
Frozen Frozen Fest 2026
Le Ferrailleur - Nantes

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.
Simon : Qui méritait plus son édition hivernale que le Frozen Fest ? Tout est dans le titre. Pour l'occasion, pas de « Winter machin chose », juste double Frozen. Frozen au carré, sans bégayer. Après une quatrième édition estivale complète sur trois jours au Ferrailleur, Frozen Records passe à l'heure d'hiver pour proposer une nouvelle sélection en or. Après un jour 1 principalement axé autour des beats hardcore trublions, le samedi promettait plus de répit physique sans se défaire de turpitudes psychiques. C'est pour ce deuxième soir que j'ai fait le trajet de Vannes à Nantes, avant de repartir sur Rennes tel Cendrillon. Ne cherchez donc pas le J1, je n'y étais pas (bouh).
Retour au Ferrailleur ce samedi grisonnant sur les bords de la Loire, prête à déborder après moult précipitations et avis de tempête.
Cerbère
Sur les enregistrements du groupe parisien, le crépitement crasseux de la guitare m'évoque systématiquement un véritable brasier au cœur de l'ampli. En concert, la saturation n'est pas aussi décadente, mais on est loin d'un sage feu de cheminée cosy. La guitare écrase tout lors de bras de fer avec la basse sur de féroces riffs doom, et avale d'une bouchée la Rickenbacker, désavantagée par le volume, tout comme la voix lointaine pour un effet noyé dans le vague. Les rares épisodes solistes reviennent à un équilibre savoureux entre les deux instruments. Non pas que je me plaigne de prendre des riffs bruts en pleine caboche, mais j'aime retrouver, ne serait-ce que le temps de quelques mesures, ce charme flottant des formations à trois.
Devant un public sagement concentré, le trio de canidés continue de tester ce soir le mordant de ses titres inédits. Accrochez-vous pour la longue descente infernale finale, avec un ralentissement du tempo orchestré par la batterie centrale parmi les trois têtes. Comme l'important n'est pas la chute, l'atterrissage reste tout aussi vertigineux dans les limbes, avec un free time assommant à en devenir hypnotique étendu sur plusieurs minutes, bouclant un set impitoyable qui confirme l'aura radicale du groupe.

À Terre
C'est le groupe que j'attendais le plus ce soir, impatient de les découvrir en live. Et pour cause, l'album Embrasser la nuit sorti l'année dernière m'avait particulièrement tapé dans l'œil, séduit par la voix cassée et à vif de Grégoire Caussèque, la camaraderie palpable à chaque chœur et les clins d'œil au post-metal de Cult of Luna. Le disque a fait son petit chemin, et quel plaisir de retrouver le groupe sur un concert totalement validé par un public conquis, prêt à en découdre sur le très direct « Paris sous les tombes ». Les rythmes bouillonnants ont retourné la salle et les Landais se sont mis le public nantais dans la poche dès le démarrage dynamique avec « L'Appel de la nuit », où l'écho des « aou » chers au chanteur ont aussi résonné en nous. Le frontman mouille le maillot, parcourant chaque coin de la scène comme un rugbyman à l'échauffement prêt à nous plaquer au sol. Impliqué pour nous prendre aux tripes comme le ferait Amenra dans des prestations écorchées et lourdes, le Montois chante aussi à genoux face au sol, littéralement à terre, et sort les outils pour frapper au marteau sur une bouteille de gaz en relais du son métallique de la cymbale ride.
J'accueille à cœur ouvert l'intensité de « Cinquième colonne » et ses paroles marquantes, avec un « Combat dans mon âme » retentissant. En clôture, le groupe dévoile un dernier titre inédit, « Libération Nord » au beat presque dansant, témoin du mélange des genres des Landais qui n'ont pas peur d'invoquer Balavoine, PNL, Fange et Neurosis dans leur musique aussi sincère en live. Essai transformé sur le terrain ligérien !

Setlist :
Tous morts
L'Appel de la nuit
Nous sommes la nuit
L'Éternel retour
Cinquième colonne
Paris sous les tombes
Libération Nord
Maudits
Ma dernière rencontre avec Maudits s'était transformée en amertume, regrettant l'absence de violoncelle pour reproduire les arrangements des morceaux. Je suis ravi que mes vœux aient été exaucés sur cette date au Frozen Frozen Fest. Effectivement, la présence du violoncelliste Raphael Verguin hisse clairement la musique post-metal ambient instrumentale de Maudits vers le haut. Je n'en démordrai pas : le groupe semble enfin complet en quatuor. Chaque morceau prend plus d'ampleur et de saveur avec cette nouvelle corde à leur arc en live (déjà employée en format duo), en particulier sur les lignes mélodiques poignantes de « Précipice Part I ».
Bien que forte dans le mixage, la batterie de Christophe Hiegel nous entraîne dans le set avec une maîtrise totale, brillamment assistée par le groove de la basse. Les planètes étaient alignées ce soir et tout le monde a pu s'en délecter. Misez sur le quatuor, messieurs. Après cette prestation lumineuse, cela ne doit plus faire l'ombre d'un doute.

Setlist :
Maudits
Fall Over
Resilience 2021
Précipice Part I
Mütterlein
Si vous pensiez que la musique de Mütterlein était intense, attendez de voir le rendu en concert. J'étais évidemment intrigué d'avance par la matérialisation d'un tel projet. Après le marteau sur À Terre, c'est la faucille serpette à crochet qui trône dans la scénographie en symbole occulte lié aux sorcières. Le rituel peut commencer.
Seule en scène, Marion Leclercq matraque vos sens à coups de nappes électro noise anxiogènes, de fumées suffocantes et de strobo aveuglant pour seule lumière ou presque. TW : les beats post-traumatiques sont abrasifs, jusqu'à écorcher à vif. J'imaginais un set plus organique avec des percussions, mais les sons électroniques occupent véritablement tout l'espace pour livrer une interprétation plus viscérale et monstrueuse encore. La guitare que saisit occasionnellement la maîtresse de cérémonie se noie dans la masse sonore dense, tout comme son chant autant hurlé que déclamé. La double basse imposante de « Division of Pain » commence un véritable cycle de martèlement, trouvant une accalmie dans le final solennel de « Wounded Grace » porté par l'orgue, avant de replonger dans une ultime phase d'exorcisation en transe sur le rythme démentiel de « Requiem », climax quasi-psychédélique sinistre et irrésistible du concert.
On contemple littéralement les ténèbres, droit dans les yeux, même boursouflés, en pénitence ou en quête de réponse. À n'en point douter, une performance radicale et une leçon en bonne et due forme, source de fascination pour les adeptes de musique obscure présent·es en nombre ce soir au Ferrailleur.

Setlist :
Anarcha
Concrete Black
The Descent
Division of Pain
Wounded Grace
Requiem
Merci à Frozen Records pour l'invitation et pour l'organisation, ainsi qu'à Nolann Jeanneau pour les photos.














