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Mes 18 ans en 12 albums : l'année 2006 de ZSK

samedi 2 mars 2024
ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Passer par cette épreuve très personnelle de l’agenda du metal de ses 18 ans va devoir me faire passer aux aveux. Si du haut de mes 36 ans en date de rédaction de cet article, je peux paraître comme un vieux de la vieille, en réalité je suis quelqu’un de bien tardif. J’entends par là, que mon parcours de metalleux n’est pas franchement « adolescent ». A l’âge où certains tapaient ici dans du Children Of Bodom alors qu’ils étaient encore au collège, mes passions musicales se situaient plutôt dans… la techno. Après tout, je ne viens pas d’un univers familial très rock, quand bien même mes parents avaient On Through The Night de Def Leppard dans leur tour à CDs - ce n’est pas pour autant qu’ils avaient jugé utile de me le faire écouter. Si je dois faire l’aveu de tous les aveux, le premier « vrai CD à moi » était Chronologie de Jean-Michel Jarre, sorti en 1993. Suggéré par mes parents encore, qui avaient une appétence pour le célèbre artiste électronique français. Entre les compilations Synthétiseur que je possédais au format cassette (oui, je suis vieux), c’était vraiment les débuts de mes premières écoutes musicales volontaires, entre ce que je pouvais écouter d’un peu plus mainstream sur les radios allemandes (coucou Eiffel 65), étant frontalier depuis ma naissance en Moselle. Bon, pour être hipster avant l’heure, mon père aurait pu me faire écouter ses vinyles de Klaus Schulze, mais c’est peut-être parce que ma mère l’empêchait de passer « sa musique incompréhensible des années 70 là », allez savoir. Et dire que maintenant, ils me disent tous les deux que j’écoute que du bruit, mais soit.

Avant, ZSK, il écoutait ça.

Ma découverte du métale alors, puisque j’écris sur un webzine metal, hein ? C’est donc plutôt vers le milieu des années lycée. Peu de temps auparavant, j’avais pu déjà être guidé vers un semblant de musique extrême, vers un semblant de transition. De la techno (la techno mainstream, pas les trucs de tefeurs, hoh), je suis donc passé à ce qu’on appelait la « makina », musique qui se situe grossomodo entre trance et hardtek avec une scène notamment active en Espagne au début des années 2000. Le metal ? A part vaguement Linkin Park qui passait à la radio, c’était pas vraiment mon délire. Même si avec le recul, je me rendais compte que j’avais accroché sur « Nothing Else Matters » de Metallica qui passait sur les chaînes de clips allemandes dans sa version orchestrale. Mais l’univers metal, même de très loin, ça me passait au-dessus… Je me moquais allègrement de la sorte de bande avec toute la panoplie (longs cheveux blonds de vikings, t-shirts de groupes, cloutières aux poignets - je sais pas si c’était autorisé par le règlement intérieur) qui traînait dans la cour du lycée. Malgré tout, j’avais une bande de potes au village qui eux, écoutaient un peu de metal. Alors, je passais des après-midi gaming (sur un petit écran cathodique divisé en 4, je le redis, je suis vieux) avec Rammstein, System Of A Down et KoRn qui dégueulaient de la vieille chaîne hi-fi sans trop rien dire. Et puis, à force, bah forcément, le déclic s’est fait. Un beau jour où, situation totalement improbable, j’ai du faire une sortie dans les Vosges avec l’auto-école, le moniteur a décidé de mettre Reise, Reise de Rammstein dans l’auto-radio, au grand dam de certains passagers. Puis moi de fredonner dans ma tête certains morceaux que je connaissais déjà de par mes potes. Le virus était donc rentré. Quelque part en 2004, à 17 ans.

Mon tout premier morceau de « metal », finalement.

La suite ? J’ai donc demandé à mes potes de me graver tout ce qu’ils avaient en stock en CD-R (#pirate), histoire de pouvoir m’y mettre un peu plus sérieusement chez moi. Alors bien sûr, on parle de quelqu’un qui découvre le metal en 2004, sans internet, ou un internet payant à la minute avec un modem qui fait des bruits bizarres quand il se connecte et qu’on doit couper si quelqu’un veut passer un coup de fil. Donc on fait avec ce qu’on a, d’autant que je n’étais pas franchement dans un milieu qui avait des contacts pour faire du tape-trading dans les règles de l’art. Quand un pote arrive à récupérer le reste de la disco de Rammstein en gravé - sans les tracklists, on nommait les morceaux au jugé avec nos notions d’allemand - c’est un évènement. On découvre Slipknot de la même manière, eh oui c’était la grande époque du néo. Quand un pote achète un magazine « rock hors-série gothique », on découvre Nightwish et Within Temptation - et même Katatonia ! On passe au Leclerc du coin acheter du Limp Bizkit avec l’argent de poche, ou encore du Static-X en Allemagne. Et mieux encore, un beau jour de 2005, un pote ramène d’un pote un CD rempli de mp3, et là on passe et surtout je passe à une autre dimension… Dedans, du Caliban, du As I Lay Dying, du Kataklysm, de la BO de Saw et Matrix, du Finntroll, du Arch Enemy, un petit peu de Dimmu Borgir et surtout, du In Flames et du Dark Tranquillity. C’est vers ces deux derniers noms qui deviendront illustres que mon parcours trouvera la suite de sa voie, le mélodeath. Ce qui sera sans le savoir ma véritable porte d’entrée vers le metal extrême. Qui une petite année plus tard connaîtra un coup d’accélérateur, via deux choses importantes. La première, et on ne va pas se mentir, c’est l’arrivée en campagne de l’ADSL, qui permettra les premiers téléchargements via la fameuse Mule. La deuxième, c’est le passage à la vie étudiante, une fnac à proximité (avec déjà du Dimmu Borgir ou du Therion récupéré), des magasiniers fournisseurs de mags metal, Hard’n’Heavy et Metallian en tête, avec bien sûr leurs CD samplers. A partir de là, le metalleux naissant que j’étais va pouvoir élargir sa Culture. 2006 sera donc l’année charnière de mon parcours qui me mènera à l’amateur de musique que je suis aujourd’hui, avec mine de rien beaucoup de rites de passage, qui guident encore mes écoutes actuellement. Voici donc, témoignage de mon aventure, une liste de 12 albums marquants qui ont jalonné mes 18 ans - bon je triche ici, 2006 c’était l’année de mes 19 ans, mais je suis de fin d’année alors ça passe.

C'est donc avec ça que tout a commencé...

 

In Flames - Come Clarity (7 février)

On commence l’année, chronologiquement, avec un album qui n’est absolument pas une découverte vu que In Flames a donc fait partie des premiers groupes « extrêmes » arrivés jusqu’à mes oreilles les deux années précédentes. Mais disons que c’était déjà l’excitation de voir, enfin, un des groupes qu’on avait découverts et appréciés de suite sortir un « nouvel album » (ça a d’ailleurs été pareil un an plus tard quand Dark Tranquillity a sorti Fiction). Alors bien sûr, ce Come Clarity et ses touches « néo » décriées à l’époque - ce dont les profanes comme moi se fichaient bien en ces temps - a été difficile à juger objectivement. Mais encore une fois, et ce bien avant d’être un « critique musical », on ne peut que profiter, sans prise de tête, sans déception, à se trouver de nouveaux tubes comme « Take This Life », « Leeches » ou « Crawl Through Knives », qui m’avaient accompagné pendant mes vacances d’hiver et même le reste de l’année. Si depuis ce n’est plus mon album préféré d’In Flames, je n’en ai pas honte du tout, et bien sûr c’est devenu un magnifique appeau à nostalgie. Nostalgie de ce qui était aussi peut-être une période de transition sous couvert d’une forme de continuité…

 

Dagoba - What Hell Is About (20 février)

… Mais avant, promis, c’est déjà le dernier album beaucoup trop normie dont je vais parler dans cette rétrospective mais la transition vers le metal le plus extrême est de toute façon toujours trop lente (déjà que j’avais mis du temps à lâcher le metal sympho)… Je ne saurai vraiment dire comment je suis tombé sur le deuxième album des marseillais de Dagoba (d’autant que je ne connaissais pas le premier - que je n’ai trouvé en CD que bien des années plus tard) mais il me semble que c’était un achat à l’aveugle (ce qui m’arrivait parfois, voire même souvent peu après) sur base d’une info probablement vue sur un sticker : la présence de Vortex de Dimmu Borgir en invité. Mais ça en valait la peine, surtout que What Hell Is About, avec des influs évidentes de black sympho qui agrémentaient leur groove metal sautillant (qui était difficile à classifier avec mes connaissances d’époque), reste ce que le groupe a produit de meilleur, et avait donc su m’accrocher avec une mixture qui m’était quelque peu inédite et un background que je ne comprendrais que bien plus tard (Fear Factory en tête que, oui, je n’avais pas écouté dans mes premières années). Groupe que, par manque d’infos, je pensais à l’époque être… danois au vu des informations qui figuraient dans le livret. Foutus pseudos de musiciens métale tiens.

 

Ajattara - Äpäre (22 mars)

On passe donc de suite dans un registre qui sera ici nettement plus « extrême », ou tout du moins plus sombre que Dagoba ou même Dimmu Borgir. Et j’entame la liste de mes nombreuses découvertes de l’année via des papiers de Hard’n’Heavy. Ce groupe qui m’était totalement inconnu (comme beaucoup d’autres ceci dit, forcément - et qui restera au passage le groupe le moins « connu » de cette menue sélection) m’avait donc intrigué par sa critique très enthousiaste flanquée d’un 4.5/5 (et je voudrais déjà bien remercier Zoltar à ce niveau, si c’était lui l’auteur, hélas j’ai perdu tous ces mags dans un dégât des eaux…). La découverte n’en fut qu’une immense claque. Je mettais sans le savoir les pieds dans un univers qui m’était inconnu et que je ne creuserais que bien plus tard - le dark metal finlandais. Cette grosse prod, cette ambiance maléfique, ce chant en finnois menaçant, tout ceci avait de quoi impressionner un metalleux de 18 ans qui met à peine les pieds dans l’extrême. Mais même si j’ai touché à plus violent depuis - Ajattara n’est pas non plus du « pur » black metal de toute façon - cet Äpäre reste un excellent disque que j’ai même pendant longtemps considéré comme mon album de l’année 2006 (et tant pis si sur certains sites spécialisés j’ai longtemps vu des experts seriner « oui mais non il est nul cet album Kuolema et Tyhjyys sont bien mieux »…). Un groupe relativement hors des radars pour mon premier top 1, limite à l’image de mes tops 1 futurs, comme une sorte d’avant-garde…

 

Scar Symmetry - Pitch Black Progress (21 avril)

Si la mémoire me fait un peu défaut (on me taxe souvent d’archiviste maladif pourtant) quant à la véritable chronologie de la découverte de Scar Symmetry - surtout vis-à-vis de la question des growls que j’aborderai sur un autre album un peu plus bas, je pense que cet album est arrivé dans son intégralité à mes oreilles bien plus tard dans l’année. Mais qu’importe, l’écoute de ce qui était le deuxième album des Suédois avait déjà reconfiguré mon approche du mélodeath et presque rebattu les cartes. Pitch Black Progress avait tout : une approche plus « progressive » (un terme que j’apprenais à peine à comprendre), un touché plus moderne et futuriste qu’In Flames et compagnie, et surtout l’alternance incroyable entre growls et chant clair, qui ont fait de Christian Älvestam un des premiers vocalistes de metal qui m’a réellement impressionné dans sa capacité à mélanger les styles et à se faire dire « putain, mais c’est le même mec qui fait les deux voix ? il est trop fort ». Le soufflé était vite retombé par la suite (le trop-plein d’Holographic Universe…), mais dans mon parcours musical, Pitch Black Progress fut indubitablement un de mes albums de chevet, qui m’a fait comprendre qu’on pouvait faire d’autres choses sur les bases mélodeath, et que le metal évoluait en fait à grande vitesse sous mes yeux.

 

Arcturus - Shipwrecked In Oslo (22 mai)

Alors là, on va toucher à ce qui est une des découvertes les plus importantes mais aussi les plus bizarres sur la manière. Je ne sais comment j’avais entendu parler d’Arcturus - probablement un papier dans un des magazines, encore - mais ce que je sais, c’est que je voulais voir ce que ça donnait tout de suite, motivé par un quelque chose qui m’a échappé aujourd’hui. Mais comme je n’avais pu mettre la main sur un album studio de prime abord, bah je me suis donc rabattu sur ce DVD live qui venait de sortir. Et là aussi, immense claque, devant le metal perçu comme théâtral des norvégiens, avant que je n’encaisse l’essence du terme « avant-gardiste ». Découvrir aussi Arcturus par son côté visuel (les costumes, les danseuses, les visuels un peu psyché apposés sur le DVD…) était une expérience étrange, presque repoussante, mais j’ai su franchir le cap, intrigué et aussi convaincu par la musique ; d’autant que le nom de Vortex ne m’était pas inconnu et je pense que c’est un contexte où on se rapproche facilement de ce qu’on connaît. Si bien vite The Sham Mirrors était devenu un de mes albums de référence (top 3 et pas troisième ni même deuxième…), j’avais aussi plongé dans le versant le plus spatial et avant-gardiste du metal, et c’est une des lignes directrices que je suis encore aujourd’hui…

 

Celtic Frost - Monotheist (30 mai)

Bon, ceci est probablement une des découvertes les plus faciles de l’année 2006, surtout vu comment les rédactions de Hard’n’Heavy et Metallian étaient dithyrambiques à son sujet. Mais il fallait faire l’effort, d’autant que le metal ultra noir qui signait le retour de Celtic Frost n’était pas forcément facile à encaisser par un metalleux dont le groupe le plus extrême qu’il connaissait six gros mois auparavant n’était guère que Arch Enemy. Alors j’y ai mis le temps, en réalité. Mais tout de même, le metal si sombre de Monotheist est un gouffre de noirceur dont il est difficile de sortir. Et que dire des sensations provoquées par un « Totengott » ou même un « Winter », qui à la fois repoussaient les limites de ce que j’écoutais et me faisait questionner mon rapport à toutes les musiques en général. Et à la fois, il fut aussi question de se plonger dans l’Histoire même du metal, avec la découverte par ricochet des précédentes œuvres de Celtic Frost et même de HellhammerMonotheist était l’album à ne pas rater quand on creusait vraiment la question du metal en 2006, c’est une évidence.

 

Strapping Young Lad - The New Black (11 juillet)

Lancer le disque sampler de Hard’n’Heavy sur son PC pour y découvrir le clip de « Wrong Side », et buguer méchamment. C’est quoi ce metal indescriptible, avec une suite d’images délirantes, menés par un mec dégarni à dreadlocks qui me gueule à la tronche tout autant qu’il joue de la guitare en smoking avec un sourire béat ? J’allais, sans le savoir, découvrir l’univers de Devin Townsend et ça allait être très violent. Je ne pouvais que totalement détester ou totalement aimer, et c’est la deuxième option que mon inconscient a choisi. Alors certes, cela s’est fait par le biais d’un des albums les moins appréciés de Strapping Young Lad - je me demande même si la critique n’avait pas été tendre avec dans ledit magazine… - mais j’ai bien vite accroché à cet album justement plus accessible, avec des grosses baffes improbables comme « You Suck » ou « Far Beyond Metal ». Impossible à mettre dans une quelconque de mes cases à l’époque, mais c’est justement ça qui a d’autant plus renforcé mon architecture personnelle et ouvert mon esprit à ce que tout le metal pouvait offrir, premier ou second degré. Inutile de dire que le cultissime City est ensuite arrivé bien vite à moi… et la discographie solo de Devin Townsend par la suite.

 

Lamb Of God - Sacrament (22 août)

Ceci reste à mon avis le plus grand paradoxe de mes découvertes vraiment brutes et immédiates de cette florissante année 2006. Car je pense que je n’étais pas le public le plus à même d’apprécier Lamb Of God, quand bien même je pouvais aisément rentrer dans le critère - metalleux en devenir plus ou moins jeune ado. De plus, les influences citées - Pantera et Slayer - me laissaient un peu de marbre, je n’ai en vérité su apprécier Slayer que bien plus tard et Pantera est toujours un groupe que j’ai honni et 18 ans après c’est encore le cas. Lamb Of God arrivait à peine en Europe avec Sacrament - son quatrième album - et ce de manière un peu incongrue, notamment par le biais de cette interview ultra limitée et lunaire dans Hard’n’Heavy, qui avait laissé pantois les journalistes mais qui de bonne guerre, avaient tout de même élu Sacrament album du mois. Des Américains bien bas du front qui faisaient du metal pour américains, quoi. Mais le charme a pu opérer chez moi, du clip bien rigolo de « Redneck » qui est vite devenu un délire entre potes, jusqu’aux autres gros tubes de l’album (« Walk With Me in Hell », « Again We Rise », « Descending »…) qui sont apparus après bien des écoutes. Alors ça n’a pas influencé plus que ça mon parcours relativement limité niveau groove/thrash, mais quand même, c’est un album solide, et puis j’ai presque toute la disco du groupe chez moi maintenant, en fait.

 

Darkspace - Dark Space I & Dark Space II (10 septembre)

Alors oui, ce paragraphe est en soi une immense triche. Déjà parce qu’il regroupe deux albums, ensuite parce qu’on parle de deux disques sortis en réalité respectivement en 2003 et 2005. Mais soyons honnêtes, beaucoup de monde a découvert Darkspace avec la réédition par Avantgarde Music de ces deux albums sortis auparavant dans un underground difficilement accessible par le jeune metalleux que j’étais (et pas le seul). Et voilà la transition la plus directe et la plus rude que j’ai vécue dans mes premiers amours du metal extrême, passant littéralement de Dimmu Borgir à Darkspace dans l’échiquier du black metal (oublions les Ajattara et même Celtic Frost, voire encore 1349 que j’avais écouté vite fait à un moment). Pourquoi ? Je pense que le côté spatial et extraterrestre de Darkspace tel qu’il était décrit dans les magazines m’a séduit. Comment ce black metal censé être ultra lo-fi pour l’expérience de mon système auditif d’époque a pu ne pas me faire stopper net l’écoute ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Peut-être l’ambiance, le côté mystérieux, le goût de l’aventure, je n’en sais trop rien. Toujours est-il que la claque fut d’un niveau interstellaire, probablement à jamais la découverte la plus saisissante, la plus radicale et finalement la plus influençante de mon parcours musical tout entier. Et 18 ans après, Darkspace ne m’a jamais quitté. Unis à jamais, dans le cosmos le plus profond et le plus noir.

 

Unleashed - Midvinterblot (6 octobre)

Si 2006 a été l’année de mon premier touché évident dans l’univers du black metal, qu’en est-il… du death metal ? Eh bien, même si j’étais déjà un peu préparé par le saint mélodeath, pas grand-chose. Car une chose me bloquait : les growls. Oui, même pour essayer un Opeth par exemple. Ce qui est paradoxal parce qu’au jour d’aujourd’hui c’est ce genre de voix rauques que j’affectionne le plus mais les voies du parcours métalliques sont impénétrables… Alors Unleashed, en soi, c’est du vrai death metal, même un peu moins « rasoir » que la moyenne du death suédois donc déjà un peu plus accessible. Mais la voix un peu moins grave de Johnny Hedlund, plus intelligible, donc là aussi plus accessible, m’a un peu moins repoussé. Bingo : je touchais du doigt du bon vrai death metal et si j’ai mis du temps à plonger le corps tout entier, le premier verrou sautait. Cerise sur le gâteau, Midvinterblot était un putain d’album (avec des purs solos, alors que je m’en battais aussi les couilles, des solos), même si j’en avais un peu rien à foutre du côté viking (eh oui, pas d’Amon Amarth pour commencer, même si With Oden On Our Side était sorti la même année), on va dire que ça m’a quand même botté pour le folklore du metalleux moyen, tout ça. Et Midvinterblot reste un de mes albums préférés de death metal all time, il doit même être sur le podium. Juste à cause de la nostalgie ? Peut-être après tout…

 

Anaal Nathrakh - Eschaton (16 octobre)

Et pour terminer sur cette année riche en découvertes diverses et variées sous le joug du metal extrême, attardons-nous sur ce qui a été une dernière claque et une improbabilité certaine au vu de l’étrangeté du truc. Le mélodeath à chant clair et growls de Scar Symmetry ? Déjà balayé par le grindcore blackisé à chant clair d’Anaal Nathrakh. Est-ce un truc à faire écouter à un metalleux de 18 ans en pleine mue metallique qui ne sait même pas ce que « grindcore » veut dire ? Assurément pas. Dans ma grande logique, je ne pouvais donc qu’accrocher, après un petit temps d’adaptation et déjà un fort goût de « reviens-y ». D’autant que Eschaton était présenté par la critique comme révolutionnaire… même si avec le recul, elle n’avait pas du écouter Domine Non Es Dignus (2004). Mais qu’importe. Le chant clair fut peut-être une porte d’entrée en soi, mais Eschaton était une porte ouverte vers certaines atrocités du metal extrême. C’est sûr que découvrir un tel groupe par une chanson qui s’appelle « nous sommes nés entre la pisse et la merde », c’est jeter un œil vers les dégueulasseries du metal extrême encore plus extrême. Et Eschaton de devenir, à mon niveau, un petit culte qui m’a ouvert certaines voies, d’autant que le groupe n’a cessé de vouloir l’égaler ensuite… sans jamais y parvenir et surtout, retrouver le contexte d’époque qui avait mis une baffe à (presque) tout le monde.

 

H.O.P.E. - Reason And Divine (date inconnue)

Une dernière petite chose car je n’ai pas tant évoqué les découvertes que j’ai pu faire par le biais de Metallian, ni de choses un peu moins connues qui étaient arrivées à mes oreilles. Car oui, avec un peu de doigté, même dans ses débuts on peut déjà creuser l’underground. Sur un sampler de Metallian figurait donc le bien étrange H.O.P.E. (pour Human Or Pain Existence), projet solo français qui pratiquait un black metal avant-gardiste et symphonique disant être également influencé par… Muse. Même dans mes années à vaguement écouter des radios pop/rock, je n’en avais pourtant rien à carrer de Muse. Ce n’est donc probablement pas pour ça que H.O.P.E. m’a séduit, mais davantage pour son black metal assez électronique et même un peu spatial, avec un chant clair maîtrisé et intriguant. Une découverte d’un mélange assez inédit pour mon regard d’époque sur les possibilités du metal, qui a l’instar d’Arcturus a forgé mon appétence pour tous ces projets assez uniques sortant des sentiers battus, une quête permanente d’originalité et de singularité qui me guide encore aujourd’hui. Et depuis, j’en ai trouvé, des choses originales !

 

Si je n’allais pas faire tout le listing (mon profil sur Rateyourmusic recense quand même 241 albums sortis en 2006), je peux quand même terminer par un léger name-dropping de ce que j’ai pu découvrir également cette année-là, même s’il y a très probablement des disques que j’ai découvert dans leur intégralité l’année suivante, et on avait dit qu’on ne trichait pas. Je peux noter que ce fut une forte année black metal, premier genre de metal extrême que j’ai vraiment creusé, avec notamment des sorties de la part de Keep Of Kalessin, Satyricon, Merrimack, Urgehal, Zarathustra, Negură Bunget, Melechesh, ou encore Carpathian Forest, Dissection, Gorgoroth, Fall Ov Serafim… J’ai pu aussi commencer à creuser la question industrielle et « cyber metal » (Ministry, Scongrain), continuer à digger le mélodeath (Disarmonia Mundi) et même lorgner sur la scène française (Hord…). Le parcours a donc continué, lentement, connaissant un autre coup d’accélérateur avec la découverte des webzines et en particulier de Spirit Of Metal puis VS Webzine, mais à partir de là c’est une toute autre partie de l’aventure…