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lundi 1 décembre 2014

Kreator + Arch Enemy + Drone + Slamdown

Le Bikini - Toulouse

Shawn

Anciennement responsable du webzine U-zine.org. Actuellement chroniqueur éclectique et live reporter basé à Toulouse.

 

Une fois n’est pas coutume, direction le Bikini en cet automne chargé en concerts. Cette fois ci, l’association toulousaine SPM Prod, fort du succès d’Accept et de Cannibal Corpse dans cette même salle nous a préparé un plateau de haut vol. Rien de moins qu’Arch Enemy en ouverture des légendes du thrash allemand Kreator. Deux groupes pour le prix d’un en quelques sorte tant l’un comme l’autre les deux formations sont respectées.

Et pour ouvrir devant ces deux groupes, on a longtemps cru au miracle. Réservés aux dates allemandes, autrichiennes, néerlandaises et suisses, Sodom et Vader nous avait fait saliver jusqu’à ce qu’on lise en tout petit que ces dates-là ne concernait pas la France. Est-ce un mal en soi sachant que le prix des places aurait probablement doublé ? Quoi qu’il en soit, la France n’aura pas cette chance sur cette tournée.

On avait un moment pensé que nous aurions droit aux légendes du NWOBHM Hell, mais encore une fois, c’est raté puisque le groupe anglais n’est présent sur la tournée qu’à Lyon, Istres, Barcelone et Madrid (la veille de Toulouse donc), avant de s’en retourner dans leur pays pour ouvrir pour Saxon. Les éléments n’étant visiblement pas favorable, il faut se rendre à l’évidence, Toulouse a été délaissé des Dieux. C’est donc deux groupes relativement inconnus qui auront la très lourde tâche de démarrer les hostilités.

SLAMDOWN

Les portes s’étant ouvertes à 18h30, il ne fallait pas être au bout de la queue pour voir quelques minutes des allemands de Slamdown. En effet, il est 18h40 lorsque le groupe entre en scène, et déjà on sent que les enchaînements de groupes de la soirée vont être chronométrés au poil de cul. C’est donc parti pour 20 courtes (mais … suffisantes, comme vous allez le voir) minutes de set. La formation de Cologne s’est offert une mini tournée en jouant dans sa ville d’origine avant d’enchainer sur un petit concert à Hambourg pour enfin arriver en France et tenter de profiter de leurs 2x20 minutes à Toulouse et Paris.

Un temps de jeu certes fort court, mais malgré des compositions intéressantes quoi que franchement peu novatrices, le groupe est clairement en en dessous du lot. Techniquement basique, les allemands ne sont pas aidés par les conditions de jeu : place réduite, set court, son avec bien trop de basses. Fort heureusement, Slamdown a finement joué en conservant pour la fin son meilleur titre Hell Or Hight Water, clairement plus catchy que tout le reste. En bref, un groupe avec un seul morceau cool, ça ne suffira pas à faire décoller le public encore fort peu nombreux à une telle horaire. Dommage.

DRONE

Si clairement Slamdown n’est pas un groupe qui aura brillé, en revanche, Drone, c’est la trèèès bonne surprise de la soirée. Déjà, le groupe allemand avait bien mieux géré son coup en ouvrant pour Arch Enemy et Kreator sur les 6 dates espagnoles et françaises, leur permettant de toucher un public un peu différent de leurs teutons habituels. Et à peine sur scène, on sent que les mecs de Drone ont de la bouteille. Et pour cause, les p’tits gars avaient gagné le Wacken Metal Battle en 2006 ouvrant une voie toute tracée vers la gloire. Et depuis, le groupe n’a pas chômé puisqu’il a sorti 4 albums en 7 ans dont le petit dernier, éponyme, en avril dernier.

Une productivité en studio qui s’est à chaque fois concrétisé par toute une série de concert les conduisant présentement à Toulouse armée de 7 ans de savoir-faire. Et même si le combo est encore quasiment inconnu par nos contrées, il faut reconnaître que sur scène, ça tabasse. Offrant une sorte de post-thrash ultra groovy, Drone a peine à dissimuler ses inspirations à la Machine Head pour les riffs ou à la Lamb of God pour l’apport ultra groovy. La voix éraillée de Moritz Hampel apporte un coté southern qui n’est pas sans confirmer les influences des groupes cités ci-dessus. Le bougre donne clairement tout ce qu’il a, arpentant la scène lorsqu’il n’est pas derrière son micro. Une présence scénique qui fera gagner quelques points de sympathie au groupe, se démenant clairement, comme pour prouver qu’il mérite sa place ici. Au niveau des compositions, quel plaisir d’entendre Welcome To The Pit, un de leur tout premier titre, qui avait notamment permis de s’imposer à Wacken. Et lorsque les titres du dernier album sont à l’honneur, on ne peut que constater le chemin parcouru depuis … Un futur très bon groupe en devenir, à n’en point douter !

A Gringo Like Me
Deepest Red
Welcome to the Pit
Format C
Making Believe
Guilt
Hammered, Fucked and Boozed

ARCH ENEMY

Que de changement cette année au sein d’Arch Enemy. Juste après l’annonce de la tournée, voilà que le couperet tombe : Angela Gossow, après 14 ans de bons et loyaux services annonce qu’elle se concentrera sur le management du groupe exclusivement, laissant libre le poste de chanteuse. Si certains fans ont un temps plébiscité un retour au chant masculin (eh oui, n’oublions pas que le chanteur originel était un homme : Joan Liiva), c’est finalement Alissa White-Gluz qui a été annoncé. La jeune québecoise n’était d’ailleurs pas une totale inconnue puisqu’elle a assuré le micro au sein du groupe de death-mélo The Agonist pendant une décennie. Preuve d’ailleurs de ses étonnantes capacités vocales, Alissa avait même remplacé Anette Olzon de Nightwish à l’époque sur un concert à Denver. Un tout autre registre démontrant bien que tabernac', elle sait aussi bien gérer le chant lyrique que la puissance vocale.

Et comme si ça ne suffisait pas, à 9 jours du début de la tournée, le groupe annonce le départ de Nick Cordle, qui, après 2 ans de service part pour d’obscures raisons. Beaucoup avait imaginé le retour de Christopher Amott sur scène pour apprécier une nouvelle fois le travail des deux frères mais il n’en sera rien. A la surprise générale, c’est Jeff Loomis (qu’on avait un peu oublié depuis la fin de Nevermore en 2011) qui est annoncé ! Véritable bénédiction quand on connait les qualités techniques du gaillard. Et preuve s’il en est : un set appris au pied levé (c’est une image hein …) en une toute petite semaine ! Notons d’ailleurs pour l’anecdote que bien Christopher Amott qui a assuré l’intérim pendant quelques jours pour clôturer la tournée américaine.

C’est donc ce Arch Enemy mouture 2014 qui se présente devant nous. Et là, connaissant les qualités des anciens comme des nouveaux, on est en droit de se demander si la mayonnaise va prendre, si l’harmonie sera au rendez-vous. A l’entrée sur scène, c’est bien Jeff Loomis qui gagne à l’applaudimètre. Mais ce qui intéresse une grande partie du public, c’est de comparer les chants et prestances d’Angela et d’Alissa. Et avec une telle setlist, puissant autant dans l’ancien (Dead Eyes See No Future) que dans du récent (War Eternal), il apparaît clairement que si vocalement Alissa est à la peine dans les parties graves, pour le reste elle n’a pas à rougir de la comparaison. D’autant plus que scéniquement, sa présence est notable. Ajoutons-y une bonne gueule et une communication en français (québécoise calisse !) et il n’en faut pas plus au public toulousain pour l’adopter.

Et si d’avis général Jeff Loomis a été magistral, on a en revanche senti Michael Amott en roue libre, laissant une désagréable impression de quelqu’un vaguement impliqué et de peu concerné. Le discret bassiste Sharlee D'Angelo (que l’on avait pu voir de plus près avec le side-project stoner Spiritual Beggars au Saint des Seins l’an dernier) assure toujours autant le taff, de même que Daniel Erlandsson (batterie). En bref, Arch Enemy continue son petit bout de chemin, et ça n’est pas un line-up parfois bancal qui fera s’enrailler la machine. La constance, tabernac', la constance !

Tempore Nihil Sanat (Prelude in F minor)
War Eternal
Ravenous
My Apocalypse
You Will Know My Name
Bloodstained Cross
Under Black Flags We March
As the Pages Burn
Dead Eyes See No Future
No Gods, No Masters
We Will Rise
Nemesis

KREATOR

Après un Arch Enemy qui laissera au final des avis partagés, place à un Kreator qui va mettre tout le monde d’accord. A-t-on encore besoin de présenter le groupe ? Leader du Big Four of German Thrash, Kreator fête cette année ses 30 ans d’activités (un peu plus si on compte l’époque Tormentor) pour 13 albums studio. Et quelque part, bien curieux que cette tournée sachant que le groupe n’a rien sorti depuis 2012 avec l’excellent Phantom Antichrist. Peut-être doit-on trouver la raison dans le split Arch Enemy / Kreator sorti cette année (tiens donc !) et qui sent bon le produit marketing arrivant à point nommé pour annoncer une tournée commune USA + Europe sur 2 mois.

Qu’importe, Mille Petrozza et sa bande (dont l’unité depuis des années n’a aucunement été ébranlé) sont là pour envoyer des titres à la vitesse grand V avec autant de force qu’un bûcheron mettrait à abattre un arbre. Et pour ça, nul besoin de le rappeler : les allemands sont passés maîtres en la matière. Et si les anciens titres ne sont pas oubliés, c’est clairement les nouveaux titres qui seront à l’honneur. Jugez plutôt : sur 18 titres, la moitié provient des 3 derniers albums. Ainsi, les titres du dernier opus comme Phantom Antichrist (et son refrain facile à reprendre en cœur) passent tout seul, preuve qu’en 30 ans il est possible de garder énergie et tallent de compositeur !

Scéniquement, il faut l’avouer le groupe a de la gueule. Certes tous les membres, à commencer par Petrozza accusent l’age, mais quelle prestance … Renforcés par un gros dispositif scénique (projection en guise de backdrop, fumigènes en front-stage, …), l’effet visuel est saisissant et c’est un véritable régal pour les yeux. Dans la fosse, la température est monté d’un coup, le pit s’est ouvert, offrant place net pour circle pit et wall of death, demandés à plusieurs reprises par le groupe. A propos de wall of death d’ailleurs, par pitié, arrêtez de vous ruez comme des attardés dès que vous entendez un riff débuter … La plupart des walls démarrent sur commande du frontman, alors soyez patient, et arrêtez de foncer tête baissée, ça évitera de foutre en l’air les 2/3 des murs.

Avec une setlist fort équilibrée, le groupe réussi à contenter tout le monde. Hordes of Chaos (A Necrologue for the Elite) et Pleasure to Kill font très très mal et le petit passage en coulisse des allemands est bénéfique à tous. Ceux-ci reviennent quelques instants plus tard pour nous offrir un petit supplément à commencer par un véritable hommage à Iron Maiden avec leur version thrash de The Number of the Beast, qui fait toujours du plaisir à entendre. Le groupe clôturera son set dantesque avec Warcurse, People of the Lie (sur lequel Petrozza s’amusera avec un pistolet à CO2, effet anecdotique mais sympa) et bien entendu le duo Flag of Hate/Tormentor, qui rappellera de la plus belle manière qui soit les débuts du groupe. 30 ans dans le milieu, et pas un faux pas : Kreator nous a prouvé une fois de plus qu’il est et restera un exemple à suivre. Respect.

The Patriarch
Violent Revolution
Civilization Collapse
From Flood into Fire
Extreme Aggression
Phobia
Enemy of God
Voices of the Dead
Awakening of the Gods (intro only)
Endless Pain
Suicide Terrorist
Mars Mantra
Phantom Antichrist
Impossible Brutality
Hordes of Chaos (A Necrologue for the Elite)
Pleasure to Kill
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The Number of the Beast (Iron Maiden cover)
Warcurse
People of the Lie
Flag of Hate / Tormentor
 

Merci à SPM, Fred, Paz et leur équipe de bénévoles pour l’orga (et la lessive). Un bien beau concert.