
Fortress Festival 2026
Scarborough Spa - Scarborough

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.
Après de longues années à crapahuter de festival en festival chaque été, les habitués que nous sommes ont fini par changer leur façon de consommer la musique. Plutôt qu'une affiche « chargée », massive, comme en proposent les grands festivals à la Hellfest, Graspop, Motocultor, Alcatraz et consorts, on en vient à privilégier une expérience sortant des sentiers battus. Il peut suffire d'un cadre : le Brutal Assault dans la forteresse de Jaromer, bien sûr, mais aussi le Prophecy Fest dans la cave de Balve (Allemagne) ou encore le Sonic Blast sur la plage de Moledo (Portugal) sont autant de festivals nous ayant convaincus de faire le déplacement ces dernières années.
Parfois, c'est une affiche remplie d'exclusivités et de moments immanquables qui nous force la main. Le Keep It True et ses reformations annuelles, le Rock Hard Greece pour Candlemassavec Messiah Marcollin ou, dans le cas d'un concert plutôt que d'un festival, un déplacement à la Nouvelle-Orléans pour y voir le retour d'Acid Bath, ou à Helsinki pour y assister à la résurrection de Children Of Bodom. Le public metal est friand de ce genre de raretés, qui se multiplient ces dernières années, l'offre étant si foisonnante qu'il faut bien se démarquer d'une façon ou d'une autre.
Dans cette optique, voilà plusieurs années maintenant que le Fortress Festival nous faisait de l'œil. Proposant chaque année des exclusivités UK, et se tenant dans le cadre très original du spa de Scarborough sur la côte du Yorskhire, il a frappé très fort en cette année 2026 avec, cette fois, du très rare même à l'échelle mondiale, voire même de l'exclusivité pure et simple. Mesarthim pour le troisième concert de sa carrière, Emyn Muil pour un set exclusif mi-dungeon synth mi-classique, Dodheimsgard jouant son dernier album en intégralité, le grand retour sur scène de A Forest of Stars quatre ans plus tard, les retours de Old Man's Child et Vinterland mais aussi et surtout le tout premier concert du projet culte de Jake Rodgers (Visigoth, Caladan Brood), Gallowbraid : cette fois, c'était décidé, direction Scarborough pour découvrir le Fortress Festival !
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Samedi 30 mai - Jour 1
Groupes évoqués : Groza | Black Cilice | Mesarthim | Aeon Winds | Ossaert | Ackercocke | Dodheimsgard | Old Man's Child
Quand on a choisi l'option la moins logique, à savoir conduire, volant à gauche, depuis la Belgique jusqu'au nord de l'Angleterre en s'arrêtant picoler à Nottingham et saluer Richard III à Leicester, histoire d'enfin mettre des images sur tous ces clubs de Premier League, arriver à Scarborough est un sacré soulagement. Car au-delà de son festival de black metal, cette petite ville portuaire, la plus ancienne d'Angleterre, a un charme certain, un peu passé peut-être, mais authentique. Plages de sable fin, falaises à perte de vue, fish & chips de haut vol, promenade très agréable sur la digue et, à notre arrivée, grand soleil : n'était-ce la bière plate, plaie de tout Albion, ce serait parfait.
Et puis, bien sûr, il y a l'ancien spa de Scarborough. Un bâtiment Art nouveau typique du XIXe siècle, qui rappellerait beaucoup le Botanique aux Bruxellois, surplombant la plage et offrant une vue absolument imprenable sur la baie entre les concerts. C'est simple : je n'ai jamais vu plus beau cadre pour un concert ou un festival. La découverte des lieux se fait bouche bée, avant de se diriger vers le Grand Hall pour le premier concert du jour.
Groza
Grand Hall
Malice : Le meilleur compliment que l'on puisse faire à un groupe qu'on ne connaît presque pas avant d'aller le voir en concert, c'est probablement qu'après coup, on se dit qu'il faudrait peut-être y jeter une oreille un peu plus attentive. Et sans avoir été foncièrement soufflé par le set de Groza, qui ouvrait ce Fortress Festival 2026, je dois avouer que j'y ai trouvé de belles qualités. Les Allemands l'ont un peu cherché : difficile de voir autre chose en eux qu'un rip-off de Mgla (nom tiré d'un album de Mgla, riffs typiques, tenue de scène...). Mais leur approche plus moderne leur évite le plagiat total, et certains morceaux fonctionnent plutôt bien (« The Redemptive End » en tête), accompagnés d'un jeu visuel assez intéressant sur les écrans entourant la scène.
C'est aussi l'occasion de découvrir ce superbe Grand Hall : très spacieux, il ne sera jamais surchargé durant le week-end (le festival est pourtant bien soldout), et dispose de balcons à l'étage pour ceux qui préfèrent se poser. Pratique, car plusieurs des groupes à l'affiche s'apprécient plutôt bien assis, si c'est votre truc.
Black Cilice
Ocean Room
Malice : Direction désormais la deuxième salle du spa de Scarborough : l'Ocean Room, située dans un autre bâtiment. L'accès à cette dernière sera très chaotique durant les premiers concerts qui y sont programmés : la sécurité est visiblement déléguée à une firme externe qui fait un peu de zèle en voulant systématiser des fouilles à l'entrée de la salle, avant chaque concert. Ce sera vite abandonné devant les files interminables qui se forment et qui en frustrent beaucoup.
L'Ocean Room est nettement plus petite que le Grand Hall et a probablement débordé quelques fois durant le week-end ; j'en ai entendu la renommer « Boiler Room » tant il a pu y faire chaud. Mais j'y passerai personnellement peu de temps. Black Cilice inaugure la scène : les Portugais m'avaient laissé perplexe au Throne Fest il y a quelques années, un concert gâché par un son abominable – ce ne sera jamais le cas au Fortress, pour aucun groupe. Entièrement cachés par une brume rouge un peu gênante, Black Cilice va donner un concert poisseux, misanthrope mais aussi terriblement prenant : ces lignes de guitare à la fois mélodiques et torturées rappellent presque les Légions Noires. Frustrant, cependant : alors que l'aspect visuel, notamment du chanteur, joue un vrai rôle pour l'immersion dans un concert de Black Cilice, on ne verra véritablement rien cette fois derrière le mur de fumée rouge, ce qui est tout de même un peu particulier...

Mesarthim
Grand Hall
Malice : J'ai presque dû me pincer en voyant le nom de Mesarthim apparaître sur le backdrop du Grand Hall. Oui, c'est bien ce duo de black « cosmique » australien, dont le premier album Isolation date déjà d'il y a 10 ans, que je vois enfin en live, pour le troisième concert de leur carrière. On a longtemps cru que Mesarthim, d'ailleurs, resterait un projet studio, jusqu'à ce qu'il fasse ses premiers pas sur scène au Cosmic Void, « l'autre » référence en termes de festivals de black metal en Angleterre.
La carrière de Mesarthim est particulièrement difficile à suivre, entre quelques « vrais » albums studios mais surtout énormément d'EP ou de singles assez longs lors desquels le black metal atmosphérique cède parfois la place à des nappes de musique électronique dansante. Sacré défi de rendre ça lisible en live sans décevoir. Côté décorum, c'est évidemment . (oui, c'est son nom de scène) qui attire tous les regards : le vocaliste porte un drôle de masque où s'affiche une sorte de spirale d'étoiles en mouvement. Le résultat est un peu kitsch, mais après tout, la musique de Mesarthim aussi. Mais si toutes leurs sorties ne m'ont pas toujours parlé de la même façon, j'avoue qu'entendre les notes emblématiques d' « Osteopenia », qui ouvre Isolation et ce concert, m'aura fait ressentir encore plus de frissons que prévu. « .---- » , premier titre de l'album suivant, Absence, est bien plus direct, et on comprend rapidement que c'est plutôt dans ses aspects les plus aériens que Mesarthim sait se démarquer de la concurrence. L'incroyable mélodie entêtante du tube « Time Domain » le rappelle d'ailleurs – certainement un des meilleurs titres de la carrière du groupe, sorti sur le très catchy The Degenerate Era, qui reste je trouve une porte d'entrée idéale si on apprécie les aspects plus électroniques de sa musique.
Si le rendu live est réussi, on reste forcément frustré par une setlist de cinq titres seulement quand on a attendu si longtemps pour voir Mesarthim en live. Chacun a « son » titre manquant à la setlist, mais je reste franchement surpris que le groupe ne pioche pas du tout dans The Density Parameter, que je considère comme leur album le plus tubesque et taillé pour le live. Je donnerais cher pour entendre « Transparency » en live. On peut aller jusqu'à regretter que pour ce troisième concert de sa carrière, Mesarthim ait joué une troisième fois la même setlist : difficile d'évaluer, en réalité, à quel point il est difficile pour un tel projet de répéter un vaste répertoire de morceaux. Reste un final grandiose et culotté sur le morceau-fleuve de 20 minutes « The Great Filter » . Tout Mesarthim est dans ce titre absolument génial : riff accrocheur, nappes planantes, passage trance qui en fait ricaner quelques-uns... avant une outro tout en mystère qui nous laisse presque sur notre faim. On aurait envie de réclamer une tournée, mais le sentiment égoïste de faire partie des rares à avoir vu Mesarthim en live l'emporte...

Aeon Winds
Ocean Room
Malice : Nouveau set exceptionnel proposé par ce Fortress Festival. Je n'avais tout bonnement jamais vu les Slovaques de Aeon Winds sur une affiche occidentale, et ce alors que leur dernier album, An Ode to the Moutains, était vraiment l'un des meilleurs du genre en 2025. La scène slovaque a quelques véritables joyaux en son sein, et on en retrouve quelques représentants chez Aeon Winds : Svarthen, leader du groupe, est membre de Krolok aux côtés de son guitariste Graf Von K, qui n'est lui-même rien moins que le frontman des géniaux Malokarpatan.
Et si Aeon Winds est déjà rare, ce set sera encore plus spécial puisqu'il a été clairement annoncé que Dis Pater, « monsieur » Midnight Odyssey, y participerait pour quelques titres issus du split entre les deux entités. Avant cela, les Slovaques vont délivrer un concert au final assez raw : bien plus que sur album, l'aspect plus rêche et très slave d'Aeon Winds est évident. Lors de notre interview à paraître, j'ai demandé à Svarthen si Nokturnal Mortum était une influence sur le dernier opus du groupe, très symphonique ; il me surprendra en répondant que le seul album des Ukrainiens qu'il ponce vraiment, c'est To the Gates of Blasphemous Fire, leur plus raw. Ca s'entend clairement en live, avec un début de set rageur, un peu gâché par l'un des plus mauvais sons du week-end. L'extraordinaire « Unyelding Citadel », issu du dernier album, corrige le tir et Aeon Winds est prêt pour le clou du spectacle : l'arrivée de Dis Pater. La musique de Midnight Odyssey ne me touche absolument pas, et le concert pourtant rarissime des Australiens ne sera d'ailleurs même pas couvert dans ces lignes (nos excuses), mais Tony Parker est un excellent vocaliste, dont la simple présence transforme tout. Après deux excellents titres (« To the Darkness He Went » et « Of Shadows & the Blind »), le groupe termine son set sur une surprenante reprise du « A Forest » de The Cure, nettement plus réussie que celles d'autres groupes de black metal (Behemoth, Carpathian Forest, on vous regarde). Un très bon moment.

Ossaert
Main stage
Matthias : Je sais que ce n'est pas une opinion répandue sur Horns UP, mais je ne suis pas fort réceptif à la scène black/post-black néerlandaise ; les Fluitseraars et autres Iskandr me laissent de marbre. Mais il y a Ossaert. En deux albums, le groupe de Zwolle s'est forgé un style moderne mais sans fioritures inutiles, oppressant avec ses longues plages de guitares monolithiques, et qui fonctionne plutôt bien sur moi. Les Néerlandais semblent avoir peu de concerts à leur actif, mais se sont fait remarquer lors du Roadburn 2023, qui reste un événement assez à même de dénicher des talents futurs. Aujourd'hui en tout cas, c'est carré : les deux guitaristes se livrent à leurs triturations ésotériques comme deux golems réglés comme des horloges bataves, tandis que le chanteur – P., véritable maître de cérémonie solitaire derrière Ossaert, qui se présente comme un one-man band – ne s'octroie qu'une présence discrète sur la scène, mais pour mieux occuper la place de son organe. Black metal contemporain mais efficace, le groupe batave nous assène le ciel bas de l’hiver du nord et les mauvais charmes des canaux un soir de beuverie, puis s'en va. Il en reste deux albums à découvrir d'une traite si vous voulez abreuver votre néerlandais à de nouvelles sources moins connues.
Akercocke
Grand Hall
Malice : J'ai pris une décision un peu culottée avant d'assister à ce concert d'Akercocke : ne pas écouter une note de Choronzon, l'album que le groupe allait jouer en intégralité. À quelle facette des protéiformes anglais allais-je avoir droit ce soir ? Je n'en avais pas la moindre idée... et je ne suis pas certain d'avoir bien saisi, encore aujourd'hui. Ce dont je suis certain, c'est d'avoir pris une complète et délicieuse branlée. Akercocke a vomi à la face du Grand Hall, malgré un son capricieux, un metal extrême total, entre satanisme opératique et death technique grandiloquent. On est plongé en plein film de série Z qui n'aurait pas oublié les jumpscares efficaces. Les meilleures heures de Belphegor mêlées à une attitude de dandy si british, et de très loin le concert le plus extrême du festival. Une heure durant laquelle je n'ai ni compris ce qui m'arrivait, ni vu le temps passer. Et avec tout ça ? Je n'ai toujours pas écouté une note de Choronzon sur disque... La peur, sans doute, de ne pas y retrouver ce que j'ai vécu ce soir-là à Scarborough.
Matthias : L'inverse est vrai aussi. Pour avoir poncé le Choronzon en question, et lui avoir trouvé d'indéniables qualités, j'ai eu un mal fou à accrocher à cette espèce d'opéra death présenté pour l'occasion. Non que je ne saluerai pas la performance ; mais je n'y ai absolument rien compris, ni même trouvé la moindre branche à laquelle me raccrocher dans ce tourbillon de sons et d'images au kitsch assumé. Bon, depuis la chaleur des gradins (inconvénient typique d'un vieux théâtre du nord : il n'est guère aéré) on finit bien par comprendre que l'usage d'un cerveau n'est pas névessaire et on tente de se laisser porter. Si à titre personnel, je n'ai pas été convaincu, on peut au moins souligner que ce concert d'Akercocke avait effectivement tout d'un show exceptionnel.

Dodheimsgard
Grand Hall
Malice: J'ai longtemps rechigné à découvrir Dodheimsgard - DHG, comme le veut l'abréviation officielle. Je ne savais pas par où commencer l'écoute de leur discographie assez variée et fort expérimentale. J'ai donc fini par commencer... par la fin, puisque DHG a joué au Fortress Festival l'intégralité de son dernier album Black Medium Current, que j'ai écouté pour la première fois dans les semaines précédant le festival. Et quel album absolument fantastique : certes expérimental (avant-garde, comme on dit) mais mélodique, accessible, foisonnant de détails dépassant de loin les frontières du black metal. La Norvège n'est décidément jamais aussi intéressante que quand elle fait des bizarreries.
Et une bizarrerie, ce concert en sera également une, mais quelle délicieuse et fascinante bizarrerie. Avec line-up complet comprenant des choristes (ce n'est pas toujours le cas, si j'ai bien compris), Dodheimsgard va livrer ce qui restera peut-être bien comme le grand moment du week-end. Vicotnik (Yusaf Parvez), leader complètement halluciné, nous emmène dans son monde : il en fait des tonnes, mais sa voix ne souffre aucune faiblesse, bien soutenue par ses choristes. Ses variations entre chant clair et hurlé sur "Tankespinnerens smerte" collent des frissons, tout comme ces chœurs repris par tout un Grand Hall acquis à la cause du groupe. Black Medium Current n'a pas que des tubes, mais "It Does Not Follow" et ses "you gave me nothing" restent en tête bien après que les dernières notes aient retenti. Reste que l'album a un drôle de rythme, avec beaucoup de titres un peu plus planants et progressifs s'enchaînant après un début assez direct. Mais on ne s'ennuie pas une seconde, la musique de DHG ayant un tel degré de finesse qu'elle m'a parfois fait penser, ne serait-ce qu'en termes de "vibe", au concert de... Radiohead auquel j'ai assisté en octobre dernier. C'est un drôle de compliment, mais peut-être le plus beau que je puisse faire. Un moment absolument hors du temps.

Old Man's Child
Grand Hall
Malice : Un peu comme au In Theatrum Denonium, le Fortress Festival donne l'impression de chercher au maximum à programmer dans le Grand Hall des groupes dont la musique sied à la grandeur des lieux. Le black symphonique si typé 90's de Old Man's Child en fait très clairement partie. Le retour du groupe de Galder, qui a quitté Dimmu Borgir récemment pour ressusciter son ancien projet, était visiblement l'un des plus attendus du week-end. Pour l'occasion, nous décidons de nous placer en hauteur pour y assister, et si la vue n'est pas bonne partout, c'est une option reposante.
Bien sûr, la musique d'Old Man's Child est celle d'une autre époque, mais alors que Dimmu Borgir sort album tiède sur album tiède, on ne peut que constater que des titres comme « Towards Eternity », qui ouvre le concert avec grandiloquence, ou « Hominis Nocturna » (le moment fort du concert à mes yeux) dépassent de la tête et des épaules ce qui se fait chez la concurrence. Les extraits du culte The Pagan Prosperity semblent même prendre plus d'ampleur avec le son actuel de Old Man's Child, qui réussit totalement son retour. Est-ce autre chose qu'un shot de nostalgie pour fans du style ? Peut-être pas, mais quand il est de cette qualité, on en redemande.

Date - Jour 2
Groupes évoqués : A Forest of Stars | Portcullis | Emyn Muil | Vinterland | Fief | Darkenhöld | Vespéral | Darkened Nocturn Slaughtercult | Gallowbraid
Comme d'habitude, avant de parler de ce deuxième jour de festival, évoquons un élément crucial : l'offre de restauration. Et autant vous dire qu'en Angleterre, on pouvait craindre le pire : le road-trip nous menant à Scarborough a été un enfer pavé de fish & chips et de pies. Non pas que ce soit dégueulasse, mais c'est monotone (et cher). Cette offre anglaise typique, on la trouve d'ailleurs à disposition des festivaliers dans le pub du spa : un service rapide, des plats bien servis à prix honnêtes, le tout assis – c'est un sacré atout.
Dans la cour intérieure du spa, avec vue sur mer, quelques food trucks proposent une offre bien plus classique pour un festival : un stand thaïlandais aux portions aussi massives que ses prix, un stand de burgers qui a eu un franc succès, un stand de saucisses (y compris vegan) et un stand d'assez mauvaises pizzas. Mais le life hack, c'était probablement ces sandwichs Tesco en libre service dans un frigo à l'intérieur pour environ 4 livres – parce que quitte à manger globalement de la merde, autant que ce soit bon marché.
A Forest Of Stars
Grand Hall
Malice : C'est un exercice franchement particulier que de devoir rentrer dans une performance comme celle d'A Forest Of Stars dès 13h. L'aura et le caractère à la fois culte et rare du groupe - qui fait office de local de l'étape, étant du Yorkshire - couplés au fait que AFOS fait là son retour sur scène après quatre ans d'absence rendent cette heure précoce franchement étonnante. Je dois dire que ça aura affecté mon début de concert : A Forest Of Stars prend le parti, et ils nous l'ont expliqué dans une interview à paraître, de ne pas opter pour beaucoup de décorum. Leur musique très grandiloquente doit se suffire à elle-même. Dan Eyre est dans sa bulle, bourré de tics et visiblement nerveux, mais sa voix et surtout son style si particuliers finissent par nous emmener.
La véritable VIP du groupe, c'est toutefois Katie Stone, qu'on a aussi connu brièvement chez My Dying Bride : son violon transcende les pièces mélancoliques du dernier album, qui constituent les 3/4 du set. Seul le magnifique "Drawing Down the Rain" issue de Beware the Sword You Cannot See me replace à peu près en terrain connu, relativement, car AFOS n'est pas un groupe dont je maîtrise ou même comprend totalement la musique. Ce retour sur scène aura été un peu lent à démarrer, la rouille était par moments perceptible mais quand la qualité de composition et surtout l'âme d'un groupe sont si évidents, on ne peut que s'incliner.

Portcullis
Theatre
Matthias : Ce dimanche marque l'ouverture du Spa Theatre, qui comme son nom l'indique aligne des rangées de fauteuils en velours rouge devant une scène à l'ancienne. C'est ici que se produira la programmation dungeon synth de la journée, une nouveauté sur son affiche pour laquelle le Fortress Festival a voulu mettre les petits tranchoirs dans les grands chaudrons. C'est Atlantean Sword qui devait ouvrir la scène, à mon plus grand enthousiasme, car le Britannique avait conquis sa place parmi mes Claviéristes des Profondeurs favoris durant deux années consécutives de la rubrique.
Mais le barbare s'est fait porter pâle, et c'est son compatriote Portcullis qui l'a remplacé au pied levé. C'est d'une oreille quasi vierge que je découvre les compositions de ce natif de l'Hampshire, qui apparaît drapé dans sa cape pour ce qui semble bien être son tout premier concert. L’élément visuel fait dorénavant partie intégrante des concerts de dungeon synth, et Portcullis accompagne chacune de ses pistes de montages vidéos, qui mêlent évocations de vieux JDR en 3D rétro – je ne pense pas qu'il s'agisse de jeux vidéos bien réels – et d'extraits de Wizards de Ralph Bakshi et du Hobbit en animation de 1977. Le musicien quant à lui alterne entre clavier, percussions et ce qui ressemble à une mandoline électrique, avec un contact sobre mais très naturel avec le public, qu'il salue entre chaque morceau, ce qui lui vaut des applaudissements enthousiastes ; visiblement, tout le monde veut connaître la suite de l'aventure. L'ensemble s'avère aussi fluide qu'immersif, et tandis que l'Anglais termine son set sur « Raise the Portcullis », visiblement l'une de ses premières compositions, les portes s'ouvrent, et la lumière de la baie de Scarborough dissipe le rêve. On se prend à espérer très vite le prochain tome.
Emyn Muil
Theatre
Malice : Quel moment hors du temps auquel on a assisté pour ce troisième concert de la carrière d'Emyn Muil, et le premier dans ce format assez spécial : pour l'occasion, le groupe avait annoncé un set en grande partie dungeon synth, avec un format à trois sur scène. On se demandait franchement comment les Italiens allaient agencer leur setlist, et la réponse est : magistralement. En fait, Emyn Muil a tout simplement décidé de jouer... tous ses interludes et intros, qui sont autant de morceaux de dungeon synth infusés de leurs atmosphères si Summoning-like et inspirées non pas du Seigneur des Anneaux mais plutôt du Silmarillion et des Contes & Légendes Inachevés.
« Afar Angathfark » commence le concert en mode assez mineur, mais la montée en puissance est gérée de main de maître, avec ces premiers vocaux hurlés qui apparaissent dès le très martial « Gurthang ». Un morceau sombre, comme l'histoire qu'il conte – celle de Túrin Turambar, dont la geste est l'une des plus belles pièces de littérature jamais écrites par Tolkien. À partir de ce titre, on ne retombera plus. Alors que lors de la première moitié du concert, seules des percussions accompagnaient les claviers, la guitare débarque pour le véritable grand moment du concert : « Noldomire », sur lequel les chants de Hildr Valkyrie et Saverio Giove, le cerveau du groupe, se mélangent superbement. L'un des meilleurs titres d'Emyn Muil, qui s'intègre parfaitement à ce format, et dont le final beau à pleurer laisse tout le monde pantois. Exactement le genre de grand moment pour lequel on vient si loin assister à des concerts si rares. Le très atmosphérique « Elenion Ancalima », porté par les vocalises angéliques de Hildr Valkyrie, conclut un concert d'une pureté folle. Emyn Muil a peut-être bien trouvé la recette ultime pour retranscrire sa musique en live.
Vinterland
Grand Hall
Malice: Après une décennie de sommeil, Vinterland revient en 2026 pour fêter les 30 ans de son toujours unique et cultissime album : Welcome My Last Chapter. Une véritable pierre angulaire du black metal mélodique suédois, digne des plus belles heures de Dissection et Sacramentum. Le risque est toujours que ce genre d'album sonne daté... et c'est exactement l'inverse qui se passe. Transposé en 2026, Welcome My Last Chapter réussit l'exploit de sonner redoutablement moderne, quasi-death mélodique par moments, d'une efficacité redoutable. Inutile d'en dire beaucoup plus : la setlist est forcément sans surprise, mais l'interprétation n'est pas celle d'un groupe cachetonnant sur son passé. C'est une véritable claque, que je vous enjoins à aller voir si Vinterland passe près de chez vous.

Fief
Theatre
Matthias : C'est le gros bémol de cette seconde journée de festival : les sets de dungeon synth entrent systématiquement en conflit avec un autre concert, avec de lourds dilemmes à la clef. Comme entre Fief et les Français de Darkenhöld qui, au vu de leur univers médiévalisant, auraient sans doute bien aimé voir la prestation de l'Américain, dans un théâtre cette fois presque comble.
Le seigneur des claviers entre en scène dans un tonnerre d’applaudissements, t-shirt et lunettes noires, avant de commencer un set centré sur son dernier album. Les compositions de Fief ont le don de plonger immédiatement toute audience dans une rêverie enchantée peuplée de dragons et de preux chevaliers, et dès « Stained Glass Visions » on se perd dans les panoramas d'anciennes pierres et les scènes de vieux films d'aventures en armure que projette le mage de Salt Lake City. La scène en est encore à s'habituer aux concerts, et le public donjonnesque commence seulement à s'accorder sur ses propres codes, tout comme les artistes tâtonnent encore à mettre en place une expérience visuelle. Devant Fief en tout cas, l'écoute est plus passive, plus intimiste aussi, peut-être, qu'avec Portcullis. Il faut dire que tout le monde semble connaître les morceaux ; et cela n'empêche pas des réactions très spontanées, quand toute la salle se met à claquer des mains pour accompagner « Festival of the Wherling Blades » et les damoiselles et autres ménestrels qui baguenaudent à l'écran. Fief reste sans conteste un très grand maître du dungeon synth et de l'ambient contemporain, et ses concerts en deviennent des moments magiques, hors du temps, suivis d'un réveil qui ne peut être que trop brutal.
Darkenhöld
Scène
Malice : Le concert de Fief était véritablement excellent (le gaillard n'a pas composé un mauvais morceau), mais l'atmosphère un peu cosy du théâtre me faisant somnoler, j'ai décidé d'aller assister à la seconde moitié du set des amis de Darkenhöld, qui se font rares en concert. Tout juste : j'arrive alors que Cervantès annonce « Sous la voûte de chênes », le titre emblématique de Memoria Sylvarum, avec son côté si hard rock et le solo de Guillaume (Aldébaran) qui dénotent sur cette scène.
Le public, cependant, est enthousiaste (le groupe va d'ailleurs se faire piller son merch' assez rapidement, et on est très content pour eux), et la fin de concert est imparable : « Mystique de la vouivre », pas si souvent jouée, et le massif « Citadel of Obsidian Slumber » pour conclure le tout. Darkenhöld cultive sa rareté en live, mais ne perd clairement pas la main : c'était, de ce que j'ai pu en voir, l'un des meilleurs sets auxquels j'ai pu assister de leur part.
Vespéral
Ocean Room
Matthias : Nouveau conflit horaire, et cette fois, je décide de quitter les alcôves du théâtre - et donc de manquer Old Sorcery - pour me secouer les vertèbres devant Vespéral. Je suis plus familier de Conifère, autre formation québécoise qui compte peu ou prou les mêmes membres sous les capuches, mais dans les deux cas, le passage de ce côté de l'Atlantique d'un groupe francophone du Nouveau-Monde mérite toujours qu'on s'y attarde. « La Perte de soi » en guise d'introduction acoustique et fantomatique fait d'ailleurs à mon sens le lien entre les deux projets, avant que Vespéral ne prenne son propre chemin à grands renforts de blast beats.
Si « Un Brouillard fantômatique » garde un côté atmosphérique et même dungeon synth, les gesticulations du chanteur ont tôt fait de nous emporter vers des rivages plus écorchés. C'est d'ailleurs Nakkabre, anciennement batteur et aisément reconnaissable, car il est si tatoué que même sans liquette il a l'air habillé, qui tient le micro à la place de Sovannak. Un changement de line-up qui fonctionne, en particulier grâce à un jeu de scène résolument punk : le Québécois se jette au sol sur « Nos Délires d'autrefois », s'entortille le câble autour du cou, et ne manque pas de haranguer la foule des curistes du spa de la bière plate.
Dans quelle langue ? Pas la moindre idée, mais ce n'est pas ça qui est important ; car les Anglais ont du répondant, et Vespéral pourra se vanter d'avoir provoqué le premier mouvement de foule de ce festival au demeurant très statique. La foire à l'empoigne reste certes localisée, mais démontre l'attrait sincère des Britons pour le métal noir de la Belle-Province – Même si Vespéral ne fait pas à proprement parler partie de la scène groupusculaire éponyme, et a plutôt des liens avec les milieux punks de Montréal. Le groupe en tout cas se lâche avec un « Souvenirs Labyrinthiques » issu de son split avec Conifère sorti en mars dernier, donc avec Nakkabre déjà au micro, où il se permet un passage en chant clair - en français, bien sûr. Une performance hallucinante et hallucinée, qui me fera sans doute prendre une place pour le Samhain 2027, où le groupe vient d'être annoncé en compagnie de Conifère et de Miserere Luminis, où officie d'ailleurs le même batteur - vous suivez toujours ?
Darkened Nocturn Slaughtercult
Ocean Room
Matthias : C'est peu de dire que Darkened Nocturn Slaughtercult était attendu de pied ferme ; la formation germano-polonaise tourne relativement peu, ce qui fait de cette tournée 2026, qui passera par le Under the Black Sun, le Motocultor et le Night Fest, une occasion d'autant plus précieuse. Pour ma part, l'expérience remonte au In Theatrum Denonium IV, en 2019, juste après la sortie de Mardom - l'une de mes premières chroniques pour Horns Up, par ailleurs. Le groupe n'a toutefois plus rien sorti depuis, et si cela se justifie pleinement par les ennuis de santé d'Onielar, j'étais curieux à la fois de l'évolution de leur notoriété, et de comment allait la chanteuse.
La salle est comble, surchauffée, et la reine des ténèbres visiblement d'humeur pyromane. Toute de blanc vêtue, le visage enserré dans un cilice de métal, la voilà qui débarque sur « Mardom - Echo Zmory » sans la moindre harangue, la guitare apprêtée pour le carnage. Darkened Nocturn Slaughtercult ne professe ni les fioritures ni un black metal tellement brutal qu'il en deviendrait brouillon ; non, le groupe est dans la maîtrise absolue, dans l'exaction menée avec précision et méthode, tandis que de la gorge d'Onielar surgissent des huées d'outre-tombe qui mettraient des armées en déroute. J'ai coutume de comparer la chanteuse à ce que serait devenue Galadriel si elle avait fait sien l'Anneau unique ; c'est toujours vrai, et alors qu'elle enchaîne les anciens chants de Hora Nocturna, la Dame Blanche réduit Barad-dûr à l'état de graviers puis part à la conquête de Narnia dans la foulée.
« Ugh ! » en guise de cri de guerre et nous voilà à échanger des gnons, dans une ambiance de fin de festival enfiévrée à la bière tiède. Darkened Nocturn Slaughtercult nous ofre un concert d'anthologie, dans tous les sens du terme d'ailleurs, car si les morceaux de Mardom restent très efficaces, c'est l'occasion aussi de se faire les crocs sur des compositions plus anciennes. Et le groupe fait preuve d'une maîtrise rare ; sans réel jeu de scène, sans émulation, le concert reste intense d'un bout à l'autre – on slame sur du black metal, et il n'y a rien à en redire. La salle se videra toutefois vite, l'heure révolue, pour ne rien manquer de Gallowbraid. Geste compréhensible, mais qui fera manquer le rappel aux gens trop pressés ; un dyptique inattendu et particulièrement furieux « The Eviscerator » - « The Dead Hate The Living » qui nous laissera tous pantois, essouflés, et avides d'une nouvelle aussi belle démonstration de hargne sanguinolante.

Gallowbraid
Grand Hall
Malice : Je vais être honnête : la fatigue s'est faite sentir par moments ce jour, et j'ai été forcé de faire des choix – notamment celui de ne suivre que d'un oeil le set de Misthyrming, que j'ai trop souvent vu et ne m'a jamais transporté en live. De toute façon, tout ce qui comptait à mes yeux depuis la fin du set d'Emyn Muil était ce premier concert de Gallowbraid. Le projet culte de Jake Rodgers (Visigoth) n'a sorti qu'un EP devenu culte, Ashen Eidolon, et n'avait pas vocation à faire du live... mais l'organisation du Fortress Festival réalise des miracles.
C'est donc presque surréaliste d'entendre, sans ambages, le riff de « Ashen Eidolon » lancer ce concert très attendu. On était curieux du format live choisi par Jake Rodgers : il s'est tout simplement accompagné de deux membres de Visigoth à la guitare solo et à la basse, et du moins connu Xander Johnson à la batterie, actif dans divers groupes extrêmes aux USA. Mais qu'en est-il du chant et des claviers ? Rodgers se chargeait de tout sur album, mais il a décidé de céder le chant extrême, bien logiquement, à quelqu'un d'autre... et ce quelqu'un, c'est un certain London Bertoch (selon son pseudonyme sur Encyclopedia Metallum), qui s'est déjà produit ce dimanche. C'est en effet... Fief, qui sidère tout le monde par son chant black bien plus puissant que celui de Rodgers sur album. La ligne mélodique de « Ashen Eidolon », fil rouge du morceau, est toujours aussi catchy, le morceau déroule ses ambiances si variées, le chant clair de Jake Rodgers surgissant durant ce pont très épique. C'est carré mais surtout, le tout dégage une énergie et une sympathie folle – après tout, les 3/5e de ce line-up sont habitués à jouer ensemble. Et Mr Fief, lui, se révèle un frontman d'exception une fois sorti de son rôle de rat des donjons : il quitte son poste derrière le clavier (qu'il maîtrise évidemment à la perfection) pour venir chanter face au public et, progressivement, s'approprie la scène. Une vraie révélation.
La question qu'on se posait, c'était : qu'allait jouer Gallowbraid pour cette première, en plus de l'EP Ashen Eidolon qui ne fait que 48 minutes (en comptant le titre bonus) ? Jake Rodgers avait promis des surprises. Certains rêvaient d'un titre de Caladan Brood, son autre projet black metal atmosphérique, mais les ambiances paraissent trop distinctes. Je pensais personnellement qu'un ou deux morceaux fédérateurs de Visigoth, peut-être réarrangés, auraient pu faire l'affaire. Mais Gallowbraid va nous gâter : ce sont tout simplement deux nouveaux morceaux, « Leaf Dance » et « Stormcloud Memories », qui nous seront révélés en primeur. Le premier est incroyablement catchy, avec un refrain très heavy/power qui en fait presque du « Gallowgoth » (ou du Visibraid). Le second est plus épique, mais tous deux s'insèrent parfaitement dans le set et laissent surtout augurer d'un premier « vrai » album.
Le somptueux « Oak & Aspen », l'autre titre de la version « classique » de Ashen Eidolon, nous replonge en terrain connu et fait encore monter l'émotion. Puis, ultime friandise, Gallowbraid ponctue son concert de « Stone of Remembrance », avec ses sonorités folk mais aussi cette ligne vocale qui rappelle immanquablement le Battle Hymns de Manowar. Une conclusion absolument parfaite pour un concert d'une qualité époustouflante pour une grande première. Il y aura d'autres concerts, Gallowbraid étant d'ores et déjà annoncé au Fire in the Moutain, dans le Montana ; on ne peut que croiser les doigts pour que l'expérience plaise à Jake Rodgers et qu'il se décide à la pérenniser. Merci au Fortress Festival pour ce moment !

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[Merci au Fortress Festival pour l'accès presse et pour nous avoir fourni les photos, sans parler bien sûr de cette programmation exceptionnelle.]
[Crédits photos : Aleksandra ACIDOLKA Hogg]














