
Frozen Fest 2026
Le Ferrailleur - Nantes

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.
Simon : Retour au Hangar à bananes sur les bords de Loire. Le Ferrailleur accueille de nouveau l'événement du Frozen Fest organisé par le disquaire nantais, pour sa sixième année. La programmation 2025 avait réuni les grands noms liés au label pour marquer le coup sur trois jours complets, au point que celle de 2026 parte piocher dans les nouveautés avec très peu de redites sur cette belle affiche cyber brutaliste, signée Vaderetro une fois de plus. Deux soirs obscurs comme la nuit (black metal, crust/indus, post-metal) avant un dimanche plus pépère et atmosphérique, culminant sur le tout premier concert du vidéaste ALT236. Dimanche tranquille, oui, mais bondé, car un tel événement promettait d'attirer la communauté de followers.
L'affluence ne se limite pas au troisième jour à guichets fermés, car Agriculture rameute aussi son cortège de curieux.ses le samedi. Les cuisines du Ferrailleur se retrouvent saturées sur ces deux jours, et c'est la seule ombre au tableau de cette édition d'un festival toujours aussi riche et pertinent dans sa proposition qu'exemplaire dans son organisation.
Le décès de Shiran Kaïdine, emporté par le cancer en avril 2026, a entraîné l'annulation des groupes Mortuaire et Faucheuse initialement à l'affiche de ce Frozen Fest et qu'on attendait impatiemment après des sorties récentes et remarquées (notamment dans notre top 2025). Le guitariste était indéniablement aimé de ses proches et fans. Sans le connaître personnellement, j'ai été choqué d'apprendre sa maladie lors d'un hommage de son groupe Year of No Light au Motocultor et plus encore attristé par sa disparition. Le remplacement de Mortuaire et Faucheuse par Deûle et Crépuscule Chaos a donné lieu à diverses révérences discrètes mais touchantes au cours de la soirée, auxquelles je me joins dans ce propos liminaire en adressant mes condoléances à ses proches et mes remerciements à l'artiste pour ce qu'il nous a donné. Rest in power Shiran.
Vendredi : Salo | Alta Rossa | Yarostan | Mourir
Samedi : Deûle | Nidelgret | Pilori | Agriculture | Crépuscule Chaos
Dimanche : Wormsand | Iskandr | Wyatt E | ALT236 | Nuits Blanches
Vendredi 5 juin - Jour 1
Salò
Comme n'importe qui découvre Salò en écoutant leurs disques, j'ai été saisi à la gorge par le malaise des samples (bonjour l'ouverture avec « Un homme ça ne s'empêche » qui ne s'embarrasse pas avec des trigger warnings). La brutalité déferlante et la critique sociale ont hissé le groupe parmi les (nombreuses) performances à ne pas louper pendant ce fest.
Terminant tout juste l'enregistrement de leur deuxième album succédant à L'Appel du néant, le trio nous dévoile de nouveaux titres à l'occasion de ce concert. On y retrouve les samples caractéristiques des Normands dresser le sombre portrait de la nature humaine. Les thèmes les plus lourds y passent sans tabou : exploitation humaine, violences sexuelles, solitude, désespoir. Aux manettes, Damien Luce déroule le set en citant Matrix et Beaudelaire, tout en mimant l'étranglement, totalement investi dans son show. Le style indus s'impose plus fortement parmi les couleurs black et crust du groupe, et la parenté avec l'esthétique frontale et poisseuse de Fange est confirmée par l'apparition de son chanteur Matthias Jungblud sur le morceau final. La guitare dissonante s'intercale avec les captivantes nappes atmosphériques infernales, telles que l'avant-dernier titre les révèle.
Pourtant, le concert souffre d'un son en façade beaucoup trop docile et synthétique. Aucune vibration, pas assez de puissance, une batterie programmée sans punch, une voix trop forte par rapport aux instruments, laissant entendre aux premiers rangs les cordes grattées par les musiciens. Forcément une déception face à mes attentes. Ce n'est que partie remise, et on suivra avec attention l'album à venir.

Crédit photo : Ciruf
Alta Rossa
Tout ce qui manquait précédemment se retrouve en pleine gueule avec Alta Rossa : ça vibre, on bouffe du volume dans le pif, la batterie en envoie sec. Dans un monde à l'envers d'un concert à l'autre, c'est maintenant le chant qui n'est plus audible. Et pourtant, les musiciens plus mobiles viennent au contact, au plus près du public. Le chanteur Antoine Lauzel descend même jusqu'au milieu d'une fosse sans liesse débordante. J'aurais probablement dû me reculer un peu pour tout bien entendre, mais j'apprécie la dynamique depuis mon emplacement.
Le groupe de Besançon déroule les titres sludge énervés de son album A Defiant Cure : les contrepieds de « Exalted Funeral », la rythmique furieuse de « The Emperors » qui embrase la main droite des guitares, les structures labyrinthiques, la lourdeur mélodique qui me hurle le nom de Gojira, avant d'embrayer sur la sauvagerie sans retenue du premier album. La chanson-titre « Void of an Era » sonne le tocsin pour nous achever dans un final apocalyptique, alors que le groupe quitte la scène au son de l'intro d'« Alétheia » de Year of No Light, que j'interprète peut-être à tort comme un hommage à Shiran Kaïdine. La proposition coup de poing d'Alta Rossa m'allume et saura trouver son public au Hellfest plus tard dans le mois.


Crédit photo : Ciruf
Setlist :
Exalted Funeral
Delusion
The Emperors
From This Day On
Orbiting
Fields of Solar Flames
The Stardrainer
Void of an Era
Yarostan
Cela fait trois fois que je vois Yarostan en moins d'un an. Décidément, les Marseillais n'ont pas peur de refaire plusieurs fois le trajet dans le Nord-Ouest. Je retiens de l'Uzine de Rennes un show ultra immersif d'emblée avec « Cathédrales de poussières » qui m'avait mis directement dans l'ambiance. La magie fonctionne toujours à Nantes. Sans donner le temps de comprendre ce qu'il se passe ici, le groupe enchaîne les plans et les trois chanteurs se répondent du tac au tac, dynamiques sur scène et dans leur interprétation traversant tous les états. Le son est parfaitement clair pour tout avaler dans les meilleures conditions.
La poésie sensible du screamo, l'énergie du post-hardcore, encapsulées dans le titre « Consolations » bouleversant, s'il fallait n'en retenir qu'un. Son sample de spoken-word offre plus de calme avant de s'élever avec impétuosité jusqu'au final dramatique déchirant. La transition vers « Godot » au slide de vieux routard est du meilleur goût, offrant un état de désolation en quête d'espoir. Savamment préparé par une montée en tension, le riff culminant du morceau nous embarque. « Jubilé » taille sa place dans la science des pics émotionnels et termine dans un beau moment de défouloir. On joue allégrement avec le tempo pour de belles accélérations et chutes brutales qui fracassent le cou.
Le groupe sait décidément bien défendre son troisième album parfaitement abouti sur des concerts qui le sont tout autant. Un grand bravo et toujours un plaisir !


Crédit photo : Ciruf
Setlist :
Cathédrales de poussière
Les Mains vides
Consolations
Godot
Magarna
Jubilé
Mourir
Encore une formation très attendue pour ma part ce vendredi à ajouter à mon cahier de concerts. Les Toulousains bénéficient indéniablement d'une aura dans la scène extrême en repoussant les limites du black metal, et l'arrivée de Théophile Antolinos (Bruit≤, M83) en 2024 a dopé le potentiel expérimental et, de fait, la curiosité pour l'entité Mourir. Sorti en amont d'un nouvel album homonyme prévu en juillet, le single « Nous, le venin » a été bien remarqué. Sur ce set, la transition du titre d'entrée « Bâtards égarés » vers ce nouveau morceau fleuve est d'une fluidité exceptionnelle. Sa phase mélodique vénéneuse nous traverse le corps, déjà dans nos veines. Tout le concert s'écoule avec une logique d'enchaînement savamment orchestrée, passant de la spirale infernale assaillie d'arrêts secs avant le déluge du nouveau titre « Feu d'un regard » avec ses percussions cérémonielles vers les accords tonitruants de « La Pluie, le torrent, la boue, le vent, la lave ».
Marqueur du déclin mental, le blast destructeur brutalise les lignes torturées du titre final. En contraste avec le sourire du batteur Mael Prétet, les coups du bourreau sont sauvagement appuyés et résonnent avec ampleur. Le black metal de Mourir n'offre aucune fioriture théâtrale, hormis Antolinos qui ne peut s'empêcher de sortir l'archet. Les deux micros de politicien sans tribune d'Olivier Lolmède (ex-Plebeian Grandstand) surprennent pour assurer son chant chuintant, mais c'est surtout la durée du set qui prend le public de court. Sur à peine quarante minutes, les morceaux se succèdent tellement bien que les dernières notes arrivent vite et laissent un goût d'inachevé. Quand il s'agit de Mourir, la fin ne prévient pas.


Crédit photo : Ciruf
Setlist :
Bâtards égarés
Nous, le venin
Aux inutiles
Feu d'un regard
La pluie, le torrent, la boue, le vent, la lave
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Samedi 6 juin - Jour 2
Deûle
Même dans de funestes circonstances, l'annonce de Deûle en remplacement de Mortuaire et Faucheuse signait mes retrouvailles avec un groupe qui m'avait laissé un excellent souvenir au festival Lunatiques l'année dernière. Le trio lillois y avait présenté un set de nouvelles compositions et annonce ce soir la sortie de son album en octobre prochain avec votre label disquaire nantais favori. C'est un réel plaisir de voir l'évolution des titres depuis leur précédente prestation, même sans être capable de jouer de mémoire au jeu des différences. Je me régale surtout à retrouver le chant stupéfiant d'Elya Bernard entre clair et crié, ainsi que la dynamique perturbante des morceaux qui, par de nombreuses ruptures de rythmes et de styles, accentuent la violence.
Dès le premier titre, l'ambiance est planante, psychédélique, avec de petits accords de guitare, puis bascule vers un rock rythmé, glissant vers une plongée black à blast, avant de revenir à l'état d'origine dans un schéma pyramidal sans arnaque. Le sentiment d'urgence, d'ensorcellement, le chaos et la perte de repères, eux, nous jouent des tours. Les claviers sombres faussement candides tels que sur « L'Appel du vide » nous happent quasiment littéralement. Le set s'écartèle systématiquement entre invocation doom, rêverie psyché lancinante et batterie terre-à-terre. À ce titre, c'est même bien le beat urbain de « Virée nocturne » qui clôture le bal, morceau que les Ch'tis aiment triturer depuis leurs tout débuts. Deûle ne déçoit pas. C'est encore une puissante prestation, presque plus gratifiante à l'approche d'un nouveau disque.
Setlist :
Ophélia
L'Appel du vide
Vendeurs de mort
Danse de chien gris
Du Sucre dans le béton
Virée nocturne
Nidelgret
À quelques jours de la parution de son premier album Trauerlärm chez Frozen, Nidelgret signe son lancement, composé d'anciens membres des anarchistes anticapitalistes de Gravpel. Sur ce concert, l'envol est plombé par de nombreux faux départs en raison de problèmes de retours obligeant l'arrêt net du premier morceau suivi de pénibles minutes de flottement pour l'ajustement. Le sort s'acharne lorsque la guitare doit être remplacée jusque dans les loges faute de signal en plein set.
Malgré les difficultés, les Suisses démontrent un set black expérimental exigeant. La batterie opère quasiment sur un blast constant. L'athlète derrière les fûts se balance d'avant en arrière entre les phases de tourmente, accablé par l'effort et la puissance émotionnelle requise par ce maelstrom exorcisant les peines et le deuil. Le guitariste chanteur se lance lui-même dans une litanie cathartique hurlant a capella : « The disappointment that follows you to bed is keeping you awake at night » sur le titre aussi longuement intitulé, plus à nu que sur le disque accompagné d'un fond bruitiste indus.
Les membres avancent uni.es sur ces compositions en bloc compact sous la domination du trémolo, comme le chaotique « My Eyes Birth a River ». Dans un dernier souffle de condamné, « Hope's Alive » offre un ralentissement final captivant avant de terminer le concert sur « Gazing into Nothingness ». Derrière l'exercice forçant le respect, la prestation manque de convaincre, mais mérite qu'on se penche davantage sur un disque bouleversant et étrangement jumelé avec l'énergie radicale d'un Final Dose.
Setlist :
All My Efforts Were in Vain and Now I'm Bereft of Hope as I Anticipate the Depth of My Fall
Their Silence Is Our Requiem
My Eyes Birth a River
The Disappointment That Follows You to Bed Is Keeping You Awake at Night
Black Earth
I Confess My Death. Make It Quick
Hope's Alive
Gazing into Nothingness
Pilori
Deux mois après la sortie de son album Sans adieu, les Rouennais de Pilori débarquent pour nous clouer. Passée l'intro inquiétante du morceau homonyme instrumental aux sonorités orchestrales dissonantes, le quatuor prend à cœur de mouvementer une foule attentive et trop sage sur ce festival. Le riff de « Lèse-majesté » suffit à nous dénouer le cou, mais le chanteur en veut plus et descend directement dans le public pour provoquer le pogo à plusieurs reprises. C'est gagné, dès « Une Livre de chair », ça se rentre dedans joyeusement et poliment jusqu'à la fin du concert, dopé par les remous prenants avec « Le Couteau par la lame ». Très mobile sur scène et ici-bas parmi la foule, le bougre se jette même dans un slam, offrant de belles images chaotiques pour la seule confrontation musclée du week-end. Avec une telle implication, on lui pardonnerait presque son « bonjour Rennes ».
Toujours aussi cadavérique dans le son et la voix, Pilori aligne les titres blackened crust de son dernier disque et du précédent Quand bien même l'enfer… et matraque les extraits anarchiques du premier À nos morts. Ce n'est pas le concert qui me fera adhérer pleinement au style massacrant du groupe, mais je finis bien par me plonger dans le pit par pur plaisir.
Setlist :
Que la bête meure
Lèse-majesté
Quand bien même l'enfer
Une Livre de chair
Le Couteau par la Lame
Entre chien et loup
Chaos rampant
Poursuite du vent
Avant que le vent ne se lève
À pierre fendre
La Grande terreur
La rose et l'épine
Meurtrière
Agriculture
À peine mes frites englouties à la va-vite, je me fraye un chemin parmi la foule curieuse venue en nombre assister au spectacle du petit phénomène californien prêchant son credo black metal « extatique ». Tout prête à sourire : le nom, les cris de Gollum, les favoris, les dégaines hippy, la prétention expérimentale. Il ne manque que les bretelles. Oui, mais c'est vous qui allez me les remontez, car le groupe… déboîte en live. Je n'étais pas du tout converti à la paroisse d'Agriculture, mais j'en sors tout à fait charmé après ce concert, et je dois admettre que c'est bien mon coup de cœur du week-end. Inattendu, peut-être pas pour vous, mais pour moi, oui.
Dès « My Garden » après un morceau inédit, je suis éberlué par la maîtrise technique du guitariste Richard Chowenhill qui reproduit toutes les gesticulations chaotiques musicales du groupe. L'engrenage mélodique de « Micah (5:15m) » se referme sur moi, le thème charismatique de « Bodhidharma » est accueilli bruyamment par les fans, mais c'est l'interprétation de « Hallelujah » qui va véritablement toucher la grâce, avec un silence religieux sur ce moment intimiste, suspendu à la magnifique voix de Dan Meyer. Une sincère manifestation d'admiration du public nantais. Après « The Weight », les musiciens se lancent dans des solos en tornade, avec une batterie en pétard partie pour un marathon jusqu'à la fin du concert.
Pour combler le tout, Dan Meyer s'adresse en français à la salle pour nous souhaiter un joyeux mois de Pride, arborant sur scène les drapeaux trans et palestinien, et pour rappeler leur message d'espoir contre les « fascists motherfuckers » avant de terminer le set avec « Living Is Easy » dont il tente une traduction hasardeuse (« La vie est facile »). Même après la fin du concert, les membres restent accroupis sur le devant de la scène pour prendre le temps de saluer et de discuter avec les premiers rangs plutôt que de s'empresser de ranger leur matériel, signe rare de proximité. Agriculture a envoûté tout le Ferrailleur, la messe est dite.
Crépuscule Chaos
La salle se vide, mais la soirée continue. Crépuscule Chaos est annoncé comme un show sans lendemain, une carte blanche de Matthieu de Trait d'union, seul en scène pour combler le vide de Mortuaire et Faucheuse. L'essai se transforme vite en hommage avec en fond sur le premier titre l'illustration de Shiran Kaïdine par Paul Emgalaï et un t-shirt arboré, symbolique pour le chanteur. Stressé, celui-ci peut compter sur le soutien du public. Épaulé par Paul Breheret (Aetheria Conscientia et taulier du fest) au chant sur un feat foudroyant, il déroule un court set coldwave poignant, à fleur de peau, où les voix autour de moi hurlent les paroles et se déchaînent sur la reprise de Mylène Farmer « Désenchantée » qui se marie admirablement avec l'esthétique de Trait d'union. Oui, tout est chaos. On danse, on souris, on sanglote, tout en même temps.

Crédit : Corentin Schieb (capture d'extrait vidéo)
Passé minuit, l'after se poursuit pour les vrai.es jusqu'à 4 h du matin avec le DJ set du duo Fortifem dopé au gin tonic. Pour les courageux squelettes restés au bout, le dimanche atmosphérique est une belle opportunité, presque programmé juste pour eux.
***
Dimanche 7 juin - Jour 3
Wormsand
Je me suis avancé en disant que le dimanche serait calme. Wormsand sonne le début de journée juste avant 17 h à gros renforts de riffs. Après un samedi arrosé, ça fonctionne comme un réveil brutal qu'on snooze longtemps avant de passer une journée au calme. L'intro est fracassante sur « Digging Deep », déroulant les riffs renforcés par l'octave fuzz de doom à la Monolord. Bien réveillés, les sales gosses de Menton chahutent presque autant que leurs édiles lors des municipales pour se balancer des doigts d'honneur avec un sourire amusé. Le batteur Tom Valstar tabasse les cymbales à grands gestes tandis que Julien Coppo et Clément Mozzone donnent des coups de pieds et marquent des foulées pachydermiques. Le son et l'exécution captivent entre les deux guitariste et bassiste qui se partagent respectivement le chant hurlé et clair, toutefois avec une assurance de rois du monde qui me lasse très vite.
Seules les pistes aux titres facétieux « Michel Sardoom » et « Weedosaurus » du premier opus s'écartent du dernier album You, The King, pour offrir plus de variété à un set aride comme les dunes d'Arrakis. Le clavier semble ne servir qu'à faire souffler le vent lors des interludes cryptiques de « Drown » et « To Die Alone », préférable à un sample minuté. La guitare est effectivement reine à l'écoute des riffs de ces deux morceaux de clôture enchaînant les contrepieds et les double low kicks. Dès la fin de quarante minutes de performance, je me sens déjà assommé et prêt à retourner à la quiétude prévue dans le programme.

Crédit photo : Christo Bee
Setlist :
Digging Deep
Daydream
Michel Sardoom
Weedosaurus
Black Heaven
Drown
To Die Alone
Iskandr
Adieu l'entrave de la gravité. La lourdeur des riffs et des attitudes nous quittent pour nous laisser flotter dans une ambiance folk plus douce et poétique. Seul en scène sans l'égo d'un démiurge, Omar interprète les titres de son projet Iskandr, créant des nappes de voix, des loops de clochettes, des samples de percussion, un fond sonore éthéré mais dense mêlant cordes, harpes et occasionnellement une trompette légère jouée sur scène. L'ambiance est rythmée au son de l'orgue servant de bourdon et occupant l'espace sonore. La respiration de l'instrument alimenté par air évoque un souffle contemplatif qui caractérise bien l'esthétique visée.
Sans guitare acoustique, Iskandr renouvelle ici sa configuration live. Même si le musicien garde une main sur ses potards et jette des coups d'œil alertes à l'écran derrière lui projetant des images de fond méditatives, son chant semble s'émanciper des entraves techniques pour vibrer en toute liberté. Tout n'était pas si bien parti, car la voix guère audible et le son ample peu distinct freinent l'immersion dans l'univers d'Iskandr. Sur le titre « Verdronken Vlinder », tiré comme la majorité du set de l'album Sacraal près à paraître plus tard dans le mois, la complainte prend plus d'ampleur et atteint une intensité tragique. Dans une version dépouillée, « Knagend Zout », seul extrait de Spiritus Sylvestris, dévoile une orchestration folk épique sublime, portée par sa mélodie en six notes reconnaissable comme une subtile marque d'orfèvrerie. « Pilaren van de Zuivere Blik » signe un nouveau pic lorsque les percussions déboulent tout d'un coup et laissent la voie à un chant majestueux. Le dernier mouvement « Zonsonderkomst » sonne le glas avec un chant incantatoire presque religieux et son final proche de la transe chamanique. Je n'ai pas autant plongé dans la prestation que je l'attendais, mais la sincérité du projet a donné une belle couleur à cette journée plus introspective.

Crédit photo : Christo Bee
Setlist :
Bewegingen in het Afkoelende Zand
Bevreemdend Klaroengeschal
Verdronken Vlinder
Knagend Zout
Pilaren van de Zuivere Blik
Zonsonderkomst
Wyatt E
Départ pour un nouveau voyage depuis les quais de Nantes, direction la Mésopotamie... ou plus loin encore dans une autre galaxie, un autre espace-temps. Les nappes orientales rencontrent les voix sci-fi de Tatooine. Wyatt E nous embrume dans une aura épique qui prend le temps de se développer. Leur musique n'est jamais immédiate, se construit sur de longues séquences, mais finit par payer avec un souffle majestueux.
Après la traversée du désert initiatique, « About the Culture of Death (Kerretu Mahrû) » part sur une cavalcade plus dynamique, où la batterie rythme la chevauchée fantastique, puis revient à un tempo doom sur « Im Lelya », envoûtant dans cette atmosphère torride. Dans une configuration en trio toujours richement costumés, les Belges interchangent la guitare et la basse. Explorant des oasis lointaines sur une durée fleuve, « Šarru Rabu » révèle un appel à la prière feutré, audible comme un effet de clavier drone, puis culmine sur un riff doom aux allures de payoff épique. Une belle récompense au bout d'un long pèlerinage mental pour le public en immersion, avant que le périple ne s'achève sur la danse familière de « Ahanu Ersetum ».

Crédit photo : Christo Bee
Setlist :
Qaqqari Lā Târi Part 1
About the Culture of Death (Kerretu Mahrû)
Im Lelya
Šarru Rabu
Ahanu Ersetum
ALT236
Frozen Records a une histoire particulière avec ALT236, ayant assuré la sortie de l'album Leviathan au format vinyle, le premier succès tremplin du label. Le festival accueille à présent les débuts du youtubeur sur les planches, concrétisant un projet exportant devant un public la bande-son retrosynth de l'explorateur du fantastique dans la culture contemporaine et mythologique. Un « crash test » selon les mots de son créateur, Quentin Boëton, non pas en solo devant une machine mais avec tout un groupe. Parmi son crew, on retrouve Alexandre Delmaere aka AL9000, fidèle acolyte dans la production et les arrangements des titres vaporeux depuis les débuts, Mélissa Houpert alias SourisDeCoton à la basse, illustratrice ayant collaboré sur les pochettes et les vidéos, Maxime Lathière (Cartoon Theory) à la batterie, et Gilles Stella aux claviers, connu des fans de la chaîne Chroma (comme votre serviteur).
Pour préparer le spectacle, les réglages et balances prennent plus de temps et participent au rodage. L'équipe s'excuse du retard d'une dizaine de minutes, promettant un show réalisé sans IA. La salle pleine est compréhensive et sait pour quoi elle est venue. Lorsque le concert commence, elle est vite absorbée. Oui, sans IA, car en plus de jouer en live en groupe, la formation enrichit le show planant d'illustrations et vidéos travaillées projetées à l'écran. On assiste à un véritable concert plutôt qu'à une bande-son simplement méditative. Le synthwave se diffuse par petites touches délicates dynamisées par le groupe entier avec un rendu précis, dans des moments en suspension, doux et magiques, fidèles à l'univers curieux et enchanté de la chaîne Youtube. La mélodie de « Rapid Eye Movement » et la vibe geek de « All Seeying Eyes » me font léviter. On entendrait presque dans nos têtes la voix émerveillée du narrateur décrypter des thématiques mystérieuses.
Pendant la performance, visiblement stressé, l'architecte cosmique est concentré et continue de demander de nouveaux ajustements à la régie au fil du concert. Il garde toutefois le sourire, profite de sa musique et reste proche du public avec quelques interventions pour présenter les artistes et les chansons du set, principalement axé autour de l'album Anemoia sorti en 2023. En extase, les fans le lui rendent bien si l'on se fie aux acclamations nourries.
Décollage réussi pour ce projet qui doit logiquement appeler de nouvelles représentations, vers l'infini et au-delà. Le crash test est validé.

Crédit photo : Christo Bee
Nuits Blanches
Après Crépuscule Chaos la veille, la coldwave punk termine le bal, encore une fois devant un public clairsemé lorsque le précédent concert événement s'achève, dans la plus pure tradition mélancolique du style de déclassés désillusionnés. Le pit compte encore de solides soutiens agités, le chanteur multipliant les dédicaces à ses copains. Nuits Blanches est un jeune groupe de vétérans issus de Lion's Law, Rixe, Headbussa, Loth, Oï Boys, partageant une parenté musicale prononcée avec ce dernier. « On s'est connus au lycée », se remémore le chanteur-claviériste Bat rigolard entre deux chansons et anecdotes, avant que le chanteur-bassiste Wallie ne le recadre : « Abrège, on a du travail. »
Nuits Blanches pronostique un nouvel album en septembre intitulé Hélas et a déjà partagé quelques titres en amont pour nous mettre quelque chose sous la dent avant leurs concerts. « À l'est » m'a tout de suite conquis avec sa guitare mélodique fantastique. Seul défaut du morceau ? Sa durée trop courte, inhérente au style où les pistes s'enchaînent, s'embrasent, se consument et laissent leur image résiduelle. Au moins, il ouvre à merveille le set ce soir et d'autres titres prennent le relais pour me rassasier avec le son de guitare coldwave irrésistible. Bat martèle toujours frénétiquement ses touches, fait un clin d'œil à Adrien Havet sur un titre (« Comme un rapace, un rebelle, le dernier animal », une ligne entêtante qui vous donne une idée des loulous) et dédie « 97 » aux potes partis trop tôt de manière absurde. Ça se dandine sur le dancefloor, le charme opère et j'aurais encore aimé que ça dure. Nuits Blanches épuise trop vite ses belles cartouches et nous laisse gamberger dans notre insomnie sans rappel, après le bien-nommé… « Sayonara ».

Crédit photo : Christo Bee
Setlist :
À l'est
Été 82
Cimetière
Renégat
Comme un rapace
Partir
97
Encaisse
Sayonara
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Merci à l’organisation du Frozen Fest pour leur accueil et le travail excellent sur cette édition.
Merci à Ciruf, Christo Bee et Corentin Schieb pour leur aide pour illustrer cet article par leurs sublimes photos.














