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samedi 1 février 2014 - U-Zine

The Ruins of Beverast, Urfaust, Saturnalia Temple, Bölzer, Dread Sovereign, Irkallian Ora

Magasin 4 - Bruxelles

U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

En ce 1er février de l'an 2014, les aficionados de musique noire de qualité s'étaient donnés rendez-vous dans la capitale belge, au Magasin 4 plus exactement. Et quelle surprise lorsque l'on ne connaît pas les lieux que d'arriver dans ce qui semble être une ancienne friche industrielle assez vaste mais pas trop, dôtée d'une sonorisation presqu'excellente. À cela sont venus se greffer quelques ingrédients qui ont eu leur importance dans l'atmosphère générale dégagée par les concerts, à savoir une salle bercée dans l'encens tout au long de la soirée, et, dont les ornements consisteront en une multitude de bougies dispersées ça et là, accompagnés d'ossements de toutes sortes. Après avoir passer la journée sur la route, il était évident que la soirée allait être consacrée à un autre voyage, davantage spirituel. Enter to the realm of chaos ...

IRKALLIAN ORACLE

Balin : Arrivé malheureusement en retard, je ne pourrais voir que le dernier quart d’heure du show des suédois. Armés d’une seule mais excellente démo, j’étais heureux de voir pour la première fois sur scène le jeune trio. Le visage encapuchonné et cagoulé à la manière de Midnight ou de Mgla, le corps vêtu d’une longue cape noire, Irkallian Oracle instaure une véritable ambiance sombre et ritualiste, le tout aidé par les habituels décors du Magasin 4 (autels, crânes, bougies, encens, etc …) ainsi que par le son, très souvent terrible dans cette salle qui est définitivement un lieu de choix pour de tels rituels. J’ai eu le temps de reconnaitre deux titres de la démo mais je ne pourrais pas vous dire quelles furent les autres morceaux joués en cette fin d’après midi. Le public est déjà présent en masse et je ne me risquerais pas trop en affirmant que le groupe a certainement gagné quelques fans supplémentaires. Une excellente entrée en la matière donc, donnant une excellente idée de ce dont la soirée sera composée. Il me tarde de les revoir au Speyer Grey Mass ainsi qu’au Nuclear War Now Fest !

Rone : Il est bien souvent difficile de rentrer dans la musique d'un groupe, d'en saisir l'essence-même, quand on débarque à la toute fin de leur set, et qui plus est lorsqu'on a seulement lu les grandes lignes d'interviews accordées à des webzines du fin fond de l'Internet. La petite dizaine de minutes à laquelle j'ai assisté m'a toutefois permis d'édifier ce constat :
1) Les révélations jouées ce soir-là par les suédois d'Irkallian Oracle ont conquis une bonne partie de l'assemblée et m'ont donné l'envie de me pencher davantage sur leur musique
2) Leur son est véritablement monstrueux voire abyssal en live et confirme bien leur bras d'honneur envers le Black/Death "médiocre" et pourri "d'idéaux peu profonds" (source : fb)
3) Le côté sombre, ésotérique, mystique de leur prestation était en parfaite adéquation avec la thématique de la soirée.
 

DREAD SOVEREIGN

Balin : Il est vrai que mis à part Saturnalia Temple, tous les groupes à l’affiche ce soir étaient pour ma part immanquables. Cependant ce serait vous mentir si je n’étais pas particulièrement curieux de voir Dread Sovereign en live pour la première fois. Ayant adoré le premier ep, Pray to the Devil in Man, délivrant un old school Doom Metal d’excellente facture supplanté par la voix d’un des plus grands chanteurs de l’histoire de notre musique favorite (Alan Averill, alias Nemtheanga de Primordial, Twilight of the Gods, Blood Revolt, …), je me place donc au premier rang pour les 45 minutes de concert allouées au trio irlandais (Simon O’Laoghaire, le batteur de Primordial et Bones, guitariste de Wizards of Firetop Mountains complétant le line-up). J’ignore si j’aurais autant apprécié la formation sans la présence d’Alan Averill mais là n’est pas la question, ce concert fut excellent en tout point. En effet, outre le son qui une fois de plus fut à la hauteur, la setlist contenant les trois morceaux de l’ep ainsi qu’un inédit qui s’annonce du même calibre, l’ambiance instaurée par le trio et la prestance de Nemtheanga assurera d’une première apparition sur les planches de Belgique on ne peut plus réussie. A l’écoute des ovations du public entre les morceaux et à la fin du concert, je ne suis visiblement pas le seul à avoir pris une claque, loin de là.

Rone : Clairement, Dread Sovereign était l'une de mes principales raisons de venir à Bruxelles. Ce projet a piqué ma curiosité lorsque je les vis sur l'affiche du Roadburn 2013 et que je sus qu'il était emmené par Mister Nemtheanga (qu'on ne présente plus…). Autant N. est débordant de charisme quand il foule les planches avec Primordial, mais quand le sieur doit assurer chant et basse dans un tout nouveau projet, on sent que celui-ci n'a pas encore pris tous ses repères avec Dread Sovereign. Cependant, ce qui ressort de leur prestation n'a rien à voir avec de l'amateurisme. Nemtheanga, nous prouve une fois de plus qu'il est un vocaliste talentueux. Bones, le guitariste est à la hauteur des deux autres musiciens du trio et à le regarder jouer, on devine qu'il prend un pied phénoménal à nous envoyer ses riffs et solos directement sortis des années 70. Soldubh, batteur de la formation, propose un jeu beaucoup plus conventionnel, plus à plat, que les rythmiques tribales qu'il assène avec Primordial. La musique du combo a ravi une grande partie de la fosse à en croire l'applaudimètre et c'est mérité. Le nombre d'apparitions du combo se comptant sur les doigts d'une seule main, ce concert à Bruxelles était une occasion en or de les voir en live.
Leur première sortie, un EP intitulé "Pray to the Devil in Man", dont l'enregistrement et le mixage se sont déroulés en à peine dix heures, a été joué dans son intégralité, le tout accompagné d'un morceau inédit. Pour notre plus grand bonheur. Ou malheur, c'est selon.
SUBMIT TO THE WILL OF SATAN




BOLZER

Balin : Aaaah Bölzer, il était temps que je les vois eux ! Après plusieurs occasions manquées de la part de votre serviteur, ce samedi soir bruxellois sera enfin la bonne pour me retrouver face au duo suisse, auteur d’une démo assez prometteuse et surtout d’un excellent ep intitulé Aura. Je dois avouer que j’avais quelques craintes avant d’assister à la prestation du duo étant donné que les nombreux reports que j’avais lu des performances live du groupe n’étaient pas toujours très élogieux, la faute souvent à un son approximatif. Il n’en sera heureusement rien ce soir, le duo suisse aura certainement un des meilleurs sons de la soirée, c’est dire vu la qualité des autres concerts ! La popularité grandissante de la formation n’est clairement plus à démontrer vu le nombre de personnes assistant au show. Et c’est amplement mérité tant la musique du combo helvète est atypique. L’écoute du dernier ep vous convaincra de l’intérêt du groupe bien plus que mes mots, je me contenterais simplement de saluer la setlist, qui comprendra les trois morceaux du susnommé Aura (Entranced by the Wolfshook en live, c‘est quelque chose), et surtout la performance de KzR, chanteur et guitariste, hallucinant de maîtrise et de charisme. Vivement le Kill Town !

Rone : Quelques chimay plus tard et un tour au stand de merch, c'est au tour des grands suisses de Bölzer d'investir les planches du Magasin4. Leur EP "Aura", sorti en 2013 n'étant pas totalement passé inaperçu à mes yeux, ce n'est que la veille que j'ai appris que leur line-up était constitué de seulement deux membres. Le son de gratte est réellement titanesque sur CD et paraît peut-être un peu sur-produit, le live pouvait s'en retrouver altéré ou manquant de mordant au niveau des subtilités du jeu de KzR. Et putain, non! KzR a ce gros son à la Deathspell Omega ou encore Aosoth ainsi qu'un jeu vraiment vicelard assez unique, en plus d'être doté d'un charisme redoutable. L'atmosphère lugubre régnant dans la salle ainsi que leur son monolithique ont fait ressentir la présence du Malin à une bonne partie de l'assistance. Je suis du même avis que Balin concernant "Entranced by the Wolfshook" qui fut à n'en point douter le point culminant de leur show. À revoir dès que l'occasion se présentera...
 



SATURNALIA TEMPLE

Balin : Autant le dire d’entrée, moi et le Stoner Doom, ça fait quarante six … Ayant écouté vite fait un morceau sur le net avant la soirée qui ne m’avait pas convaincu plus que ça, je décidais dans un premier temps d’aller parler avec quelques amis retrouvés ici au bar. Cela ne durera pas longtemps, la musique du trio étant on ne peux plus envoûtante (la soirée étant bien avancée, certains autres facteurs peuvent également entrer en jeu …). Toujours est-il que ce concert sera un excellent moment, la musique du trio suédois submergeant littéralement le public de lignes de basse vrombissantes et de riffs hallucinatoires et résolument perchés, tout comme le chanteur/guitariste visiblement. J’ignore quelle fût la setlist, mais je sais pertinemment que je vais désormais me pencher sur ce que le groupe a fait en studio. Cerise sur le gâteau, Urfaust effectuera ses balances durant les dernières minutes du show des suédois (sans en empiéter la moindre miette, cela était voulu et calculé), permettant ainsi au duo hollandais de débuter son set immédiatement après la fin du concert de Saturnalia Temple. La suite donc au prochain paragraphe …

Rone : Comme j'ai mis un petit moment à redescendre de l'excellent set délivré par Bölzer, je me suis accordé un bon bol d'air frais et quelques bolées de différentes bières belges à l'extérieur. C'est au milieu de "To Know" que je pointe le bout de mon nez et commence à m'imprégner des riffs hallucinogènes de Saturnalia Temple. C'est lent, c'est lourd et gras, il n'y a pas de tromperie sur la marchandise. Les suédois nous envoient valser à un tempo beaucoup plus lent que la bienséance l'autoriserait, retournant au passage de nombreuses âmes qui s'étaient égarées devant la scène. Le set se termine sur un "Dreaming out of Death" affreusement hypnotique où l'on verra les gars d'Urfaust s'affairer sur la scène avec le trio suédois. Ce qui permettra d'amener une transition entre les deux concerts sans qu'il n'y ait de coupure de son ni de temps mort. La perfection et le jusqu'au-boutisme de cette soirée ne m'auront pas fait regretter le déplacement, loin de là. Et encore, le meilleur était à venir...

URFAUST

Balin : Le duo hollandais étant incontestablement un de mes groupes favoris, je ne loupe que peu d’occasions de les voir en live lorsque c’est possible. De plus, avec un tel line up, c’était tout simplement hors de question de manquer ça. Urfaust semble subir en ce moment le même effet de mode qu’Inquisition (moins visible quand même) ou Mgla et s’ouvre à des festivals bien plus mainstream (Tuska l’année dernière, Hellfest cette année, etc’ …), ce qu’un certain nombre de fans ont su clairement reprocher à la formation. Pourtant le groupe est musicalement et visuellement resté le même, que ce soit en studio ou en live, et le concert de ce soir prouvera encore une fois qu’Urfaust n’a pas vendu son âme et qu’il est toujours une entité définitivement à part entière du reste de la scène. L’heure de show du duo hollandais sera sans aucun doute le moment qui réunira le plus de monde devant la scène ce soir, comme souvent. Accordé en cinq minutes durant la fin de Saturnalia Temple comme je l’ai dit précédemment, le concert début immédiatement après que ces derniers aient posés leurs instruments. Aucune transition ne vient donc interrompre l’ambiance de transe dans lequel le public est alors plongé. Le son est encore une fois excellent, comme souvent avec Urfaust. Côté setlist, j’apprécierais le fait qu’ils modifient légèrement l’ordre des titres pour une fois, même si nous retrouvons les mêmes morceaux (Die kalte Teufelsfaust, Dämmert, gelähmt und mit scheinbar erloschenem ou encore Ragnarök Mystiker ...) . Ils sont clairement moins bourrés qu’à Dublin ou lors d’autres occasions, pas plus mal quand on sait ce qu’ils ingurgitent avant chaque concert ahah … IX sera d’ailleurs pour une fois bavard ! Attention, tout est relatif car nous aurons droit à un « Thank you », un « A small one » et à un « Do you want one more song ? », ce qui est déjà énorme en soit. Ce fut le second concert d’Urfaust auquel j’assistais au Magasin 4, et ce fut encore meilleur que la première fois (Nidrosian Black Mass). Le duo hollandais est ce genre de concert que l’on pourrait voir toutes les semaines … Je préfère par contre prévenir nos lecteurs qui iraient éventuellement au Hellfest. Vous n’assisterez clairement pas à un véritable concert d’Urfaust, malheureusement …

Rone : À peine le concert de Saturnalia Temple terminé que les premières notes d'Urfaust se font entendre et ravivent une fosse déjà acquise à la cause du groupe. Les parties de batterie répétitives et lancinantes matraquent à chaque coup de caisse claire les nuques des nombreuses silhouettes entassées devant l'autel. VRDRBR tenant bien haut sa baguette entre chaque coup frappé. Les vocaux tantôt torturés, tantôt mélodiques, de IX résonnent et ses paroles sont reprises par moment par une partie du public germanophone. Le rituel des hollandais se déroule sans accrocs avec une communication limitée au strict minimum. Des titres comme "Ragnarök Mystiker" ou "Die Kalte Teufelsfaust" sont envoutants au possible en live. Certains titres auraient été largement appréciables, mais face à un Black Metal de clochards on fait avec ce qu'on nous donne. Les crânes et cierges qu'on retrouve un peu partout sur scène renforcent énormément l'aspect ritualiste de leur prestation. On se sent assez facilement happé par leur musique. Difficile de retranscrire le ressenti exact du concert, mais, comme d'habitude les absents auront eu torts. On verra ce que ça va donner au Hellfest…
 

THE RUINS OF BEVERAST

Balin : Depuis le temps qu’on me disait que ce one man band allemand (bien épaulé en live) valait le coup sur scène, j’allais enfin pouvoir le vérifier de mes propres yeux. Ne connaissant pas très bien les deux premiers albums, auxquels je n’ai pas forcément accroché contrairement aux deux derniers que je trouve excellents, la setlist me conviendra parfaitement étant donné qu’ils joueront majoritairement des titres récents. Redescendre après Urfaust n’est pas facile, mais lorsque c’est The Ruins of Beverast qui enchaine, on ne peut que repartir très loin. La fosse est un peu plus clairsemé que pour Urfaust, même s’il reste suffisamment de gens pour rendre hommage comme il se doit à ce qui va s’avérer être pour ma part le concert de la soirée (si il ne faut en retenir qu’un, car ce fut définitivement une soirée parfaite). Le one man band se transforme donc en quintet sur scène, soutenu par une seconde guitare, un clavier, une batterie et une basse (tenue par G. ST de Drowned et Essenz). Une fois encore le son est très bon, et le jeu de lumières transcende littéralement les compositions de l’Allemand. Tantôt Funeral Doom, tantôt Black Metal puissant, occulte et ritualiste, Alexander Von Meilenwald nous fait pénétrer tête baissée dans son univers durant plus d’une heure. La lumière finit par se rallumer et les bougies par s’éteindre. Les musiciens quittent la scène sous les ovations d’une masse de fidèles totalement acquise à la parole du groupe. Je n’ai qu’une chose en tête, les revoir. La nuit Bruxelloise nous attends désormais, et je peux vous assurez que nous en avons profité !

Rone : The Ruins of Beverast avait la lourde tâche de clôturer cette superbe soirée et j'ai bien eu l'impression que les allemands l'ont rempli à merveille. TROB était juste le groupe qu'il fallait pour apporter une conclusion digne de ce nom à une soirée qui restera à tout jamais ancrée dans les mémoires. Et pourtant, n'ayant jamais eu l'occasion de les voir sur scène, j'avais quelques appréhensions avant de venir à Bruxelles car passer après Urfaust n'est pas vraiment chose aisée. Alternant les ambiances où les dissonances sont reines avec des riffs Black Metal puissants voire quasi-pachydermiques et y ajoutant des parties de blast oppressantes à souhait, les teutons ont su se mettre les derniers survivants de la soirée dans la poche. Les titres du dernier album "Blood Vaults" sont sublimés par l'épreuve du live et m'ont foutrement donné envie de les revoir au plus vite. Aucune idée de la setlist mais je crois que je ne vais pas me gêner pour fouiller plus en profondeur leur discographie. Il est maintenant temps d'aller manger un bout, de boire encore quelques coups mais je crois qu'avec cette série de concerts magistraux, c'est triste à dire, je crois avoir été submergé de bons concerts.
 

Merci à One Thousand Lost Civilisations pour cette affiche de dingue et pour cette soirée, qui fut une réussite en tout point. Le rendez-vous pour le 12 avril est déjà pris !

Dixit Nemtheanga himself ... WE PRAISE TO THE DEVIL IN MAN !