
Elderwind + Cân Bardd @ Gand
Asgaard Gand - Gand

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.
Quand le Cernunnos Pagan Fest, que je n'ai fait qu'une seule fois pour cause d'agenda systématiquement conflictuel, annonçait Elderwind (entre autres superbes noms) pour son édition 2026, j'étais décidé : cette fois, enfin, j'allais retourner à la Ferme du Buisson, écrin du festival, qui m'avait plutôt séduit à l'époque (ça date quand même de 2018 !), et y voir en live ce fantastique groupe russe qui n'a globalement sorti que des tueries, mais reste vraiment sur deux perles avec Fires et Older than Ancient.
Et patatras : encore une fois, me voilà forcé de déclarer forfait, étant à l'étranger pendant le Cernunnos. Pas d'Elderwind pour moi ? C'était sans compter sur l'extraordinaire programmation de l'Asgaard Gent, qui est décidément devenue l'une de nos valeurs sûres en Belgique. Pensez : en quelques années, on y a vu passer Sigh, Smoulder, Satan, Arkona ou encore les Frenchies de Belore. Bref : direction Gand pour cette belle affiche à laquelle s'ajoute le projet suisse Cân Bardd, qui a commencé à faire du live il y a quelques années de ça.
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Cân Bardd
Cân Bardd avait fait un joli buzz à l'époque de la sortie de son premier album, alors que la fièvre du black metal atmosphérique n'était pas encore passée. Je dois avouer qu'à l'époque, ils étaient passés sous mon radar, qui était un peu saturé de groupes à l'esthétique semblable et que je finissais par confondre – d'autant que, je le confesse sans gêne, je les ai toujours un peu mélangés avec Caladan Brood, qui me fait profondément chier (désolé Jake Rogers).
J'arrivais donc non seulement dans l'inconnu mais même avec un a priori négatif à ce concert, et j'ai été agréablement détrompé. « Une Couronne de Branches », le titre ouvrant le set après une longue intro qui nous plonge dans les alpages, est tout bonnement majestueux, le chant français amenant une véritable personnalité au tout. Ce final aux superbes harmonies vocales claires est vraiment l'une des plus belles choses que j'ai pu entendre dans le style depuis longtemps, probablement depuis le meilleur de Saor. Bien sûr, la référence est facile, surtout quand on sait que Dylan Watson, le batteur de Cân Bardd, a officié dans Saor le temps d'un album (Origins) et d'une tournée.
Bien servi par un son qui fait honneur à toutes ses nuances (notamment à la violoniste, assez bien mise en valeur malgré l'omniprésence de samples), Cân Bardd va servir un set qui oscille entre moments assez forts (« Celestial Horizon » et son pont martial à la Summoning) et passages franchement longuets, notamment la doublette finale « Devoured by the Oak ». Là où les Suisses ont une véritable personnalité quand Malo Civelli (le cerveau du groupe, qui n'était même pas majeur quand il a publié ses premiers morceaux !) chante dans sa langue, son fort accent quand il chante en anglais est très perceptible par moments, ce qui brise un peu la magie – je faisais le même reproche à Belore. Une maladie apparemment pas seulement française. Reste que le concert dans son ensemble est un joli tour de force, qui me rendra très attentif à la suite, Devoured By The Oak datant déjà de 2021.
Setlist :
Une Couronne de Branches
A Gift for Nature
Crépuscule
Celestial Horizon
Autumn Shore
Devoured by the Oak pt 1
Devoured by the Oak pt 2
Elderwind
Comme je l'ai expliqué plus haut, j'étais clairement là pour Elderwind. J'ai parlé de cette époque de fièvre du black metal atmosphérique : avec The Magic of Nature (2012), Elderwind a clairement été l'un des premiers fers de lance de toute cette mouvance « Pochettes de forêts et de pics enneigés/black metal contemplatif/claviers entre Burzum et Summoning ». Et loin de disparaître des radars, Elderwind a franchement continué à améliorer sa formule en quatre albums de haut vol, devenus de plus en plus épiques et rageurs. Longtemps projet studio, les Russes ont commencé à tourner en 2021, pour finalement lancer cette année cette première tournée européenne aux allures de rêve humide pour tout fan de black atmosphérique puisque sur de nombreuses dates s'ajoutait également Eldamar, pilier de la scène.
Encapuchonnés (on apercevra à peine leur visage pendant la grosse heure et demie du set), mais sans artifices excessifs, les Sibériens débarquent sur « Prospectors », entame très frontale du petit dernier Older Than Ancient, qui a un peu délaissé l'atmosphérique pour nager dans les eaux d'un black plus pagan à la Falkenbach. « Black metal from mother Russia ! », balance un Dmitry (basse) provocateur, qui récolte un discret « slava Ukraïna » en réponse. Pas le temps pour que le malaise s'installe, le très direct « The Relict » (Fires) met le public en transe. Ce qui saisit, c'est le côté très premier degré, presque violent, du tout. Elderwind joue très fort, Alexander Shirochenko (chant) toise le public du haut de son mètre 90. Il dira deux mots durant tout le concert : « Spasiba, blyat' ! ». Pas de traduction nécessaire. Le chant quasi-grégorien de Persy, fondateur du groupe, porte le plus mélancolique « The Greatness of the Ancient ». « Fires », sous des lumières rouges épileptiques, porte bien son nom – probablement le moment le plus fort du set, auquel s'enchaîne la mélodie guerrière de « Blood of the Sunset », l'un des nombreux extraits tirés de Older than Ancient.
Elderwind ira tout de même piocher dans ses vieilleries, bien plus atmosphériques, histoire de faire souffler le public qui attendait avec impatience le déjà classique « The Magic of Nature ». On voyage ensuite de la « Volga » à l' « Altaï » (croyez-moi, y'a une trotte) pour la doublette finale, d'abord épique (Falkenbach, encore !) puis mélancolique à souhait. Dans un style nettement moins théâtral que leurs compatriotes de Grima, mais avec cette même froideur sibérienne saisissante, Elderwind a conquis tout le monde. Ne les ratez pas, au Cernunnos ou ailleurs.
Setlist :
Prospectors
The Relict
The Greatness of the Ancient
Cold in the Soul
Fires
Blood of the Sunset
The Approach of Spring
The Magic of Nature
The Volga
Altaï














