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Album

05/08/16 - ZSK

Fyrnask

Fórn

LabelVán Records
styleBlack Metal rituel
formatAlbum
paysAllemagne
sortiemai 2016
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Le Nord (pas celui de Dany Boon), le Grand Nord (pas celui de Westeros non plus (quoique…)), a été et est toujours une source d’inspiration pour bon nombre d’artistes situés plus au Sud que le Nord, surtout dans le domaine du Black-Metal. C’est ainsi que depuis ses débuts, le one-man band germanique Fyrnask s’est échiné à donner un souffle nordique à son art noir, poussant même la chose jusqu’à chanter en (ancien ?) norvégien. L’Allemagne est une terre de Black atmosphérique, Fyrnd l’a bien compris mais a choisi de développer ses propres atmosphères plutôt que d’aller chasser sur les terres d’Agrypnie, Geïst et consorts, même si des formations comme Nagelfar ou The Ruins Of Beverast font probablement partie de ses influences. Pourtant, un The Ruins Of Beverast pour ne citer que lui pourrait bien être un nom qui va ressortir à l’écoute de Fórn. Avant ça, Fyrnask avait livré, passée la démo Fjǫrvar Ok Benjar (2010), deux belles pièces de Black-Metal atmosphérique, froides et résolument nordiques, Bluostar (2011) et Eldir Nótt (2013). Deux œuvres portées par les riffs implacables et intenses, l’atmosphère glaciale amenée par une production forestière, et par cette voix déchirante qui vient du fond de l’ambiance, qui vient de loin nous annoncer l’arrivée des vikings sur les terres allemandes, en pleine nuit à la lumière de leurs torches. Mais aussi, et c’est une des caractéristiques du projet, par ces incursions de « Ritual Ambient » à l’occasion d’intros et d’interludes, originalité de Fyrnask qui lui vaut parfois le sobriquet de « Black Metal rituel ».

Pourtant, au sein de Bluostar et Eldir NóttFyrnask se démarquait surtout par la qualité de ce Black-Metal nocturne des forêts enneigées, avec des riffs/trémolos crus, certes peu originaux dans l’absolu mais plutôt prenants. Si Bluostar était assez linéaire, il permettait surtout de voir ce que Fyrnd avait dans sa besace, et Eldir Nótt avait confirmé le potentiel du projet avec notamment des morceaux plus marquants comme "Saltrian" aux riffs incroyablement intenses. Fyrnask aurait pu continuer sur cette belle voie mais il a choisi, comme beaucoup de formations passant le cap du troisième album, d’évoluer. Le passage de Temple of Torturous à Ván Records, connu pour ses formations parfois étranges et mystiques (bon en même temps le premier aussi a ses bizarreries…), va amorcer l’évolution de Fyrnask vers quelque chose de plus tordu. On aurait déjà imaginé le projet choisir de totalement fusionner Black-Metal et Ritual Ambient, mais à voir la structure de Fórn, on constate que les interludes ambiants sont toujours de la partie, et de ce côté Fyrnd ne va pas changer son fusil d’épaule avec toujours ces ambiances variées (le venteux et grégorien "Forbænir", les flûtes de "Vi Er Dømt", le cristallin "Urðmaðr", le throat singing de "Fornsǫngvar"), véritablement rituelles et posant toujours cette ambiance forestière nocturnale si particulière. Mais cette fois-ci, quand le Black-Metal prend ses droits et vient occuper tout le paysage, il va tenter de se diversifier plutôt que d’aligner les riffs tranchants comme le projet le faisait (et avec brio) par le passé. Avec sa pochette toujours remarquable (à noter que le digipack est serti de lignes dorées et qu’il est accompagné d’un beau slipcase, Ván Records soignant toujours l’emballage comme il avait pu le faire pour le second album de Sulphur Aeon) mais plus intrigante que les colombes de Eldir Nótt, voilà les 50 minutes de Fórn et le « nouveau » Fyrnask.

Avec son départ hyper cru, on reconnaît pourtant bien Fyrnask dès "Draugr". Mais la façon de poser les compos a tout de même plutôt évolué : l’ensemble est toujours intense quand il accélère le tempo mais le paysage sonore devient plus chaotique qu’« agressif », des dissonances font leur apparition, ainsi que des solos déglingués, le chant (toujours aussi lointain et volontairement en retrait) est encore plus arraché, quelques lignes déclamées se font également remarquer. Fyrnd se lâche encore plus que pour Eldir Nótt mais nous livre un riffing légèrement plus tordu et expérimental. Si le plus aéré "Niðrdráttr" est néanmoins plus classique (avec à la clé de beaux moments mélodiques et atmosphériques, portés par ces vocaux clairs bien nordiques), Fyrnask nous propose vite la véritable bizarrerie de Fórn avec "Agnis Offer" (qui avait d’ailleurs été dévoilé en single), parsemé de riffs crus étranges, de vocaux étonnants, de claviers mystiques, d’arrangements mélodiques gracieux, et même de percussions tribales. Le projet allemand prend presque une tournure avant-gardiste voire psychédélique avec ce genre de piste, et c’est là que Fórn surprend et montre de nouvelles capacités pour Fyrnask. Fyrnd nous embarque donc dans son chaos et "Blótan" continue dans la lignée de "Draugr", avec une intensité apocalyptique portée par les couches de guitare qu’il faut assimiler, et également appuyée par des riffs chaloupés et un final bien épique. Et "Kenoma" achève la direction plus virevoltante prise par Fyrnask en mixant bien le classicisme atmosphérique de "Niðrdráttr" et le chaos de "Draugr" et "Blótan", grâce aux riffs plus tordus et aux vocaux hallucinés (criés comme clairs) qui font mouche et apportent un plus non négligeable à ce que le projet faisait jusque là.

Fórn se termine avec la magnifique et touchante outro de luxe "Havets Kjele", au violon bien triste et prenant, ce qui amène un calme apocalyptique à cet album tout de même assez chaotique, bien que toujours constamment aéré par les interludes ambiants. Il faut toujours se faire à cette production bien rude, tout comme Eldir Nótt mais cette fois-ci Fyrnd a en plus choisi de complexifier ses compos, ce qui pourra rendre l’ensemble assez confus pour certaines oreilles impies. Souvent efficace mais parfois un peu trop bizarre ("Agnis Offer", à part dans l’album et qui surprenait tellement en single qu’on pouvait le trouver ragoûtant), à l’image des lignes de chant de tout l’album d’ailleurs, Fórn est une expérience à tenter quoi qu’il en soit, signe d’un musicien qui se lâche et qui évolue à sa manière, après deux albums très réussis mais à qui il manquait un plus pour se démarquer. Avec ce troisième album, Fyrnask a donc trouvé son « plus », espérons que ça ne soit pas un « moins » pour ceux qui avaient apprécié les deux premiers albums en leur état, avec peut-être des réserves sur le son. Ma préférence reste sur Eldir Nótt mais ce que développe Fyrnask sur Fórn est intéressant, à défaut d’être totalement abouti ou convaincant (et il est toujours dommage que les interludes, bien que très bons, demeurent cloisonnés du reste), puis les bons riffs Black décapants sont toujours là mais après deux albums nordiques, le projet allemand semble être sur le point de trouver sa propre voie, parmi le chaos provoqué par ses rituels, sources d’hallucinations auditives remises en musique sur cet étonnant Fórn.

 

Tracklist de Fórn :

1. Forbænir (4:59)
2. Draugr (7:48)
3. Niðrdráttr (9:05)
4. Vi er dømt (2:35)
5. Agnis Offer (4:00)
6. Urðmaðr (0:56)
7. Blótan (6:12)
8. Fornsǫngvar (1:55)
9. Kenoma (7:54)
10. Havets kjele (5:07)