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samedi 19 mai 2012 - U-Zine

Coilguns

Jona Nido

U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Le Do It Yourself, ça n'a jamais mais alors jamais été mon truc tout simplement car je ne sais rien faire de mes dix doigts... Mais quand j'entends des passionnés comme Jona, le guitariste de Coilguns, m'en parler, je me sens prêt à reconsidérer ma position. Et vous alors ? Si ce n'est pas fait après cette interview, ce sera fait quand le premier album sortira car avec ces cinglés, on peut s'attendre à un truc mortel.

Bon alors cette tournée, ça a donné quoi ?

Une vingtaine de dates, 8 pays, seulement 10'000 kilomètres, un semi échec financier mais relativement positif, des groupes de support incroyables, des nouveaux amis, des bonnes bouffes, des bonnes noces, plein de situations cocasses…Bref, une tournée quoi!

Plus sérieusement, je suis très satisfait du résultat de la tournée, des turnouts et des shows de manière générale. Evidemment que pour un petit groupe c’est toujours difficile de faire une tournée aussi longue, mais c’est aussi le seul moyen de relier les villes « importantes » à jouer pour se faire un nom tel que Paris, Londres et Berlin…Le plus important c’est qu’on s’est tous bien marrés, qu’on a fait un mois de vacances en faisant de la musique et en dépensant moins d’argent pour vivre que si on était resté à la maison à ne rien faire. En plus, on tournait à deux groupes, les deux en trio et Luc et Louis c’est un peu les mecs avec qui je voyage dans le monde entier le 80% de l’année donc là, vu que les enjeux sont un peu moins importants et qu’on est relativement plus punk, c’était vraiment la colonie de vacances.

Au niveau de la réception du public c’était que du bon. La majorité ont juré ne pas avoir vu quelque chose d'aussi violent depuis des années ou un des feedbacks qui me fait toujours ultra plaisir c’est quand on me dit tout simplement « à quel point on voit que vous vivez le truc et que vous êtes dedans ». Je pense que la majorité du temps on a vraiment envoyé du triple pâté. On a tellement les morceaux dans les pâtes que si on prend que le côté « technique » en considération, avec Luc on peut te dire ou et quand et sur quels riffs on a fait des erreurs tellement ça n’arrive quasi jamais. Ce n’est pas pour branler, c’est juste pour dire que putain, on était sérieusement dans nos pompes, les gens nous l’ont bien rendu et pour nous c’est fabuleux. On est un peu en mode "on pète la gueule à tout le monde en bombant le torse" et c’est un bon feeling. Après, pour ceux qui nous connaissent hors-scène, on est juste des types rigolos qui n’en ont rien à foutre et qui aiment surtout être bêtes et boire des vodkas.


La France ne vous a pas réussis avec trois annulations ! Il s'est passé quoi ?



Ouais et c’est fort dommage car c’est le territoire avec le Royaume-Uni qui nous a réservé le meilleur accueil dés la sortie du premier EP. Tout le monde avait bien joué le jeu de la promo, l’info pour les dates était passée, tout le monde l’a bien relayé, nous a bien soutenu, mais malgré ça 3 dates sont tombées.

Pour Lille, je crois qu’il y avait un arrêté préfectoral contre la salle (La Chimère) mais ça depuis longtemps, c’est pourquoi je ne comprends pas pourquoi avec autant de buffer la date n’a pas été simplement déplacée dans un autre club ou simplement une autre ville. Pour Lyon ce n’est malheureusement qu’un problème de communication entre plusieurs personnes y compris moi qui a provoqué l’annulation et pour Rouen, comme tu le sais, c’est nous même qui avons décidé de ne pas jouer car bien qu’on s’attendait à un plan à l’arrache, là c’était juste un peu trop. Un peu trop dans le sens ou si on était arrivé dans un club moisi avec 5 personnes on l’aurait fait, mais là, le mec nous dépannait vraiment à la dernière minute et il a simplement loué une salle de répète entre 22h et minuit…et surtout personne n’était au courant (ou tout le monde en avait rien à foutre) donc il n’y avait que toi sur cette date. Mais finalement on a décidé de prendre tout le monde et de plutôt aller boire des bières. D’ailleurs j’en profite pour rappeler à vos lecteurs que tu as fait le live report le plus cool du siècle pour un show qui n’a pas existé. Allez le lire, c’est que du bonheur !

Mais bon, malgré tout, c’est tout de même en France qu’on a eu les meilleurs shows (je pense à Paris et Le Havre). Et puis on devrait pas mal jouer chez vous d’ici la fin de l’année donc on se refera à ce moment là.


Entre The Ocean, Coilguns et Kunz, j'ai l'impression que vous êtes tout le temps en tournée. La vie sur la route, est-elle celle qui vous plait le plus ?

En tout cas pour l’instant ça l’est. Le studio, c’est quand même chiant. Perso, j’aime le fait de pouvoir voyager tout en faisant ce que j’aime. Et bien qu’on ne passe souvent que quelques heures ou qu’une journée là où on s’arrête, on est évidemment jamais dans les lieux touristiques mais toujours dans le cœur alternatif de la ville et dés qu’on arrive on est pris en charge par des locaux ce qui rend le trip encore plus spécial. Evidemment que tout le monde te dit que c’est maintenant qu’il faut faire ça car plus tard on voudra se poser et que c’est pas une vie…

Ca fait depuis que j’ai 14 ans que je veux faire ça, 5 ans que je le fais et je ne peux pas bien dire comment ça sera dans 10 ans, mais je suis presque sur que je ferai toujours ça. Quand j’avais 14-15 ans, on arrêtait pas de me dire qu’à 20 ans j’écouterai de la musique « normale » et que j’aurai arrêté de rêver.

Pour ce qui concerne concilier ta vie personnelle en étant aussi loin de chez toi c'est un sérieux casse-tête, mais c'est faisable. Trouver quelqu'un qui veut bien partager ça avec toi, et par partager j'entends subir ta vie en permanence puisque tu ne laisses pas de choix à cette personne autre que d'accepter le fait que si elle veut être avec toi, elle passera toujours après et que 6 mois par année, t'es pas là. Au niveau de la famille, c'est moins difficile en ce qui concerne tes relations avec eux car finalement tu fais ce qu'il te plait, du coup tu es heureux et du coup ils sont heureux. Par contre, c'est la peur constante qu'il arrive quelque chose, que personne ne t'avertisse et que quand bien même, si t'es coincé au milieu du texas tu vas pouvoir faire quoi?

Trop tourner te rend aussi un peu gogol parce que c'est quand même un peu une vie bizarre. Tu n'as plus aucun rhytme, aucune notion de temps, c'est samedi soir tous les soirs...L'année passé on a tourné plus ou moins 7 mois sur l'année...le run de 4 mois qu'on a fait de septembre à décembre était vraiment difficile à la fin. On était tous en mode burnout total, plus moyen de monter sur scène sans se mettre une branlée avant et tout ça...mais bon, ça restait gérable. Je peux te dire qu'on a cotoyé d'autres groupes qui sont beaucoup plus gros et tournent bien plus que nous et les mecs n'ont pas de vie, pas de vrais amis et sont déchiré en permanence. Je ne citerai pas de noms, mais c'est une réalité.


Franchement, prenez-vous autant votre pied devant dix personnes dans une petite salle paumée que sur des grosses tournées ou festivals comme celui que vous avez fait avec Killing Joke récemment ?

Pour commencer, l’Asymmetry festival -où Killing Joke jouait aussi- n’en était pas un gros. C’est un festival avec surtout des groupes ultra respectés, voir même des légendes (Sleep) mais c’est très underground. C’est vraiment une excellente carte de visite que d’avoir jouer là.

Si c’est vrai qu’avec The Ocean j’aimerais que les choses se stabilisent et que nos shows ne soient plus que des gros shows, ça ne nous empêche pas de parfois encore jouer devant 20 personnes et même que dans 2 jour on joue à Bangkok dans un bar à même le sol. Evidemment que faire des shows comme le Summer Breeze ou le Hellfest devant 5000 personnes c’est le pied, mais par exemple, je n’ai pas nécessairement kiffé la tournée qu’on a fait avec Opeth en 2008. Et c’était pourtant 2000 personnes tous les soirs. C’est juste que les gens ne sont pas là pour toi, la majeure partie sont au premier rang avec des T-shirts Dream Theater et baillent tout le long de ton set. Tu as aussi à faire à des promoteurs qui sont là pour faire du business et qui du coup ont une toute autre approche qu’un mec qui paie de sa poche pour venir faire jouer ses groupes favoris.

Pour ce qui concerne Coilguns, j’aimerais jouer devant plus de monde mais pour l’instant je m’en fous un peu…Si on pouvait déjà remplir des cafés concerts comme on l’a fait à Paris mais tout le temps, ça serait le top. Faut dire qu’on aime pas trop les grandes scènes…En tout cas, tant qu’on est pas Headliner c’est un peu chiant car on ne peut pas se positionner comme on le souhaiterait. Après c’est qu’une histoire d’énergie avec les gens présents. Tu fais des excellents shows devant 10 personnes et d’autres complètements moisis devant 500. Ya pas de règles et je pense que notre passion et feu sacré sont suffisamment intacts pour avoir du plaisir juste en faisant de la musique.


C'est quoi votre meilleur et votre pire souvenir en tournée ?


Un peu bateau la question. On pourrait aisément déjà écrire un bouquin sur nos pires et meilleurs souvenirs. Chaque tournée vient avec son lot de souvenirs inoubliables, de joies, de peines, de situations rigolotes et/ou complètement merdiques…Donc pour faire court je dirais que tourner en Chine est une des meilleure chose que j’ai jamais faîte et pour la partie merdique je citerai le tourbus qu’on avait pendant la tournée américaine avec BTBAM en avril 2011. On l’appelait le « Deathcab » tellement on était pas rassuré et l’engin est mort lorsque le moteur a pris feu en pleine montée sur une autoroute au milieu de la nuit. Tout le monde dormait et on avait plus de frein à main donc quand le truc c’est arrêté, certains d’entre nous ont du courir dehors et trouver de quoi bloquer les roues du bus pour que tout le monde ait le temps de sortir !


Les nouveaux titres que vous avez joués sur cette tournée, ils vont finir sur quoi ? Des projets ? Un album ?

Je pense que ces titres sont assez bons pour terminer sur notre premier album. On va peut-être sortir quelques trucs entre deux comme des titres live qu’on mettra en téléchargement libre ou alors peut-être une cassette qu’on va enregistrer au local sur 6 pistes…D’une façon ou d’une autre ils vont sortir. Peut-être qu’on va refaire un split vite fait avec un autre groupe…


Stadia Rods = Satan ! Ca vous vient d'où ? Vous allez continuer dans cette voie ou vous allez continuer à évoluer ?

C'est dur à dire. Bien sur, on peut parler d'évolution mais pour l'instant, je pense qu'on se cherche encore un peu. Du coup, le premier album de Coilguns sera probablement une définition parfaite de ce qu'est et représente ce groupe. Avec Stadia Rods, on a déjà bien dilué les influences et on a un peu plus cerné où on voulait aller et qu'est-ce qui faisait notre personnalité. Le premier album qu'on fera sera juste 100% Coilguns et j'ai l'espoir qu'on puisse en faire quelque chose.

On a pour l'instant deux nouveaux titres et si l'un d'eux nous fait bien marrer tellement c'est de la violence gratuite, le deuxième ("Mandarin Hornet") est comme je l'ai dit précédemment de loin le morceau le plus abouti qu'on ait écrit et aussi le plus personnel. On arrive donc gentiment à quelque chose.

On pensait aussi inviter des guests sur le disque pour faire des backings vocals et des bruits sataniques à la condition qu'ils enregistrent live avec nous. Si on peut faire les choses comme on prévoit de les faire ça risque de faire du bruit...On a aussi imaginé écrire plus ou moins 30-40 minutes de musique et prendre deux jours de plus de studio pour composer quelques titres sur le vif, en contexte. Ou peut-être avoir juste un riff qui tourne et le développer en improvisant et voir où ça nous mène.

Je suis vraiment très impatient et me réjouis de pouvoir écrire de nouveaux titres. Et outre le fait qu'on va tout enregistrer live et qu'on aimerait pousser le vice en enregistrant sur bandes, on va aussi mettre en place un système bien particulier pour pouvoir partager la session d'enregistrement avec qui le voudra bien. Affaire à suivre.


Vous allez vous calmer ou continuer la montée en puissance « médiatique » ?


Vu le projet qu’on va mettre en place pour l’enregistrement de ce premier album, je ne pense pas qu’on va se calmer. Bien évidemment que d’ici là on va se faire un peu plus discret histoire de ne pas saouler les gens et aussi plus simplement parce qu’on a pas vraiment d’actu (à part 2 shows en Australie mouhaha).

C’est vrai qu’on a bien blasté dernièrement mais c’était justifié par une tournée EU/UK + la sortie de Stadia Rods.


J'ai l'impression que vous avez monté Coilguns (et Kunz...) car The Ocean était devenu trop gros. Vous n'auriez pas la volonté par là de vouloir reprendre la vie de groupe de zéro ?

Pas du tout, il n’y a rien de plus chiant que de reprendre un groupe à zéro (à part écrire d’autres trucs). Surtout quand tu as pris l’habitude que tout soit pris en charge et que tu ne te soucies que d’arriver du point A au point B et de faire ton concert. Coilguns devait à la base être un gag, pas destiné à faire du live mais juste des morceaux de punk remplis de D-Beat. Quand on a enregistré le split on avait même pas de nom et on n’avait aucune idée de comment on allait reproduire quoique ce soit sur scène puisqu’on avait pas tellement l’intention de faire des concerts.

Kunz existait bien avant que Luc et Louis ne rejoignent The Ocean. Et puis faut quand même le dire, The Ocean c’est pas vraiment très gros ! on fait pas 400 personnes par soir, on conduit nos vans, on dort parterre et on rentre difficilement à la maison avec des sous.


Entre nous, tes pattes et ta sauce tomate, elles étaient comment ?

Mes pattes c’est de la bombe et t’as vraiment raté quelque chose. Bien qu’on se trimbale un frigo rempli de bouffe en tournée (avec Coilguns), je peux te dire qu’à partir de maintenant, on partira avec des réserves de sauce tomate, tomates pelées et spaghettis pour pouvoir en cuisiner tous les soirs.

Mille mercis à Jona.