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Album

21/05/17 - Malice

Alestorm

No Grave But The Sea

LabelNapalm Records
stylePirate Metal
formatAlbum
paysEcosse
sortiemai 2017
La note de
Malice
3/10


Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

« Tout ce qu'on sait des pirates, on le doit à Wikipédia et Pirates des Caraïbes ». Cette phrase, Christopher Bowes (chant/claviers) ne s'est pas privé de la répéter lors de plusieurs interviews promo de l'album précédent d'Alestorm, Sunset on the Golden Age, illustrant bien là ce qu'est ce groupe de « pirate metal » : une vaste blague à prendre au millième degré, ce que certains ont bien du mal à faire si on en croit les seaux de merde que se prennent les Ecossais de la part d'une frange du public. Comme si le second degré n'était pas une part plutôt importante de la scène, du goregrind au glam (et je n'évoquerai même pas ici les groupes drôles malgré eux). Alestorm est anachronique, kitsch, parfois musicalement ridicule et rassemble tous les beaufs du monde devant la scène dans un grand foutoir parfois jouissif, parfois insupportable, c'est un fait – mais Alestorm assume.

Et surtout, Alestorm, derrière ses allures bas du front, n'a jamais manqué de talent pour composer des hymnes accrocheurs, utilisant l'imagerie et la mythologie pirates avec beaucoup d'efficacité ou au travers d'un humour qui faisait généralement mouche. Il faut franchement être un sacré croque-mort pour ne pas trouver efficaces des titres comme Keelhauled, Shipwrecked, Nancy the Tavern Wrench ou plus récemment Drink, d'autant que jusqu'ici, la qualité de composition était restée plutôt homogène.

« Jusqu'ici » - j'ai lâché le morceau, et la note a de toute façon gâché le suspens d'entrée de jeu : alors que Sunset on the Golden Age tenait encore la route malgré une baisse de niveau notable, grâce notamment à quelques excellents titres comme Drink ou Battle of Carthagena, No Grave But The Sea est un naufrage total. Naufrage annoncé par le morceau Alestorm et son ignoble chant hardcore complètement hors de propos (des tentatives de chant extrême avaient déjà fait leur apparition sur l'opus précédent pour un résultat déjà bancal au possible) suivi d'un refrain simplet (simpliste, Alestorm l'a déjà été avec succès), à peu près aussi simplet que le clip qui, s'il était sorti en France, serait déjà poursuivi par environ quinze associations anti-discrimination pour l'utilisation abusive qui y est faite de personnes souffrant de nanisme (« nains » ? Hé, oh, on tient à notre respectabilité).

Vous voulez la vraie mauvaise nouvelle ? Alestorm est peut-être bien un des titres les plus mémorables de No Grave But The Sea. Si le titre éponyme d'ouverture reste plutôt efficace, bien que répétitif, pour le reste, on se croirait coincé au beau milieu d'un hypothétique (mais plausible au rythme où c'est parti) Pirates des Caraïbes numéro 12, où tout ce qui compterait serait de placer la vanne d'un Jack Sparrow vieillissant, peu importe si elle a déjà été utilisée dans 7 des 11 épisodes précédents. Le scénario, l'inspiration ? Basta. No Grave But The Sea, c'est pareil : des lignes d'accordéon déjà entendues, des textes tellement idiots qu'ils ne font même plus sourire, une incapacité dramatique à insuffler le moindre souffle épique aux quelques longues pièces de l'album (ce To the End of the World qui traîne son vide sur sept minutes) et un tout qui a au final un sacré goût de périmé. Dans cet océan de médiocrité, ce qui surnage (et c'est symptomatique) est au final le seul titre... fait pour être une blague, soit ce Fucked with an Anchor potache aux allures de chanson de marin qui a au moins le mérite d'arracher un sourire...

Pour le reste, les gars d'Alestorm eux-mêmes n'ont plus d'air de croire une seule seconde à ce qu'ils font. Finie la naïveté enthousiasmante de Captain Morgans Revenge, finie la personnalité pirate certes discutable dans son authenticité mais au final plutôt réussie et travaillée, notamment au niveau des textes et des ambiances, des quelques premiers opus ; No Grave But The Sea est un grand n'importe quoi mal composé, mal fichu, vide et répétitif, qui donne envie de donner un seul conseil à Bowes : se concentrer sur Gloryhammer, pas plus sérieux mais aujourd'hui nettement plus inspiré que son projet principal. Alestorm ne sort pas là que son plus mauvais album, il sort peut-être la déception de l'année.

Tracklist

1. No Grave but the Sea 
2. Mexico 
3. To the End of the World 
4. Alestorm 
5. Bar und Umbiss 
6. Fucked with an Anchor 
7. Pegleg Potion 
8. Man the Pumps 
9. Rage of the Pentahook 
10. Treasure Island 

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