère froide et terne, qui entoure d’un pâle halo douze morceaux d’un Dark Rock mélancolique, faisant écho à l’ère DEK. Comme le laissait présager le visuel de Lasse Hoile. Et difficile de prétendre le contraire, tant l’ombre plombée de l’album de 2012 plane sur ce cru 2020. Combien de fois ai-je eu l’impression, à l’écoute de « The Winter of Our Passing », « Flicker » ou « City Glaciers », d’entendre des réminiscences de « Hypnone », « The Racing Heart » ou encore « Lethean » ? Ces progressions intimistes sur les couplets, ces moments de grâce sur chaque refrain, et cette morosité glaciale en guise de fil conducteur. Une trame accentuée par des nappes de mellotron discrètes, mais surtout par les textures plus électroniques et minimalistes de titres comme « Lacquer », « The Winter of Our Passing » ou « Vanishers », dont la teinte urbaine et hypnotique renvoie aux motifs nocturnes de certains morceaux Trip Hop de Ulver. Une expérimentation minime, mais bienvenue dans un environnement aussi familier pour un auditeur averti.

Mais cette convenance ne rend pas City Burials générique pour autant, loin de là. Si cet opus contient un certain spleen permanent, propre à toute une discographie, il continue de jouer sur les nuances et les contrastes, si chers à Katatonia. Entre lumière et ténèbres, douceur et dureté. Là où les instants de douceur donnent le ton ombrageux des morceaux, appuyés par les vers langoureux et tragiques de Jonas Renkse, les riffs plus percutants de « Behind The Blood », « Heart Set to Divide » ou du bonus track « Fighters » amènent une intensité plus brute à la finesse ambiante, tandis que les envolées de « Flicker », « City Glaciers » ou « The Winter of Our Passing » sur les refrains affirment ces percées lumineuses, alliance de mélodies imparables et des complaintes de Renkse comme une forme d’apothéose dans la nuit. La délivrance avant le repos salvateur.

De prime abord moins intéressant et atypique que The Fall of Hearts, City Burials n'en demeure pas moins un opus de grande qualité dans la discographie de Katatonia, renouant avec la traditionelle mélancolie hivernale de Dead End Kings. Sceptique quand à la pertinence de poursuivre son entreprise, ce come back, à défaut d'être original, permet au seigneur corvidé de transcender sa véritable nature : se départir des blessures du passé, pour mieux les comprendre. Les accepter, et avancer

 

Tracklist : 

01. Heart Set To Divide
02. Behind The Blood
03. Lacquer
04. Rein
05. The Winter Of Our Passing
06. Vanishers
07. City Glaciers
08. Flicker
09. Lachesis
10. Neon Epitaph
11. Untrodden
12. Fighters 

 

 

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