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Album

28/10/16 - ZSK

Anagnorisis

Peripeteia

LabelVendetta Records
styleBlack Metal Américain
formatAlbum
paysUSA
sortieoctobre 2016
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Le Black-Metal, de par ses connexions avec bon nombre de folklores et de traditions ou diverses aspirations culturelles, brasse pas mal de sujets et on pourrait presque dire qu’on a tout vu dans le style. Enfin ça, c’était avant Peripeteia, le 3ème full-length du groupe américain Anagnorisis, originaire du Kentucky et en activité depuis 2003. Car oui, je pense bien que c’est la première fois que le thème lyrique d’un album de Black-Metal est… l’autobiographie d’un de ses propres membres, le chanteur Zachary Kerr. Certes, le Black-Metal a souvent été revendiqué comme un genre individualiste, mais Anagnorisis a choisi et osé cet extrême, quand bien même ce n’est pas un one-man band et que la tête pensante de la formation pour la musique est surtout le guitariste Zak Denham (Zachary ayant laissé la basse pour passer à 100% au chant). Il n’y a d’ailleurs dans le line-up d’Anagnorisis plus aucun véritable membre fondateur, le premier d’entre tous était Austin Lunn, désormais connu pour être l’homme derrière Panopticon. D’ailleurs Anagnorisis, parti d’un Black/Death à chant Death pour Overton Trees (2007), a fait évoluer son style au fil des années. Son BM était devenu nettement plus mélodique, plus atmosphérique, plus épique, plus symphonique même. Ce qui avait fini par nous donner l’excellent Beyond All Light qui remonte à 2013. Anagnorisis se démarquait donc un tantinet de la scène USBM, pour livrer un Black-Metal épique plus personnel, que l’on pouvait cependant considérer comme une version plus trve et moins pompeuse du Black Sympho de Ceremonial Castings. Mais avec un thème aussi fort que celui de Peripeteia, Anagnorisis va devoir à nouveau virer sa cuti pour s’ancrer dans les origines de son chanteur, l’Amérique et le Kentucky en particulier.

Anagnorisis va alors délaisser son style Sympho pour revenir à un Black-Metal plus terre-à-terre, et pour le coup, très « américain ». Il est difficile de ne pas discerner dans les 53 minutes de Peripeteia de nombreuses touches de collègues américains, dans un style restant certes plutôt atmosphérique mais aussi tranchant et efficace quand c’est nécessaire. Panopticon forcément, mais notamment Nachtmystium, ou encore Agalloch et Wolves In The Throne Room ou Manetheren, voire Leviathan et Krieg, sont autant de noms qui viennent à l’esprit à l’écoute du très enlevé Peripeteia. Certes, rien ici qui évoque l’extrême de Judas Iscariot ou Xasthur mais le son proposé par Anagnorisis ici est résolument américain. Le groupe n’en abandonne pas ses aspects mélodiques et son petit côté épique dans certaines montées de leads, et les claviers sont toujours là mais nettement plus discrets. Il en résulte un Black-Metal ni trop agressif, ni trop posé, suffisamment riche et varié, mais surtout intense et passionnant. Le tout est bien évidemment porté par la performance vocale de Zachary Kerr, forcément habité par sa prestation, avec un chant hurlé à fleur de peau digne du meilleur de Blake Judd et Imperial (et Wrest, bon avec moins de réverb quand même), et encore meilleur que celui de Beyond All Light qui était déjà remarquable. Ajoutez à cela une production authentique, sèche et abrasive mais totalement adaptée au style, et un mastering volontairement plus faible que la moyenne, tout comme pour Beyond All Light où le groupe revendiquait un mastering « soft » pour garder toute la dynamique du son. La Classe, avec un grand C.

Peripeteia est donc à la fois un disque moins personnel que Beyond All Light, mais forcément très personnel de par le thème abordé. Des samples, où Zachary était interviewé pour la radio alors qu’il n’avait que 4 ans, jalonnent ainsi "Disgust & Remorse, Pt I" qui est d’emblée une des sensations de cet opus, avec une première partie très intense puis une seconde partie où les mélodies proposées sont fantastiques, avec des ambiances dignes du meilleur du Black atmo américain, dans la lignée des plus beaux passages de Beyond All Light. "Disgust & Remorse, Pt II" est plus classique dans un paysage musical plus mélodique, mais Anagnorisis parvient à nous emporter facilement dans cet univers créé à partir de la jeunesse de son chanteur, grâce à son inspiration pour pondre de l’USBM très léché. Il y a ainsi de tout dans un morceau comme "5306 Morningside", entre atmosphères désolées, accélérations salvatrices, et rythmiques efficaces. On reste encore scotché devant les 12 minutes d’un morceau libérateur comme "Peripeteia", peut-être l’œuvre la plus proche de ce qui avait été fait pour Beyond All Light, avec une epicness constante portée par de magnifiques envolées et des passages BM encore une fois très intenses. Si le très mélodique (voire cotonneux par moments) "Metamorphosia" est assez touchant (avec une partie finale monumentale) bien que classique, la pièce la plus remarquable de Peripeteia se nomme "Black Skies Over Nothigness". Anagnorisis se la joue carrément Burzum avec des synthés et effets glauques que n’aurait pas renié Varg pour Filosofem, en plus de riffs répétitifs particulièrement lancinants et d’un chant saturé à l’avenant. Ajoutez à ça un refrain très mordant et l’on tient un des hits de BM de l’année.

Et Peripeteia concourt facilement au titre d’album de Black-Metal américain de l’année (surtout qu’il n’y a pas vraiment de concurrents pour le moment). Il est vrai qu’Anagnorisis a un peu perdu ce qui faisait le charme de Beyond All Light, mais il en gardé certains des éléments précieux tout en gagnant en efficacité. Passé le stade d’adaptation à la production et aux influences, on déguste Peripeteia pour ce qu’il est, un excellent disque d’USBM, incisif, enivrant, intense et épique, travaillé et cohérent (à l’image de l’intro "Transparent -" et l’outro "Transparent +", qui se rejoignent pour former une boucle). Des moments forts jalonnent cet album de 53 minutes très inspiré, qui est porté par un sujet fort, apportant non seulement une plus-value au niveau lyrique mais aussi au niveau de la performance des musiciens, forcément concernés par le sujet et notamment son chanteur Zachary Kerr qui livre une prestation assez ultime pour le genre. Sujet original pour un album qui musicalement l’est peut-être moins, mais on avait pas entendu un aussi bon disque de la part d’un groupe assimilable à la scène USBM depuis un moment (hors gros cadors). Et quand on sait que l’avenir de Nachtmystium est hautement incertain (certes, le groupe est censé avoir splitté mais on ne sait jamais, à la mention « The Final Album » je réponds « à d’autres… »), il y a une place à prendre, et outre les Polonais d’Entropia pour le côté psychédélique de Nachtmystium, Anagnorisis peut facilement rivaliser avec la formation d’Azentrius pour le côté purement BM… et Peripeteia le prouve aisément. Une autobiographie musicale façon USBM, il fallait oser, Anagnorisis l’a fait et c’est une réussite.

 

Tracklist de Peripeteia :

1. Transparent − (1:36)
2. Disgust & Remorse, Pt I (5:07)
3. Disgust & Remorse, Pt II (7:53)
4. 5306 Morningside (5:14)
5. Night Skies Over Nothingness (9:27)
6. Peripeteia (11:57)
7. Metamorphosis (8:07)
8. Transparent + (3:37)