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dimanche 31 août 2025

Wayfarer + Houle @Nantes

Ferrailleur - Nantes

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Meowsotis : Mercredi après-midi, mi-août, la terrasse ensoleillée du Ferrailleur se remplit progressivement d'un public disparate en vue d'un menu terre et mer pour le soir : ce sont deux groupes de black metal opérant dans des univers bien différents qui vont se succéder sur scène, d'abord Houle, puis Wayfarer. Il n'y a pas que des têtes connues, la population change un peu des habitués des lieux, et beaucoup de marins et de cowboys sont venus d'autres horizons ce soir, leur look livrant parfois des indices sur le groupe qu'ils sont venus soutenir en priorité.

 

Houle

20h30, avis de tempête, c'est parti pour embarquer avec le « metal noir marin » du groupe français Houle. Je les ai déjà vus une fois au Hellfest en 2024, aussi je suis curieuse de les voir en salle et non plus en fest cette fois-ci. Les cinq lascars (deux guitaristes, un bassiste, un batteur, une chanteuse) arrivent sur scène, le pas lourd et menaçant, vêtus de cirés, marinières, bottes. Les algues et lanternes sont de sortie et posent d'emblée le décor pour une bonne immersion, et le public est immédiatement réceptif. Les musiciens sont tous très expressifs et théâtraux dans leur jeu, avec une mention spéciale pour la chanteuse Adsagsona, aka Cafard pour les intimes, qui ne s'économise pas : elle crie, râle, harangue la foule, descend dans le public, parcourt la scène de long en large en brandissant une bouteille de gros rouge qui tâche au fil des morceaux, son chant oscille entre gémissements, crissements, hurlements... Houle nous raconte des histoires et nous bouscule, ça grince, ça roule, ça tangue !

La setlist reprend tout l'album Ciel cendre et misère noire dans l'ordre, avec en petit bonus iodé le titre « Le Continent » issu de l'EP. Il n'y a pas de temps mort, les titres s'enchaînent sans répit et avec beaucoup d'énergie, la théâtralité du groupe m'évoque parfois les arts de rue, il y a un aspect très généreux dans le show et dans l'échange avec le public. C'est peut-être un poil trop démonstratif pour moi par moments, mais le groupe a clairement son style et fait mouche. L'ambiance est très enthousiaste dans les premiers rangs, on voit que les fans savourent, est-ce qu'on pourrait dire qu' « emportés par la houle qui nous traîne, nous entraîne, nous ne formons qu'un seul corps », comme on dit ?

En tout cas, cela m'a donné envie de revoir « The Lighthouse ».

Setlist :
Intro
La Danse du Rocher
Mère Nocturne
Le Continent
Sur Les braises du Foyer
Derrière l'horizon
Et puis le silence
Sel Sang et gerçures
Née des Embruns

 

Wayfarer

La soirée avance, et à 22h, même salle autre ambiance, débarquent les Américains de Wayfarer. La mise en scène est nettement plus minimaliste, moins accessoirisée, que pour Houle, le quatuor du Colorado mise sur la sobriété pour incarner son folk black metal western qui sent le cuir et la poussière. C'est la troisième fois que je vois Wayfarer, et les fois précédentes je n'avais pas vraiment pu profiter d'un très bon son, tout devant au Hellfest, et idem à la Machine du Moulin Rouge entre Svalbard et Enslaved. Je me dis que ce soir sera peut-être la bonne occasion.

C'est parti pour une heure à cheminer dans les vastes plaines avec les quatre musiciens (guitare et chant, basse et chant, guitare, batterie), au son d'un black metal western mélancolique, à la force tranquille, presque lancinant par moments. Le concert débute avec « The Thousand Tombs of Western Promise », suivi par « The Cattle Thief ». La setlist fera évidemment la part belle au magnifique album American Gothic, le dernier en date, sorti en 2023, avec cinq titres joués. Aimant également beaucoup l'album A Romance with Violence de 2020, je suis ravie d'entendre « The Crimson Rider » et « The Iron Horse ». Un petit retour en arrière avec « Animal Crown » sur l'album World's Blood de 2018 comme dernier morceau ravit les fans et est chaleureusement salué. Après quelques chansons appréciées au premier rang, je pars faire un tour pour chercher d'autres perspectives sonores et visuelles, et je poursuis le concert au balcon de la mezzanine, qui a récemment transformé la configuration et la jauge du Ferrailleur. Le son y est plus distinct et équilibré, et la hauteur me permet d'apprécier la beauté colorée du lightshow.

C'est la première fois que je vois Wayfarer communiquer autant avec le public, au Hellfest et à la Machine du Moulin Rouge le show était plus expéditif, sans interactions avec les spectateurs ; cette fois le chanteur Shane McCarthy annonce et commente davantage les morceaux, suscite plus de réactions, mais c'est aussi la première fois que je vois le groupe en tête d'affiche, et donc avec un set d'une heure, ce qui change la donne. D'ailleurs j'ai eu globalement l'impression que le show prenait le temps, se déroulait vraiment posément, de façon très smooth. Même si les musiciens incarnaient leurs titres, jouaient très bien, prenaient la pose, montraient une bonne cohésion entre eux, j'ai parfois ressenti un petit manque d'intensité, je ne sais pas... D'explosions ? De coups de feu, de dynamite, d'attaque de diligence ? La beauté atmosphérique et la force tranquille du set manquaient peut-être un peu de furie, c'était peut-être un peu trop lisse et homogène à mon goût, du fait que Wayfarer soit passé après un groupe plus brusque et tempétueux. Cela restait néanmoins un plaisir de profiter du show très bien mené, même si j'ai moins ressenti le côté écrasant et désertique des compos du groupe en live que sur album. Et c'était une très belle Frozen Night, avec une alliance surprenante mais bien vue de deux groupes de black metal aux univers très marqués, qui laisse présager d'autres futures dates pleines de potentiel.

Setlist :
The Thousand Tombs of Western Promise
The Cattle Thief
The Crimson Rider
To Enter My House Justified
Black Plumes Over God's Country
False Constellation
The Iron Horse
Animal Crown

 

Photos