Chronique Retour

Album

23/11/16 - Dolorès

Alcest

Kodama

LabelProphecy Records
stylePost-Black
formatAlbum
paysFrance
sortieseptembre 2016
La note de
Dolorès
6.5/10


Dolorès

Non.

Il est déjà rare de quasiment créer un style à part entière et de ne pas suivre la même ligne directrice ensuite tout au long de sa discographie, tout comme il est rare de décevoir autant de fans d’un seul coup, avec la sortie d’un album foncièrement à part. Néanmoins, il est encore plus rare de revenir avec un nouvel album « à l’ancienne » qui étonne tout auditeur qui se retrouve dans les lignes précédentes. Que dire de plus si celui-ci est aussi clairement bon ?

Plus clairement, « Kodama » est un véritable retour en arrière, déjà vers « Les Voyages de l’Âme », mais encore plus vers « Ecailles de Lune ». Bien que ce dernier soit indétrônable, Alcest y reprend goût et cela se sent. Bien évidemment, le chemin parcouru n’a pas été effacé d’un revers de manche comme une fresque dans le sable, il a été digéré et assimilé pour ne pas reproduire les mêmes boucles encore et encore.

Ainsi, ce nouvel opus est encore un nouveau brin d’air frais, déjà dans son style nostalgique, renaissant mais repensé, mais également dans l’univers. « Kodama » est bien évidemment influencé par l’esthétique, le folklore et la poésie du Japon. L’artwork quitte ses nuances glaciales de l’émeraude, du lapis-lazuli et du rayon lumineux de l’aube hivernale, pour proposer un nouvel ensemble au feeling très estampe japonaise, en teintes violettes. A noter également que c’est Fortifem qui a réalisé l’illustration, qui n’est d’ailleurs pas étonnante, quand on sait que le film d’animation Princesse Mononoke a inspiré Neige, notamment l’idée de deux mondes opposés qui tentent de vivre ensemble.

Cela se ressent beaucoup dans les émotions que véhicule « Kodama », ainsi que dans le grand retour de passages plus agressifs, emblématiques du Black atypique qu’Alcest sait mettre en place. Il ne s’agit pas seulement de remettre en route la distorsion et quelques hurlements par ci par là, le tempo se fait plus rapide, le crescendo omniprésent dans les compositions, les rythmiques plus martiales mais toujours subtiles, comme Winterhalter sait si bien le faire. L’empreinte Post-Rock reste bien ancrée, donnant un aspect plus lisse et serein à l’ensemble qui tire à nouveau vers le Black.

C’était à la fois surprenant et agréable d’entendre à nouveau le chant écorché de Neige lorsque le troisième titre, « Eclosion », prend son envol. Malgré cela, et une fois l’effet de surprise passé, on peut se demander à quoi bon. Qu’est-ce qui motive ces choix ? Sont-ils tous pertinents ? Les réponses sont bien sûr plus légitimes de la part du groupe lui-même, que de la part de ses fans, mais le questionnement reste. Là où Alcest se faisait auparavant magistral dans ses explosions, il est maintenant plus mesuré.

Néanmoins, à retrouver le groupe dans une tension constante entre des contrastes, c’est finalement là qu’on l’apprécie. Là où « Shelter » a beaucoup déçu par sa simplicité, parfois trop douce, parfois trop niaise, les passages les plus comparables de « Kodama » sont finalement bien plus intéressants, justement par effet de contraste, parce qu’on sait que le calme n’est qu’un interlude (parfois loin d’être court) entre deux tempêtes.

Finalement, ce qui m’a déçue dans l’album est plutôt que les meilleurs titres ont été dévoilés avant la sortie (« Oiseaux de Proie », « Je Suis d’Ailleurs », et « Kodama »). Je me suis donc jetée sur l’opus les yeux fermés, ayant été retournée par ces trois titres sus-cités, pour leurs contrastes, leur caractère envoûtant et millimétré. Et c’est avec regret que j’ai découvert un ensemble dont j’avais déjà dévoré les meilleurs morceaux. « Notre Sang et nos Pensées » est un excellent lien entre deux pièces mais pas grand-chose de plus, « Eclosion » est étonnant mais perd de sa saveur, « Untouched » remonte le niveau par son écho aux morceaux plus anciens du groupe, mais l’original « Onyx » en fermeture ne m’a absolument pas conquise.

En soi, le moment de la découverte des titres ne change rien à la qualité de l’album. Cependant, là où je m’attendais à un album extraordinaire en ayant eu un aperçu de cet acabit, je me suis retrouvée face à un album peu consistant. Pourtant, je reste sur mes positions concernant les trois titres que j’ai cités, et qui m’ont bluffée. « Oiseaux de Proie » pour son départ en trombe complètement inattendu et plus que convaincant, « Je Suis d’Ailleurs » pour le retour d’un chant Black justifié, et « Kodama » pour le parfait mélange d’une haute qualité de composition et d’une innocence touchante.

Tous ceux qui ont été déçus de « Shelter » s’y retrouveront avec cet album, mais j’ajouterais aussi tous ceux qui ont été déçus des « Voyages de l’Âme » comme ça a été mon cas dans une certaine mesure. Malgré l’aspect assez inégal de « Kodama », il serait dommage de passer à côté d’un Alcest plus que majestueux à certains moments, et en tout cas différent à d’autres.
 

1. Kodama
2. Eclosion
3. Je Suis d'Ailleurs
4. Untouched
5. Oiseaux de Proie
6. Onyx

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