Chronique Retour

DVD

25/02/19 - Di Sab

Lords of Chaos

Jonas Akerlund

LabelVice Film
styleTeen Crisis Movie
formatDémo
paysUSA-Norvège
sortiefévrier 2019
La note de
Di Sab
7/10


Di Sab

Le week end du 16-17 février était organise à la Gaîté Lyrique « Fame », un festival sur les films musicaux au sens large. En hors compétition a été diffusé Lords of Chaos, pour la seconde fois en France. Le projet a tellement fait parler de lui que la grande salle de la Gaîté Lyrique affichait complet dès la veille de la projection et ce, malgré une communication moindre.  Metalleux, cinéphiles, curieux, des centaines de personnes se sont déplacées pour voir ce que le film d’Akerlund valait. C’est un peu par hasard que Dolorès et moi nous y sommes retrouvés. Avant de commencer cette chronique, il m’apparaît honnête de prévenir que celle-ci essaie d’éviter les spoils sans y réussir totalement et que, bien que connaissant les grandes lignes de cette période, je n’en suis pas un expert. Par ailleurs, je n’ai jamais lu Lords of Chaos. Ainsi, je me concentrerai sur le film sans en faire une lecture historicisante ou comparative avec son matériel d’origine. 

Based on truth…and lies…and what happened

C’est par cette épigraphe laconique que le controversé Lords of Chaos s’ouvre et nous donne justement la possibilité de s’éloigner de l’Histoire. Car là où les Heavy Metal Parking LotVoyage au cœur de la Bête ou autres Bleu Blanc Satan racontent une scène à travers les yeux des protagonistes, c’est bien par une grande fictionnalisation totalement assumée qu’Akerlund conte cette période. Le spectateur suit Euronymous, narrateur principal qui s’adresse d’ailleurs directement au spectateur en voix off (avec notamment l’ultra cliché « well, this is me » alors que la caméra zoom sur une photo du buffet de ses parents le représentant) de la création de Mayhem jusqu’à son assassinat. Le film se subdivise en 3 chapitres : la période Dead, le moment où Varg et Euronymous se rencontrent et se lient  et enfin l’accentuation de leurs différends qui conduit à cette fin que vous connaissez tous.

Et c’est pour cela que Lords of Chaos a dérangé. Car l’objectif ici n’est pas de donner des réponses ou de renseigner,  mais, en utilisant les codes très américains du teen crisis movie, le film propose une hypothèse : les évènements mythiques de cette période ne sont dûs qu’à une bande de gamins immatures, influençables et qui, de par l’effet de groupe et certaines mauvaises rencontres, ont littéralement perdu le contrôle.

Conséquemment, toute l’aura dont est nimbée cette période est questionnée en même temps que tout est démystifié.  Euronymous est dépeint comme un gars assez intelligent, qui a compris l’aspect vendeur de l’esthétique et du discours Black Metal et qui doit sans cesse composer entre son obligation de garder son masque pour continuer à générer l’attention dont il est accro et son bon sens de fils de classe moyenne sans histoire, qui comprend assez vite que tout va trop loin. Varg ? Un petit gars, ex tête de turc qui, à l’inverse d’Euronymous (son mentor en début de film soit dit en passant), n’a pas su mettre les distances adéquates. Les deux sont entourés d’une horde d’headbangers mongols qui n’ont rien à envier à la faune qu’on donne à voir au Petit Journal. En revanche, le personnage de Dead, une espèce de spectre qui hante l’esprit d’Euronymous et du spectateur, colle totalement à l’idée préconçue qu’on avait de lui et est magistralement interprété.

L’intrigue étant resserrée autour de peu de personnages, le film peut s’autoriser des changements de rythmes et de tons qui sont, à mon sens, sa plus grande force. A la fois très drôle (avec un humour à la fois référencé, de type Deathgasm, ou qui repose sur la confrontation entre ces suppôts de Satan de moins de 20 ans et le monde extérieur), Lords of Chaos se paie le luxe de ralentissements lors des scènes morbides pour un rendu global beaucoup plus violent et glauque que ce que la bande-annonce laisse présager.  A l’extrême opposé, Akerlund , en tant que réalisateur de Smack my bitch Up, est mondialement célèbre pour savoir filmer les soirées. Il se fait forcément plaisir lors d’une scène esthétiquement en opposition totale avec le clip de Prodigy : plans très courts, peu de mouvements de caméras, acteurs qui bougent vite, montage nerveux. La bande originale illustre également cette dualité où Sigur Ross cohabite avec de vieux titres de Sodom. A noter que pour une question de droits, on ne trouve que des versions bancales des titres de Mayhem ou Burzum.

Techniquement au point et porté par des acteurs plutôt justes, Lords of Chaos se paie le luxe de jouer sur l’intégralité de la palette Teen Movie pour un résultat contrasté. De Gus Van Sant à Projet X, en passant par Harmony Korine, le film ne donne qu’une interprétation des évènements où l’adolescence est au cœur du propos. Plus proche du fait divers que de la légende noire, cette démystification explique le peu d’enthousiasme manifesté par les acteurs norvégiens de la scène. Néanmoins, loin d’être acerbe, le film questionne ce qui nous fascine dans ce mouvement. Au lieu d’un hurlement de révolte proféré à la face de la chrétienté, si le Black Metal n’était que l’expression d’un difficile passage à l’âge adulte dans le carcan un peu étouffant de la classe moyenne norvégienne, qu’en resterait-il ? Tout en gardant objectivement ses distances avec le réel, c’est ce que propose Lords of Chaos, et c’est ce à quoi le spectateur doit répondre. 

 

Regardez ci-dessous la bande annonce :