Articles Retour

REVUE D'ACTU #8 : Manes, Ayyur, Havok, Caligula's Horse, Scald, etc.

dimanche 19 avril 2020 - Michael
Michael

Avocat le jour, rédacteur sur Horns Up la nuit et photographe à mes heures perdues.

Les festivals prévus cet été sont presque tous annulés ou reportés, idem pour les tournées jusque la rentrée ; mais les nouvelles sont de moins en moins mauvaises et l'espoir d'un déconfinement proche et d'une sortie de crise est de plus en plus pregnant. En attendant que les bonnes nouvelles se confirment et que l'on puisse tous jouir à nouveau d'une vie normale, il faut rester chez soi et continuer les efforts. Du coup, on vous a concocté une nouvelle revue d'actualités pour égayer ce moment tant bien que mal !

Manes

Circé : Deux ans qu'est sorti Slow Motion Death Sequence, sur lequel les norvégiens de Manes prolongeaient leurs explorations d'un univers éthéré, aux ambiances nocturnes et mélancoliques. A part peut être quelques guitares saturées par-ci par-là, il n'y a plus grand chose qui les relie à la sphère metal à l'image d'un Ulver période Blood Inside/War of the roses. Et oui, quand le groupe a commencé à teaser une nouvelle sortie sur les réseaux sociaux, j'ai osé croire à un album. Raté, pour le moment du moins. Il va falloir se contenter d'un deux-titres d'un peu moins de dix minutes.
Les deux morceaux sont exactement ce qu'on pourrait attendre du groupe. Pas dans le sens « sans surprise » ou « prévisible », mais la pâte Manes est immédiatement là. Le premier titre, "Young Skeleton", laisse de côté le côté électronique de Slow Motion.... pour se bâtir entièrement sur deux guiatres et une basse. Une progression lente, une boucle mélodique nostalgique dont l'impact est renforcé par les vocaux de Tom Christian Engelsøy (Drontheim, l'album sorti l'an dernier est d'ailleurs fort recommendable pour les amateurs de Manes). Simplicité et émotion sont de mise et ne font qu'augmenter l'impression de chaos qui se dégage de "Mouth of the Volcano". Deux voix féminines (dont la bien reconnaissable Anna Murphy) et une masculine viennent se mêler pour un morceau aux arrangements plus denses et plus électroniques. Ca n'est pas d'ailleurs pas sans rappeler Lethe dont on attend toujours des nouvelles depuis 2017. Le tout peut donc sembler du « deux titres pour deux ambiances », mais crée au final un crescendo rendant cette mini-sortie cohérente et fortement appréciable. Manes démontre une fois de plus sa maîtrise de la création d'ambiances douces et tristes, parfois intriguantes, ce spleen enveloppant qui colle à la peau et pousse à rappuyer sur play un certain nombre de fois.

Reste tout de même qu'ici, le temps de lecture est court... Si ce double single est irréprochable, il ne fait qu'augmenter l'impatience pour un nouvel album.

 

Caligula's Horse

Storyteller : Encore une pointure du Metal Progressif qui prépare la sortie de son nouvel album. Rise Radiant sortira le 22 mai. Du coup, en plus du clip, le groupe vous offre aussi les paroles pour vous mettre déjà dans l'ambiance. Visuellement, vous verrez surtout le groupe dans une ambiance façon discothèque psychédélique qui déroule un titre Slow Violence, tout en finesse. On y entend une musique très équilibrée, entre syncopes délicates et riffs heavy qui appuient les couplets et un refrain super catchy. Un vrai titre d'accroche, une preview de qualité qui donne envie d'en avoir un peu plus. Vous retrouverez dans le visuel, de l'album et du single, ce côté éthéré, un peu rêveur qui est une vraie marque de fabrique chez les Australiens. Et si vous voulez quelque chose de plus musclé, plus progressif, vous pouvez aussi écouter The Tempest, qui n'a pas de clip dédié et qui était sorti le 13 mars.

Ayyur

Matthias : On l'oublie parfois, mais la rive sud de la Méditerranée abrite aussi des artistes férus de styles extrêmes, et ceux-ci officient souvent dans des contextes socio-politiques autrement plus contraignants que les œillades du troisième âge sur nos t-shirts macabres. Bref. Après une pause longue de près de 10 ans, la formation tunisienne Ayyur semble s'être trouvée un second souffle depuis l'arrivée dans ses rangs de Shaxul, batteur vétéran aquitain, en 2017. Le groupe avait sorti dès l'année suivante les quatre titres de The Lunatic Creature, dans un Black Metal mid tempo très soigné, mais auquel je ne peux m’empêcher de trouver une petite touche de Mgla, le visuel à la Edvard Munch compris. Avec les deux morceaux éponymes de Balkarnin, le groupe de Sousse s'essaie cette fois à un style plus atmosphérique, et avec un résultat très honorable. Ayyur nous fait arpenter d'anciens caravansérails désertés, jusqu'à ce qu'un chœur spectral nous oriente vers les palais à la gloire d'anciens rois oubliés. Comme un goût d'ancienne poussière qui nous suggère la nostalgie d'une civilisation ancienne, dont on découvre l'histoire tourmentée sur une seconde piste toute en trémolos de guitare, mais qui évite la facilité des jingles orientisants qu'on aurait pu craindre sur ce genre de composition. Un nouvel EP très prometteur donc, qui me fait espérer un album complet de la part du groupe. 

 

Scald

Malice : L'année passée, une drôle de nouvelle nous parvenait de Russie : Scald, joyau de l'epic doom, se reformait avec au chant, pour remplacer le regretté Agyl (décédé en 1997, ce qui amenait la séparation du groupe), l'excellent vocaliste de Procession et Capilla Ardiente, Felipe Plaza. Au programme, quelques festivals européens comme le Hammer Of Doom, et la magie semblait au rendez-vous à en croire les vidéos qu'on peut trouver sur le net. Les Russes étaient en pleine tournée quand le coronavirus frappe et les force à rentrer de Grèce vers leur Yaroslavl natale (avec leur chanteur ... chilien, donc). 
Qu'à cela ne tienne : récemment, Scald a donné de ses nouvelles et les nouvelles sont bonnes : le groupe travaille ... à un nouvel album. Les puristes le regretteront peut-être, jugeant que ce qui fait la magie de Will of Gods is Great Power ne pourra pas être retrouvé sans Agyl. Pour ma part, je suis curieux, en espérant que Scald fera partie de ces réunions ayant donné un résultat positif - car il y en a. 

Pour les curieux, un extrait du concert au Hammer of Doom : 

 

 

Havok

Michaël : Havok (Thrash - USA) sortira le 1er mai un nouvel album intitulé V chez Century Media. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le groupe - toujours aussi politiquement engagé - nous lâche des riffs venus d'un autre temps dans le premier extrait de cet album intitulé Fear Campaign (une bonne grosse vibe façon Hit the Lights de Metallica, en somme). La bande de David Sanchez nous prouve une fois de plus qu'ils ont ce talent incroyable de ne pas sonner désuet tout en utilisant des recettes et des riffs sortis tout droit des années 80. C'est dyamique, c'est propre, ça donne furieusement envie d'entendre la suite. On a hâte d'entendre la suite.

 

Narjahanam

Malice : J'avais presque fini par désespérer. Alors que chaque année, ma wishlist comprenait un nouvel album ou au moins quelques nouvelles des bahreïnis de Narjahanam, chaque année j'étais déçu. Le successeur de Wa Ma Khhufiya Kana A'atham (2013) ne paraissait pas être pour demain, les membres du groupe ayant décidé de faire du death un peu plus classique avec Smouldering In Forgotten (dont je n'ai pas grand chose à fiche, je confesse). Mais enfin, dans cette morosité ambiante de début 2020, la nouvelle que j'attendais tant : Narjahanam est de retour ! 
Pas grand chose encore : pas de date, pas de véritable extrait musical - juste un trailer annonçant un single, une mélodie orientale comme on pouvait en retrouver sur les opus précédents ... mais ça me suffit pour être très, très attentif. 


Kartikeya

ZSK : Comme beaucoup de musiciens, Roman « Arsafes » le guitariste du groupe russe Kartikeya est créatif en période de confinement et propose quelques morceaux sur sa chaîne YouTube, à l’instar de Devin Townsend dont il est un grand fan d’ailleurs (il suffit d’écouter ses albums solo pour s’en convaincre). Toutefois, nous avons eu la surprise de voir apparaître sur sa chaîne une news plus croustillante : l’annonce du nom du prochain album de Kartikeya, qui se nommera Marakat. Ceci accompagné… d’un premier teaser pour le moins conséquent ! Arsafes nous propose dès à présent pas moins de 7 minutes d’extraits musicaux de ce qui nous attend pour le prochain album des russes. Cela commence d’ailleurs fort avec l’extrait de "Cyclone", qui met déjà la blinde au niveau des sonorités ethniques, ce qui fait toujours le charme de la formation. Ensuite, nous avons certes le droit à pas mal de riffs avant tout, en version démo instrumentale (avec une batterie un peu affreuse par moments, pour l’instant) mais Arsafes semble déjà inspiré et l’efficacité est au rendez-vous, en plus de nous laisser entrevoir quelques belles ambiances (l’extrait de "Cold Blood" notamment). Il ne nous reste plus qu’à attendre… et espérons ne pas attendre autant que pour Samudra, qui avait été une véritable arlésienne, avec des dates de sortie maintes fois reportées !


Exgenesis

ZSK : Exgenesis est un des groupes de Jari Lindholm, guitariste suédois qui, pour ceux qui ne le savaient pas encore, était une des figures de Slumber, éminent groupe de Doom/Death mélodique des années 2000 qui a enfanté AtomA et inspiré pas mal de formations également. Jari ne fait plus partie d’AtomA mais outre Enshine où il collabore avec Sébastien Pierre (Fractal Gates, Cold Insight), il continue à propager l’héritage de Slumber au sein d’Exgenesis, formation internationale où il est accompagné du chanteur/guitariste colombien Alejandro Lotero, ainsi que le batteur Christian Netzell (ex-In Mourning). Après un EP en 2015, Exgenesis sortira le 15 mai son premier album Solve Et Coagula chez Rain Without End Records (label où crèche déjà Enshine et ses amis de Fractal Gates et Cold Insight). Ce premier extrait dévoilé nous donne un aperçu de ce qui nous attend, toujours dans un registre de Doom/Death forcément mélodique. Mais si le très stellaire Enshine nous emmenait vers les étoiles, Exgenesis prend le contrepied avec quelque chose de bien plus dark. Le bien nommé "Where the Hope Ends" nous propose une ambiance très désenchantée, avec un growl bien profond et funéraire. Nous n’avons tout de même pas affaire à un Doom/Death ni funeral ni caverneux car l’ensemble demeure assez propre et clair, et surtout, on se délecte toujours des leads et mélodies gracieuses de Jari Lindholm, posant malgré tout une atmosphère assez triste. Bref, avec Jari Lindholm on sait que la qualité sera au rendez-vous même si le style pratiqué demeure classique, et ce premier full-length d’Exgenesis est à surveiller pour tout amateur de Doom/Death un tant soit peu mélodique.

Autolith 

Di Sab : Depuis 3-4 ans, nombreux sont les groupes naviguant dans cette espèce de triangle des Bermudes, entre hardcore, death et sludge. Avec Caustic Ligth, les américains d’Autolith prennent leur chance. Moins de 25 minutes pour un résultat hyper équilibré entre lisibilité, efficacité et absence de compromis. On se retrouve face à un album dans l’ère de son temps, peu original mais qui sait où il va. Au vu de la qualité et de la modernité de l’opus, on aurait pu croire qu’Autolith aurait bénéficier d’une plus grande visibilité car Caustic Light est typiquement le genre d’albums qui peut vite buzzer. C’est tout ce que je leur souhaite. Un album à mettre entre toutes les mains des fans de Cult Leader, Inter Atma, Graves At Sea etc.

 

Omnium Gatherum

Michaël : Les Finlandais prennent leur temps. Alors que leur album The Burning Cold est sorti le 31 août 2018 via Cenury Media, le groupe a attendu la semaine dernière pour mettre en ligne le clip de son titre Be The Sky. Rien de bien passionnant à voir, qui plus est, si ce n'est l'opportunité d'écouter et de réecouter ce titre particulièrement réussi qui démontre le sens aigu de la mélodie des Finlandais. Rien que pour ça, cela méritait une place dans la présente revue d'actualités.

 

Lingua Ignota

S.A.D.E. : Expression de la rage et du désespoir, Lingua Ignota a mis à genoux et en pleurs une bonne partie des auditeurs de son Caligula l'an dernier. Les premières secondes de son nouveau single (qui annonce un album ? on ne sait pas vraiment) vous remettent illico des frissons tout le long de la colonne vertébrale. Kristin Hayter fait toujours des miracles avec sa voix, c'est à la fois magnifique et terrifiant, triste et puissant, céleste et terriblement humain. Et cette dernière partie ! L'instrumentation se sature et se bruitise (Pierre Larousse approuve ce mot), du piano structurant le début du titre demeurent les nappes noyées sous des kilos de crasse sonore et la voix devient haineuse, hargneuse, hurlée, possédée. J'avais rarement eu sensations physiques liées à la musique aussi marquées et irrépressibles qu'en écoutant Caligula. O Ruthless Great Dinive Director parvient à se hisser au même niveau d'intensité émotionnelle, ce qui n'augure que le meilleur pour la suite.