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Album

24/05/20 - Traleuh

Oneohtrix Point Never

Uncut Gems OST

LabelWarp Records
styleBande originale de film
formatAlbum
paysUSA
sortiedécembre 2019
La note de
Traleuh
8/10


Traleuh

La bande-son d'Uncut Gems, aussi officieuse dans sa carrière soit-elle, a les atours d'une cure de jouvence pour Daniel Lopatin. Une cure nourrie d'un rapport particulier à l'enfance, se délaissant de son tropisme pour ses images d'incohérence pure, ses réalités reverdiennes, son éclat hypnagogique brûlant qui faisait le propre des précédentes productions solo de Oneohtrix Point Never. Une éthique du cut-up, du collage musical avec la rigueur d'un Max Ernst, acquérant précisément cette dimension picturale pour son Age of (Last Known Image of a Song). Non, Uncut Gems serait plutôt ce gigantesque appareil de simulation, dont les premières lignes de code confineraient chacune aux grands amours musicaux de Lopatin – comme beaucoup, les plus précoces. Une bande-son de pure euphorie, une euphorie solidement ancrée dans les années 80, que ces dernières années auront mythifié par le chatoiement, la lumière caractéristique des productions Spielberg, Scott. Un ancrage, une toile de fond, un exercice mémoriel reconfiguré, réarrangé. Un retour exalté et ému vers le passé, sans tomber dans le pathos passéiste, un refus total de cette nostalgie musicale, qui tuerait, selon les propres termes de Lopatin, l'oeuvre d'art même, qu'importe ses qualités intrinsèques.

Pourtant, Uncut Gems partage avec un Age of ses images d'opium, souverainement imposées à l'auditeur, ses samples à l'écho originel. Une anhélation musicale, dans un dialogue fécond avec le surréalisme, en ce terrain clef de l'enfance, celle où "tout concourait à la possession efficace, et sans aléas, de soi", selon André Breton. Alors Uncut Gems serait cette grande table de conjuration samplée, ce retour pressant car substantiel à l'enfance défunte. Une enfance dont le héros serait irrévocablement le fils d'Aphrodite, Vangelis, le dieu grec du tholos lopatien, dont on retrouve, au delà des évidentes influences en matière harmonique, le même rapport primordial, infantile, à une musique dont on veut garder secret les arcanes, les procédés, rapport à une sorte d'état naturel du musicien face à son instrument que l'on retrouve abondamment dans le documentaire dédié à la bande originale du film. Une relation enfantine, mais aussi, on peut le penser, phénoménologique à la musique, dans un rapport libre et abstrait à la perception de celle-ci, apparaissant, comme la chef d'orchestre roumaine Sergiu Celibidache le définit dans l'ouvrage Sur la phénoménologie de la musique, dans toute sa fraicheur, une conception fluette, sensitive et profondément intuitive du quatrième art.

Des conjurations, des séances de spiritisme, mais aussi, rationnaliste electronica oblige, des emprunts, plus tangibles, à d'autres grands créateurs des années 1970s : les arpèges divinatoires et les atmosphères miroitantes de Klaus Schulze (School Play), ce même goût pour l'infini que l'éternel Tangerine Dream ; l'école berlinoise comme marquée d'un sceau tellurique, articulant le fond et la forme, la musique à l'image. Une école berlinoise taillant ses compositions dans la glace, l'absolu de la matière noire, auxquels Lopatin supplante ses vents solaires sidéraux, immaculés, presque juvéniles, cette enfance définitive, azurée et célébrée qui porte chaque soubresaut, chaque envolée, chaque retour transi, chaque atmosphère.

Enfin, il s'agirait de relier, pour la santé de la cohérence, une seule et unique fois la bande son de ce qui est certainement, en quelque sorte, son géniteur, instigateur et inspirateur, le film lui-même. Une liaison palpable dont le coeur même serait la quête de Howie Bling, en cette gemme rutilante, iridescente, renvoyant à son bourgeon étymologique, une pierre-promesse, une pierre à rêves. Une liaison suprasensible, dans la mort cette fois, celle du protagoniste, curieusement rédemptrice, une élation pure le renvoyant à l'infinité kaléidoscopique du macrocosme, un rapport alchimique, émeraldique, avec l'Uncut Gem.

Same as above

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Tracklist :

1. The Ballad of Howie Bling
2. Pure Elation
3. Followed
4. The Bet Hits
5. High Life
6. No Vacation
7. School Play
8. Fuck You Howard
9. Smoothie
10. Back to Roslyn
11. The Fountain
12. Powerade
13. Windows
14. Buzz Me Out
15. The Blade
16. Mohegan Suite
17. Uncut Gems