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Album

14/05/18 - ZSK

Fractal Gates

The Light That Shines

LabelRain Without End Records
styleMélodeath
formatAlbum
paysFrance
sortiemai 2018
La note de
ZSK
8.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

En voilà un retour qui était attendu, 5 ans après Beyond The Self. Il faut dire que le chanteur et co-compositeur de Fractal Gates, Sébastien Pierre, est entre-temps devenu un peu le maître ès mélodoomdeath cosmique avec les deux albums de Enshine (Origin (2013) et Singularity (2015)) et surtout le premier album de son projet Cold Insight, Further Nowhere, qui fut une des sensations de l’année dernière. Après une participation à l’album Nebula Septem de Monolithe en début d’année, il est désormais temps à son groupe principal, Fractal Gates, de revenir sur le devant de la scène. Groupe qu’il mène depuis 2007 avec le co-compositeur Stéphane Peudupin - ancien compère de Inborn Suffering également - et complété par Antoine, Arnaud et Jérémy. Et Fractal Gates s’est vite fait remarquer avec un Mélodeath à la fois old-school et moderne, immédiat et progressif, bardé de mélodies stellaires particulièrement enivrantes. Altered State Of Consciousness (2009) avait déjà pu nous montrer les capacités et qualités du groupe parisien, avec notamment des morceaux inoubliables comme "Inertia". Beyond The Self (2013) avait confirmé tout ça et permis d’élargir le spectre du groupe, de bien digérer toutes ses influences pour nous livrer quelque chose de très personnel et réussi, d’autant que le groupe a su s’entourer avec notamment Dan Swanö au mixage et mastering et même en guest ! Entre l’efficacité de morceaux comme "The Sign" ou "We Are All Leaders" et la classe de pistes comme "Everblaze" ou "Timeless", Fractal Gates avait déjà livré dès son deuxième opus quelque chose de grand dans le registre Mélodeath. Vu la forme que le « style » avait continué à prendre pour les albums d’Enshine et Cold Insight, marqués par une bonne partie du son de Fractal Gates, autant dire que ce retour était attendu de pied ferme. Des teasers pré-prod faits à l’arrache postés sur facebook avait même réussi en quelques secondes à créer une certaine effervescence chez le fan que je suis, en grand amateur du style quelque peu futuriste, cosmique et sci-fi que le groupe a développé et que « Sebdoom » a continué à pratiquer pour Enshine et Cold Insight. Désormais signé chez Rain Without End Records, label qui héberge déjà Enshine et Cold Insight, Fractal Gates est enfin de retour avec son troisième opus, The Light That Shines. Qui a le défi de poursuivre l’effort de Beyond The Self voire faire encore mieux, ou encore de succéder à Cold Insight en guise d’album français de l’année. Chose pour laquelle je leur fais totalement confiance…

On reprend alors le même line-up que Beyond The Self (de toute façon, seul le poste de batteur a été un peu instable par le passé) et on recommence, ou plutôt on essaie de faire les choses en mieux, ou de manière un peu différente. Mais on constatera déjà que Fractal Gates n’a rien perdu de sa verve, les mélodies stellaires sont toujours de la partie bien évidemment, de même que les quelques moments rythmiques mordants et la voix bien rauque de Sébastien, toujours en forme même si ses meilleures performances resteront à mon goût celles qu’il avait livrées sur Beyond The Self et Further Nowhere de Cold Insight. Rien n’a bougé, Dan Swanö est d’ailleurs toujours derrière les manettes quand il s’agit de mixer et masteriser la bête, il cède toutefois sa place en tant que guest à Ben Ellis (Scar Symmetry) et Jari Lindholm (ex-Slumber, ex-AtomA et complice de Sébastien dans Enshine) pour un solo chacun. Mais Fractal Gates va quand même changer quelques équilibrages pour livrer un The Light That Shines tout de même un peu différent de ses deux prédécesseurs. Et qui surtout, va trancher avec Enshine et Cold Insight, ces différents projets ayant tendance à (logiquement) se ressembler de trop à certains égards. The Light That Shines va remettre au premier plan le pur Mélodeath, que l’on peut vulgariser à un mélange entre Dark Tranquillity, Edge Of Sanity et le Septic Flesh de la fin des années 90, entre autres. Mais ce n’est pas tout car la majeure partie de The Light That Shines va s’avérer bien plus rythmée que par le passé, mettant en avant d’autres influences du groupe qui penchent du côté du Heavy mélodique voire de l’AOR - rappelons que le groupe avait fièrement repris Cheap Trick sur Beyond The Self. Cela va nous donner au bout un disque particulièrement entraînant, amenant vraiment un second souffle au style de Fractal Gates. Un style qui bien sûr reste toujours résolument lumineux, spatial et futuriste, même si les synthés cosmiques sont finalement discrets (ils ne se font vraiment entendre que sur trois morceaux) et restent avant tout présents sur les habituels interludes "Visions", qui ici sonnent d’ailleurs bien plus futuristes que par le passé. Tout cela pour un album très cohérent qui va enchaîner les morceaux de premier choix, et va confirmer l’excellence et la classe de Fractal Gates, qui ne décevra pas.

"Breathe of Life" nous accueille tout de suite avec les magnifiques mélodies si chères au groupe, et le quotient émotionnel est déjà élevé avec une superbe mise en place des ambiances. Un départ très mélodique et enlevé (Sébastien n’hésitant pas à poser quelques lignes vocales récitées), mais déjà très entraînant, les rythmiques et les vocaux venant compléter le tableau qui une nouvelle fois baigne dans les nébuleuses chatoyantes. Difficile de ne pas se laisser emporter dans ce nouveau voyage cosmique et métaphysique de Fractal Gates. Qui après avoir embarqué et envoûté l’auditeur avec ces sublimes mélodies de départ va mieux le surprendre en se trouvant, comme je le mentionnais, une dynamique insoupçonnée. Avec déjà ce véritable tube qu’est "Chasing the Line", aux mélodies plus Heavy accrocheuses et aux lignes vocales mordantes, une mixture délicieusement entraînante qui confirme, s’il le fallait encore, tout le talent de Fractal Gates pour délivrer un Mélodeath multi-cartes direct mais épique, et fantastique dans tous les domaines. La formation a pris une autoroute cosmique et n’a pas l’intention de baisser le pied par rapport à la vitesse-lumière. "Infinity" cartonne donc encore dans la lignée de "Chasing the Line" grâce à des rythmiques efficaces et des mélodies savamment dosées. "Bound by Time" nous abreuve de jolies mélodies ensuite, mais le groupe y ajoute une grosse dose de peps pour des cavalcades rythmiques plus Heavy de haute volée, et semble donc définitivement vouloir aller un peu plus loin que Beyond The Self en rendant son Mélodeath plus remuant, sans jamais perdre de vue sa composante plus raffinée avec des leads enjoués et libérateurs, devenus une marque de fabrique et le témoignage le plus évident de leur grande classe. Même si The Light That Shines semble inarrêtable et ne subit aucune baisse d’intensité ni d’intérêt, en témoigne encore "Dreams Apart", toujours très dynamique et entraînant, le groupe mettant ses atmosphères dans les mélodies plutôt que dans des quelconques ralentissements de tempo, même si ce morceau se laisse aller à des leads plus cosmiques que jamais. On part très loin avec Fractal Gates, au cœur des concentrations de lumière les plus importantes des galaxies…

Mais The Light That Shines n’est pas seulement un enchaînement de tubes et "Visions XI" va d’ailleurs nous emmener vers une seconde partie d’album plus variée, plus travaillée et encore plus enlevée, mais toujours efficace, à leur manière. On tutoie d’abord le sublime avec "Faceless", la plage le plus épique du disque, digne des morceaux les plus prenants du groupe comme "Inertia" ou "Timeless", où Sébastien et Stéphane démontrent toute leur science du Metal le plus cosmique et futuriste, on sent le Cold Insight là-dedans (surtout que les synthés se font entendre) mais ça reste du Fractal Gates à tout moment, avec des rythmiques bien percutantes et surtout un refrain fédérateur et inoubliable. La formation parisienne va alors terminer son troisième album en y mettant toute sa palette. "Reborn" est particulièrement mélodique et le groupe se laisse encore complètement aller dans la lumière avec de nombreux leads gracieux, tout en simplicité et dans un Mélodeath d’une pureté appréciable. Le final "Seas of Flames" est lui aussi blindé de mélodies mirifiques avec même de sacrés moments de grâce, démontrant encore une fois la science de l’epicness cosmico-futuriste du groupe à partir de trois fois rien pourtant (mélodies, rythmiques, chant ici très possédé et prenant). Et Fractal Gates n’oublie donc pas d’amener du dynamisme là-dedans, avec déjà le plus court "Arise" qui joue surtout dans la cour d’un Dark Tranquillity, avec de l’efficacité et du panache, et surtout de l’inspiration pour quelques riffs et leads bien sentis (et le solo de Ben Ellis en sus) ; et notamment le morceau-titre, qui est un des autres hymnes de l’album, à la manière d’un "We Are All Leaders". Encore une fois, avec des bases simples, Fractal Gates arrive avec ses talents à faire du grand Mélodeath, accrocheur et entraînant grâce à des rythmiques remuantes et des mélodies envoûtantes, l’ensemble accouchant ici d’un bon petit tube, avec un refrain à nouveau imparable. Tout en étant un peu plus efficace que ses prédécesseurs, The Light That Shines se pose tout de même comme un album très complet pour Fractal Gates, où toutes les qualités des musiciens sont mises en œuvre pour nous emporter dans un univers fait d’un Mélodeath cosmique époustouflant.

Que dire de mal sur un album et à fortiori un groupe qui a tout pour plaire ? Il va m’être dur de chipoter face à un disque que j’attendais tant, après un constat prédomine, c’est que The Light That Shines ne dépasse pas son prédécesseur Beyond The Self, il le complète en un sens, seul le temps nous permettra de discriminer les deux opus mais ce qui est sûr c’est qu’ils sont tous les deux aussi succulents. Et l’on peut déjà dégager de nouveaux morceaux de référence comme "Chasing the Line", "Faceless" ou "The Light That Shines". Rien n’est à jeter même si des pistes comme "Dreams Apart" ou "Reborn" sont peut-être moins remarquables dans l’absolu, mais cet album ne souffre pas vraiment de longueurs et se laisse apprécier de bout en bout, de la même manière que son prédécesseur qui avait aussi des tueries et des plages juste « bonnes ». Après, il est vrai qu’il n’y a aucune grande surprise de la part de Fractal Gates. The Light That Shines se place vraiment dans la lignée de ses deux prédécesseurs, s’équilibrant seulement un peu plus vers des passages rythmiques plus efficaces, et le fonds de commerce dominant reste ce touché mélodique très stellaire et enivrant. La production de Beyond The Self était peut-être un peu plus mordante aussi, mais Fractal Gates reste un groupe de Mélodeath à tendance 90’s et le son de The Light That Shines est parfaitement adapté au style et aux influences qui en découlent. On ne va pas bouder sur des détails, 5 longues années après Beyond The Self qui ont été bien meublées par les sorties de Enshine et Cold Insight, Fractal Gates signe avec The Light That Shines un retour digne de ses qualités, et livre une nouvelle fois un album tout à fait formidable. Sébastien et Stéphane se posent encore comme les maîtres incontestés de la mélodie cosmique et lumineuse qui tue, dans un esprit futuriste et traditionnel à la fois, le tour de force continue et The Light That Shines est à nouveau un grand album de Mélodeath, qui voit assez large pour embarquer son auditoire. De la dynamique rythmique et du voyage dans les étoiles, c’est ce que nous propose encore Fractal Gates et il continue à assurer, se posant définitivement comme la référence française du domaine, avec un troisième album assez sublime. Further Nowhere avait ouvert la voie, un an plus tard Fractal Gates nous fait encore voyager loin, très loin…

 

Tracklist de The Light That Shines :

1. Visions X (0:48)
2. Breath of Life (3:27)
3. Chasing the Line (3:29)
4. Infinity (3:12)
5. Bound by Time (4:14)
6. Dreams Apart (4:41)
7. Visions XI (1:19)
8. Faceless (4:59)
9. Arise (2:58)
10. Reborn (4:58)
11. The Light That Shines (3:06)
12. Seas of Flames (5:43)
13. Visions XII (1:19)

 

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