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mercredi 20 octobre 2021

Slift + Decasia @ Paris

Petit Bain - Paris

Circé

hell god baby damn no!

Presque un mois jour pour jour que je reprenais le chemin bien connu de tout parisien vers Petit Bain après deux ans d'absence au compteur. Une remise en jambe de haute volée avec Dvne et une salle pleine – tout comme ce soir. Ce petit rituel familier d'aller en concert, accompagné de l'arrivée de l'automne, ont cette douce sensation de retour à la normalité qu'on a envie d'espérer complet et définitif. Pourtant, le pass sanitaire est bien là – mais les restrictions sanitaires comme la pesanteur de la pandémie s'oublient vite dès qu'on descend les marches vers la salle. Et elles n'ont en tout cas pas dû en décourager beaucoup, vu la vitesse à laquelle les places se sont vendues dès l'annonce de la date. Et pour cause, les toulousains à l'honneur ce soir n'ont fait que confirmer leur statut de (futur) poids lourd des galaxies psychédéliques françaises. Avide de découvrir la planète Slift en chair et en os, j'embarque donc sur le vaisseau flottant qui fait office de salle de concert pour ce voyage plein de fuzz.

DECASIA

C'est Decasia qui ouvre le bal, dans un registre stoner/doom très influencé rock psyché. Basé entre Nantes et Paris, le trio a deux EP à son actif, et, d'après ce qui a été dit ce soir, un futur album en préparation duquel sont tirés une bonne partie des morceaux de leur set.

Mon écoute rapide chez moi dans l'après midi de leur dernier EP The lord is gone ne m'avait pas marquée plus que ça, mais c'est une autre affaire en live dès le premier morceau – le côté plus heavy psyché et krautrock de leur musique faisant sûrement leur différence sur moi qui ne suis pas forcément grosse cliente de stoner. Le groupe se retrouve de plus bien servi par un son clair et puissant sur lequel les basses s'entendent sans prendre le pas sur les leads et le chant qui permet de vraiment apprécier les morceaux et se laisser entraîner. Et il y a de quoi, avec des compos catchy qui savent jouer des boucles répétitives typiques du style sans en abuser. Les deux gratteux sont plus qu'énergiques sur scène et on se laisse vite contaminer par cet engouement, alors que les morceaux semblent monter en puissance au fur et à mesure du set (et en longueur aussi, ai-je l'impression).

Un peu moins d'une heure de jeu pour Decasia passent en un rien de temps ; ce fut une belle surprise. Et une bonne mise en jambe avant le set de Slift.

 

SLIFT

Pourtant bien habitués des routes, ayant déjà à leur compteur de nombreuses dates en France comme à l'étranger, c'est la première fois que j'ai l'occasion de voir Slift. Il faut dire que j'ai pris le train en marche seulement à la sortie d'Ummon en février dernier (et bien sûr chroniqué dans nos pages). Avec un artwork du dessinateur de BD Caza, impossible de passer à côté de l'amour du groupe pour la SF qui me parle tout de suite. Et la musique ne fait qu'explorer ce rapport, en marriant la lourdeur du metal et du doom aux envolées cosmiques du psyché, ses synthés et ses solos délirants. Tout cela mis au service d'une histoire qui traverse tout l'album, un beau témoignage du pouvoir d'évasion et de narration que la musique peut avoir. Et si le voyage s'avère passionant sur l'album, il prend une tout autre dimmension en live.

Les musiciens rentrent dans le noir alors que flotte au dessus de la scène une projection ressemblant à une planète. Et dès les premières notes, celles d'“Ummon” qui ouvrent l'album, on est projetés, alors que sur l'écran défilent des projections plus ou moins abstraites, formes géométriques, psychédéliques, parfaitement en rythme avec la musique et nous laissant nous imaginer tout un monde à travers. Elles deviennent parfois un peu trop épileptiques pour des yeux sensibles comme les miens, mais c'est un risque fréquent en concert et qui, dans l'ensemble, ne me gâchera en rien l'expérience. Encore une fois le son parfait permet de profiter des morceaux dans toute leur finesse et c'est un régal. Tout est maîtrisé, propre mais loin d'être lisse ou convenu. Slift semble manier toute une myriade d'influences et d'idées avec une habilité de maître pour en faire des compos fluides, riches mais faciles d'accès, qui emportent dès le départ pour ne relâcher l'intensité à aucun instant jusqu'à la fin. Ils nous font passer avec aisance de longues plages aériennes progressives à des riffs directs et heavys, de vocaux agressifs à une voix douce et céleste. Contrastes, complexités, mais aussi efficacité, avec des morceaux complètement tubesques habilement placés entre les pistes les plus alambiquées. C'est simple : il suffit que les 10 minutes de "Citadel on a Satellite" me perdent un peu sur la fin, commençant à décrocher, pour qu'"Hyperion" vienne me récupérer quelques secondes plus tard avec ses guitares et lignes de chant bien reconnaissables, son rythme propice à faire bouger la tête.

Slift propose une setlist assez semblable à celle de l'album liveLevitation Sessions. Ummon, ou la majorité de ses titres en tout cas, est joué d'une traite, la logique plus qu'évidente avec les projections renforcant l'aspect cinématographique. "Lions, Tigers and Bears" conclut sur des images de flammes et la tension s'éternise pour un final écrasant d'où s'échappent tout de même quelques notes de guitares plus célestes.

Et alors que cela aurait pu être une très belle fin, vient le seul point un peu moins positif de cette soirée. Après un très bref rappel, on enchaîne sur un dernier morceau que je ne suis pas sûre de reconnaître mais qui me semble être tiré de l'EP La planète inexplorée. Moins familière des sorties précédentes du groupe, l'écoute que j'en avais fait m'avait pourtant laissé un très bon souvenir, un côté plus nerveux, punk contrastant avec le bijou polissé qu'est Ummon. Mais en live apparemment, ça passe moins bien, le son trop saturé empêche de vraiment discerner ce qu'on écoute. Dommage donc, mais ce n'est rien sur la grosse heure de concert parfait que les toulousains nous ont offert. Une expérience sonore et visuelle, complète. C'est des étoiles plein les yeux et des voix célestes plein la tête qu'on regagne la nuit parisienne, ses milles lumières offrant encore un peu le temps de rêver.

 

 

Un grand merci à Petit Bain pour l'accréditation et aux groupes pour cette belle soirée !